‹ Notes et souvenirs (1811-1894) (volume 3)Chapitre 11 sur 46 · Les Femmes savantes, acte II, scène vu · texte numérisé non relu

Les Femmes savantes, acte II, scène vu

Marat et l'Inquisition, ceux qui ont fait la Saint-Barthélémy et les massacres de septembre n'étaient pas autre chose. Tous ces violents qui disaient : « Périsse le monde plutôt que ma pensée ou ma croyance ! » partaient d'une idée qu'ils croyaient juste et en déduisaient rigoureusement d'épouvantables conséquences : l'un, dans le Dieu de l'Évangile, voyait la divinité implacable des auto-da-fé, l'autre, dans la doctrine de la fraternité humaine, trouvait la nécessité logique d'immenses égorgemenis. « Tu ne « savais pas, dit un damné à Dante, tu ne savais pas que « j'étais si bon logicien *. »

« Dans la solution d'un problème, il y a sans doute recherche, invention, création même, si vous le voulez, et par conséquent dans les mathématiques l'esprit conçoit et juge tout comme ailleurs; mais il n'opère toujours, et c'est là le point important, que sur des quantités rigoureusement mesurables; tandis que nous autres, nous opérons sur des quantités et sur des qualités flottantes. 11 n'y a pas de nuances en géométrie, il y en a d'infinies dans les choses de la pensée et de la vie. Les sentir, les rendre, c'est le grand art du peintre et de l'écrivain, celui de l'homme de tact dans un salon, de l'homme de goût dans une académie.

« Je dirai môme plus. Deux et deux font quatre en mathématiques, mais pas toujours dans la vie, dans l'art, môme dans la morale. Hors des sciences exactes, il arrive souvent que le vrai se môle avec le faux d'une telle manière que, pour le discerner et le saisir, il est besoin d'une foule d'opérations très diverses de l'esprit, et qu'on

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