‹ Notes et souvenirs (1811-1894) (volume 2)Chapitre 27 sur 45 · L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE SPÉCIAL ET LES COURS DE JEUNES FILLES · texte numérisé non relu

L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE SPÉCIAL ET LES COURS DE JEUNES FILLES

Il y a en France dix-huit ou vingt millions d'agriculteurs «tdeux millions d'ouvriers industriels ou de petits patrons, sans parler de un million deux cent mille employés ou .gagistes; le reste pratique les professions libérales ou vit * ' i de ses rentes. Pour ceux-ci et pour les enfants qui présen-

tent des dispositions favorables, on a créé quatre-vingts lycées et deux cent cinquante collèges; pour les autres, rien, si ce n'est un nombre trop petit d'écoles techniques ou commerciales. Notre société devenant de jour en jour plus industrielle, j'en conclus qu'il était urgent de créer un ordre d'études qui pût convenir aux enfants de ces trente-trois millions d'hommes.

Les humanités sont excellentes à la condition d'être achevées; aussi ai-je supprimé la bifurcation qui, arrêtant les études classiques à la quatrième, rendait inutile le travail des classes antérieures et coupait en deux l'esprit des élèves par la séparation complète de la littérature et des

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sciences. Je remplaçai cette mesure funeste par la création de l'Enseignement spécial. On a vu ce qui m'était arrivé au lycée de Coutances 1 et comment l'idée d'approprier l'instruction aux besoins véritables de ceux qui viennent mettre leur esprit dans les mains de l'Université, m'avait hanté durant mes deux années d'inspection générale. Dès que j'eus le droit et le devoir d'appliquer les conseils que j'avais inutilement donnés, je me mis à l'œuvre, mais ce ne fut pas sans rencontrer de nombreux adversaires *.

L'Université était trop attachée à ses classiques pour accueillir avec bienveillance des études où il n'était question ni de latin ni de grec, et quelques-uns de mes collègues, confondant l'école et l'atelier, voyaient dans ce projet un empiétement de mon administration sur celle des Travaux publics. Le Ministre du Commerce y était absolument contraire, et le Ministre des Finances, plus préoccupé d'économie que de dépense fructueuse, regardait le projet avec défiance. Il aurait volontiers répété le mot du fabuliste :

Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille.

Une lettre du 13 septembre 1863 montre l'Empereur en opposition sur ce point avec ses conseillers et soutenant contre eux son Ministre de l'Instruction publique :

<c Sire,

« Je viens d'avoir une longue conférence avec M. Rouher. Je lui ai fait voir ce que j'avais eu le tort de ne pas montrer

i. Ci-dessus, p. 167.

2. Pour l'Enseignement spécial, voir la table analytique du volume de Delalain qui indique où se trouvent, dans ce livre, les documents relatifs à cet ordre d'études.

suffisamment au Conseil, que le projet d'Enseignement professionnel n'est pas une bo/nbe que je prétends jeter soudainement et à grand bruit au milieu de la publicité, mais un plan auquel ont travaillé Richelieu, dans le Règlement général de 1625 f , le président Rolland, en 1768, dans son plan d'éducation nationale et, depuis 1821, tous les gouvernements de la France; dont le législateur de 1850, après ceux de 1833, 1847 et 1849, a imposé l'exécution; que M. Fortoui a voulu accomplir par la trop fameuse bifurcation; et que M. Rouland se proposait d'exécuter quand ses pouvoirs ont cessé.

« J'ai profité d'une enquête commencée il y a deux siècles, et que j'ai renouvelée au ministère, de sorte qu'il ne se trouve dans mon projet aucune disposition qui n'ait été adoptée à Vunanimité par les autorités compétentes.

« J'ai promis à l'Empereur de mettre toujours quarantehuit heures entre la pensée et l'action. J'ai mis cette fois entre elles quarante-huit jours et bien davantage.

« Du reste, l'Empereur, avec son suprême bon sens, avait, au dernier Conseil, tranché nettement une question qui s'y était obscurcie : « Puisqu'un établissement considérable existe déjà, disait Votre Majesté, améliorons-le; ceux qui veulent du latin et du grec en iront chercher dans les lycées classiques; ceux qui n'ont besoin que de l'étude de notre idiome, avec des langues vivantes et des sciences appliquées, en trouveront dans le collège français. »

« L'Université, Sire, ne demande aucun privilège. Nos traditions, nos mœurs, notre situation politique et la raison empêchent de la détruire; mais son rôle, à mes yeux, n'est

1. Voir le discours pour l'inauguration du lycée de Mont-de-Marsan, op. cit., p. 331-333.

pas celui d'une machine qui écrase tout ce qui rapproche; je voudrais n'en faire que le régulateur de l'Enseignement libre, dont elle relèverait sans cesse le niveau par la supériorité de ses méthodes, de son organisation et de son esprit. Les lycées ne doivent être autre chose que des maisons modèles.

« Le pays a l'habitude de tout attendre du Gouvernement. Le meilleur moyen de lui ôter cette faiblesse ne serait pas de lui tout refuser. En ce moment, il demande à cor et à cris de l'enseignement usuel. Le Gouvernement est tenu de lui en donner, et l'Université doit dire : « Après de longues délibérations, voilà les programmes et l'organisation qui m'ont paru les meilleurs. Je vais les expérimenter dans les maisons de l'État; regardez et, si vous les trouvez bons, imitez-les. Si vous faites mieux, nous nous corrigerons ; et la société bénéficiera de notre concurrence. »

Je ne prétendais pas mettre l'atelier dans l'école ni supprimer l'apprentissage, lequel ne peut se faire qu'auprès du métier et des machines. Mais aux futurs officiers de l'industrie et du commerce, il devait être utile d'apprendre les principales applications de la science, tout en étudiant l'histoire de leur pays et les langues étrangères. L'ignorance de ces idiomes oblige nos industriels et nos négociants à prendre pour commis des Suisses et des Allemands qui livreront peut-être à des concurrents le secret des opérations de leurs patrons.

Ainsi, deux ordres d'études différents pour deux catégories distinctes d'élèves : aux uns, les humanités et un commerce prolongé durant sept à huit ans avec les plus belles intelligences de la Grèce, de Rome et de la France; aux autres, pressés d'entrer dans la vie active, un temps

d'écolage plus court et des connaissances qui devront profiter à leur profession, quelle qu'elle soit.

Cet enseignement particulier fut secondaire, parce qu'il s'élevait fort au dessus des préoccupations de l'école primaire, et je l'appelai spécial, mot qu'on ne comprend plus aujourd'hui, bien que la circulaire d'exécution (op. cit., p. 274) établisse nettement que, si l'enseignement classique est le môme partout, l'enseignement spécial doit varier dans beaucoup de localités, selon le caractère de l'industrie dominante. C'est pour cela que les programmes furent très étendus, afin que chaque école pût y prendre ce qui convenait le mieux à ses besoins : par exemple, à Chartres, centre agricole, les applications de la chimie, de la physique et de la mécanique, utiles « au bon ménage des champs »; à Saint-Étienne, l'exploitation des mines, la métallurgie et la teinture; à Lyon, le travail de la soie et les opérations commerciales. C'est pour cela aussi qu'un conseil de perfectionnement et de patronage, composé des notables de l'industrie et du commerce, sous la présidence, non du proviseur, mais du maire, représentant de la majorité des pères de famille de la cité, fut placé à côté de chaque école spéciale, avec de sérieuses attributions.

Ce partage entre les Humanités, qu'il faut garder pour l'honneur littéraire et scientifique de la France, et V Enseignement spécial pour ceux qui doivent former les cadres de l'armée industrielle, était donc très logique et très approprié aux besoins de notre société moderne. Aujourd'hui on le compromet; j'en suis désolé. Mais, à Coutances, qui avait tort, de l'Université élevant un paysan d'après les méthodes de Port-Royal et des Jésuites, ou de l'Inspecteur général qui disait : « Enseignez donc à ce fils de fermier, futur

fermier lui-même, les connaissances qui lui permettront de tirer de sa terre une double moisson? »

Entre l'enseignement primaire, qui donne à cinq millions d'enfants les premiers éléments de l'écriture, de la lecture et du calcul, et l'enseignement classique qui, ne s'adressant qu'à un petit nombre, est nécessairement aristocratique, il se trouvait un abfme. Sur ce fossé infranchissable qui confinait à toujours les membres de l'Enseignement primaire dans cet ordre d'études et leur interdisait, par conséquent, d'aspirer aux postes élevés de l'Université, l'Enseignement secondaire spécial jetait un pont sur lequel pouvaient passer ceux que leurs aptitudes et leurs services désigneraient pour les fonctions supérieures de l'Université, soit celles de principal ou de proviseur, d'inspecteur d'académie on d'inspecteur général; c'était très démocratique et très libéral, à ce point qu'un des effets de l'enseignement spécial fut de permettre aux Frères des Écoles chrétiennes de sortir du cercle étroit où leurs statuts les enfermaient. L'étude du latin et du grec leur était interdite ; ils ne pouvaient monter plus haut que l'École primaire. Mais rien n'allait les empêcher de donner l'enseignement spécial, et ils le donnèrent. Le candidat reçu le premier, en 1870, à l'École polytechnique, fut un de leurs élèves. Le nouvel ordre d'études était donc pour eux un acte d'affranchissement. M'a-t-il valu leur reconnaissance? On en jugera par la suite de cette histoire. Mais ce n'est pas leur gratitude que j'ambitionnais. Peu m'importait leur faveur ou leur hostilité; je n'agissais qu'en vue de l'intérêt général, qui demandait une instruction appropriée aux besoins des industriels, des agriculteurs et des négociants ! .

1. J'avais hésité entre plusieurs noms avant de m 'arrêter à celui i. 17

11 fallut près de deux années de discussions laborieuses et, pour ma part, de ténacité opiniâtre, pour arriver à une solution que le bon sens du pays réclamait. Enfin, le 21 avril 1865, le Corps législatif vota la loi à l'unanimité, mais sans qu'il me fût donné un centime pour l'exécuter. Je n'avais pas voulu compromettre un succès de principe par une demande d'allocation, qui aurait probablement fait tout échouer; et mes collègues, croyant toujours que je m'étais jeté dans une aventure d'où je ne sortirais pas, se gardèrent bien de faire remarquer qu'une loi de cette importance exigeait l'inscription d'un crédit au budget. La misère rend ingénieux. Abandonné de l'État, je tendis la main, même mon chapeau, et, de rien, je pus faire quelque chose, parce que l'opinion publique était avec moi.

Le tort de tous ceux qui, depuis quarante ans, s'étaient occupés de cette question avait été de ne pas comprendre qu'avant de songer à trouver des élèves pour ces études, il

d'Enseignement spécial. Je pris d'abord et je repoussai ensuite celui d'enseignement français, qui aurait donné à croire que le lycée classique ne faisait apprendre que du latin. Je l'appelai spécial par la raison donnée au texte, et secondaire pour plusieurs motifs : 1° il allait bien au delà de l'enseignement primaire; 2° il tenait compte d'une vanité respectable des familles qui ne voulaient pas que leurs enfants fussent retenus trop longtemps dans les écoles du premier âge; 3° il faisait tomber la barrière jusqu'alors infranchissable, entre nos deux premiers ordres d'études : réforme très démocratique qui ouvrait, pour le recrutement social, de nouvelles perspectives à l'immense personnel des écoles primaires. Je connais mal les classes d'enseignement primaire supérieur, à l'aide desquelles on a essayé de tuer l'enseignement spécial. Je crois qu'on n'a pu les constituer qu'en leur donnant la gratuité qui, obligatoire pour les enfants pauvres de l'école primaire, ne le serait plus, sans écraser nos budgets, pour la totalité des jeunes gens des écoles primaires supérieures.

fallait former des professeurs capables de donner le nouvel enseignement.

Lorsqu'il fut question, en 18 10, de restaurer les études classiques, le Gouvernement fonda l'École normale supérieure. Quand l'opinion publique et les députés exigèrent, après 1830, la réforme des études du premier âge, on créa les écoles normales primaires; et l'armée, la marine, le génie militaire et civil ont, à l'École polytechnique, à Saint-Cyr, au Borda, à l'École centrale, etc., leurs maisons mères d'où sortent nos officiers de terre et de mer, nos ingénieurs et nos grands constructeurs. L'exemple était bon à suivre; l'expérience et la raison l'imposaient : c'était la tradition nationale. Mais l'administration n'avait pas les millions nécessaires pour mettre cette école à Paris; elle n'en avait pas même le désir, croyant qu'il était bon de tenir ces jeunes gens loin des distractions d'une grande cité. Où les établir, sans architecte ni maçons, puisque je n'avais pas d'argent? Alors commença une campagne de mendicité qui réussit à merveille.

Le 1 er août 1865, je pus écrire à l'Empereur :

« Sire,

« Avant la loi votée dans cette session sur l'enseignement spécial, notre système d'éducation était encore, dans son plan général, celui de la société aristocratique du xvii e siècle. La nouvelle loi inaugure enfin un enseignement approprié à notre société moderne, en mettant à la portée de chacun les connaissances qui lui sont nécessaires pour arriver au développement complet de ses facultés naturelles. C'est donc une loi très libérale, en môme temps que très utile, et dont l'avenir révélera l'importance.

<c Cette loi, il faut aujourd'hui la mettre en action. Pour cela, des professeurs sont nécessaires. Or, les écoles libres n'en ont que de détestables, et une opinion qui s'est produite au Conseil d'État, au Corps législatif et dans la presse, craint avec quelque raison que les Cicéroniens et les savants de l'Université soient peu propres à faire les cours nouveaux. De tous les côtés, on me demande de former le personnel enseignant qui fait défaut. Pour répondre à ce besoin, j'ai l'honneur de proposer à Votre Majesté d'accepter :

1° L'offre de la ville de Cluny, qui consent à donner à l'État sa belle abbaye de Bénédictins avec une subvention de soixante-dix mille francs.

2° L'offre du département de Saône-et-Loire, dont le Conseil général a voté cent mille francs pour l'appropriation des bâtiments de cette abbaye aux usages scolaires.

3° D'établir dans ces bâtiments une École normale spéciale où des élèves-maîtres, soit boursiers de l'État, des départements ou des communes, soit pensionnaires libres, viendraient apprendre, de manière à être en état de l'enseigner aux autres, ce que les lettres, les sciences et les arts ont à donner de connaissances nécessaires aux industriels, aux négociants et aux agriculteurs pour la meilleure culture de leur esprit et la plus utile préparation générale à leur profession.

« Je trouve, Sire, que nous avons en France beaucoup trop d'écoles normales primaires, quatre-vingt-quatre, et les départements feraient une sérieuse économie s'ils consentaient à se grouper par quatre ou cinq pour en entretenir une seule à frais communs, au lieu d'en avoir chacunune à leur charge. Mais la nouvelle école, destinée à pré-

parer des professeurs pour renseignement secondaire spécial, n'a rien cle commun avec les établissements où Ton forme les maîtres des écoles de village. Aussi je la crois nécessaire; tous les députés à qui j'en ai parlé sont de cet avis, et un grand nombre de Conseils généraux se sont déjà déclarés prêts à y établir des bourses.

« Il est, en effet, indispensable qu'il se trouve quelque part en France un lieu où s'élaborent les méthodes les plus sûres pour l'enseignement nouveau, où se forment les professeurs les plus habiles que l'État, les départements, les villes et les particuliers viendraient y chercher, où tout progrès dans les sciences appliquées serait immédiatement connu et expérimenté, ce qui permettra de le répandre par renseignement, vite et bien, dans le pays tout entier.

« La dépense pour cette fondation serait petite. Je voudrais constituer l'école sans état-major administratif et avec un très petit nombre de professeurs bien payés. Elle ne mettrait certainement pas au compte de l'État une charge annuelle de cent mille francs.

« J'ai eu l'honneur, au dernier Conseil, d'entretenir Sa Majesté l'Impératrice de ce projet, qui est à l'étude depuis une année. Je prie l'Empereur de vouloir bien l'approuver. »

L'Empereur me fit répondre aussitôt « qu'il fallait poursuivre l'exécution de cet excellent projet ». Rouher, conservant ses anciennes préventions, avait pourtant déclaré, dans le Conseil, « que Cluny ne pourrait réussir ».

L'École fut fondée. (Voy. op. cit., p. 240-244.)

La veille du jour où les cours devaient s'ouvrir, les élèves m'envoyèrent une adresse à laquelle je répondis aussitôt (G novembre 186G) :

XOTES ET SOUVENIRS.

« Mes chers amis,

« Merci pour les sentiments personnels que vous m'exprimez; merci surtout pour la conviction que je trouve en vous de la grandeur de l'œuvre que nous entreprenons.

« L'Allemagne et la Suisse ont sur nous, par renseignement professionnel, une avance de cinquante années, et un demi-siècle de cet enseignement a changé la face des deux pays. Il nous faut les rattraper d'un bond, pour les dépasser ensuite, afin que la France soit là, comme ailleurs, au premier rang.

« Cluny, dont les moines étaient grands défricheurs de sols stériles et d'esprits rebelles, Cluny, grâce à vous, gardera son rôle historique, en envoyant bientôt par tout le pays des maîtres qui enseigneront à prendre, au nom de la science, possession du monde matériel, mais qui n'oublieront jamais qu'en France la richesse n'est rien sans la dignité morale.

« L'enseignement spécial n'est pas seulement une méthode d'instruction; c'est aussi un système d'éducation. Faites donc, dans vos études, la part de l'âme et du cœur, comme celle de l'esprit, afin de n'être jamais tentés de les séparer ensuite dans vos leçons.

« C'est le mot d'ordre que je vous donne, en vous souhaitant la bienvenue dans cette grande Maison.

« Votre ami,

« V. Duruy. »

D'où venaient ces élèves? Un très petit nombre, vingt seulement, étaient boursiers de l'État; les autres avaient* été envoyés à Cluny par leurs départements. A ma demande, soixante-dix Conseils généraux avaient voté quatre-vingt-

dix bourses dont le prix, fixé par moi à huit cents francs, laissait à l'École, par chaque élève, un boni de deux cents francs, applicable aux besoins généraux de la maison. Les Compagnies de chemins de fer, de simples particuliers m'envoyèrent des élèves aux mêmes conditions. Le département de la Seine donna dix mille francs qui s'ajoutèrent aux cent soixante-dix mille votés par la ville de Cluny et le département de Saône-et-Loire. Les lycées ayant la personnalité civile et des fonds en réserve firent des prôts dont l'intérêt leur fut payé jusqu'au jour du remboursement. Les dons affluèrent de toutes parts; enfin, le collège d'enseignement spécial annexé à l'École, et qui arriva bien vite à rapporter plus qu'il ne coûtait, augmenta les ressources financières de l'institution naissante. Le Muséum d'Histoire Naturelle organisa un jardin expérimental de cinq hectares, les Facultés se dessaisirent, en faveur de Cluny, des instruments qu'elles avaient en double exemplaire; enfin, trois cent soixante-dix particuliers offrirent des livres et mille objets nécessaires à l'enseignement. Dès le 13 novembre 1866, j'écrivais à l'Empereur :

« J'ai demandé, pour Cluny, à une centaine de gros industriels, des échantillons des matières premières employées par eux et des spécimens de toutes les transformations que ces matières subissent avant d'arriver à l'état de produit vendable. Ils ont répondu avec un patriotique empressement, et Votre Majesté aura à Cluny le premier musée technologique de l'Europe. Ce sera le meilleur livre et le meilleur enseignement pour cette école des sciences appliquées.

« Il faut qu'on y fasse aussi du dessin. Le Louvre m'a promis généreusement pour trois cents francs de plâtres!

il y a tel don d'un industriel qui vaudra quatre mille francs, et, comme je publierai tous les dons, l'Empereur voudra sans doute que le Louvre figure sur ma liste pour un chiffre moins dérisoire.

« Cluny a besoin, aussi d'une bibliothèque. Il ne reste rien de celle des moines. J'ai déjà envoyé mille cinq cents volumes : ce n'est pas assez.

« Les bibliothèques de la couronne sont encombrées d'ouvrages en doubles, triples et décuples exemplaires. L'Empereur veut-il permettre qu'on cherche parmi les inutilités de ses bibliothèques ce qui serait le nécessaire de Cluny : des livres d'histoire, de littérature et de sciences appliquées?

<« Cluny est une solitude. Il faut que maîtres et élèves y trouvent une grande variété d'objets d'études et de distractions utiles. C'est dans ce but que j'y accumule un musée, une bibliothèque, des modèles de machines, des moulages de toute sorte, des dessins de toute espèce, même des ateliers où se travaillent le bois et le fer, afin que les élèves y fassent l'éducation de la main, comme ils font, dans les leçons, celle de l'esprit. Ils ont, en outre, un magnifique laboratoire de chimie et une belle collection d'instruments de physique et d'objets d'histoire naturelle.

« Les travaux commencés il y a un mois sont à peu près achevés ; les cours ont été ouverts le 4 novembre.

« Cette grande maison est régie par deux principes nouveaux, du moins en France :

« 1° Tout s'y rapporte à l'Enseignement, et personne n'y est purement administrateur. Le directeur fait un cours de pédagogie; le sous-directeur, un cours de littérature française; l'économe, un cours de comptabilité et d'écritures commerciales, etc.

« 2° Personne n'y est chargé de la discipline, mais tout le monde la fait. En d'autres termes, il ne s y trouve pas un de ceux que les écoliers exècrent sous le nom de pions.

« Le collège n'a pas môme de professeurs. Ce sont les élèves-maîtres qui font les leçons aux enfants du collège, sous la direction et le contrôle des professeurs de Y École. Ils apprennent d'un côté, ils enseignent de l'autre, et gagnent des deux parts. Aussi, la dépense pour le personnel enseignant et administratif ne dépasse point, dans les deux établissements réunis, les cinquante mille francs que coûte un mauvais collège communal.

« Quant au matériel, je n'ai encore dépensé que soixantequinze mille francs.

« Voilà une opération financière dont M. Fould devrait être ravi.

« Il est vrai que tout le monde m'a donné, excepté l'Empereur qui m'accordera bien, j'ose l'espérer, quelques livres inutiles de ses bibliothèques, et pour plus de trois cents francs de moulages du Louvre.

« J'oubliais de parler du jardin où seront réunies :

« 1° Une école botanique de deux mille espèces;

« 2° Une école de plantes économiques, industrielles et médicinales, comprenant cinq cent deux espèces ou variétés ;

« 3° Une école forestière (228 espèces) ;

« \° Une école fruitière.

« Les élèves-maîtres travaillent eux-mêmes au jardin. »

Le succès de Cluny fut grand : jamais création n'avait été plus encouragée par la faveur publique; mais grands aussi étaient les besoins, et le moment vint où il fallut demander à l'État d'intervenir à son tour. J'attendais pour

y recourir que l'École, en marchant d'elle-même et tout seule, eût fait ses preuves de vitalité. Je demandai pou elle un crédit de deux cent mille francs que la commissio du budget refusa d'abord. Mais, le 8 juillet 1868, je pou vais écrire à l'Empereur :

« Sire,

« La Chambre vient de me rendre les deux cent mille franc de Cluny, malgré la vive résistance du rapporteur de h Commission qui a parlé deux fois pour faire rejeter le crédit

« Je n'entretiendrais pas l'Empereur de cette affaire, qu est cependant pour moi de grande conséquence, s'i n'importait que Votre Majesté connût bien le sentimen des députés sur ces questions d'instruction publique qu< quelques-uns dédaignent, et auxquelles, avec sa haut raison, l'Empereur attache tant d'importance.

« Au vote, le rapporteur n'a été soutenu que par lei trois féroces de la Commission, MM. Segris, Louvet ei Gressier, qui se sont hâtés de se rasseoir, comme honteux de leur isolement.

« A la contre-épreuve, la Chambre entière s'est levée, el beaucoup de députés, même des membres de la Commission, sont venus se féliciter avec moi de ce résultat.

« C'est un signe de l'état des esprits et de la nécessité pour le Gouvernement de continuer à marcher dans la voi< où Votre Majesté l'a fait entrer.

« L'Empereur voit que Cluny est populaire dans h Chambre comme il l'est déjà dans le pays. »

Ce vote fut la fin de mes tribulations : elles avaient dun cinq ans!

Dans un de mes voyages à Cluny, j'avais essayé de voir notre grand poète Lamartine, qui habitait les environs, à Saint-Point. Le 18 avril 1865, il m'écrivit la lettre suivante :

« Monsieur le Ministre,

« J'ai été bien sensible à votre aimable souvenir. Je suis arrivé à Cluny une heure après que vous veniez d'en partir; vous voyagez comme César, mais avec plus de succès que lui ; le veni, vidi, vici s'appliquera plus justement à vos excursions rapides pour l'amélioration des hommes qu'à ses campagnes pour leur destruction.

« Je m'étais flatté de l'espoir de vous recevoir; je comprends l'impossibilité, mais j'espère mieux de l'avenir.

« Agréez, Monsieur le Ministre, l'assurance de mes sentiments les plus distingués, et rappelez-moi respectueusement à la mémoire de madame Duruy.

« J'irai bientôt à Paris vous remercier de votre lettre.

« Signé : Alph. de Lamartine '. »

Pendant la laborieuse campagne qui avait abouti à la création de Cluny, j'avais organisé l'Enseignement spécial en beaucoup de lieux. On m'a reproché de ne lui avoir pas donné des maisons particulières qui l'eussent séparé de l'Enseignement classique. Je l'ai fait partout où je l'ai

1. Je rappellerai à ce propos que l'Empereur, très préoccupé des embarras financiers de Lamartine, proposa un jour au Conseil de lui donner 506 000 francs. Je ne sais ce qu'il advint de cette proposition, probablement un refus du poète. Son inaptitude à conduire ses affaires était absolue. Un jour, mon éditeur, M. Hachette, s'offrit à y mettre un peu d'ordre. Il y renonça, Lamartine lui ayant demandé, dès le lendemain, d'accepter une combinaison qui aurait été très avantageuse au libraire, mais qui montrait que la maladie du poète était incurable.

pu; mais je n'avais pas les deux cents millions nécessaire

pour Télablir cheziui, comme il Ta été à Mont-de-Marsai

à Alais, à Napoléonville, etc. *. Je comptais arriver au bi

d'une autre façon. Dès le 9 octobre 18G6, j'écrivais à l'Ea pereur :

« Sire,

« Votre Majesté a bien voulu m'autoriser à me rendr à Mont-de-Marsan pour le 15 octobre. J'ai à faire un campagne scolaire de 12 à 15 jours dans les petites ville qui se ruinent avec leurs collèges latins et grecs. Dépens annuelle : dix millions; produit : deux cent cinquanl mauvais bacheliers; prix de revient pour chacun d'eux quarante mille francs.

« Il y a donc une petite révolution scolaire à faire. Le lettres, les circulaires ne suffisent pas. Il faut payer de s personne. »

Plus tard, je constituai une commission d'inspecteur généraux chargés de visiter ceux de nos deux cec cinquante collèges qui grèvent leur budget d'une gross subvention, pour que le maire, le médecin et le notaire d la commune puissent donner à leurs fils des professeurs d latin et de grec. Ces missi dominicî devaient solliciter un réunion officieuse du Conseil municipal et démontrer qu les classes latines éloignaient les enfants à qui cet enseigne ment était inutile, que le collège se mourait d'inanitior faute d'élèves, et ne vivait qu'aux dépens des finance

1. Sur la transformation du lycée classique de Napoléonville c maison d'enseignement, appropriée à l'enseignement agricole, voir i Bull. adm. du Ministère, pour 18G7, les p. 1T8-182. Une ferme mode y fut fondée par le ministre de l'Agriculture, à la demande de l'adra nistration de l'Instruction publique.

municipales. Faites-en un collège spécial, et les enfants de toute la ville, Gis de petits bourgeois, de marchands et de fermiers des environs, y viendront. Une instruction plus utile sera répandue et les finances municipales seront moins obérées. Mais, pour triompher de la vanité et des intérêts de quelques hommes influents, il m'aurait fallu du temps et je n'en eus pas : quelques mois plus tard, j'étais démissionnaire *.

Tout avait bien marché tant que le fondateur de l'École était resté, en quelque sorte, présent dans rétablissement par la correspondance quotidienne qu'il entretenait avec le Directeur et qui permettait à l'autorité ministérielle de lever sur l'heure tous les obstacles ou de satisfaire à tous les besoins, même aux plus urgents. Chaque année, des membres considérables de l'Institut, du Conseil d'État et de l'Université, délégués par le Ministre, se rendaient à Cluny pour les examens et la délivrance des brevets. La présence de ces hommes éminents, qui s'appelaient Dumas, Balard, Faye, Boulatignier, Gréard, de Mornay, délégué du Ministre de l'Agriculture, etc., et les fréquentes visites du Ministre inspiraient aux élèves une vive émulation, en

1. Sur l'Enseignement spécial, voir, en outre du volume de Delalain, celui que l'administration a publié en 1865 et où ont été réunis tous les documents officiels, circulaires et programmes; enfin Y Histoire des six premières années de Cluny, par F. Roux, le premier directeur de cette maison. Quant aux programmes, on leur a reproché d'être trop développés, parce qu'on n'a pas voulu tenir compte de la circulaire d'exécution où il était dit que ces programmes avaient été ainsi conçus pour que chaque maison pût prendre dans chacun d'eux ce qui convenait le mieux aux besoins de sa population scolaire. En France, pays de l'uniformité administrative, un programme sorti d'un ministère doit être le même partout. J'ai voulu réagir contre cette habitude qui était la contradiction même de l'Enseignement spécial (Voir op. cit. y p. 230) et le temps m'a manqué pour réussir dans cette tentative de décentralisation scolaire.

même temps qu'à la population du département un légitim orgueil.

Mais, en 1871, les sentiments changèrent à l'administra tion centrale : l'École était-elle coupable d'avoir été fondé par un membre du Gouvernement impérial? Je ne sais mais on lui enleva le chef, M. Ferdinand Roux, dont Tin telligence et le dévoûment avaient, pendant six années assuré ses premiers pas, et on supprima son autonomie qu lui avait permis, comme à toutes les grandes Écoles natio nales, de correspondre directement avec le Ministre. Mi» dans la dépendance du Recteur de Lyon et de l'Inspecteu d'Académie de Mâcon, elle descendait au rang d'un établis sèment de dernier ordre. Les grandes inspections annuelle lurent supprimées et remplacées de loin en loin par L visite d'hommes sans autorité. Enfin, dans la pensée d< préparer la fusion de l'Enseignement spécial et de l'Ensei gnement classique en un système d'études qui ne serait n l'un ni l'autre, on se montra disposé à recruter Cluny ave< des bacheliers, épaves malencontreuses des études clas siques, plutôt qu'avec les meilleurs élèves de nos quatre vingts Écoles normales primaires. En opérant sur un< base de recrutement aussi large, on aurait pu former poui l'Enseignement spécial un personnel mieux approprié qui ne l'auraient été des fruits secs des Humanités. Ajoute: que la troisième année d'études fut fréquemment sup primée, que des élèves munis de leur diplôme restèren longtemps sans obtenir une nomination, et vous convien drez que, si l'on hésitait à tuer l'École par décret, on avan çait sa mort en la condamnant à périr d'anémie. L'arrêt ; été exécuté en 1891 et l'enseignement organisé pour le classes industrielles a été transformé en un système d'étud

qui ne rendra pas aux fils de nos contre-maîtres les services que leur promettait le premier Enseignement spécial.

Cluny mort, où se formera le personnel enseignant? Jusqu'à présent on paraît penser qu'il se recrutera à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, dont la fonction est de fournir à nos quatre-vingts lycées et à notre enseignement supérieur leurs professeurs classiques. Mais comment, sans bouleverser les études de cette maison, pourra-t-on lui demander le personnel de l'Enseignement français? Les deux méthodes de préparation sont absolument différentes. Dans Tune, il faut, pour les sciences, de la théorie; dans l'autre, des applications; ici du latin et du grec, avec des études terminées à 18 ou 19 ans; là, point de langues anciennes et la fin de l'écolage entre 16 et 17 ans; enfin un magnifique établissement au centre d'une région agricole, commerciale et industrielle. Où tout cela se retrouvera-t il ?

A l'Enseignement spécial, se rattache le grand établissement de Galata-Seraï, fondé à Constantinople. J'avais écrit, dès le 26 août 1866, à l'Empereur :

« Sire,

« Depuis longtemps, je prépare un projet que je ne réussirai peut-être pas à exécuter : l'organisation de collèges français à Bukarest, Constantinople, Smyrne, Alexandrie et Tunis, qui formeraient autour de la Méditerranée orientale comme autant de foyers d'où rayonnerait l'influence

morale de la France. L'École d'Athènes, placée tout i milieu, ferait le contrôle scolaire, les examens, la déJ vrance des grades et donnerait l'impulsion. Le tout form rait silencieusement, sans qu'on s'en aperçût, si ce n'e lorsque tout serait créé, comme l'Université de France c Orient. L'Orient a besoin des sciences appliquées et d< langues vivantes; c'est l'enseignement que ces collège donneraient.

« Je n'ai encore parlé de ce plan qu'à deux ou trois pei sonnes pour tâter le terrain et je voudrais l'exécuter sai bourse délier, ou avec peu de dépense pour nous.

a A Bukarest, la chose sera très facile et s'exécutera,; crois, quand l'Empereur le voudra.

« Pour Constantinople , l'ambassadeur de Turquie Paris désire ardemment la fondation d'un pareil établisse ment; j'ai vu chez lui le ministre de l'Instruction publiqu du Sultan qui partage ce désir, et notre ambassadeur ei disposé à en appuyer de toutes ses forces la réalisation.

« A Smyrne, la colonie franque et les négociants smyi niotes le demandent. Mais notre consul, le comte Bentivc glio, n'a pas su conduire l'a flaire à bien avec les seule ressources des intéressés. Il m'a proposé une avance de 1 France que je n'ai pu promettre.

« A Alexandrie, M. de Lesseps en a causé avec le vice-rc qui est très favorable.

« Enfin j'ai reçu il y a huit jours la visite d'un Françai de Tunis se disant l'homme de confiance du Khaznadar e qui vient de m'écrire la lettre et la note ci-jointes *.

1. Cette lettre et cette note, envoyées par moi à l'Empereur n'oc pas été retrouvées, mais elles tendaient à rétablissement d'un collèg français à Tunis. De môme à Corfou, dont l'administration municipal me demanda d'organiser dans celte île un collège.

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« Pendant trois siècles, les Échelles du Levant ont été à nous et les autres puissances ne pouvaient y négocier qu'en s'abritant derrière le drapeau de la France. Aujourd'hui, les Autrichiens, les Italiens et les Anglais nous en chassent. Conservons au moins notre influence morale qui, après tout, est la meilleure : des foyers de science, allumés, entretenus par nous, contribueront certainement à raffermir. J'ai pris grand soin de ne rien ébruiter de tout cela. Mais le temps est peut-être venu d'agir.

« L'Empereur veut-il m'autoriser à conférer de cette affaire avec M. le Ministre des Affaires Étrangères qui, au besoin, trouvera sans doute quelques fonds dans son budget pour cette œuvre. Sa Majesté me dira en môme temps ce que je dois répondre au Tunisien. »

Les négociations avec la Porte réussirent. Abd-ul-Aziz accorda pour l'établissement du nouveau collège un immense édifice dans la plus belle position de Constantinople, au-dessus delà mer de Marmara, en vue des lies des Princes et de la côte d'Asie. Un directeur, des professeurs à la solde du gouvernement ottoman, y furent envoyés de France et un hatti-oumayoun du Sultan déclara que, pour entrer dans l'administration turque, il faudrait être pourvu du certificat de Galata-Seraï. Quand je visitai, en janvier 1870, cet établissement qui n'avait pas coûté un centime à la France, il était en pleine prospérité, avec plus de 500 élèves de toutes races et de toutes religions jouant ensemble aux heures de récréation, en vrais collégiens, sans disputes ni querelles. Lorsque l'Impératrice, en 1869, partit pour son voyage d'Orient, j'avais eu l'honneur de lui

écrire :

« Madame,

« Puisque Voire Majesté doit aller à Constantinople qu'EUe me permette d'appeler son attention sur une curiosité Constantinopolitaine, le lycée franco-turc de Galata- Seraï.

u J'ai travaillé dans l'ombre pendant quatre années poui le fonder. Depuis septembre dernier, il est ouvert et il compte du premier coup 530 élèves, dont 500, à cetU heure, comprennent déjà le français.

« Hier, en chemin de fer, j'ai entendu un Anglais, qu; venait de le visiter, en parler avec une admiration qu: n'était pas sans mélange d'une certaine crainte.

« Cette maison, dont tous les fonctionnaires sont français, deviendra, en effet, si on la soutient, un centre d« propagande morale pour la France en Orient, et, pour h Turquie, un instrument de défense contre les ambition! qui la menacent, puisque le but de sa fondation a été d'importer et de répandre dans l'Empire Ottoman les sciences appliquées de l'Occident.

« Que Gala ta prospère, et il pourra, dans quelques années, envoyer des colonies scolaires dans les principales villes de l'Empire. Alors, la Méditerranée orientale se trouverait enveloppée comme d'un cercle d'établissements français, n'ayant rien coûté à la France, et, cependant, lui rapportant beaucoup.

« Je regrette de n'avoir pas, mardi dernier, entrenu l'Impératrice de cette fondation et des espérances que j'y rattachais. C'est une des œuvres auxquelles je tenais le plus

« Pour plaire aux Russes (aveu du nonce), Rome i excommunié cette maison; c'était commettre une double faute : la première, parce que le bref était une sottise; li

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