BOULEVARD SAINT-GERMAIN
Janvier 488S.
A mon fils Louis-Victor.
Mon cher enfant,
Tu n'as pas quatorze ans et je suis entré dans ma soixantC'diX'Septième année. Tu seras donc encore un enfant y ou tu commenceras à peine à voir poindre ta pre^ mière barbe, quand je. t^ embrasserai pour la dernière fois, et, de moi, tu n auras connu que le vieillard opiniâtre au travail, que tu voyais toujours penché sur la tache quil s'était donnée. Je veux te raconter ce que fut ma vie publique et littéraire^ afin que tu puisses dire un jour à tes enfants : « Mon père a été un bon serviteur du pays et il a mis de r honneur dans sa maison; faisons comme lui, »
Mais je recommanderai à ta bonne mère de ne te laisser lire ces notes qu* après ta vingtième année, parce que je tiens à ce que ce soit avec un libre esprit que tu apprennes ce que l'étude et r expérience de la vie m'ont enseigné. Quand tu me connaîtras bien et que tu seras en état de j figer quelle route j'ai suivie^ tu chercheras toi^ même ta voie. Je souhaite quelle ne s'éloigne pas de la mienne; car r ambition dé ma vie a été de fonder une famille qui garderait l'esprit de son chef.
A Londres, fai vu des maisons /jtti^ depuis deux sicc/cs, portent le même nom : le fils ayant succédé au père et continué la tradition d^ honorabilité des aïeux. C^cst une grande force y mais ce n est pas T habitude française. Tes deux frères aînés, fjue fai perdus, avaient pris une diuclion différente; George, qui me reste, s* est fait, du nioinsj par son talent, une belle place dans la littérature et il a gagné r estime publitjue par la dignité de sa vie.
Pour toi, mon cher enfant, tu as choisi une autre voie (jui est bien loin de me déplaire, parce fjue le régiment est une giande école de discipline, de respect et de dévoûnient. Je ne réclame de toi, rjuand tu liras ces lignes, (juune adhésion volontaire et réfléchie.
Ton père,