PREFACE
Les notes qui ont fourni le sujet de ce volume ont été recueillies par une expédition ethnographique, qui quitta l’Angleterre en octobre 1907, et qui est revenue en septembre 1909. Cette expédition était composée de Mr. E. Torday qui en avait la direction, de Mr M. W. Hilton-Simpson et de Mr. Norman H. Hardy; ce dernier, qui accompagnait l’expédition comme artiste, fut malheureusement empêché de prolonger son séjour en Afrique tout le temps voulu.
Voici la route que suivit l’expédition. Le Kasai et le Sankuru furent remontés jusqu’au pays des Basonge, où quelques semaines furent consacrées à la recherche de renseignements sur cette branche de la race des Baluba. Les Batetela, voisins de cette peuplade, furent ensuite visités ; c’est une tribu de cannibales qui occupe une grande étendue de territoire situé entre le 2* et le 5e degré de latitude sud; l’étude de ce peuple fut interrompue afin de pouvoir visiter les ramifications orientales du grand peuple Bushongo, de l’autre côté du Sankuru. Les Batetela du Nord, les tribus des Basongo Meno qui habitent entre le Sankuru et 1a, Lukenye, les Akela et les Bankutu du bassin de la Lukenye furent ensuite étudiés. L’expédition visita ensuite
un séjour de plusieurs mois dans la obtenus se dégageait la conclusion que
les tribus de l’ouest des Bushongo et fit capitale, le Mushenge. Des renseignements les principaux éléments de la civilisation de ce peuple étaient empruntés aux régions de l’ouest. Malheureusement il était impossible de se diriger de ce côté en raison
de l’hostilité des tribus habitant cette région ; il fut donc décidé de revenir à
l’embouchure du Kwilu et, après avoir remonté cette rivière, d'essayer d’atteindre le territoire des Bushongo en traversant la région occupée par les Babunda,
les Bapende, les Bakongo et les Bashilele. Ce voyage se fit heureusement sans trop
de difficultés, quoique l’expédition rencontrât une certaine opposition parmi les Bakongo qui sont extrêmement opposés à l’entrée des Européens dans leur pays. En fait, le pays visité entre la Loange et le Kasai n’avait jamais été traversé par les blancs. Après avoir atteint le Kasai, l’expédition revint en Europe, après être restée près de deux ans en exploration.
Le travail qui suit renferme les renseignements recueillis parmi la nation Bushongo; on y a ajouté, autant que possible, ceux obtenus des Bashilele et des
Bakongo, qui leur sont, sans aucun doute, alliés par la parenté et qui constituent le premier mouvement d’immigration dans le bassin du Kasai. Dans un but de comparaison, une section est consacrée aux Basongo Meno qui, pendant de longues années, ont été en relations avec les Bushongo et dont quelques tribus ont été absorbées dans l’empire Bushongo.
Toutes les précautions ont été prises pour s’assurer que les renseignements fournis par les indigènes étaient compris dans leur vrai sens ; ils ont tous été, d’ailleurs, autant que possible, vérifiés par des témoignages indépendants. Sauf quand il n’y avait pas moyen de faire autrement, on n’a pas recouru au concours d’interprètes, et, dans les régions où se trouvaient la source la plus importante des renseignements à obtenir, les membres de l’expédition ont toujours eu soin d’apprendre suffisamment le dialecte local pour être à même d’entrer en relations directes avec les différentes personnes à interroger. En pareil cas, ils n’ont eu recours à des interprètes que pour faire répéter les détails de la, légende et de l’histoire, dans leur propre langue, aux individus qui les avaient fournis, afin d’être certains que les renseignements avaient été bien compris et transcrits correctement. Pour l’application de cette méthode, l’expérience des dialectes du pays acquise par le chef de l’expédition pendant huit années de séjour antérieur dans l’Etat du Congo a été de la plus grande utilité. Tous les renseignements obtenus étaient transcrits en double et l’une des copies était envoyée par le courrier le plus prochain à M. Joyce qui s’occupait aussitôt de l’arrangement et de la mise en ordre des notes reçues' et renvoyait à l’expédition des questionnaires supplémentaires, toutes les fois que cela lui paraissait nécessaire.
Il a paru utile d’esquisser la méthode d’investigation employée, puisque la valeur scientifique des matériaux ethnographiques dépend beaucoup plus de leur qualité que de leur quantité : on ne peut formuler une opinion sur la première que quand les moyens par lesquels les documents ont été obtenus sont indiqués.
Les membres de l’expédition tiennent à remercier le Gouvernement Belge qui leur facilita, leur tâche, l’Administration et tous les fonctionnaires de la Compagnie du Kasai qui leur ont donné toute l’assistance qui était en leur pouvoir, et sans l’aide bienveillante desquels il aurait été impossible d’entreprendre et de mener à bien l’expédition. Il y a lien également de remercier les Administrateurs du British Muséum pour leur appui.
En ce qui concerne les individualités qui ont secondé la tâche des membres de la mission, il importe, les princes royaux ayant le pas sur tous, de faire une mention particulière de Kwete, le grand chef de la nation Bushongo qui se rendit parfaitement compte de l’objet de l’expédition et fut infatigable dans ses efforts pour lui obtenir des spécimens et pour lui fournir des renseignements.
Les membres de l’expédition, et particulièrement celui qui la dirigeait, doivent une grande reconnaissance à Mr. Hilton-Simpson, pour le dévouement infatigable qu’il a mis à seconder tous les buts et tous les objets du voyage ; si l’expédition a eu quelque succès, il importe de proclamer que c’est surtout grâce à sa coopération énergique.
Il ne faut pas oublier non plus Mr. Norman Hardy, dont la réputation d’artiste
ethnographique est parfaitement démontrée et justifiée par les belles séries d’aquarelles et de croquis préparées par lui d’après les matériaux qu’il a réunis pendant qu’il faisait partie de l'expédition.
Des remerciements sont dus également au docteur C. (i. Seligmann pour le don d’un appareil photographique; à Mrs. T. A. Joyce pour le temps et le travail qu’elle a consacrés à tracer des dessins à la plume pour cet ouvrage, et à Mr. Henry S. Wellcome qui a pourvu l’expédition de médicaments, lui donnant ainsi les moyens de disposer favorablement les indigènes, en leur fournissant ce dont ils avaient besoin pour soigner leurs malades.
E. Toi: da y T. A. Joyce
Londres, le 21 décembre 1909.
Photolitho. Et? J.MALVAUX
O V: C il 8 U