SERVICES ACCESSOIRES
Avant de terminer cette partie de mes souvenirs qui a trait à la gestion municipale pendant le siège de Paris, j'ai, pour être plus complet, quelques mots à dire encore de certains services qui eurent bien aussi leur importance.
Lait.
Il ne suffisait pas d'assurer à peu prés Talimentation de la population parisienne en viande ou en préparations équivalentes, et, vers la fin du siège, de prendre relativement à la boulangerie les mesures dont j'ai parlé.
. Il y avait des enfants et des malades, qu'on ne pouvait soutenir avec des abats, ni avec des compositions alimentaires fantaisistes. Quelques familles avaient des vaches, mais combien n'en a.vaient pas! D'autres pouvaient acheter du lait aussi longtemps que les vaches n'étaient pas réquisitionnées, mais combien ne le pouvaient pas!
Enfin, il vint un moment où la réquisition cessa d'épargner les vaches.
Un peu plus tard encore, le Gouvernement, après les avoir laissées par tolérance aux mains de leurs propriétaires, dut en exiger la livraison. La conséquence de ce fait fut que le Gouvernement dut, nécèssairenrient, mettre à la disposition de chaque arrondissement, du lait en quantité suffisante pour les malades ou les enfants qui ne pouvaient s'en passer.
A compter du 26 novembre 1870, le Ministre du Commère pourvut à ce soin. Ce lait était livré, sur certificats réguliers, au prix de 70 centimes le litre.
Distribution de vin.
L'objet des préoccupations les plus vives était — est-il besoin de le dire? — la classe nécessiteuse, celle qui n'avait et ne pouvait avoir ni réserves de pâtés ou de biscuits, ni ressources pour se procurer des équivalents.
Une commission, nommée par rassemblée des maires, décida qu'un cinquième de litre de vin serait délivré gratuitement, dans chaque boulangerie, à tout nécessiteux porteur d'un bon de pain.
En conséquence, une pièce de vin fut déposée dans chacune des boulangeries de tous les arrondissements; chaque boulanger dut immédiatement se munir d'un cinquième et d*un en-r tonnoir.
Combustible.
On sait combien Thiver de 1870-1871 fut rigoureux, exceptionnellement rigoureux. L'investissement ne permit pas de ravitailler les chantiers. Le stock qui s'y trouvait au début de la guerre, quelque important qu'il fut, ne pouvait durer toujours; au mois de janvier 1871, il était presque complètement épuisé.
C'est en vain qu'on allait chez les marchands de bois, ils ne pouvaient donner ce qu'ils n'avaient plus. Les petits débitants au détail vendaient à des prix exorbitants les provisions qu'ils avaient pu faire ; on payait chez eux quelques morceaux de charbon ou quelques bûches de 15 à 20 francs.
Les planches avec lesquelles on ferme les terrains vacants ou à vendre étaient souvent Tobjetde coups de main que l'on était impuissant à empêcher, et les quelques morceaux de bois qui s'y trouvaient déposés disparaissaient également.
Les municipalités eurent bien souvent à intervenir pour réprimer des abus, mais elles ne furent, en matière de combustible, chargées d'aucun service public. Seulement, à la fin du mois de décembre, le temps devint si rigoureux que le Gouvernement fit distribuer des ceintures de flanelle ! Chaque mairie en reçut
environs deux ou trois mille en moyenne pour ceux de ses administrés qui étaient notoirement les plus nécessiteux.
Garde nationale.
La guerre et l'investissement de Paris changèrent complètement l'organisation qui, sous le Gouvernement impérial, avait été adoptée pour la garde nationale. Ce Gouvernement luimême, par des circulaires des 8 et 9 août 1870, avait prescrit que deux registres spéciaux seraient ouverts dans chaque mairie, Tun pour rinscription des hommes au-dessous de 30 ans, l'autre pour rinscription des hommes de 30 à 40 ans. Aux termes d'une loi du 12 août 1870, la garde nationale sédentaire fut placée sous l'autorité du maire.
Les élections des officiers, sous-officiers et conseils de discipline eurent lieu sous la présidence du maire et de deux assesseurs ; ces élections se renouvelèrent fréquemment, par suite des révocations et des démissions d'officiers et de sous-offîciers.
Ces mesures s'appliquaient spécialement à la garde nationale sédentaire.
On résolut, darls le commencement de novembre, de créer des compagnies de guerre. Un décret du 8 novembre 1870 prescrivit qu'il serait distrait de chaque bataillon quatre compa-
gnies d'hommes valides, dites compaffnies de guerre. On forma les cadres d'officiers à l'élection, sous la présidence du maire, pomme cela se pratiquait toujours. L'intendance militaire pourvut à l'équipement et à L'habillement de ces nouvelles compagnies, ainsi qu'à leurs vivres dé campagne.
En vertu dcs arrêtés des H-12 septembre et 28 novembre 1870, l'indemnité de 1 fr. 50, allouée aux gardes nationaux et celle de 75 centimes accordée à leurs femmes, tant pour les compagnies de guerre que pour les compagnies sédentaires, furent délivrées dans les mairies par un offlcier-payeur. Les gardes nationaux étant chaque jour appelés aux remparts ou hors des murs, on organisa des corps de volontaires pour la police intérieure et aussi des compagnies de brancardiers.
Un maire d'arrondissement était devenu une sorte de chef militaire, sans cesser d'être chargé des grands et difficiles services dont j'ai liarlé et aussi de plusieurs autres services encore, tels que :
r Logement des mobiles ; I 2^ Indemnités de route aux soldats rappelés sous les drapeaux;
3' Garde nationale sédentaire (budget extraordinaire de la ville de Paris);
4"* Indemnitésdes jeunes soldats de la réserve et des gardes mobiles sous les drapeaux ;
5* Dépenses générales de guerre ne se rattachant à aucun des services que je viens d*in" diquer spécialement.
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