CHAPITRE IV
L'aménorrhée de la gestation et de l'allaitement,
Une menstruation normale est en général un indice de fécondabilité. — Tout ce que nous savons de la menstruation nous la fait concevoir comme un corollaire de la fécondabilité.
19° La menstruation ne se produit que pendant la période où la femme est susceptible d’être fécondée. M. le P' Pinard définit la menstruation presque uniquement par rapport à la gestation. «La menstruation, dit-il, est l’écoulement sanguin périodique, se faisant au niveau des organes génitaux, chez la femme bien portante, tant qu’elle est apte à procréer, écoulement <enguim périodique qui est supprimé d’une façon absolue par toute gestation et d’une façon relative, par l'allaitement. »
29 Une menstruation normale témoigne en principe d’une aptitude normale à la fécondation. D'une façon générale, mais non constante, une menstruation bien régulière et normalement abondante est un gage de fécondité (r). Bien mieux, il existe des observations de puberté précoce (toutes choses normales d’ailleurs) où les femmes étaient d’une fécondité remarquable. Dalché a publié une intéressante observation familiale de puberté précoce avec grande fécondité et en particulier plusieurs grossesses gémellaires de bonne nature. D’autre part, la thèse de Chapotin montre bien qu’enmoyenne, lesprimipares âgées ont eu une menstruation tardive ou irrégulière ou insuffisante. "
3° Enfin les transformations de la muqueuse utérine semblent être analogues en cas de menstruation et en cas de nidation.
La gestation s'accompagne d'aménorrhée. — La menstruation est supprimée d’une façon absolue par toute gestation. L’aménorrhée physiologique de la grossesse est de constatation immémoriale. Le fait que cette loi ne comporte pas d'exception est un point sur lequel M. Pinard à insisté d’une façon catégorique dans ses leçons et dans les travaux de plusieurs de ses élèves. Il sem-
(1) I1 va sans dire que la conception est possible dans l'aménorrhée. Notons toutefois que M. André Petit, après son maître Gallard, signale chez les femmes ainsi fécondées l'existence presque constante de leucorrhée périodique (règles blanches). (De la conception au cours de l’aménorrhée. Thèse de Paris, 1883.)
ble bien en effet que les exceptions à cette loi ne soient qu’apparentes, sauf malformations non classées comme par exemple dans le cas de Tarnier où une femme qui avait un utérus double eut une gestation évoluant normalement dans un compartiment, tandisque dans l’autre la menstruation continuait son cycle. Rappelons que parfois l'ovulation continue pendant la gestation et qu'il peut exister pendant cette période des modifications périodiques du pouls, de la température, de l’urée, de la pression artérielle et de la crase sanguine et aussi des poussées de varices vulvaires et d’exaltation du souffle utérin. (1) Ravano, sur une série de cent examens d’ovaires au cours de la grossesse, a trouvé des folliculés en voie de maturation et dans 5 o /o des cas une ovulation complète. Pottet, dans sa thèse sur le corps jaune pendant la grossesse, décrit, au contraire, la régression des follicules ovariens. «Le point intéressant de cette étude est la constatation de la régression des follicules jeunes au début de la grossesse qui se manifeste ainsi : gonflement des cellules de la thèque, transformation en cellules assez analogues à des cellules interstitielles ou des cellules à luteine, évolution parallèle de ces cellules à celles du corps jaune, régression à la fin de la grossesse, sclérose
ct finalement transformetion de ces follicules atrétiques en une.
petite membrane de Slavjanski. » D’une façon générale, la gestation inhibe l'ovulation.
Le corps jaune pendant la grossesse semble être un des facleurs de la mdation. — 11 n’y à pas de différence anatomique entre le corps jaune de grossesse et le corps jaune de menstruaticn, sauf la taille.
Loeb pense que le corps jaune sécrète une substance qui sensibilise la muqueuse utérine et la rend capable de former le placenta maternel. Cette théorie est devenue classique depuis les travaux de Froenkel qu’Ancel et Bouin résument ainsi :
«Pendant la grossesse, le corps jaune a pour fonction, d’ après Fioenkel, de rendre possible l'insertion de l’œuf et d’assurer pendant un certein temps son développement ultérieur. » Ces conclusions sont basées sur les expériences suivantes :
1° La castration double opérée chez des lapines un à six Jours après la fécondation empêche la fixation de l’œuf;
2° La destruction des corps jaunes opérée dans les mêmes conditions donne les mêmes résultats ;
(x) I se produit également au moment des règles absentes-une augmentaton de l’ hydrohématorrhée déciduale. (Bonnaire. Bullet. de l'assoc. des Anciennes élèves de la Maternité de Paris, 15 avril TOT4, P: 34.)
Le:
VOST VV
Cr.
3° La destruction des corps jaunes opérée huit à vingt jours après la fécondation amène une résorption lente des œufs : 4° La cautérisation du tissu ovarien, en laissant les corps jaunes intacts, n’interrompt pas la grossesse quelle que soit l'époque à laquelle cette cautérisation est effectuée. « Cependant de nombreuses objections ont été émises contre cette théorie. Strassmann, Merkel, Erick Essen-Müller, soutiennent que la castration n'mterrompt pas la grossesse. Halban défend lopimion que les modifications structurales de l’utérus au cours de la grossesse sont déterminées par l’œuf; aussi n’admet-il pas l’action du corps jaune. Mandi rapporte des expériences dans lesquelles la nidation de l'œuf s’est produite alors qu’il n’y avait pas de corps jaune dans l'ovaire. Schauta suppose que la cautérisation des corps jaunes a pour résultat d'empêcher l’cvaire de fonctionner. normalement et qu’elle équivaut à une castration, ce qui-explique les résultats de Froenkel mais ruine sa théorie. » (ANCEL et BoUIN).
Récemment, Cath:la, puis Puech et Vanverts ont ie des objections de fait en ce qui concerne l’espèce humaine. Ils ent réuni vingt-cinq faits d’ovariotomies bilatérales pendant les deux premiers mois de la grossesse, ou d’ovariotomies unilatérales intéressant Fovaire porteur du corps jaune. Dans toutes ces vingt-cinq observations, le corps jaune avait été enlevé vingtdeux fois au cours du second mois, et trois fois au cours du premier : or, cinq fois seulement, la grossesse fut interrompue.
L'écoulement menstruel est peut-être l’exutoire des. produits qui auraient servi aux premiers stades du développement. — Les premiers auteurs, qui oht vu les rapports de l'ovulation et de la menstiuaticn, Raciborski entre ‘autres, ont rejeté toutes les thécries d’après lesquelles les éléments nutritifs qui auraient pu servir au développement de l'embryon, seraient expulsés par le moyen.de la menstruation.
C’est pourtant uneidée assez simple. Pour Jacobi, par exemple, (x885), la muqueuse utérine accumule des réserves pour le fœtus: si celui-ci ne vient pas les utiliser, la muqueuse grossit et par pression réciproque se nécrose et tombe : d’où menstruation.
Mac Ilroy (x913) pense que la sécrétion interne de l'ovaire détermine une hémorragie et une desquamation de la muqueuse qui est chargée de produits devenus inutiles quand il n'y à pas. de nidation. |
Le fait de se substituer au processus d’édification et de rétention qui comporte la gestation implique une idée d’élimi-
nation. Ce ne serait pas le sang qui constituerait les réserves
destinées au fœtus, comme le disait Aristote, mais il les.
emmènerait hors de l’orgenisme.
Pcur M. le professeur Pinard, la menstruation n’est pas une fonction, c’est un accident, un véritable avortement dé l’ovule. « La femme à l’état de nature, la femme saine, ne devrait jamais être réglée. Elle a ses règles parce que l’ovule qu’elle a pondu n’a pas été fécondé et qu’une autre arrive périodiquement, selon le rythme harmonieux à maturité. » :
Or il semble que cette hémorragie incoagulable ne soit pas seulement une épiphénomène du rut. Elle est une forme avortée de la fonction reproductrice puisqu’elle est en rapport avec une teproduction manquée.
« Sous la forme la plus simple, la reproduction est un des modes de la nutrition : les animaux inférieurs, en absorbant dans les milieux qui les entourent plus de substance alimentaire qu’il ne leur en faudrait pour réparer leurs pertes, augmentent leur volume; cet accroissement ne dépasse pas une certaine limite, déterminée sans doute par les circonstances environnantes, et si cette limite est franchie, l'individu se morcelle en fragments qui deviennent autant de nouveaux êtres. Ce procédé reproducteur est le moins complexe de beaucoup, tous les autres moyens mis en œuvre par la nature peuvent cependant être ramenés à lui. » (Roule). |
Les réserves spécialisées pour assurer le développement de l'embryon se séparent de l’organisme féminin comme $e séparent l'une de l’autre les deux moitiés d’un protozoaire : il s'agirait donc là d’une véritable fonction. C’est un avortement ovulaire (Pinard) mais c’est aussi un avortement chimique (x).
La lactation s'accompagne d'aménorrhée. — Malgré de très nombreuses exceptions, l’aménorrhée est la règle pendant l'allaitement. * La thèse de Jacob, inspirée par M. Pinard, celle de Ponsoye ins-
pirée par M. le P' Fabre établissent bien cette loi. De celle de Jacob en particulier, on peut déduire un certain nombre de constantes, qui sont les fondements de cette loi : 1° la fréquence des cas de menstruation pendant l’allaitement diminue à mesure
qu’augmente le nombre des grossesses et plus exactement des.
(1) Johnstone attribue l'absence de menstruation chez les quadrüpèdes à ce:
que lesproduits que drainent les règles des bipèdes sont resorbés par les lymphatiques utérins. Cette hypothèse ingénieuse, trop ingénieuse même au premier abord, se fonde sur un fait anatomique, à savoir l'importance des lyriphatiques utérins ; il serait intéressant de voir si chez la femelle isolée au moment des chaleurs, il se produit des modifications du chiffre des leucotytes et de leurs propriétés diastasiques. ;
lactations, c’est-à-dire à mesure qu'augmentent les qualités de nourrice; 2° la date du ER O e de la menstruation recule dans la même mesure; 3° une multipare bonne nourrice n’ayant jamais été menstruée cs son allaitement, est menstruée, si elle allaite à un âge avancé: cet allaitement sera défectueux et 1l faudra l’interrompre.
Ossian Surdin a eu des résultats un peu différents; sur trois cent cinquante-cinq femmes qui allaitaient, 55 o /o ont eu leurs règles. Mais lorsqu'on prescrivait l'allaitement mixte,on observait en général aussitôt le retour des règles ; enfin les règles disparaissaient d'autant plus que la femme était plus grande multipare.
Il est assez fréquent que les aménorrhées non gravidiques s’accompagnent de galactorrhée discrète ou profuse. Bilsted a observé une femme qui, cinq ans après un allaitement, présentait de la galactorrhée avec aménorrhée. Un traitement utérin par la ventouse de Bier amena une congestion utérine à la suite de laquille les règles sont réapparues en même témps que l’écoulement de lait disparaissait. Blondel a publié l’étude de douze cas de superinvolution utérine avec aménorrhée et galactorrhée per-
‘ sistante survenu après un accouchement ou un avortement. Le lait était en quantité variable et lorsqu'il y en avait suffisamment pour pratiquer l’analyse, on trouvait une richesse exceptionnelle en beurre.
La période menstruelle retentit sur l’allaitement le plus souvent d’ailleurs d’une façon discrète. Il se produit toujours chez le nourrisson une élévatior de température, qui de 37° en moyenne monte à 378. M. le Pr Weill a insisté sur cette hyperthermie, : dans la thèse de Plantier : elle débute un jour avant le début des règles et n’existerait plus dès le dernier jour.
On observe également de la diarrhée et des érythèmes. Budin diagnostiquait les règles des nourrices par le retour périodique de certains accidents de pctite intoxication chez les enfants. D’après Charrin (p. 108) et Stapfer (p. 38) toutes ces modifications seraient plutôt le fait de la prémenstruation que de Ja menstruation. Roche publie dans sa thèse six analyses de Nicloux d’après lesquelles dans le lait de la période menstruelle, il y a augmentation de l’extrait sec et diminution du beurre. On sait d'autre part que : «les bêtes nymphomanes sont de pitoyables laitières » (Cornevin). A vrai dire, les documents précis sur le lait de ces vaches sont rares, « la modification la plus mtéressante remarquée est la grande teneur en matières albuminoïdes » (Mon-
En
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voisin). Quant à l'influence des chaleurs, nousn’avons pas de données constantes. Maïs à côté de ces données chimiques peu rombreuses, 1l reste la donnée pratique de l’influence de la castration. J'ai eu l’occasion de m’entrétenir de ce sujet avec M. Lermat, qui est le vétérinaire auquel s'adressent presque tous les nourrisseurs de Paris et de la banlieue pour les soins à donner à leurs vaches : la valeur marchande du lait des vaches castrées, sa teneur plus grande en beurre sont des faits incontestables. La castration s'impose absolument chez certaines de ces vaches parquées qui deviennent nymphomanes (vaches. cassées) et l'on trouve en général des ovaires très augmentés de volume, parfois gigantesques et presque toujours kystiques. Océanu et Babes, contrôlant les études multiples faites parles éleveurs, constatent que:chez la chèvre la castration prolonge la secrétion lactée, augmente le rendement du lait et sa teneur en beurre, caséine et phosphore et diminue la quantité de lactose.
La lactation n’agit pas seulement sur la fonction menstruelle, mais encore sur l’état anatomique du tractus génital. Elle favorise grandement la rapidité de l’involution utérine et même en augmente l'intensité, si bien qu’on observe à ce moment la disparition des fibromes utérins. On peut observer parfois de Fhyperinvolution permanerte avec douleuis sous l'influence de la ladation : c’est la maladie de Frommel (Fraenkel).
Cette action semble relever d’un mécanisme humoral. Schiffmann et Vystavel pai l’injection d'extrait mammaire à quatre femelles pleines provoquèrent quatre fois l'avortement. Le même extrait injecté à des femelles non pleines détermine une atrophie très prononcée de l'utérus et des ovaires. Les expériences sur des animaux jeunes donnèrent un résultat plus net'encore. Les organes génitaux d’une femelle traitée, pendant quatre semaimes, avec quinze c.c. d'extrait, étaient d’un volume égal au tiers de celui de la femelle témoin. L'examen microscopique révélait de l’atrophie des glandes utérines et on notait une augmentation du volume des surrénales. .
Plusieurs médecins (Pochon, Batuaud, Luncz) ont traité, avec des succès divers, certaines métorrhagies et certains fibromes des extraits de glande mammaire.
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