Je ne sais plus de quelle afîaire il s'agissait
MOraS ET S&uVÉNÎAfi.
« U. Rouland har faiaut mille peUfes Iraf muiîuj, jV, dn premier joar. renoncé k cette gnerre de UvqMs, fa Iwnoré leurs efforts poor l'ensugnemat pt^mhûre, d perce qu'un jour je me refuee à iaBclK»nèr par ne seertte tolérance un [HÎTilège qui, s'il étaU eonna, révukerait le Benliment le plus cher au pays, calui de Tégatlé devant l'impôt du seng, je deriois le maudtt I
« Vous avez été l'homme de la loi, MoqaeâgBear, voaa resterei celai de la justice et tous Utmerea ob lèle mnti» et dangereux.
« Je prie Votre Éminenee d'agrfert etc. *
Celte lettre fut inutile; deux mois q>iès, leBjninetlSil; j'étais ohUgé d'écrire à l'Empereur :
«Sire,
u Je m'applique à déranger le moins possible Votre Majesté pour mes aiTaires particulières. Mais M. le Ministre de riutérieur ayant parlé dans le Conseil d'aujourd'hui da blâme demandé contre moi au Sénat par le cardinal de Bonnechose, je dois donner à l'Empereur quelques reoseignemcnts qui ne lui ont peut-^tre pas été présentés.
ic Le cardinal a usé avec moi d'une parfaite hj'pocrisîe. Dans une conversation d'une heure et demie, je lui avais montré les erreurs maiérielUi de l'archevêque de Rennes et il m'avait laissé convaincu que nous étions d'accord. Il a cependant tout mis en œuvre pour ameuter contre moi le Corps législatir et le Sénat.
<< Il m'importe que l'Empereur sache jusqu'à quel point ces menées ont échoué.
Il A la Chambre, deux commissions, celles des cent mille
hommes et celle de la loi sur rinstruction primaire, ont repoussé les prétentions de Tarchevôque de Rennes; le Conseil d'État, à Tunanimité moins deux voix, m*a encore donné raison; au Sénat, enfin, les deux cardinaux Mathieu et de Bonnechose ont essuyé un échec sanglant et bien significatif : au sein de cette assemblée, ils n*ont gagné que quatre voix à leur opinion.
« Pour obtenir ces résultats, le Gouvernement n*a eu aucun effort à faire. MM. Rouher et Vuitry sont tranquillement restés à leurs discussions du Corps législatif, le Commissaire du Gouvernement n'est intervenu qu'à la fin du débat par un discours mal écouté.
« Mais je pratique beaucoup le précepte de Lafontaine : Aide-toi, le ciel t'aidera. J'ai tout montré, tout expliqué à bon nombre de sénateurs, et la magistrature qui siège au Luxembourg s'est levée comme un seul homme contre la prétention cléricale.
« L'Empereur avait jugé, dès le premier instant, comme MM. Troplong, Delangle et de Royer. Mais un doute est né plus tard dans l'esprit de Votre Majesté sur Vopportunité de la mesure. Que l'Empereur me permette de lui dire que ce doute n'a été partagé par aucun de ceux qui ont dû étudier cette question. M. Troplong me disait, ce matin encoi'c, qu'il n'était pas possible que j'eusse agi autrement.
« Voilà donc une affaire terminée et, sinon sans bruit, du moins sans embarras. 11 en reste que l'Empereur a ressaisi une arme que M. Rouland avait laissée tomber et dont il usera ou n'usera pas selon les circonstances. L'important est de l'avoir.
« De l'Empereur, etc. »
A celte époque nous ne la tenions pas encore, car si les commissions avaient parlé, le Corps législatif n'avait pas volé, et Texlrôme droite de celte assemblée avait proposé un amendement à la loi militaire qui ne vint en discussion qu'après la lettre impériale du 19 janvier 1867, envoyant les Ministres aux Chambres. Je me trouvai donc, le 11 mars 1867, pour mes seconds débuts à la tribune, avec cette grosse aflaire sur les bras*. La lutte fut sérieuse. On en peut juger par la vivacité de ma réponse à M. Chesnelong(o/7. n/., p. 375-395). Je montrai que la législation et lesprit public étaient absolument contraires à cette prétention nouvelle, et je fournis la preuve que des congréganistes entraient dans leur corporation pour ne pas aller au régiment. Aussi je gagnai facilement la partie, mais le clergé ne me pardonna pas d'avoir osé dire que le pays ne compreiulrail jamais (ju'un chef de congrégation eût un droit (jue le* souverain ne possédait pas : celui de faire, avec trois aunes de drap noir ou gris, un dispensé militaire.
Aussi une aulre campagne fut-elle entreprise contre moi. Celle-ci ne tendit pas, comme la première, à constituer, dans noire pays d'égalilé, un privilège pour l'impôt du sang. Elle fut un chef-d\puvre de haute stratégie : d'abord un vaste syslème d'espionnage dans nos cours publics pour surprendre une parole imprudente échappée à Timprovisalion de nos professeurs; puis par des pétitions
1. Voyez ces deux discours dans le vol. de Delalain, aux pages 348 et 375.
contre le matérialisme enseigné par TÉtat, ou, sous sa responsabilité, dans nos grandes écoles et dans nos lycées; enfin une coalition des cardinaux au Sénat pour efTrayer les membres timorés de la vénérable assemblée, et, à leur tôle, le pape donnant le mot d'ordre et Timpulsion. Quatre jours avant la bataille, le 17 mai 1868, j'écrivis à l'Empereur :
« Sire,
« L'évéque d'Orléans, qui veut diriger le Sénat comme il dirige l'Épiscopat, publie ce matin, à la veille de la discussion, un nouveau libelle dans le Journal des Villes et des Campagnes.
« A l'exemple des capitaines Fracasse de la Comédie italienne, il élève de ses mains un fantôme qu'ensuite il pourfend avec intrépidité.
« Ce fantôme, c'est Tathéisme des Écoles de l'État, où cependant nous avons 500 aumôniers, sous la surveillance de 80 évoques, et où tous nos élèves viennent de communier, sauf un très petit nombre, dont l'abstention prouve que nous n'exerçons aucune pression.
« Il continue à nous jeter l'insulte et la calomnie, sans oser cette fois, à raison de tous les démentis qu'il a reçus, citer un seul fait, et tous nos cours de Facultés sont publics.
« Il termine sa lettre en Tappuyant d'un second bref
approbatif de Pie IX, publié contrairement au Concordat,
et où le pape pousse les catholiques à une coalitio"
« les rendre plus ardents à combattre et plus u « lutte. »
« Tout cela confirme ce que jV
360 NOTES ET SÔUX'ENIHS.
Voire Majesté au sujet de l'ordre envoyé de Rome avec le nouveau S>llabus, auquel tous les évéques, même Tarcbevéque de Paris, sont obligés dobéir.
« Ce serait la main-mise sur Tordre civil. Mais l'Empereur ne le permettra pas.
« De Votre Majesté, etc. *>
Partout je maintenais Tordre, et nulle part je ne tolérais les écarts. Ainsi, j'avais fait condamner par le Conseil Impérial, à de sérieuses peines disciplinaires, les cinq étudiants qui étaient allés au trop fameux congrès de Liège prêcher le nouvel évangile: et, un professeur de la Faculté de médecine, M. Robin, ayant fait, dans une leçon, profession d'athéisme, je lui avais dit : « Vous êtes à TÉcole pour faire de Tanatomie et non de la métaphysique. Si vous sortez encore de Tenseignement que TÉtat vous a confié, attendez- vous à une révocation »; et tout était rcnlrô dans Tordre. Mais un sieur Giraud dénonça, dans une [H'iilion au Sénat, la Faculté de médecine comme un fover d'alhéisme. Lui et les cardinaux, dont il était le porte-parole, se préoccupaient moins d'obtenir la condamnation (le Tlniversité que de me faire vider les arçons. L'archevéijue de Paris, (jue je croyais pouvoir compter parmi mes amis, coinmeltant contre moi une petite trahison, alla remettre le pamphlet à l'Empereur, avec un mémoire secret dont la conclusion était que je devais accepter le renvoi de la pétition et agir en conséquence contre THcole, ou me retirer. La dernière hypothèse semblait au prélat la meilleure. Le lendemain, TEmpereur me remit le mémoire en me disant d'examiner ce que je pourrais faire « pour contenter le bon archevêque ». Celui-ci
HAri'fiHTfi AVEC LE CLEllGE, 3GI
dlnoit le soir même au minislère. J'eus la cruauté de lui dire au sorlirde lablc: «J'ai lu votre dénonciation. » — « Eh bien I que ferez-vous?" — «Je persiste ÙL-omballrc le double ractum de tiiraud et de Votre Grandeur. >• Il pâlit et la conversation n'alla pas plus loin ; mais le jour de la discussion venu, il monta deux fois à la tribune pour gagner le Sénat â sa cause. C'était son droit , comme sénateur, et son devoir, comme évfiquc Torcé d'obéir à Rome ; c'est aussi la démonstration des inconvénients d'ouvrir les assemblées politiques à des hommes dont la liberté n'est pas entière, parce qu'ils ont deux maîtres et deux patries : la France et le Vatican.
La veille de l'ouverture des débats survint un incident qui me parut d'abord déplorable. Un auditeur de passage, et quelque peu sourd, crut entendre un professeur déclarer qu'il fallait chasser Vdme des préoccupations de la médecine, et il en concluait que l'enseignement de l'École était un pur matérialisme. Ce ne fut qu'une heure avant la séance que je pus voir le professeur incriminé, M. Cermain Sée, duquel J'appris heureusement qu'il avait prononcé celte parole parfaitement orthodoxe : « Il faut que la médecine renonce à l'art pour faire de la science. » L'auditeur envoyé à l'École pour en surveiller les cours, avait en toute hîlte porté sa découverte an cardinal de Bonnechose qui ne s'inquiéta pas d'en vérifier l'exactitude.
L'attaque, conduite par trois cardinaux cl l'archevêque de Paris, intimidait un cefUÛ OJMWwJiff^ àA sénateurs plus habitués à aller au feu qptdg^^HH|||^ de paroles, ou troublés lians leur vieilles-'e pfip IC^PNh) -" i rialismc et de pestilence moralr T ' * ' Mon secrétaire général, CIkii'
»i NOTES ET SOUVSNIftS.
laillimmeni, el je donnai moi^nièoie ma ptes épnis de k mèiée, par nn long discoors qoi dut ii^êti^ pas agiéiiile aux MMlitée de robe Imigae el db robe courte, amie qnek corps enseignant accaeillit comme nnè déliTnliice *•
Dans cette tempête, qui menaçait cependant en dei fondenmits de l*État, mes coll^^iies pomi^pMS, eevz qm étaient les porte-Tolz du GouTemiHnent, m'avaicDl bme» ment abandonné, comme ils rayaient déjA ISaii na Coips législatif, dans la discussion sur la disp^uw mOilaife. Pas un d*eux n'était présent au Sénat, excepté Le Valelle, reaa en curieux. Croyant, à un mommit oii le débat eemUâ prendre une mauvaise tournure, qu'il sorait prudent à moi de céder, il me fit passer cette note: « Acceptes le ntnm et vous aurez une grande nuy orité. » récrivis an-dessous : « Non, f aime mieux m'mi aller. » Avec celte résolution, et la justice de son cOlé, on ne s'en va pas ou Ton tombe avec bonneur. A une grande majorité, les sfoateuis votèrent contre le renvoi.
Un des cardinaux, celui de Besançon, avait rédigé pour la dernière séance, un discours qu'il n'eut pas Toccasion de placer. Il désira que j'en prisse connaissance et j'y trouvai Téquivalenl de ïàme pour l'art du cardinal de Rouen. Parmi les reproches que Monseigneur Mathieu adressait au Gouvernement, était celui de faire enseigner l'arianisme au Collège de France. Le cardinal avait pris l'étude des idiomes sortis, il y a cinquante ou soixante siècles, de la langue aryane, pour la glorification de la grande hérésie d'Arius, née à Alexandrie au temps du concile de Nicée. J aurais bien été capable de Urer parti de cette
I. Voyez ce discours dans Delalain, op. et/., p. 375 et suiv.
étrange erreur, si elle s*était produite en séance, et de montrer Tignorance où la théologie, science de Tinconnaissable, retient ces pasteurs des peuples. Mais le débat était fini, et la double défaite du parti clérical au Corps législatif et au Sénat me valut une année de repos, si je ne tiens pas compte des attaques quotidiennes de Tévêque d'Orléans. Mes relations avec cet irascible prélat avaient cependant commencé par un échange de lettres très pacifiques. En novembre 1863, je lui avais écrit :
« Monseigneur,
« Vous avez bien voulu inaugurer vous-même la chapelle du lycée d'Orléans, et adresser aux fonctionnaires de cette maison des paroles qui vont leur imposer le devoir de redoubler de zèle et de dévoûment. Vous avez. Monseigneur, reconnu les bonnes intentions du Ministre et ses efîorts pour ramener le goût des hautes études. Je n'ai pas besoin de dire à Votre Grandeur que j'ai été profondément touché d'un témoignage Venu de si haut. Ah! Monseigneur, que de bien nous pourrions faire, nous tous qui tenons dans nos mains l'âme des enfants, si chacun de nous poursuivait, avec les moyens qui lui sont propres, la tâche commune, en s'inspirant de vos belles paroles de paix et de charité évangélique.
« Croyez, Monseigneur, à toute ma gratitude, etc. »
Il me répondit le 7 novembre :
« Monsieur le Ministre,
« Je ne puis point ne pas vous dire combien j'ai été touché de la lettre que je viens de recevoir, et combien l'accent que j'y ai senti m'est allé à l'âme.
« Permettez ici que ce ne soit plus révéque qui 8*adresse au ministre, mais Thomme qui parie à Thomme. Pourquoi ne vous dirais-je pas que j'ai senti et que je sens en toos un homme que je serais heureux de connaître plus intimement et avec lequel j*aimerais à m*entretenir des grands intérêts de la jeunesse. Sans doute» il y aurait d*abord entre nous quelques dissentiments; mais, je ne sais pourquoi, il me semble que nous nous entendrions bientôt peut-être dans une région plus haute.
« Pardonnez-moi, Monsieur le Ministre, une telle effusion. Je pars pour un voyage de santé. A mon retour, vous me permettrez de chercher Thonneur de vous voir et de vous redire les profonds et respectueux sentiments que vous m*avez inspirés.
Signé : « Feux, évéque d'Orléans. »
Et en poihicripttim : « Permettez-moi de vous offrir toute
ma reconnaissance pour les prc^cieux ouvrajçes dont vous avez bien voulu nie faire un don personnel, me permettant par là d'en gratifier la petite Académie que j'ai fondée à Orléans et dont les membres s'associent à ma reconnaissance. »
Mais les hostilités éclatèrent bientôt, et elles devinrent plus vives en proportion des progrès qui s'accomplissaient dans l'instruction publique. J'ai déjà eu l'occasion de parler à plusieurs reprises de l'évéquc d'Orléans; je ne rappellerai ([ue sa dernière campagne contre l'enseignement secondaire des jeunes filles que j'ôtais, dit-il, « du sein de rÉglise pour les mettre sur les genoux de l'Université ». Craignant que ces termes ne fussent point par eux-m<>mes suffisamment significatifs, il montra, dans une brochure,
les élèves de nos grandes Écoles attendant les étudiantes au passage, afin de les entraîner et de les séduire. II oubliait que notre jeunesse, pour tapageuse et bruyante qu'elle soit dans ses accès de gaîté, a les sentiments d'honneur et de courtoisie qui sont Théritage de notre race; aussi jamais un geste, une parole n'ont ofTensé ces mères conduisant leurs filles à la science. Quant au ministre qui provoquait de pareilles saturnales, il fut accusé par Tévéque de faire remonter directement Thomme au singe, thèse que la science ni personne n'a pu encore prouver, mais qui parut aux habiles expliquer ma satanique entreprise.
Je ne citerai plus, pour terminer ce long chapitre de mes misères, qu'une lettre de moi à M. Benedetti,le2mai 1868 :
Mon cher Ambassadeur,
« Je vous suis reconnaissant pour votre lettre, pour les renseignements qu'elle contient, et pour la note qui y est jointe. Je demanderai au Maréchal communication du rapport de StofTel. Mais je ne suis pas assuré de l'obtenir, ce maréchal étant très peu favorable à ce qui se fait dans mon ministère.
« On doit être charmé à Berlin de l'émeute épiscopale que conduit ce capitaine de houlans qui a pris une crosse au lieu d'une lance. Heureusement les embarras ne sont que pour moi el l'Empereur les fera disparaître en me
renvoyant. Mais après ils se jetteront sur autre chose;
car ces hommes qui ne sont ni fils, ni époux, ni pères, ni
dkqfeiis, à qui ntmi intorditestotttM las piwHiotis, «mf w seul», eeUe de oommaiidar, out h ee oiii d'une quealkmpov agiter le. pays et peut-être paulr aMtooidir tmt-mêmmà manière à ne pas entendre les craqmaaants laguhra 4 leur fini édifice.
« Vous qui êtes comme le saga de LAeitee» as» si ritage d*où tous contemples tranquiBeni^ii aoba mm houleuse, vous devez être cepmMiaiit pntriotifBeMrt affligé de en divisioas entretenues par «les iiomaMtéi paix. Autrefois, c*était le sang qu'ils laissiettt eorier, maintenant c*est Fencre quib répandent à Sols. Ossai donc songenmt41s à TÉTangile et.au Semum suir la Moatagne... èiolî fmdfid?
« Et je puis ajouter : Ou*<mt-il8 gagné à cette gom Cûte au gouTemement impérial qui les a eont^aas dans In limites de la loi, sans les persécuter janudaf AuJomdlMi^. le pape a perdu son royaume, nos cardinaux^ nos évéqan leur influence politique, bien des religieux leur patrie, et le Ck)ncile qui devait tout briser n'a rien renversé. Le temps de la domination est passé, celui de la soumission aux lois est venu et il n'est plus de diocèse où, pour protester contre un acte de Tautorité publique, on fasse sonner joyeusement les cloches des cathédrales. Mais quel rôle magniGque reste encore au clergé, s*il consent à s'enfermer dans son ministère de charité et de consolation pour les affligés, toujours si nombreux, et pour ceux qui ont besoin de paroles d'espérance au dernier passage! »
Quelques jours après, le 31 mai 1868, je transmettais à M. Conti, secrétaire de l'Empereur, une lettre que je ne retrouve malheureusement pas, mais dont le sens est expliqué par ma dépêche.
« Mon cher Conseiller,
« J'ai reçu beaucoup de lettres au sujet du dernier vote du Sénat. En voici une qui montrera à S. M. que les violences ultramontaines, lors même qu'elles s'attaquent à des choses de la plus haute philosphie, comme les méthodes scientifiques, inquiètent les petits, jusque dans les plus pauvres départements de l'Empire.
« Tant que le prêtre reste à l'autel, on le vénère; dès qu'il veut sortir de l'église, on le redoute. Contre son influence politique, le paysan a gardé d'incurables défiances qui éclataient naguère à Jonzac et qui éclateraient partout le jour où celte influence redeviendrait visible et menaçante.
« Il y a pour le peuple et pour la bourgeoisie, depuis quatre-vingts ans, une seconde arche d'alliance, celle qui enferme, sous la garde des Napoléons, les nouvelles tables de la loi. Qui voudrait y porter la main serait frappé de mort comme Oza.
« Votre tout dévoué,
« V. DURUY
J'ajouterai encore un mot sur quelques membres du clergé avec qui je me trouvais officiellement en relations.
Je fus l'ami, ou je crus l'être, des archevêques de Paris, de Bordeaux et d'Avignon. Le dernier ayant, au Conseil Impérial, prononcé quelques paroles pour excuser ce qu'il appelait les vivacités de Mgr Dupanloup, craignit que j'en eusse été blessé. Je lui répondis (14 déc. 1867), une heure avant la nouvelle séance du Conseil : « Comment voulezvous, Monseigneur, que quoique ce soit venant de vous puisse me causer de la peine? Chef de l'Université, tenant dans la main son drapeau et son honneur, j'ai dû faire ce
qapj'ni rnilcl.apr^un mois de silence, en face (lc<i altaqufs
pMWHiDdlM les plus ditedM «( les j^ns mmin^uHM,Sm dit dans 1« CoDMÎl ce qo« je pansais de ces violMcti, comme Je Teunu dit à Mgr Dopenloup loi-mêoe. Mai jemebite d'^ooler qn^ se votu était pas poenbledeM pas oounir d*nn pan de votre maateaa cette mieèn d^ C^lègue. Vos paroles étaient daas la aitoatioa, et nbe géDérosité nécessaire.
« Pour mcù, je n'afaaoadrai jaoïaia cet d Tft que qai t'tat hit journaliste et s'est abaissé jusqu'à jotM* à mes fils naa insulte àlafacon de mes {ures ennemis. Maïs jecoa^eadi tout les ménagemMits que les eooTenancas ânposeoL k tout A l'beure, mais ea attendant, receves eociHv, Monseigneur, l'assorance de mon plus re^eebHNixdévoaeiDeati. V.D.
Avec l'archeréque de Paris les ndatioDS étaisol
Intimes. Je passais souvent la soirée k son hdtel et toutes les fois qu'il donnait la coniirmatioa dans un lycée, je me faisais un devoir de l'accompagner. J'eus ainsi de fréquentes occasions d'admirer son éloquence sobre, paternelle, toujours très morale, jamais Bcolastique. Au Conseil Impérial, je n'ai eu qu'à me louer de son attitude et de ses paroles; même j'ai eu recours à lui pour certaines afTaires el, dans ce cas, il ne me marchandait pas son concours; par exemple, lorsqu'il se chargea de défendre le programme de morale, proposé pour l'Enseignement spécial, dont plusieurs de ses collègues ne voulaient pas, parce qu'il n'avait point été rédigé par l'Ëglise. Mgr Darboy était un esprit large, élevé, qui n'aimait ni les habitudes d'indépendance des Jésuites à l'égard de raulorilé diocé-
saine, ni Tintervention du nonce dans le gouvernement particulier des Églises. Ces jugements ne sont pas de moi, mais de lui; vingt fois je Tai entendu parler avec amertume et sévérité de cette double action dissolvante.
Mgr Maret, archevêque de Sura et doyen de la Faculté de Théologie à la Sorbonne, était aussi un très libre esprit, le plus excellent homme qu'on pût trouver et un savant théologien, ne restant pas étranger au mouvement des idées justes qui se produisait dans le sein de la société civile. Malheureusement, il était affligé d'une surdité qui m'empêcha d'avoir avec lui des rapports que j'aurais voulu multiplier.
Après mon discours aux Sociétés savantes, du 18 avril 1868*, il m'écrivit: « Monsieur le Ministre, j'ai lu avec une véritable émotion le discours que V. E. a prononcé avanthier dans la réunion des délégués des sociétés savantes.
« Avec un grand bonheur d'expression, vous avez développé le plan que vous suivez pour favoriser la science et développer l'instruction. L'élévation et la grandeur des vues sont dignes d'un ministre de l'Empereur, du chef suprême de l'Université, du philosophe chrétien. J'espère que les intérêts les plus respectables et les plus sacrés qui auraient pu s'alarmer, seront rassurés par cette noble et loyale parole. Oui, l'œuvre de la conciliation nécessaire se fera pour la gloire de Dieu et le progrès chrétien du monde.
« Vous connaissez, M. le Ministre, le rude travail qui absorbe mon temps et mes forces , ce sera l'excuse de mon absence à cette belle fête de la science. »
Je répondis aussitôt : « Monseigneur, je suis profondément touché de la lettre que Votre Grandeur vient de
\. Op cit., p. 592-603.
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li^éerire el je tiess à ipoqs IraimMlfaro rfirprOTnioB de ■ graiftade, en niêiiM tea^ qoe eeifo db r Univovité. Ab ! f« de 1m€d 8e ferett 81 k grande école demi Voosy Moii8e%iieiii et réminent erciieféqne de Psnris, Mes les ehefe, pfcna dane le detgé de France k pbee qm Im naoigDenl ao ietoir« 8ûn pelriotienie el le ▼ériinble e^ptil du^ttee!
El j'ajooUub en pùM-9eripium : « A OiMnns, oon nneldl ▼iolence de colAre et de haine, tm fabiKim des p^wj^w en 81 grand nombra el avec une telle kâle, oo pff«nd tooti aveai^éinentelde toute main, que les faits /in», lesdUi^ riea mnoiiéet, les dtrtiona Inmfiiéct el /Mn/&^ inmfËsam le dernier écrit. Qnel triste qiedaclél » '
D*aatre8 anaai le prirent de très haol avec moi. A l premièra eéanee du Ccmaeii ImpMal que je préskiai, a juillet 1863, FéTéque de Langras, renommé poar son i^olé rance, fit contra le novreau mmistre nae chai^. à fosi qu*il termina par ces mots : « Nous tooIimis savc^ ce qsi vous avez rinleniion de faire et où vous vous proposer daller. » (Textuel.) Assis entre deux personnages qu avaient rêvé du fauteuil présidentiel, j'avais besoin d( montrer, dès le premier jour, beaucoup de fermeté pour o( pas être désarçonné dans Tombre. Le discours de Févéqu^ m avait donné sur les nerfs : j'y répondis avec quelqu( irrévérence : « Ce que je veux faire, Monseigneur? le con traire de ce que vous avez fait. Où je veux aller? à h lumière, non pas aux ténèbres, » et je racontai ce que j'avais vu huit jours auparavant au lycée de Bourges, oii le professeur, enfermé dans le cours de Logique, loin d« toutes les grandes et fécondes questions de philosophie était réduit à recotnmencer la scolastique du moyen âge*