PAR
AGLAUS BOUVENNE .
AVEC UN AUTOGRAPHE, DES DESSINS INÉDITS, DES PORTRAITS DE MERYON ET DES GRAVURES
DE BRACaUEMOND, BOUVENNE, FOCILLON ET CACHET
PARIS. CHARAVAY FRERES LIBRAIRES EDITEURS 4 Rue de Furstenberg i883
CHARLES MERYON
E i5 février 1868, un groupe d'amis fidèles, — c'est à dire que ce groupe était petit, — conduisait à sa dernière demeure un homme modeste, simple et bon qui, à des titres divers avait utilement et vaillamment servi son pays.
De brave marin qu'il avait été d'abord il devint l'artiste de grand mérite qui illustra Paris par la reproduction à l'eau-forte de plusieurs de ses plus intéressants monuments.
En ce temps, peu éloigné de nous pourtant, un homme de talent
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pouvait disparaître presque sans que l'on s'en doutât. Aujourd'hui quand s'eflface une personnalité, de mince valeur souvent, la presse embouche ses cent trompettes^ vante les mérites du défunt, catalogue ses œuvres, depuis longtemps oubliées, grave son portrait en tête de ses feuilles illustrées, fait tout enfin pour prouver qu'un grand homme vient de mourir !
Quant à celui dont nous nous occupons, deux ou trois Journaux à peine annoncèrent sa mort et je ne sache pas qu'aucune publication du moment ait édité son portrait.
Indifférence pénible à constater, car celui qui venait de s'éteindre, Charles Meryon, avait été un homme de grand cœur et un artiste hors ligne.
Les quelques amis qui le conduisaient au cimetière de Charenton Saint-Maurice s'arrêtèrent tristes et pensifs devant ce trou béant où tout ce que nous aimons le plus au monde doit s'engloutir pour toujours.
Un de ses compagnons, le commandant de Salicis prononça les paroles que nous sommes heureux de reproduire, paroles pleines de cœur, palpitant de l'émotion vraie de l'homme qui dit un éternel adieu à celui qu'il a connu, qu'il a apprécié comme ami, comme compagnon, comme artiste :
« L'éminent artiste vient terminer sa première existence là, dans cette froide fosse ; pour nos yeux il n'est déjà plus ; mais, dès à présent, il prend sa place dans l'histoire de l'Art. Rien en effet ne lui a manqué de ce qui fait les illustres, la souffrance pas plus que le talent.
« Dominé, poussé par le Dieu caché, Meryon lui a tout sacrifié ; visions de jeunesse, carrière enviée, patrimoine, santé, raison ; tout, ai-je dit, oui, tout ! excepté la probité, Thonneur de l'âme
« Au fond de cette pauvre barque agitée, à tout instant submergée et courant au naufrage, chantait un oiseau blanc : la Conscience
« Cessons donc aujourd'hui de plaindre celui qui s'est appelé Meryon dans la misère ; il se nommera Meryon dans la célébrité, dès que la
Açlaus Bouvenne deletsculp.