‹ Notes et petits traites contenant elements de statistique et opuscules divers faisant suite aux traites d'economie politique et de financesChapitre 61 sur 205 · CRISES COMMERCIALES · texte numérisé non relu

CRISES COMMERCIALES

produit les préoccupations et les autres effets économiques qui en découlent forcément. Elle détourne de la production (par centaines de millions et par milliards) des capitaux qui sont consommés, la plupart anéanlis, dans un but plus ou moins légitime (c'est encore une autre question), mais en pure perte pour l’agriculture et les autres industries productives; — elle détourne et détruit par milliers des bras solides et des intelligences d’élite qui font un grand vide et causent une perturbation dans toutes les branches de l'activité sociale, et qui ont coûté d’énormes sacrifices à leurs familles et à la société tout entière. — Elle ravage les récoltes et suspend le commerce et l’industrie partout où s'exerce son action.

11 peut paraître paradoxal au premier abord de faire figurer le rétablissement de la Paix au nombre des causes de crise. Rien n’est plus exact cependant. La paix arrête toutes les productions spéciales que la guerre avait développées ; elle fait cesser des spéculations entamées ; elle coupe court au courant d’affaires, souvent considérable, que la guerre avait fait naître; elle réintègre dans leurs foyers une partie des hommes que la guerre avait déplacés, et qui ne retrouvent pas une occupation sans peine et sans produire une certaine perturbation parmi les salariés de leur profession. Si la guerre s’est prolongée, le rétablissement de la paix introduit un ordre de choses tout nouveau dans les débouchés et produit inévitablement des changements et des déplacements qui vaudront assurément mieux tôt ou tard que l’ordre de choses créé par la guerre, mais qui pour le moment sont causes de déplacements et de perles préjudiciables. C’est ainsi que la paix de 1815 a été suivie d’une crise qui a affecté toute l’Europe et l’Angleterre on particulier, et que des sinistres commerciaux nombreux ont été le résultat du nouvel ordre de choses et de l’ouverkire des mers.

C’est ainsi que tout retour à l’ordre régulier, que toute réforme môme est, dans une proportion quelconque, une cause de malaise ou de crise. En toutes choses, les sociétés, comme les

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individus, ne peuvent s’engager dans la voie de l’erreur impunément.

C’est ainsi que la paix de 1856, si désirable cependant et si désirée, a été une des causes de la crise qui a suivi, et qu’elle O produit bien des déceptions, puisqu’on comptait sur elle comme sur une cause de prospérité nouvelle.

La Disette est toujours, un peu plus tôt, un peu plus tard, une cause immanquable de crise. Quand le pain est cher, les masses consacrent à la nourriture à peu près tout leur salaire, et cessent de faire d’autres achats en produits de l’industrie. Cette diminution ou suppression dans la consommation ralentit le cours des échanges et paralyse la production.

Le manque d’une récolte d’une matière première importante agit de même sur une plus petite échelle. La branche de l’industrie agricole qui est frappée, réduit sa consommation au minimum possible. Ile plus, le prix de la matière première s’élevant, la consommation des produits fabriqués diminue, et les branches de l’industrie qui récoltent la matière première ou qui s’occupent de son transport, de son placement, sont atteintes. C’est l’elTet qu’a produit le ravage de l’oïdium sur la vigne, qui par sa durée et son étendue a affecté pendant plusieurs années le caractère de la disette. C’est encore l’effet qu’a produit en France la maladie des vers à soie.

Une grande catastrophe, une inondation, une épidémie, une épizootie, une dévastation quelconque, agissent plus ou moins dans le môme sens.

Ainsi tout ralentissement dans la consommation réagit promptement sur l’échange et la production, et l’effet ne s’arrête malheureusement pas là. L’échange et la production, en diminuant, font disparaître une masse de travaux et d’activités, cessent d’être les débouchés d’une masse de produits, et arrêtent à leur tour l’échange et la production. C’est un enchaînement de fâcheux effets.

Lorsque par une circonstance quelconque, les prix des choses nécessaires à la vie viennent à hausser d’une manière

CRISES COHUERCIALES.

notable, la crise survient, par les raisons que nous' venons d’indiquer, en parlant de la disette. Ensuite, la cherté, nous venons de le dire, agit encore d’une autre manière fâcheuse en ralenti-ssanl les achats des matières premières et des machines, appareils et produits qui en sont faits, et en paralysant la production.

Au retour de l'abondance, les prix des matières premières diminuent ainsi que ceux des produits qui en résultent; le fâcheux effet que nous venons de signaler disparaît, mais il s’en produit un autre souvent général et très-sensible.

Tous ceux qui se sont un peu abondamment approvisionnés, sont obligés de subir des pertes souvent ruineuses ; de sorte que l’abondance elle-même, si favorable au grand nombre, et qui est le remède souverain des crises occasionnées par la disette, devient elle-même cause de crise.

C’est ainsi qu’en 1848 et 1849 l’abondance des récoltes, venant après la disette, amena une grande souffrance dans l’agriculture, principalement en France et en Angleterre, souffrance dont on voulut rendre responsable le libre échange eu Angleterre, et dont on accusa les événements politiques en France, causes, en cela, tout à fait innocentes.

Remarquons ici que toutes les causes qui précèdent, excepté l’abondance, agissent sur la consommation pour la restreindre. 11 en est de même de celles qui suivent, bien que ce soit à un moindre degré.

Un excès de production agit en sens inverse des atteintes portées à la consommation, mais produit des effets analogues. Lorsque la production surexcitée jette, dans le courant des échanges, des masses inusitées de produits, — comme le mécanisme de la circulation habituelle n’est pas préparé à cette augmentation, il y a d’abord engorgement et obstruction dans les voies commerciales; mais ce n’est pas encore là le plus . fâcheux effet. Les produits s'offrent en masse inaccoutumée à la consommation ; la mévente ne tarde pas à se produire, la dépréciation des marchandises ensuite. Un entend dire alors

i«Ol'ËS Et PETltS TKAITÉS.

que le coimnerce ne va pas, que rien ne se vend ; mais, en ce cas, ce n’est pas précisément la consommation ordinaire qui fait défaut; c’est la production qui a dépassé les bornes. La mévente et la dépréciation des produits ne tarde pas à réagir sur le mouvement des échanges et sur la production qui se trouve réduite à subir un temps d’arrêt, et à produire les effets naturels de la stagnation.

Tels sont les résultats d’une fabrication surexcitée, de spéculations commerciales fiévreuses, d’opérations mal conçues, par suite de l’entraînement et de l’engouement qui, s’emparant des esprits à de certaines époques, qu’on dirait périodiques, leur font voir toutes choses du beau côté, et poussent ainsi toute une série de producteurs vers un développement excessif de leurs moyens d’action.

Les annales du commerce et de l’industrie sont pleines de ces accidents, si fréquents depuis la paix de 1814, dans tous les pays prospères, qu’ils semblent être une suite naturelle de la prospérité et du progrès industriel et commercial.

Les premières de ces crises ont vivement appelé l’attention des économistes et des publicistes, qui ont souvent discuté sur le problème, longtemps mal posé, de l’équilibre de la production et de la consommation, sur la nécessité d’établir une balance entre les' deux, et sur les inconvénients d’une trop grande production.

J. B. Say a prouvé contre Sismondi qu’il ne saurait y avoir, d’une manière générale, trop de production, puisque les produits et les services servent de débouchés les uns aux autres, et que la consommation, c’est-à-dire la satisfaction des besoins, est susceptible d’un accroissement pour ainsi dire indéfini. Mais, pour cela, l’augmentation de production doit être le résultat d’une progression régulière et constamment attentive aux besoins de la consommation.

La production générale ne peut pas être trop abondante, d’une manière permanente; mais il peut arriver des excès de production spéciale et momentanés, causés par l’entrainement ou la fausse direction de l’esprit d’entreprise, de spéculation.

CHIStS COUMtRClALES.

nature de vertige, nous le répétons, qui peut s’emparer et s'empare, à de certains moments, de quelques groupes de producteurs et de spéculateurs chez lesquels la prudence ne refrène pas assez l’amour du gain et qui se font illusion les uns aux autres.

C’est ce phénomène, mal observé, qui a fait naître des récriminations contre les machines, les instiluüons de crédit et tous les grands moyens de production, de transport et d'échange qui caractérisent l’industrie moderne, et ont pour résultat délinitif des produits à la fois meilleurs et moins chers.

L’esprit de spéculation et l’esprit d’entreprise qui se ressemblent et diffèrent à plusieurs égards, sont des manifestations de l’intérêt individuel, force motrice de notre nature, principe vivifiant des sociétés humaines. (Nous ne voulons pas en dire du mal, mais seulement constater leurs effets, lorsqu’ils se livrent à une trop vive activité.) — Ces deux esprits, disons-nous, puissamment aidés par l’esprit d’association, font naître les entreprises nouvelles de plus en plus nombreuses, établies sur une échelle de plus en plus grandiose et nécessitant des capitaux de plus en plus considérables. C’est le progrès; mais ce progrès ne s’obtient point sans des douleurs en compensation. Ces capitaux proviennent des épargnes annuelles, ou sont retirés des industries en activité. Dans le premier cas, ils sont simplement non avenus pour les entreprises existantes; dans le second cas, leur retrait peut être cause de ralentissement, de dépérissement et même de ruine.

Donc toute entreprise nouvelle agit comme cause de crise par le détournement des capitaux.

On aperçoit ici l’effet des Travaux publics entrepris sur une grande échelle soit par les États, soit par les provinces^ soit par les communes, soit par l'industrie privée, qui tous puisent aux mêmes sources et ne peuvent puiser qu’à ces deux sources : les épargnes annuelles, et les capitaux mobiles de l’industrie.

Ces travaux absorbent les capitaux plus ou moins en pure

KOTES ET l’ETlTS TRAITÉS

perle, s’ils sont plus ou moins improductifs. Dans le cas contraire, comme quand il s’agit, par exemple, du perfeclionneinent des voies de communication, les inconvénients de ce détournement sont compensés par les facilités nouvelles données aux échanges et à la production, se traduisant par une diminution de prix agissant elle-même comme impulsion à la consommation et de la consommation aux échanges et à la production. Mais pour cela, il ne faut pas que les nouvelles entreprises dépassent les ressources disponibles ; et même dans ce cas, les douleurs du détournement sont inévitables, surtout pendant la période de temps qui s’écoule entre l’appel du capital et les effets de la mise en exploitation de la nouvelle voie.

La création de nouvelles exploitations, la construction de nouvelles voies de communication les mieux conçues, les plus sagement calculées, se résument en une transformation considérable de capitaux mobiles et circulants en capitaux fixes. Or, il faut à toutes les affaires et à la société laborieuse prise en masse une certaine proportion de l’une et l’autre espèce de capital. Si donc cette proportion vient à être troublée d’une manière notable, une crise doit forcément s'ensuivre. Ainsi s’expliquent les embarras de f 845 et 1846 par suite de la construction simultanée de nombreuses lignes en Angleterre, en France, en Allemagne, en Belgique, etc. L’utilité de ces nouvelles voies n’était pas contestable ; mais leur construction se faisait dans une proportion trop considérable. ’

Ainsi s’expliquent, en partie, les embarras de ces dernières années, par suite de l'impulsion donnée en France surtout, à des travaux publics de diverse nature, dont l'utilité directe, positive, actuelle, est très-contestable, — et qui ont absorbé d’immenses capitaux improducteurs, au point de vue économique du moins.

Nous sentons bien qu’il y aurait ici de nombreuses distinctions à faire; mais nous ne nous sommes proposé, quant à présent, que d’élucider les causes de crise.

Mais le détournement des capitaux n’est pas le seul clTet de

CRISES COMUERCIALES.

ces grandes entreprises. Elles tendent û produire de grands déplacements de travailleurs, à priver les travaux des champs et les autres industries de leurs coopérateurs naturels : — elles tendent à concentrer, dans les villes, des classes de population instables et remuantes qui font baisser les salaires, hausser le prix des vivres et des loyers, nécessitent un surcroît de surveillance, de police et de dépenses, toutes choses qui rendent l’administration des villes plus difflcile et la population sédentaire moins heureuse. Les fortifications de Paris, à ne les considérer qu’à ce point de vue, ont été une des grandes fautes du gouvernement de Juillet, une des causes de sa chute!

Le développement du Crédit, la multiplication des Banques et des autres institutions de crédit, l’accroissement de leurs opérations, sont une des causes que quelques publicistes mettent le plus volontiers en avant pour expliquer les crises. 11 y aurait à ce sujet tant à dire qu’un volume y suffirait à peine. Nous devons nous borner ici à quelques assertions principales.

On s’est habitué à expliquer les crises, d’abord les crises de r.Angleterre après 1815, ensuite celles des États-Unis depuis une quarantaine d’années, par les banques, dont on a fuit des espèces de boucs émissaires.

Sans doute les Banques, en facilitant la transmission des capitaux et le mouvement des valeurs, aident puissamment à l’activité des échanges et de la production. Elles sont un des leviers de l'industrie moderne, comme la division du travail, comme l’abondance des capitaux, comme les machines, comme les nouvelles voies de communication; mais elles ne donnent pas toujours l’impulsion. Elles la reçoivent et transmettent le mouvement. A de certaines époques, lorsqu’elles ne fonctionnaient pas encore aussi régulièrement qu’aujourd'hui, elles ont pu avoir des fautes à se reprocher; mais c’est assurément par suite d’une observation incomplète qu’on a tout rejeté sur elles, parce que, d’après leur rôle, elles sont les premières sur la brèche et les premières victimes.

Le fait est qu’on ne voit pas encore très-clair en cette mais

tière. Parmi les hommes les plus compétents, les uns font remonter la responsabilité des crises jusqu’aux banques, parce qu'elles ne sont point assez réglementées, point assez contrôlées; les aulres, parce qu’elles le sont trop et qu’elles sont constituées à l’état de monopole. Nous sommes de ce dernier avis.

Toujours est-il que les crises éclatent depuis quarante ans dans tous les pays où le mouvement industriel est accéléré? dans les pays où les banques sont plus nombreuses, comme dans ceux où elles le sont moins, et malgré la réglementation et le monopole qui sont à peu prés universels, si l’on en excepte les petits États du nord-ouest de l’Union américaine et l'Écosse, où les crises ne prennent pas précisément naissance.

Il est certain que lorsque des établissements de crédit ont un monopole, et qu’ils ne sont point maîtrisés et réglés par la concurrence, ils peuvent, par la facilité donnée ou refusée à l’escompte, aider, — ralentir ou arrêter la marche des maisons de commerce et des établissements industriels; — ils peuvent provoquer et alimenter la fièvre des spéculations tant qu’ils y voient leur profit, puis, à un moment donné, s’effrayer de leur propre ouvrage, s’effrayer outre mesure, et amener, par la suppression des crédits, la détermination de crises qui n’auraient point eu lieu si la concurrence avait, d’une part, limité leurs avances et, d’autre part, neutralisé leur cessation de crédit. C’est ainsi que beaucoup de crises partielles ont eu pour cause directe la manière d’opérer des banques centrales privilégiées ^

L’abondance de l’Or que nous ont récemment fourni la Californie et l’Auslralie, a aussi été mise au rang des causes

* Voir: le cli. XX du Traité d'économie politique, 5'éd., le § VI, dans lequel il est parlé de l’action des Hanques, sur les crises ; — crises commerciales et de leur retour périodiques, parM. Ch. Juplar, in-8'*, 1802; Cuillauniin ; — et dans /a monnaie de Banque, par M. Paul Coq, 2" éd.. 18(54, chez Guillaumin, une Notice sur la Danque de France àpnrtirde 4857.

CRISES COMHERCIAI.es.

de la crise que l’Europe et l’Amérique ont traversée en 1856-57-58, et des malaises qui l’ont caractérisée. De 1849 (les placers de Californie ont été découverts en 1 848 et les diggings d'Australie en 1852) à la fin de 1856, la production aurifère, dont la majeure partie est entrée dans la circulation européenne, s’est élevée dans le monde entier à 4 milliards 542 millions de francs, dont plus de la moitié, 2,215 millions provenant de la Californie, 1,494 de l’Australie et 633 millions de Russie.

En outre, la production argentifère s’est élevée, pendant cette période, à 2 milliards 70 millions. En 1847, M. Michel Chevalier, continuant les calculs de M. de Humboldt, portait à 43 milliards le total de la production des métaux précieux depuis la découverte de l’Amérique. La production des dernières années a donc été du dixiéme de ce total.

S’il est difficile de préciser au juste l’influence de cette aug. mentalion de métaux monétaires en si peu d’années, et dans quelle proportion elle est venue satisfaire aux besoins nouveaux de la circulation, il est évident (et ici les faits s’accordent avec la théorie) que l’abondance de l'or dans la circulation a (commencé à jeter une perturbation sensible dans les valeui's et déprécié notamment les salaires, les revenus fixes et l’importance des créances. De là, une certaine partie des malaises contemporains*.

En second lieu, cette augmentation de numéraire, en arrivant dans la circulation, a dû agir comme stimulant au développement de la production et être un des excitants de l’esprit de spéculation et d’entreprise que nous avons considéré plus haut; et, d’autre part, cette même masse de numéraire fonctionnant dans les échanges a pu contribuer à affaiblir un peu la crise monétaire qui s'est naturellement produite en même temps que la crise générale que nous venons de mentionner.

Lorsqu’un pays change plus ou moins brusquement son Tarif

* V. p. 457. nno nolP sur la production dos métaux précieux.

NOTES ET PETITS TBAITÉS

fil les conditions d’entrée des marchandises étrangères dans le sens de la prohibition, il en résulte toujours de fâcheux etfets pour les branches de l'industrie nationale privées tout à coup de moyens d’approvisionnement et privées un peu plus tard aussi de débouchés, la diminution des importations amenant infailliblement celle des exportations; — il en résulte, en outre, de très-fâcheux effets pour les places étrangères qui sont en rapport direct d’affaires avec lui. Cest ce qu’on a vu, plus d’une fois, à la suite de changeemnls de tarif de l’Union améri. fi.aine. En général, quand l’opinion protectionniste a triomphé dans ce pays et que le tarif a été modifié, Manchester et Lyon, par exemple, ont souffert et ont éprouvé des crises plus ou moins partielles.

Le stupide procédé des Représailles douanières, consistant en aggravation de tarifs et en entraves pour se venger d’actes semblables, a toujours produit des effets de même ordre.

Ces crises, par contre-coup, peuvent encore être provoquées par une crise survenant en pays étranger. C’est aujourd’hui une vérité démontrée que la solidarité de toutes les industries et de toutes les nations. En fait, il survient toujours quelque malaise d’une catastrophe lointaine, même quand cetle-<;i ii’agit pas comme cause immédiate sur les marchés dont les intérêts sont directement engagés, ainsi que cela a eu lieu récemment pour plusieurs maisons de Lyon, compromises par la crise américaine.

Telles sont, si notre énumération est complète, les causes les plus générales de ces perturbations commerciales et industrielles que l’on appelle du nom générique de crises.

g III. Qn’il n’y • p«s Ue nr.mèdes direct* «ux Orise*, mais simplement des remèdes indirects.

C’est une erreur assez généralement répandue dans les populations et même parmi les hommes d’État, qu’il y a des remèdes aux crises. Une de ces perturbations vient-elle à éclater,

CRISES COVMERCIALES.

l’opinion publique somme les économistes de proposer des remèdes et les gouvernements d'agir par des mesures efficaces.

En ces moments, certains législateurs-administrateurs, prenant leur air le plus doctoral, se mellenl à décréter des prescriptions et des réglementations, qui ont généralement pour effet d’augmenter la crise, à leur grand étonnement et à l’ébahissement d'un public qui prend en pitié la science des économistes, puisqu'elle n’a pas de panacées toutes prêtes, et l’habileté des gouvernants, qui ne peuvent faire l’impossible qu’ils ont eu le tort de promettre il est vrai, mais qui n’est pas en leur pouvoir.

Or, la vérité est qu’il n’y a pas et qu’il ne peut pas y avoir de remède direct aux crises, et qu’il est impossible d’éviter des elTets qui ne peuvent pas ne pas se produire.

Mais il y n des moyens indirects de prévenir les causes, ou d’en atténuer les effets.

S’il y a eu ébranlement politique et social, s’il y a eu une guerre, le premier remède à appliquer, c’est naturellement la cessation de la cause.

Quant aux conséquences, il faudra nécessairement qu'elles se produisent.

S’il y a une disette, une maladie végétale quelconque, le remède direct ne se trouve que dans les mains de Dieu, qui, en faisant disparaître la cause, ne peut arrêter immédiatement les effets, c’est-à-dire la cherté, et, à la suite de la cherté, les souiTrances et la misère des producteurs et des consommateurs. Seulement, s’il y a des pays où la liberté commerciale existe, où la législation ne soit pas mélangée d’entraves, les effets de la disette et de la pénurie s’y feront moins sentir.

Si l’abondance survient après la rareté, rien au monde ne pourra empêcher directement les effets de la baisse de prix avantageuse aux consommateurs, préjudiciable à certains producteurs, à certains détenteurs de produits ; mais avec une bonne législation commerciale, la facilité des débouchés atténuera encore ces effets.

318 BOTES ET PETITS TRAITÉS

Si l’esprit d’entreprise a été surexcité; si la fièvre de spéculation s’en est suivie; si on a dépassé les bornes de la consommation, ou si celle-ci vient à se ralentir ; si des opérations ont été mal conçues, il est impossible que la mévente ne s’ensuive pas, puis le ralenlissement forcé du travail, puis la liquidation, plus ou moins pénible, d’affaires mal conçues. — C’est le seul remède, en ces divers cas.

Si, par le développement donné aux travaux publics, aux entreprises nouvelles, aux institutions de crédit, à certaines affaires de circonstance, l’État, les communes, ou les associations ont enga<ré des capitaux nécessaires à la circulation, ou les ont détournés de leur emploi naturel, — la cessation de celte direction artificielle des capilaux sera un premier remède au mal des industries appauvries; mais ce mal ne se trouve pas calmé par le fait même de la cessation de la cause. Toutefois il se produira moins facilement et cessera plus vite dans un pays où le régime économique est basé sur la liberté, que dans Cl lui où ces détournements de capilaux, entraînant le déclassement artificiel et rapide des populations, sont causés et maintenus par le monopole.

Il faut laisser faire et laisser passer l’accroissement de la production des métaux précieux ; elle est providentielle, et aucune puissance au monde ne pourrait en arrêter les effets.

Rien n’est plus facile que d’éviter chez soi les mauvais effets de l’élévation des tarifs et des représailles. On peut les prévenir chez les autres par une politique commerciale éclairée et la réforme libérale des tarifs.

Le coup d’œil et la prudence des chefs de maison peuvent seuls prévenir les catastrophes résultant du contre-coup dès crises étrangères,

Parmi les diverses causes de crises, il en est d’artificielles ; il en est qui tiennent à la nature des çhoses; il en est qui . sont le résultat d’accidents' climatériques ou du malheur public; il en est même qui semblent inhérentes au progrès des sociétés. Telles sont les causes des crises commerciales et industrielles

Diqi;izod by Coogic

CRISES COUMERCIALES.

proprement dites : la surexcitation de l’esprit d’entreprise par le succès, le développement des grandes affaires, le développement du crédit, — qui allèrent quelquefois si profondément, mais heureusement d’une manière temporaire, les échanges et l’industrie des peuples les plus prospères, — et cela d’autant plus, qu’ils sont plus prospères.

Ces espèces de crises semblent, à beaucoup d’égards, actuellement inévitables; mais leurs inconvénients ne peuvent à beaucoup près balancer les immenses avantages que les peuples reJirenl des développements incessants de leurs affaires. Les crises de celte nature sont des. crises décroissance, et mieux vaut l’activité et la richesse avec les crises commerciales, celles-ci dussent-elles être dans la nature permanente des choses, que l'inaction et la pauvreté. Les pays riches et prospères sont quelquefois en crise ; les pays pauvres y sont d’une manière permanente.

Et d’autre part, les crises commerciales sont passagères de leur nature; elles n'appauvrissent pas la société, mais déplacent la richesse par le changement soudain des valeurs qui dé- ' truisent la fortune des uns et augmentent celle des autres. Les baisses soudaines dans la valeur des choses suscitent des acheteurs, facilitent la consommation, font cesser l’engorgement et provoquent la liquidation des entreprises mal engagées : après quoi les affaires reprennent dans les conditions normales.

Nous venons de dire que ces espèces de crises semblent inévitables. Cependant il ne faudrait pas conclure à une loi de fatalité absolue et de périodicités régulières

De plus en plus les producteurs et les chefs d’entreprises, par leur expérience, leur coup d’œil, la connaissance de leur industrie, de la situation du marché, arriveront à ne 'produire que ce qu'ils peuvent bien produire et vendre convenablement.

En tout cas, ainsi que nous le disons dans le Traité d’éco-

‘ Y. une note finale.

NOTKS ET PETITS TRAITÉS

nomie politique', a il n’y a aucune borne assignable par l’autorité, qui ne saurait agir par voie de réglementation et dont l'action ne peut être utile qu’en faisant disparaître les entraves qui peuvent mettre obstacle aux échanges, aux débouchés, à la consommation.

« Il n’y a, au surplus, pas lieu de redouter l’excès de production au point de vue général. Cet excès, nous le répétons, ne peut être que momentané; il ne se produit qu’au détriment du producteur, et il se produit avec d’autant moins d’inconvénients pour celui-ci, que les échanges sont plus libres et les débouchés plus étendus. »

* Cliap. XV, § IV. 5*édiiion.

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