PLAN D'ADMINISTRATION ARRÊTÉ
Pour bien marquer le caractère qu'allait prendre mon administration, je demandai à TEmpereur, cinq jours après mon arrivée au Ministère, de signer le décret du 29 juin qui rendait à la philosophie son rôle essentiel dans notre système d'éducation et rétablissait, dans nos concours, Tagrégation spéciale à cet ordre d'études : c'était la rupture avec l'esprit de la législation universitaire de 1850.
Un mot prononcé par moi à la première séance du Conseil Impérial (juillet 1863) annonçait aussi quels allaient être mes efforts pour viriliser l'éducation du pays par des études sévères, coupées d'exercices physiques, môme d'exercices militaires pour nos élèves de dix-huit à dixneuf ans : « L'Empereur nous demande de faire des hommes et non pas seulement des bacheliers ».
A propos du rétablissement de la philosophie dans l'économie de nos études, je reçus de M. de Monlalembert la lettre suivante où, avec sa haute intelligence, il jugeait la mesure comme Monseigneur Darboy qui, à propos de la môme question, me disait : « Ce ne sont pas les esprits forts que je redoute, ce sont les esprits faibles. »
- Maiche (Doubs), 11 juillet 18G3.
« Monsieur le Ministre,
« Je suis très sensible à la bonne pensée qui a porté Votre Excellence à me faire envoyer la suite de la Collection des Documents inédits sur Vhistoire de France^ que j'avais reçue depuis l'origine comme membre du Comité historique. Cette bienveillante attention de votre part,
200 NOTES ET SOtVENIRS.
Monsieur le Minisire, forme un contraste aussi agréable pour moi qu'honorable pour vous, avec le procédé do M. Forloul qui m*a exclu, au nom de TEmpereur, du Comité où j*avais été appelé par M. Guizot et maintenu par M. Camot.
« Je me sons encouragé par votre démarche à profiter de cette occasion pour vous adresser mes très sincères félicitations sur le rétablissement de la classe de Philosophie dans les lycées. Adversaire invétéré de l'ancien monopole universitaire et Tun des auteurs de la loi de 1850, je n ai jamais pensé que la suppression de la philosophie dût compter parmi les réformes que comportait renseignement public, et je n*ai jamais compris comment l'État avait pu, en 185â, infliger à ses établissements cette marque d'humiliante infériorité.
« Vous avez été. Monsieur le Ministre, heureusement inspiré en la faisant disparaître, et tous ceux qui ont A cœur rhonneur de la France et de Tespril humain vous en sauront gré.
« Agréez cet liommcigc Irôs désinlérossé en même temps que Tassurance do la houle considcralion avec laquelle j'ai rhonneur d*<>lro
« De Votre Excellence,
« Le très humble et très obligé serviteur,
« Cu. DE MONTALEMREHT. »
Les grandes lignes de mon administration avaient donc été tracées d'avance. On verra si je les ai fidèlement suivies, en lisant quelques pages écrites en novembre 1869, et que j'ai mises en tétc d'un des volumes publiés par Delalain, alors que les témoins encore vivants des actes