ARAN
Nous connaissons mal le rôle précis de la menstruation et son mécanisme. Autrefois on considérait que les femmes étaient naturellement pléthoriques pour pouvoir donner aux enfants le trop-plein de leur sang, lequel, en dehors de la gestation, s’écoulerait par l'hémorragie cataméniale :« Menses prima fœtus matena» (Aristote). D'autres auteurs voyaient, dans la menstruation, un exutoire.
A partir de 1830, divers travaux anatomiques ont fait conpaître l'ovulation spontanée et sa périodicité. On a immédiatement rapproché les deux phénomènes péricdiques de la sphère génitale, ovulation et menstruation, et on a supposé que le plus important des deux déterminait l’autre. Un certain nombre d’autopsies pratiquées au moment de l’époque menstruelle avaient conduit Gendrin, Négrier, Coste, Raciborski à affirmer que la rupture du follicule coïncidait avec l’hémorragie utérine et la déterminait. ;
On est arrivé ainsi à considérer la menstruation comme .
un épiphénomène de la ponte ovulaire mensuelle. « La menstruation de la femme est la conséquence de l'ovulation spontanée. Les ovules mûrs non utilisés par la fécondation sont expulsés par les seuls efforts de la nature. Il s'opère à cette occasion chez la femme un grand travail physiologique dans un des ovaires et dans la matrice qui se termine des deux côtés par une hémor-
ragie : celle de l'utérus constitue précisément ce qu'on appelle les règles. » (Raciborski, p. 6.) Les règles résultent donc d'une congestion par sympathie.
Des recherches histologiques récentes ont montré que l’ovulation précède notablement la menstruation : la théorie de Raciborski se fondait donc sur un rapport chronologique très contestable. On se demande alors ce que signifie cet écoulement qui se produit sitardivement.
Certes, il faut toujours en revenir à ce que «le travail de l'ovaire est l’acte initial auquel se lient par synergie la turgescence de l'utérus et l’écoulemert sanguin » (Jacquemier) ; aussi a-t-on pensé que la congestion utérine se développait après la ponte pour préparer la nidation. L’hémorragie témoignerait en quelque sorte la déception de la muqueuse non utilisée. Dans cet ordre d'idées, M. Pinard en est venu à ne plus considérer la menstruation comme une fonction, mais comme un accident, une hémorragie banale consécutive à l'avortement d’un -ovule non fécondé.
Pourtant, un certam nombre de faits cliniques nous donnent à penser que la menstruation agit comme ferait une saignée thérapeutique, c'est-à-dire en désintoxicant. Velpeau, contrairement à la majorité de ses contemporains, en faisait une fonction excrétoire, et il cite un grand nombre d'auteurs qui ont professé la même opiuon. Près d’un demi-siècle plus tard, Tarnier conclut que nous ignorons les causes des règles, mais qu'il est vraisemblable de penser à une fonction excrétoire. À vrai dire, nous sommes habitués à voir la désintoxication se faire par l’élimination de produits solubles dans les urines et accessoirement dans les sueurs; de plus la théorie des exutoires a donné lieu à un grand nombre d’exagérations; aussi une telle hypothèse est-elle difficilement admise.
Je crois cependant qu’on peut proposer une révision de cet ostracisme, en se fondant sur l’étude des résultats obtenus après les greffes ovariennes. -
Lorsque j'étais l’interne de M. Tufher, j'ai observé à diverses
reprises un certain nombre de femmes, qui avaient eu des greffes ovariennes avec conservation de l'utérus; j'ai été très frappé de la rapidité avec laquelle leur état s'améliorait dès le retcur de la menstruation. À vrai dire l'importance des troubles que déter- .mine la castration est très variable : M. Delbet en a fait une critique très serrée dans le Traité de Pathologie générale. 11 n’en est pas moins étonnant, quelle que soit l'intensité des accidents, de les voir disparaître en quelques heures et il semble raisonnable
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d'attribuer cette disparition au rétablissement de la fonction menstruelle plutôt qu'à une mystérieuse action catalytique de l'ovaire. er
J'ai été amené ainsi à étudier d'une façon plus générale l'existence et le mécanisme de la désintoxication menstruelle.
Mon très cher maître, M. Salimbeni, m'a mis à même de faire cette étude dans son laboratoire. Je le prie d’agréer l’expression de mon affection et de ma reconnaissance pour sa -bienveillance constante.
, Je tiens aussi à remercier de tout cœur ceux qui m'ont aidé au cours de mon travail : Géry, préparateur à l’Institut Pasteur ; Lévÿ-Darras, interne des hôpitaux de Paris; Brousseau, interne des asiles d’aliénés de la Seine; Couvreux; M. Choay, fabricant de produits opothérapiques; M. Grollet secrétaire général de la Société de pathologie comparée; M. Lermat, vétérinaire à Montrouge; et enfin M. Couvelaie, qui m'a forcé à me critiquer moi-même d’une façon plus serrée que je ne l'avais fait en une premièrerédaction et à formuler meshypothèsesavec assez de restrictions pour qu'elles puissent s’accorder avec les données de la clinique.
BIBLIOGRAPHIE ARAN, — Leçons cliniques sur les maladies de l'utérus. Paris, 1848, p. 283. JACQUEMIER. — Manuel des accouchements. 1846, p. 124. PINARD. — La menstruation dans ses rapports avec l'ovulation, la fécondation,
la gestation et l’allaitement. Le Bulletin médical, x1 décembre 1909, p. 1121. RACIBORSKI, — Traité de la menstruation. Paris, 1868. 1r° partie, chap. 1 et 2.
passim.
TARNIER et CHANTREUIL. — Traité de l’art des accouchements. 1882, tome I, P- 159. |
VELPEAU. — Traité complet de l’art des accouchements. Paris, 1835, tome I,