‹ Notes et souvenirs (1811-1894) (volume 4)Chapitre 25 sur 43 · L ENSEIGNEMENT SECONDAIRE SPÉCIAL ET LES COURS DE JEUNES FILLES · texte numérisé non relu

L ENSEIGNEMENT SECONDAIRE SPÉCIAL ET LES COURS DE JEUNES FILLES

11 y a en France dix-huil ou vingt millions d'agriculleurs et deux millions d'ouvriers industriels ou de petits patrons, sans parler de un million deux cent mille employés ou gagistes: le reste pratique les professions libérales ou vit de ses rentes. Pour ceux-ci et pour les enfants qui présentent des dispositions favorables, on a créé qualre-vingts lycées et deux cent cinquante collèges; pour les autres, rien, si ce n'est un nombre trop petit d'écoles techniques ou commerciales. Noire société devenant de jour en jour plus industrielle, j'en conclus qu'il était urgent de créer un ordre d'éludés qui pût convenir aux enfants de ces trente-trois millions d'hommes.

Les humanités sont excellentes à la condition d'élre achevées; aussi ai je supprimé la bifurcation qui, arrêtant les éludes classiques à la quatrième, rendait inutile le travail des classes antérieures et coupai l en deux Tesprit des élèves par la séparation complète de la littérature et des

sciences. Je remplaçai celte mesure funeste par la création de TEnseignemenl spécial. On a vu ce qui m'était arrivé au lycée de Coulances* et comment l'idée d'approprier l'instruction aux besoins véritables de ceux qui viennent mettre leur esprit dans les mains de l'Université, m'avait hanté durant mes deux années d'inspection générale. Dès que j'eus le droit et le devoir d'appliquer les conseils que j'avais inutilement donnés, je me mis à l'œuvre, mais ce ne fut pas sans rencontrer de nombreux adversaires '.

L'Université était trop attachée à ses classiques pour accueillir avec bienveillance des études où il n'était question ni de latin ni de grec, et quelques-uns de mes collègues, confondant l'école et l'atelier, voyaient dans ce projet un empiétement de mon administration sur celle des Travaux publics. Le Ministre du Commerce y était absolument contraire, et le Ministre des Finances, plus préoccupé d'économie que de dépense fructueuse, regardait le projet avec défiance. Il aurait volontiers répété le mot du fabuliste :

Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille.

Une lettre du 13 septembre 1863 montre l'Empereur en opposition sur ce point avec ses conseillers et soutenant contre eux son Ministre de l'Instruction publique :

« Sire,

« Je viens d'avoir une longue conférence avec M. Rouher. Je lui ai fait voir ce que j'avais eu le tort de ne pas montrer

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