‹ Notes et souvenirs (1811-1894) (volume 4)Chapitre 17 sur 43 · PLAN D'ADMINISTRATION ARRÊTÉ · texte numérisé non relu

PLAN D'ADMINISTRATION ARRÊTÉ

accomplis pouvaient protester contre cette évocation d'un passé qu'ils avaient connu. On y trouvera, je Tespère, renchatnement logique des mesures prises durant cette administration de soixante-treize mois, qui aurait eu besoin c!e se prolonger encore pour arriver au bout du programme arrêté dès le premier jour.

Ces pages, écrites il y aura bientôt trente ans, pourraient prêter à bien des observations touchant les mesures qui ont été décrétées plus tard. Je me contenterai de dire que j'approuve Tobligation de renseignement primaire, l'ayant moi-même demandée ; mais à la condition de ne pas lui donner pour corollaire la guerre religieuse que je n ai jamais faite. Je n'ai pas non plus construit les palais scolaires qui nous ruinent, et j'avais trop peu de ressources pour abandonner tout entiers les dix-huit millions que produisait la rétribution scolaire, à raison de dix à douze francs par an et par élève, en substituant la gratuité absolue, inutile aux gens aisés, à la gratuité relative de la loi du 10 avril 1867, si nécessaire aux pauvres. Mais j'ai le droit, sans sot orgueil, de répéter après beaucoup d'aulres, même d'ouvriers de la dernière heure, que le mouvemen! imprimé à l'Instruction publique, entre 1803 et 1809, a déterminé celui qui Ta suivi. Les lycées de filles, aujourd'hui trop nombreux, sont nés des cours pour TEnseigncment secondaire des femmes que des associations libres, su.scitées par le Ministre, établirent à la Sorbonnc et dans quarante-quatre villes de France, sans rien demander à l'État*; et dans les boursiers de Faculté, je vois une transformation coûteuse et encombrante des Ecoles uonnales

i. Voir ci-dessous, chap. X, ^ m, p. 275.

20e NOTES ET SOUVENIRS.

teeondairet. Celles-ci, en donnant aux professeurs du haut enseignement des élèves assidus au lieu d'auditeurs de passage, ne menaçaient pas d*une concurrence fatale rÉcolc normale supérieure où les études sont une meilleure préparation au professorat. L'Enseignement spécial, tout mutilé qu'il est sous prétexte d'agrandissement, subsiste \ et l'École des Hautes Études a gagné, même à l'étranger, des diplômes d'honneur. Qu'on lise aussi le long rapport d'octobre 1868, sur l'Enseignement Supérieur; mieux encore, les deux projets de loi présentés par moi au Sénat en juin et juillet 1870, qui annonçaient la prochaine reconstitution de quelques Universités provinciales, et l'on pensera que je puis livrer sans crainte ma vie ministérielle au jugement de ceux qui se demanderont si j'ai rempli ma fonction les yeux constamment Gxés sur les besoins légitimes du pays.

Pour les bien connaître, je fis procéder à une enquête approfondie sur nos trois ordres d'enseignement. Les Staiistiqw*s de t /enseignement primaire^ moyen et supérieur^ ont pour la première fois fait connaître, dans le plus minutieux délail, la véritable situation de nos établissements scolaires, depuis l'école du village jusqu'au Collège de France. Dans le môme temps, des missions envoyées en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, en Suisse, en Amérique, et des Mémoires demandés à tous nos agents diplomatiques fournissaient de précieux renseignements sur les institutions similaires de 1 étranger. A la lumière projetée par cette double et consciencieuse étude, la France vit qu'un effo-t

\. L'Enseignement spécial, depuis que ces lignes furent écrites, a tMê al)oli et non remplacé par l'Enseignement moderne, qui ne réponil pas aux mêmes besoins. (Note de 1 éditeur.)

PLAN D'ADMINISTIL%T10N ARRtTt. ^^

énergique élaîl indispensable, el elle se ivsolul à le pour ne pas demeurer plus longtemps en arrière de peuples parquiellen a pas rhabilude de se laisser devancer.

Chacune de ces statistiques, qui formait on gros volame in-i, fut précédée d'un Rapport à TEmpereur où je signalais les besoins révélés par lenquéte et les mesures à prendre afin d'y pourvoir. Lorsque l'on prépara l'Exposjlion universelle de 1867. je demandai encore l'autorisatien, pour le Ministre de l'Instruction publique, d'être luimême exposant. Dans une série de rapports, rédigés et signés par des membres de l'Institut ou des hommes émincnts dans chaque branche d'études, on constatait :

1"* Les progrès accomplis en France dans les sciences mathématiques, physiques et naturelles, depuis vingt ans, c'est-à-dire depuis l'ère des grandes expositions.

2^ Les progrès accomplis par les sciences morales et politiques dans leurs applications aux besoins de la société.

3** Le rôle des lettres françaises, étudiées moins au point de vue de la forme, ce qui est la lâche de la critique littéraire, que dans leurs effets sur l'éducation générale du pays. Car, au palais de l'Exposition, au milieu de ces produits matériels qui sont une promesse de bien-être, les arts libéraux ne peuvent entrer que pour dire ce qu'ils apportent aux peuples, non pas seulement de nobles distractions, mais encore de force et de dignité morale.

La Prusse s'émut de cette nouveauté et, le ±*) novembre 18()5, j'écrivis à TEmpereur :

« Sire,

« Il se produit, au sujet de TExposition morale, un incident sur lequel je ne comptais pas. La Prusse a pris feu à

celte idée; elle y voit un moyen d^afCrmer et d'assurer son hégémonie sur TAUemagne. Un secrétaire du comte de Goltz est venu, à plusieurs reprises, presser mon fils de lui dire quel était notre plan, en avouant ingénument qu'on voulait prévenir la Diète et attirer tout à Berlin.

« J*ai fait alors, très indirectement y avertir le baron de Seebach' qui a juré, comme un landsknecht, que M. de Bismarck ne prendrait pas la science allemande aussi facilement que les duchés danois. 11 a aussitôt écrit à son gouvernement et s'est mis en campagne pour entraîner les petites cours dans son plan. II n est pas indifférent que les Allemands viennent à Paris, divisés....

« On parle beaucoup de Toutillage de la France pour son industrie et son commerce. Mais son outillage scientifique est dans un état lamentable. A Saint-Pétersbourg, on vient de dépenser des millions pour construire un gigantesque laboratoire: même chose on Allemagne, en Angleterre. Avant peu, la science franç:aise sera, pour lutter contre la science étrangère, dans la position où se trouverait Votre Majesté si Elle n'avait que les vaisseaux de Louis XIV pour battre rescadrc cuirassée de rAngleterre.

u J'espère que VExposHion moralt\ en montrant avec la dernière évidence que les innombrables richesses de l'industrie sortent du laboratoire des chimistes et du cabinet des physiciens ou des naturalistes, comme un fleuve sort de ses sources, convaincra le pays de la nécessité impérieuse d'assurer une suffisante dotation à la science.

« Je supplie l'Empereur de tourner son attention de ce cùté. Les grandeurs de la paix sont là. «

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