HISTOIRE
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Les Bushongo qui sont décrits dans cet ouvrage habitent le district du Comm Belge, borne au nord et à l’est par le Sankuru, à l’ouest par le Kasai. Leur frontière sud se dirige diagonalement depuis le 5e degré 20° sud environ à l’ouest, jusqu au 5e degré sud à l’est. Le nom sous lequel ils sont généralement connus de l’Européen est Bakuba. Ce dernier vocable est cependant un terme Baluba et il n’est jamais employé par les Bushongo eux- mêmes ; il signifie « peuple de Kuba », Kuba étant le mot Baluba pour « éclair », donc « Peuple de l’éclair », nom très approprié pour des gens dont 1 arme principale fut le couteau de jet.
Ils furent d’abord visités par Wolf, un des membres de l’expédition Wissnmnn, en 1884; mais la description qu il en donne, étant donné le peu de durée de son séjour, est très superficielle ; depuis ce temps, à l’exception de quelques notices sans importance, il n’a été publié aucune description à leur sujet.
La nation Bushongo se compose des sous-tribus suivantes dont les positions respectives sont montrées sur la carte qui accompagne ce travail.
Bambala (peuple du drap). — C’est la tribu autour de laquelle s’est formée toute la nation, elle habite le pays qui entoure Mingenja, le Mushenge (capitale). Les membres de cette tribu sont regardés comme très supérieurs au reste de la nation
qu’ils méprisent, comme des provinciaux , « Bokono » ; terme qui signifie hommes de la broussaille.
Gwembi (peuple taupe) au nord des Bambala, dans l’angle formé par le Sankuru et le Lubudi à l’ouest.
Fig. 1.
Femme Bambala.
Idinga (abbréviation de Idinga Shamba, « amis de Shamba » ; à l’est des Gwembi.
Bashoba ou Shangele Bushongo (les gens du centre de la partie basse des Bushongo). — Tribu des Basongo Meno qui traversa le Sankuru et fut incorporée à
la nation Bushongo par le chef Bom Bosh (voir p. 28) ; au sud-ouest des Idinga.
Bakele (les planteurs), dans l’angle formé par le Sankuru et le Kasai.
Bienge (peuple des haricots) au sudouest des Bakele, sur les deux rives du Luchwadi ; on trouve une branche indépendante de cette sous-tribu au sud de Luebo, où ils émigrèrent à un certain moment.
Gali Bushongo (de la partie inférieure des Bushongo), à l’est des Bienge sur la rive nord du Luchwadi.
Cholo (nom d’un fruit qui ressemble à une petite aubergine), à l’est des Bienge sur la rive sud du Luchwadi.
Inyenye (nom d’un fruit sauvage), au sud des Bambala.
Yungu (les réparateurs), au sud des Inyenye.
Malongo (les bien aimés), dans l’angle formé par le Kasai et le Longula au sud de ce dernier.
Pianga (nom d’une feuille), à l’est des Malongo ; une partie de cette tribu émigra vers l’est-sud-est au xvne siècle dans des circonstances qui sont racontées page 28.
Mudi Lança (le peuple de l’autre côté du Langa), au sud des Malongo.
Bakete (les archers), au sud des Mudi Langa.
Bamboy (le peuple des cigales), à l’est des Bambala.
Bangendi (dérivé du mot Ingene, nom d’une baie jaune ( Garcinia sp.), qui se trouve dans les plaines au nord des Bamboy et dont le goût ressemble à celui d’un raisin).
Bangongo (le peuple des sonnettes) dans l’angle formé par le Lubudi et le Sankuru à l’est ; la raison qui les induisit à traverser le Lubudi est racontée page 42.
Ces tribus sont sous l’autorité d’un grand chef qui réside dans la portion occidentale du territoire, dans le village appelé Mingenja et connu comme le Mushenge ou la capitale. Outre ces tribus, il y a une section indépendante de Bushongo dans le voisinage de Lusambo ; ils s’appellent Isambo et les habitants de Misumba (Bangongo) leur donnent le nom de Ifuta. Leur révolte et leur migration sont relatées page 27.
A l’ouest et au sud du Kasai, entre cette rivière et le Loange, on rencontre les Bashilele et les Bakongo ; les premiers occupent la position la plus orientale ; au nord, les Bakongo s’étendent à travers le Loange jusqu’au Luana. Autrefois ceux-ci occupaient tout le territoire entre le Loange et le Lubue, mais ils ont cédé la partie méridionale aux Bapende. Ils sont tout à fait indépendants du chef des Bushongo ; ce dernier prétend avoir un droit de juridiction sur une section relativement peu importante des Bashilele qui ont passé sur la rive droite du Kasai, mais les intéressés ne sont pas tout à fait disposés à admettre cette revendication.
Les Bushongo, particulièrement les Bambala, sont bien bâtis et d’une belle apparence; leurs mouvements sont gracieux et cette grâce est encore rehaussée par l’élégance de leurs costumes. Un de leurs caractères particuliers est la mauvaise qualité des dents de lait des enfants qui sont souvent noires, et presque usées jusqu’aux gencives; il semble que l’émail fasse complètement défaut sur la partie inférieure de la plupart des dents de ces enfants. En revanche, les dents des adultes sont excellentes.
Ce peuple n’a pas des habitudes de propreté et se lave très rarement. Il ne se livre guère à des soins de ce genre qu’en temps de pluie. Ce défaut est plus que compensé par un sens artistique plus développé que chez la plupart des peuples africains.
La situation sociale des femmes Bushongo est remarquable. Le premier personnage du royaume est une femme, la mère du roi. Parmi les grands du royaume, les femmes sont représentées par deux personnages et dans le conseil des anciens il y a de nombreuses femmes.
La monogénie est une loi fondamentale chez les Bam bala, et une autre loi, d’une haute moralité, déclare incestueuses les relations entre maîtres et esclaves.
La femme ne s’achète pas, mais on considère comme juste que l’homme qui enlève à un père sa fille, qui lui était utile, lui donne une légère compensation ; en outre, le fait que la femme doit donner son consentement au mariage, éloigne toute idée d’esclavage. D'ailleurs l’idée fondamentale du mariage, pour eux, c’est qu’il constitue une collaboration des époux, ceci, bien entendu, seulement dans les pays où l’influence néfaste de l’Arabe et du Portugais ne s’est pas fait sentir.
Le devoir de la femme est de pourvoir à la nourriture végétale de son mari; le devoir du mari est de se procurer le gibier et de défendre le foyer.
Si le mari manque à ses devoirs, sa femme le quittera. Si la femme néglige ses fonctions, le mari pourra se plaindre et la femme coupable sera punie ou bien chassée du foyer conjugal.
Le mari étant le plus fort des deux époux, c’est lui qui est le chef du ménage. Toutefois, dans beaucoup de cas, la décision de la femme aura la priorité. On voit
même fréquemment les grandes questions politiques décidées par les femmes. Ainsi, il arrive souvent que les hommes sont disposés à accepter une insulte d’un village
ou d’un pays ennemi et que ce sont les femmes qui les obligent à se battre. D’ailleurs, cette influence des femmes ressort d’un fait caractéristique : la Katenge
porte autour de son cou une corde d’arc remise par elle, au général en chef, le
Nyibita, quand la guerre est déclarée.
Le père dispose des enfants quand ils sont grands ; mais quand ils sont en bas âge, ils sont sous la surveillance de leur mère ; c’est la mère seule, pour ainsi dire, qui les punit. Nous avons assisté personnellement à des cas où des enfants rebelles refusaient d’accepter des punitions infligées par leur père, mais se soumettaient respectueusement à leur mère.
Les jeunes enfants et les adultes n’ont pas un respect exagéré de leur père, mais ils adorent leur mère. Quand un Bushongo désire en insulter un autre, il ne lui dira pas du mal de lui-même, mais il calomniera sa mère ou la mémoire de celle-ci.
Au cours de nos pérégrinations nous avons pu observer que nos hommes achetaient quelques curiosités, et quand nous leur demandions dans quel but ils faisaient ces emplettes, ils nous expliquaient que c’était pour montrer à leurs mères combien les peuples que nous visitions différaient des gens de chez eux.
Quelques chefs et quelques hommes d’une intelligence supérieure comprenaient le but de nos investigations et de nos collections; mais la grande masse des indigènes avait une tout autre idée et nous disait souvent : “ Nous savons bien pourquoi vous achetez toutes ces choses, c’est pour montrer à votre mère ce que nous produisons ».
Les enfants libres et les enfants esclaves sont très bien traités et ne sont presque jamais battus; ils sont très intelligents et très habiles à imiter leurs aînés et cela leur est utile, vu que leur seule éducation, quand ils sont enfants, consiste pour les garçons à suivre leurs pères à la chasse et pour les filles leurs mères dans les champs. L’éducation d’un garçon est supposée être complète quand il sait chasser, trapper, pêcher et tisser; les arts plus avancés, tels que la sculpture, la broderie, la conlection des nattes sont des dons qui sont cultivés par les individus qui sont assez heureux de les posséder puisqu’ils mènent à l’honneur et à la richesse. Les enfants aiment beaucoup à faire des dessins dans le sable et ainsi le sens artistique inné chez les individus se forme de bonne heure. Les petites filles commencent à travailler quand elles sont très jeunes, vers 10 ans environ; les garçons ne commencent guère avant 16 ans.
Si 1 on veut porter un jugement sur le caractère national des Bushongo, il est nécessaire de prendre en considération un certain nombre de points. Leur situation actuelle est assez critique. Ils ont été mis brusquement en présence d’une civilisation
à laquelle ils n’avaient jamais même songé, leur vieille organisation sociale et politique est chancelante et il leur est offert un ensemble tout nouveau d’idées et d’idéals, qui diffère considérablement des traditions transmises par leurs ancêtres. Il ne faut pas perdre de vue que lorsqu’ils reçurent pour la première fois la visite d’un homme blanc, il y a environ vingt-cinq ans, ils formaient une nation tout à fait puissante, possédant toutes les traditions propres à une race conquérante et douée de l’orgueil inflexible qui se manifeste dans une histoire et dans des traditions comme les leurs. Cet orgueil national avait naturellement engendré un esprit conservateur très développé qui peut être considéré comme le trait dominant de l’état d’esprit Bushongo. Le conservatisme apparaît dans tous les faits de la vie primitive. Par exemple le tissu de raphia, introduit il y a plus de trois cents ans, est encore de nos jours considéré comme une innovation. Dans toutes les cérémonies les hauts dignitaires s’habillent d’étoffe d’écorce, les vêtements de leurs ancêtres. Ou encore, quand une femme prend le deuil, elle adopte un habit d’étoffe d’écorce et cesse de manger du manioc, lequel est aussi d’introduction relativement moderne, comme si, en obéissant aux anciennes coutumes, elle devait apaiser la puissance qui cause sa douleur.
Le vêtement européen, bien que son introduction date d’une vingtaine d’années, et qu’on ait toujours pu s’en procurer en quantité assez considérable et relativement facilement, n’a été adopté en fait qu’il y a quatre ans à peine.
Si l’on se rappelle l’esprit conservateur des Bushongo et le grand orgueuil qui en est la cause, on comprend facilement le grand choc moral que dut éprouver la nation Bushongo, et, par suite, chacun des individus qui la composent, lorsque le grand empire qui existait de temps immémorial trembla devant des hommes dont le nom même était complètement inconnu quarante ans auparavant. Si l’on avait dit, il y a un demi-siècle, à un Bushongo que son pays serait un jour subjugué par des étrangers, il aurait accueilli cette prédiction avec le même dédain qu’un Romain du temps d’Auguste à qui l’on aurait annoncé l’invasion des Barbares. On voit qu’il est assez difficile de se former une idée de l’esprit Bushongo en partant des faits observés chez les individus actuellement vivants. Si l’on en juge par l’industrie passée de ce peuple et par le code moral qui était enseigné à tous les jeunes garçons tant que les cérémonies d’initiation furent pratiquées, on est forcé de conclure à une grande décadence. Mais cette décadence n’a été causée ni par la faute des Bushongo ni par celle des blancs. L’établissement du contrôle européen s’est effectué pacifiquement. D’autre part, il n’y eut pas de lâcheté de la part des Bushongo. Ils ne vivaient pas dans cette forêt irnpé-
Fig. 5. — Homme Bashilele.
nétrable qui seule permet aux tribus qui veulent, à tout prix, conserver leur indépendance, d’opposer une résistance efficace à la pénétration européenne. Ils se rendirent compte que leur situation était désespérée et cette constatation fut pour eux un coup beaucoup plus sensible que celui que produit la défaite elle-même. L’avenir dira si les Bushougo survivront comme nation au chaos produit par l’arrivée des civilisés. Ils sont, nous l’avons dit, en pleine période de transition.
Si, tout en les contrôlant avec la fermeté indispensable, les Européens réussissent à leur montrer la sympathie qu’ils méritent, il n’y a pas de raison pour qu’un
peuple, qui sut, jadis, organiser un si vaste empire et surpasser ses voisins dans l’art et l’industrie, n’arrive pas, dans de nouvelles conditions de vie, à se tailler une destinée plus belle peut-être encore que dans le passé. Mais un tel changement est interdit à un peuple oisif. Il faut, avant tout, tenter quelques efforts pour faire revivre les arts florissant avant l’arrivée des blancs et paralysés depuis par l’apport énorme des marchandises européennes confectionnées, et pour fortifier un orgueil national dont l’origine est dans les prouesses accomplies par les membres de la nation. Pour cela il conviendrait, dans la mesure conciliable avec l’ordre public, de maintenir, autant que possible, le système gouvernemental actuel de ce peuple. On ne peut rien espérer si l’on ne restaure pas chez lui le «respect de soi-même *. Il est invariablement lié à un conservatisme intense. Certes, c’est le devoir de la civilisation de réprimer les actes qui sont mauvais en eux-mêmes, mais pour cela il n’est pas nécessaire de détruire des institutions légitimes qui ont fonctionné parfaitement dans le passé et sont comprises et aimées du peuple qui les a créées, comme si tout cela n’avait aucune valeur. Chez les Bushongo le gouvernement, du moins en principe, réside dans le chef et il faut que ce dernier soit soutenu par le prestige de la puissance souveraine. Ce qui ne signifie pas qu’un mauvais chef ne doive pas être contraint de rester dans la bonne voie, mais qu’il faut prendre grand soin de maintenir les prérogatives du chef et de réprimer toute action tentée par un indigène, un étranger, ou un indigène inspiré par un étranger, contre ces prérogatives. En ce qui concerne les Bushongo la tâche semble être de leur rendre leur « selfrespect » en fortifiant les industries indigènes et en maintenant la puissance du grand chef et, autant que faire se peut, tout le reste de l’organisation politique et sociale. Pour cela une connaissance approfondie de l’histoire et des institutions de ce peuple est indispensable, et, si le présent travail pouvait contribuer, si peut que ce soit, à réaliser un tel résultat, il aurait atteint le principal but de la science anthropologique.
Considérés au point de vue des facultés de l’esprit, les Bushongo possèdent, tout d’abord, une excellente mémoire. Leur recueil de légendes populaires et la longue histoire
de leur tribu avec sa liste de souverains en est une preuve. De plus, ils apprennent vite, tant qu’il s’agit de mémoire auditive, et ils peuvent retenir longtemps ce qu’ils ont appris. La faculté d’attention est également assez développée chez eux et les discours judiciaires sont suivis avec un grand intérêt. Ils saisissent parfaitement chacun des points qui divisent les discours.
En ce qui concerne l’industrie, le sculpteur ou le brodeur n’est jamais rebuté par la difficulté ou la complication lorsqu’il entreprend un travail. Le fait que les dessins des broderies sont reproduits correctement et entièrement de mémoire montre encore combien les facultés d’attention sont développées chez ce peuple. Quant à l’application, la difficulté apparente d’une tâche ne semble pas du tout pour l’indigène un obstacle à l’entreprise, mais cette question d’application est intimement liée à l’idée que l’indigène se fait du temps. Pour le grand nombre, le temps, en fait, n’existe pas ; l’indigène ignore son âge et lorsqu’il entreprend un ouvrage il n’a aucune idée de le terminer dans un temps donné ou pour une date fixe. Par conséquent, l’application, si l’on entend par là le travail continu jusqu’à l’accomplissement d’une tâche, est assez rare. Elle existe cependant chez les membres âgés de la communauté. Le Bushongo ne peut être appelé paresseux ; seulement il manifeste son conservatisme en ne voulant faire que ce que ses ancêtres firent et cela de la même façon qu’eux. A Misumba nous fûmes frappés de l’activité générale qui régnait au village, on n’y voyait guère de personne oisive.
Comme la plupart des tribus africaines primitives, les Bushongo possèdent les facultés d’observation développées à un très haut degré, en tant qu’il s’agit des phénomènes naturels ; au reste les tribus dont les membres sont infé rieurs comme artisans excellent à ce dernier point de vue.
Ils font preuve aussi d’une grande curiosité : ils n’en ont jamais fini de poser des questions sur les manières et sur les coutumes des blancs, et on peut constater l’effort mental considérable qu’ils font pour comprendre des phénomènes dont le concept leur est étranger. Leurs légendes concernant l’invention des arts et l’origine des institutions sociales montrent une curiosité des événements de leur passé, rare parmi les peuples africains, et dans les explications qu’ils essaient de se donner à eux-mêmes des phénomènes mystérieux, ils font preuve d’une imagination très vive. Ils sont extrêmement honnêtes, avec cette réserve toutefois, que, pour eux comme pour la plupart des tribus africaines, la, question d’honnêteté vis-à-vis d’un étranger ne se pose même pas; pour un ami ils seront plus scrupuleux mais ils considèrent qu’ils n’ont aucune obligation envers un étranger. Leur bonne foi, cependant, n’est pas très grande et ils racontent parfois des mensonges sans aucune nécessité. Ce fait ne semble pas provenir d’un défaut de sens moral, mais plutôt d’une tendance à se montrer très réservés envers une personne, tel un étranger, qu’ils regardent avec
une certaine suspicion et cela d’autant plus lorsqu’ils ne saisissent pas dans quel but la question leur est faite. Ils ont, ou tout au moins avaient, un grand fonds d’initiative naturelle comme le prouve le commerce important qu’ils entretenaient avec toutes les autres tribus, et le fait que les commerçants de sang Bushongo voyageaient en tout sens dans l’empire. En réalité une des raisons pour lesquelles l’arrivée des Européens fut si mal accueillie chez eux est que cette circonstance mettait fin à leur monopole d intermédiaires commerciaux. Le même fait fut la cause principale
de la violente opposition à la pénétration européenne dont firent preuve les Bakongo.
On a observé chez eux quelques cas de folie, mais assez rares cependant.
Bien que des anciennes œuvres d’art et des institutions telles que le Nkand a, permettent de se faire une idée juste des Bushongo tels qu’ils étaient dans les beaux jours de leur empire, il est néanmoins possible de retracer un tableau de ce qu’étaient ces derniers avant leur grande expansion industrielle, il y a trois cents ans, en étudiant les Bashilele et les Bakongo, qui abandonnèrent la souche familiale avant les jours de grandeur des Bushongo, et qui semblent ne s’être que peu modifiés depuis le temps où ils immigrèrent dans le pays où ils demeurent actuellement.
Les Bashilele sont grands et bien bâtis; les hommes sont de bons pères de famille et prennent grand soin de leurs enfants ; pris dans leur ensemble, ils sont doux sans manque de dignité, et l’expédition ne reçut d’eux que des témoignages de bienveillance.
Les Bakongo, quoiqu’ils leur ressemblent physiquement, sont très différents de caractère ; ils sont très soupçonneux et par conséquent nous n’avons pu découvrir au sujet de leur ethnographie que ce que nous avons pu voir de nos yeux; ils le sont à tel point qu’ils hésitent même à dire le nom d’une rivière, et, excepté dans le cas de chefs qui étaient bien disposés, ce qui était rare, nous jugeâmes qu’il valait mieux rester en dehors des palissades, afin d’éviter de faire naître des désagréments ; ils sont excessivement conservateurs et on ne trouve parmi eux aucune étoffé européenne ; si on leur en offre comme cadeau, ils la refusent. Ils ne veulent d’aucun objet qui soit de fabrication européenne, excepté le fer, les couteaux et le sel. On comprendra d’après cela qu’ils n’aiment pas les étrangers, aussi gardent-ils leurs pirogues sur la rive droite du Loange, refusant de passer les étrangers de l’autre côté de la rivière. Pratiquant si peu l’hospitalité qu’ils font payer l’eau au visiteur, ils refusent de lui montrer où il peut s’en procurer lui-même. Tout le mal fait à un étranger donne du prestige à son auteur. Ils ne se gênent pas pour tricher, et, quoiqu’ils soient un objet de risée s’ils sont découverts, ils renouvellent leurs tentatives avec la plus grande effronterie. Ils sont extrêmement importuns et ne se donnent même pas la peine de trouver une excuse pour leurs demandes. Si on refuse de leur donner ce qu’ils désirent, ils deviennent
insolents et même menaçants, et si leur insolence n’est pas réprimée, ils s’imaginent que leur victime est trop faible pour s'en offenser, et ils deviennent plus insolents encore. Aussi est-il nécessaire d’user de la plus grande fermeté dans les relations avec eux.
Quand des visiteurs importants arrivent dans un village, le chef qui leur paie « tribut « comme ils disent, s’attend à recevoir un présent qui vaille au moins vingt fois la valeur de ce « tribut », et discute avec effronterie avec son hôte sur la nature de ce cadeau. S’il est mécontent de son lot, il l’acceptera, mais essaiera de reprendre son « tribut ». Quand les arrangements sont terminés avec le chef, d’autres hommes, qui ont souvent le double de son âge, se présentent comme ses fils et essaient d’extorquer des présents.
En cas de refus, ils menacent immédiatement de guerre.
Dans quelques cas l’expédition a reçu l’ordre de quitter le village sans délai ; dans d’autres moments, ils s’écriaient :
«Quoi! vous ne nous donnez pas de fer; pourquoi êtes-vous donc venus?»
Une singularité des Bashilele est la fréquence des cas de macrodentie.
Les renseignements réunis sur les Bushongo ont été obtenus chez les Bangongo et les Bangendi à l’est et parmi les Bambala à l’ouest.
L’expédition séjourna un temps considérable chez ces derniers et des excursions furent faites en rayonnant de la capitale vers les villages environnants. Des détails sur l’histoire des tribus ont été obtenus dans les deux localités. Jamais ces faits historiques ne sont connue du vulgaire, ils sont conservés comme des secrets précieux par les personnages haut placés. La première série de renseignements réunie est celle des Bambala. Ils ont été fournis par une assemblée du chef et de ses principaux dignitaires ; on peut donc les considérer comme une version officielle.
Voici la liste des chefs. Quand un chef a plus d’un nom, le dernier est celui de sa mère. Les noms des femmes-chefs sont écrits en italiques.