AVANT-PROPOS
Je n'ai jamais eu de goût pour la politique proprement dite, je ne m'y suis jamais adonné. Dans le Parlement, dont je fais partie depuis vingt-cinq ans, les questions d'aff^iires m'ont toujours attiré et retenu de préférence.
A aucune époque de ma vie, pourtant, je n'ai cru pouvoir me désintéresser de ce qui touchait au gouvernement de mon pays. Depuis que j'ai l'âge d'homme, c'est-à-dij*e depuis plus d'un demi-siècle, je suis avec une attention soutenue les événements de noue politique intérieure et à plusieurs reprises, j'y ai pris part autrement que comme simple témoin.
Ceux de ces événements, auxquels j'ai eu l'occasion d'être mêlé, ont laissé dans ma mémoire une trace profonde. Ma pensée s'y reporte volontiers, et volontiers aussi je m'en entretiens avec ceux qui, comme moi, les ont vus de près. Il y a quelques années, cédant aux conseils, je pourrais dire aux instances de plusieurs de mes amis, j'ai entrepris de rédiger quelques-uns de mes souvenirs sur le Siège de Paris et la Commune, c'est-à-dire sur la période où j'ai le plus activement participé aux affaires publiques. De là est sorti un volume qui a paru en 1892.
VI AVAN T-l»ROFOS
LMdée ne m'était pas venue alors, que ce volume pût trouver des lecteurs en dehors des membres de ma famille et d'un petit cercle d'intimes. Je ne Tavais écrit, je ne Ta vais fait imprimer que pour eux, et je croyais qu'il ne serait jamais connu que d'eux seuls. Mais des personnes, dont Topinion m'est précieuse, en ont eu communication; elles veulent bien m'en parler avec intérêt et souvent même elles me témoignent le désir de le posséder. Malheureusement, c'est me demander ce que je n'ai plus, car Touvrage n'ayant été tiré qu'à très petit nombre, il y a longtemps que le dernier exemplaire est sorti de mes mains.
Pour répondre à ces amicales sollicitations, je me décide à le réimprimer. J'en profite pour y introduire certains remaniements et aussi quelques additions. Mais aujourd'hui, pas plus qu'en 1892, je ne songe à « faire un livre ». Ces notes personnelles, simple souvenir de choses vues ou entendues, ne sont point faites pour être jetées au vent de la publicité; je ne les destine qu'à ceux qui, s'intéressant à l'auteur, p3uvent s'intéresser à ses impressions et aux incidents de sa vie.
Je dois dire deux mots de cette nouvelle édition. Elle comprend quatre parties, ou, pour mieux dire, quatre fragments distincts.