Ibid., p
plus jeunes enfants de notions scientifiques inutiles à leur éducation et qu'ils ne peuvent ni comprendre ni retenir. Dans 1 éducation, renseignement du bien et du beau est le nécessaire; celui de l'utile ne sert qu'à la profession. Le premier prépare l'homme et le citoyen, le second fait l'ouvrier, le contre-maître et le patron; tous deux sont indispensables, mais à des degrés différents, pour le développement de l'intelligence et la bonne conduite de la vie. Cela, je le pense encore, car la grande affaire pour les élèves de nos lycées classiques n'est pas de tout apprendre, ce qui les conduirait à ne rien savoir, mais de former leur esprit par un commerce assidu avec les maîtres de la pensée humaine.
Aussi ai-je introduit, dans cet ordre d'études, peu de réformes, les unes de fond dans les hautes classes, les autres de discipline plutôt que de méthode.
Dans le plan d'études élaboré au temps où florissait la réaction cléricale, on avait réduit la philosophie à la logique, et je trouvai, un jour d'inspection au lycée de Bourges, un professeur de cette classe fatiguant ses élèves et lui-même à rendre compte des quarante ou cinquante formes de syllogisme que le moyen âge s'était plu à étudier, pour ne pas penser à de plus sérieuses choses. Faute d'espace, il piétinait sur place et, ne pouvant s'étendre, il s'enfonçait dans les ténèbres. Ce fut la réponse que je fis, dans le Conseil Impérial, à l'évêque de Langres, lorsqu'il me reprocha d'avoir, dès les premiers jours de mon entrée au ministère, rétabli la philosophie dans ce que j'avais appelé « ses droits et son honneur1 ».