‹ Notes et souvenirs sur Charles Meryon, son tombeau au cimetière de Charenton Saint MauriceChapitre 11 sur 16 · L'HOTELLERIE DE LA MORT · texte numérisé non relu

L'HOTELLERIE DE LA MORT

Venez, voyez, passants

A ces pauvres enfants,

En mère charitable

La Ville de Paris

Donne en tout temps gratis

Et le lit et la table.

Regardez sans pâlir

Les faces impassibles

Souriantes, sensibles.

Énigme d'avenir,

Ici la Mort convie

Tous ceux que par destin

Couchent sur le cliemin.

Amour, misère, envie !

48 CHARLES MERYON

Quand de Paris rugit L'émeute impitoyable, Satan même rougit, Tant est pleine la table !

Puissiez-vous ne point voir Là sur le marbre noir De quelqu'âme chérie La navrante effigie. Passants, passants, priez Pour tous les trépassés Que la mort envieuse Amène sans tarir La ville du plaisir En ce monde fameuse Mais qui sait si la mort Sous son masque sévère Ne nous cache du sort Quelque riant mystère ?

Qui sait si la douleur En soulevant son voile Du terme du labeur.

Ne nous montre Tétoile ?

Allez, pauvres humains Creusez, fouillez la terre De vos pieds, de vos mains !

Il faut à la misère Chaque jour du pain noir.

Par la faim aiguisés Si, même avant le soir, Vos jours épuisés Défaillent sur la voie.

Si vous voyez la Mort Que Dieu peut être envoie.

CHARLES MERYON 49

Par un dernier effort En essuyant vos larmes, Vers la voûte des cieux Ou cessent les alarmes, Levez encore les yeux !

Là vous lirez peut-être Que pour nous va venir Le jour du doux bien-être Ou pour ne point mourir Doit éclore la fleur A la fraîche corolle A la sainte auréole D'amour et de bonheur Dont le germe est au cœur.

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