‹ Notes et souvenirs (1811-1894) (volume 4)Chapitre 34 sur 43 · I. Voyez p · texte numérisé non relu

I. Voyez p

y juillet 4863, quelques jours seulement après mon entrée au Ministère, j'avais adressé à l'Empereur la lettre suivante :

<« Sire,

u J*ai l'honneur de soumettre à l'approbation de Votre Majesté un projet de décret, qui, sans f'nerver VauioriU' ministérielle, rend aux membres du corps enseignant quelques-unes des garanties de bonne justice que le décret de 1808 leur accordait.

« Aujourd'hui, j'ai le droit absolu de destituer, et je n'ai d autre moyen pour arriver à la vérité que l'instruction secrète, quelquefois partiale, de mes bureaux. Aussi ceux que je frapperais pourraient dire (|u'ils ont élé étranglés entre deux portes par les muets du sérail. 11 y a profit pour tout le monde à ce que la justice d'une décision ne puisse être attaquée. Elle ne le sera i)as, quand l'inculpé aura le droit de comparaître et de se défendre devant un tribunal éminent.

« En deux mots, je propose de substituer, pour les seuls titulaires d'emploi, une instruction publitjue à l'instruction secrète que nos mœurs, nos idées et le bon sens repoussent. • « M. Rouland a pris l'Université par le ventre, et il a bien fait : il fallait commencer par lui donner du pain. Je voudrais la prendre par un autre côté.

« La mesure que je supplie l'Empereur d'approuver donnera aux membres du Corps enseignant plus de dignité et elle relèvera à leurs yeux leur propre condition, ce qui est un gage que cette condition sera mieux remplie. L'officier est propriétaire de son grade, le juge de sa fonction; (jue le professeur rprouvê le devienne de sa chaire. 11 y monio

NOTES ET SOCVESIRS.

Drto un coDCOurs public; qu'il n'eo descende qu'après an ^ment public. Le rapport entre la magistrature de nseignement et celle de la justice donnera à nos maîtres e sentiment du respect de soi-même qui, s'il n'est pas la -lu. en l'sl liu luoins U' commencement; et l'autorité

lique n'en restera pas moins armée sufGsamment. > Au lieu de la lui de colore de 1850, c'est la loi de jus- ) de 1808 que rrnivrr^ilé retrouve et un lien de plus rétabli entre les deux Empires, l'ai préréré un décret A un arrêté pour effacer le et laisser monter jusqu'au souverain la reconnaislU corp» enselg^nant.

tnneiir d'être. Sire, etc. ■>

Écoles normales secondaires.

En 1865, il existait i50 collèges oii beaucoup de professeurs ne possédaient que le dernier des grades universitaires. Pour relever les éludes dans ces maisons, il aurait fallu des licenciés et nous n'en avions pas à leur donner. D'autre part, nos Facultés de province languissaient faute d'élèves assidus que des auditeurs de passage ne remplaçaient pas. Après deux années d'expériences particulières, des Écoles normales secondaires furent organisées dans tous nos ressorts académiques. Des maîtres répétiteurs, mis en subsistance dans le lycée du chef-lieu, moyennant deux heures de service par Jour donnés dans cette maison, suivirent à la Faculté des cours préparatoires à la licence, et des négociations avec les Compagnies de chemins de fer permirent it des régents de venir, avec une bien petite

l'enseignement secondaire classique. -297

perte de temps et d'argent, assister à ces leçons. Enfin, à ceux qui habitaient trop loin, des devoirs furent envoyés par les Facultés, sous le couvert du Recleur, et, par la môme voie, les copies revenaient aux professeurs pour être corrigées par eux. Ainsi s'organisait sans dépenses un double service profitable aux collèges et aux Facultés.

En 1869, près de 500 personnes usèrent de ce procédé pour achever leur instruction universitaire. Les boursiers de Facultés remplacent aujourd'hui les Écoles normales secondaires. C'est la même pensée développée, parce que les ressources sont plus grandes; mais ce serait un péril si, oubliant que nos Facultés ont pour devoir social d'entretenir, au sein du public lettré, le goût de la haute culture de l'esprit, on les laissait devenir de simples écoles préparatoires aux grades universitaires *.

Ma pauvreté budgétaire m'obligeait à être ingénieux pour arriver sans argent aux résultats nécessaires. J'avais agi de même pour les cours d'adultes et pour l'enseignement spécial; et, comme on le verra bientôt, il sera fait ainsi pour l'École des Hautes Études. 11 est triste de le dire, mais ce n'est ([u'après nos désastres que la Fiance a eu la révélation de sa puissance financière.

Liberté rendue à la librairie classique et aux professeurs pour le choix des livres scolaires.

Dans le temps où l'Université était regardée comme un moyen de gouvernement, il existait une commission pour

I. Dans le rapport du 15 novenihrc 18^8 sur rEnscignement supérieur, je demandais la constitution de bourses de Faculté. Voye/ Delalain, op. cit., p. "28.

tt SOTES ET 80t\'EMBS.

l'cgutneo d(r% litirs qui fleraienl approuvés ou eoDdawii^

parlt! MinUlrp. OuumI j'arrivai à Ittôld de la me de Gre-

nellr, tnn> n>i11<- nuvrages Paient en instance auprès du

Ciinsrîl ImpiTi.il |>4ar être jog^. Un très petit nombre

tblenaieol i chaque aetwioa l'eslamiMlle nécessaire A leur

âraulatioa dann nos maison» d'éducation; d'où il résnllait

[ue k littérature scolaire ne suivait pas les pn^;tës de la

•cieBce. Des livres de chimie, de phyuque, par Czample,

ïeax de quarante ans, étaient en posseswMi du marché

>w leur ttssunit la Tormule imprimée à leur première

ige : Approuvé p«r fUnivtniti, Cette législation, qui

mslituit des monopoles, arrêtait l'essor de la librairie

laaique et condamnait les professeurs & ne se servir que

: certains ouvrages, lorsqu'ils auraient voulu en voir de

iCilleurs dans les mains de leurs élèves. Il fallait tourner

loi tout en la respectant. J'adressai aux recteurs les

itra étions suivantes :

« Monsieur Ip llectcur.

« Chaque année, l'adminislration de l'Instruclion publique dépense une somme considérable en acquisitions de livres destinés aux biblio(hè({ues scolaires; chaque année aussi une muitiludt^^ d'ouvrages sont donnes en pri<c dans les maisons d'éduration.

« Pour guider dans leurs achats l'adminislratiou et les chefs d'élablissemenls, il serait bon qu'une liste fût établie de la manière suivante :

« Pour les bibliothèques scolaires, chaque instituteur d'un ressort d'inspection dresserait la liste des ouvrages qu'il croirait utiles de placer dans la bibliothèque de l'École pour les élèves eux-mêmes on pour les prêts à leurs

familles. L'inspecteur réunirait ces listes, les compléterait ou les modiGerait, sous sa responsabilité, et les transmettrait à rinspecteur d'académie qui ferait pour le département tout entier le catalogue établi par l'instituteur pour la commune, par l'inspecteur primaire pour l'arrondissement. Le recteur composerait du tout une liste académi(|ue que l'administration centrale, à son tour, transformerait en liste générale.

u Cet examen, procédant de bas en haut, aurait cerininement pour conséquence de faire connaître des livres qu«î la librairie parisienne connaît mal, parce ({u'ils sont appropriés à la commune, au canton, ou au département; leln, par exemple, que des ouvrages de biographie, d'hisloire et de géographie locales, d'industrie, de culture om d<* commerce particuliers; en un mot, des livn?s d'inlén'^l h|m'' cial et, par cela même, d'autant plus atlraynnls ou iiIIIch.

« Pour les bibliothèques de quarli(»r, comme pour len livres de prix dans les Ivcées et collèges, on siiivniil l/i même marche. La lisle arriverait siireessivernenl iIih |>io fesseurs, des proviseurs et des prineipîiiix niix mnin»* île rinspecteur d'académie, puis du reeleiir, pour être Inirm formée au ministère, à l'aide des InspeeleiiiH griirinux, en liste générale.

<« Cette double lisle pour les deux ensei^rfii.nii.niH Hrmii constamment tenue à jour par des addilioiiM ou relinrirlie ments faits cha(|ue anriéi» en (>)nseil inipérinl. ..

Cette dernière plirase laissnil inlaels Ii-h droite ipie |r Conseil tenait de la loi de 1S:>(); mais la lilierlr rliul rendue à la librairie classique et h» choix de leurs InslrunienK dr travail aux profess(Mirs, à la er>ndilion, pour 1rs un'-, dr n«

300 NiiTE? ET SOUXXMBS.

faire imposer, pour les autres de ne choisir que de bons ouvrages, puisque la lîsle éUil soumise à une triple revision.

Cette liste fut envoyée à tous les éditeurs que l'adminislion convoqua au Ministère pour une adjudication >lique. Celui qui ofTrit le rabais le plus considérable fut Jaré adjudicataire et reçut les commandes des comnés. Il était tenu de leur livrer, à la station de chemin . fer la plus voisine, les ouvrages reliés moyennant un inférieur de 16 p. 100 au prix fort du livre broché. 4ce à ces mesures, il y eut bientôt dans les communes de 12 000 bibliothèques scolaires, utiles aux maîtres ne aux élèves, et dont les livres pouvaient circuler < les familles durant les veillées d'hiver.

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