‹ Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba, ainsi que sur les peuplades apparentées, les BushongoChapitre 21 sur 125 · Meshosho, sans fonction apparente · texte numérisé non relu

Meshosho, sans fonction apparente

24. .Pampung, maître des habillements ; arrange la robe du chef en plis gracieux, les jours de fêtes.

25. Guvulu, chasse les mouches autour du chef au moyen d’une cravache.

26. Makula, gardien des talismans de chasse. Il existe également deux Kolomo appartenant

au sexe faible.

la. Banda, la mère du chef ; tous les hommes doivent frapper des mains lorsqu’ils la rencontrent (équivaut probablement cà la Bana n° 2a des Bambala).

2a. Katenge, enseigne aux jeunes filles leurs devoirs de femmes (même titre que le n° 1 des Bambala mais

fonctions différentes) Chez les Bangongo et les Bangendi, les chefs et les doyens portent toujours la petite calotte hémisphérique qui n est portée par les personnes ordinaires que dans les grandes occasions ; ces coiffures sont appelées Banclu par les Bangongo et Luketu par les Bangendi ; elles sont maintenues par des épingles de fer; de plus, le chef porte une plume d’aigle à crête, piquée dans les cheveux sur le côté. Un chef peut parfois remplacer la calotte par un petit morceau de peau de léopard. Les chefs portent encore autour de la taille et plus haut que la robe, une ceinture spéciale garnie de cauries et attachée sur le devant (ce nœud ressemble au nœud marin appelée « nœud de vache »). Le tissu

Elamba, décoré de dessins en damier teints dans l’étoffe (chacun des rectangles qui

composent ce damier mesure 5 pouces sur 2 1/2 environ) n’est porté que par le chef et par sa famille.

Fig. 43. — Le Buimbi (à droite).

Fia-. 44. — Le Bambi.

Les chefs ont seuls le privilège d’orner leur culotte de cauries, à moins cependant quelle ne soit faite de tissu européen ; dans ce dernier cas, chacun est libre de l’orner à sa fantaisie. Le port de bracelets, en fer ou en cuivre, de cauries aux chevilles (parfois jusque vingt à chaque jambe) est aussi un des privilèges accordés aux chefs.

A ces différents points de vue, les enfants des femmes et des sœurs des chefs ont les mêmes droits et privilèges.

Les chefs et les doyens portent une canne ornée d’un motif en spirale qui n’est autre que l’empreinte d’une liane laquelle s’est enroulée naturellement autour de la canne (fig. 53). Ces cannes appelées pangwe proviennent des pays situés au nord du Sankuru et sont l’objet d’une profonde vénération ; seuls, les Kolomo, ou les fils de chef peuvent y toucher et on peut barrer n’importe quel chemin en en mettant une en travers.

La canne est tenue la pointe reposant sur le sol tout près des pieds, et la main, appuyée sur le sommet et tenant la canne, écartée du corps aussi loin que possible. Quelquefois on la porte aussi sur les épaules, les mains reposant sur chaque extrémité (fig. 234). Un homme d’assez d’importance se tient, lorsqu’il s’arrête dans sa marche, les jambes très écartées (fig. 52) ; il marche lentement et majestueusement, la tête renversée très en arrière, et une main sur la hanche.

Théoriquement, le chef est élu par tout le village, mais, à l’heure actuelle, les suffrages des électeurs se portent invariablement sur l’héritier normal, de“sorte qu’on peut dire qu’en pratique ce pouvoir est héréditaire ;

l’héritier en première ligne est le frère issu des mêmes père et mère et dans ce cas il hérite aussi des biens ; les autres héritiers s’échelonnent dans le même ordre que chez les Bambala (voir p. 62).

Lorsqu’un chef meurt, tous les habitants du village s’assemblent dans un champ et choisissent un successeur; après quelques délibérations, leur choix s’arrête invariablement sur l’héritier; celui-ci est alors informé de la bonne

6t des Bengi.

nouvelle et reçoit de chaque villageois un cadeau.

Ensuite il est conduit à un village Batwa situé dans la brousse avoisinante; là, on lui met sur la tête une peau d’écureuil volant, ornée de plumes de coucou ; quatre hommes vigoureux le placent sur une litière formée de deux perches entre lesquelles est tendu un morceau d’étoffe (benji), et le rapportent ainsi en triomphe jusqu’au village. Alors on lui enlève sa peau d’écureuil, et on la remplace par une plume d’aigle. Le Maludi s’adresse au nouveau chef et lui enjoint de gouverner avec justice, en lui conseillant en particulier de ne jamais parler en tenant un couteau à la main ; le chef répond en promettant de se conformer

Fig. 45.

Bâton des Bambi

Fig. 47.

Houe de cérémonie de la Katenge.

aux avis (jiii lui sont donnés, et il dit : « Maintenant le village et moi nous sommes comme l’index et le médius d’une même main ; il n’y aura jamais rien entre nous. » Le peuple pousse des acclamations, et le chef est prié de prendre un nouveau nom. Dans l’exemple que nous avons observé, le nom choisi était Phokoli Bondo (le palmierraphia abondant); aussitôt une clameur s’éleva : « Bondo mana tata! Wei Phokoli

Bondo. « (Abondance de vin de palme, père, vous êtes l’abondant raphia.) A la fin, les doyens présentent au chef, sa femme; celle-ci prend le titre de Somingali et a la préséance sur toutes les autres femmes du village.

Les chefs doivent rendre des comptes au grand chef, lequel peut les destituer de leurs fonctions, et les remplacer (le plus souvent par quelqu’un de ses parents). Les seuls tributs payés au chef consistent en une cuisse de chaque animal de grande taille tué pendant une partie de chasse.

Le plus considérable de ses revenus consiste dans les amendes qu’il prononce contre les malfaiteurs. La peine de mort est aussi prononcée par le chef, après consultation d’une assemblée générale des Kolomo.

Dans les salutations, le chef parle seul et les hommes du peuple doivent garder le silence et frapper des mains.

La tombe d’un chef est indiquée par une petite hutte bâtie par-dessus.

Exception faite de l’obéissance qu’il doit au grand chef, le subalterne est maître absolu et nomme lui-même sa suite de dignitaires. Pratiquement il a très peu de pouvoir et est gouverné par les Kolomo qui constituent en vérité l’autorité souveraine. Et même, le fait de nommer ses dignitaires ne prouve que peu de chose, puisque ces derniers ne peuvent être choisis ailleurs que parmi les Kolomo.

Les Kolomo forment un comité consultatif composé des notables du village. L’histoire légendaire de ce corps est la suivante : Un des premiers chefs, Etochi, était faible de caractère et délaissait les affaires de l’État pour s’adonner à la débauche. Son premier ministre, Bakodya Bonjamba réunit tous les notables du village ot après avoir discuté, ils décidèrent de constituer un corps destiné à surveiller la marche des affaires de l’État, en agissant comme frein sur le pouvoir du chef et en l’obligeant d’agir selon leurs conseils. Comme insigne de l’autorité qu’ils venaient de se conférer, ils prirent la canne, pangwe, dont il a été parlé plus haut et dont la branche symbolise le chef, et la liane entourée en spirale, les Kolomo. Ces cannes sont l’objet d’un grand respect et nous avons déjà dit qu’un Kolomo peut barrer une route en la couchant simplement en travers. Un jour, un des membres de l’expédition après avoir examiné une de ces cannes, la plaça sur le sol ; on lui fit savoir que si un indigène avait agi ainsi, une forte amende

Fig. 48. — Imitation de coquille d’escargot portée par

l’entourage du Nyimi.

lui eût été infligée. L’influence des Kolomo grandit sans cesse au dépens de celle du chef, jusqu’au jour enfin où tout le pouvoir fut entre leurs mains. A l’heure actuelle, le peuple a pour eux la plus grande vénération, et s’il se produit parfois quelques

querelles ou bagarres, la seule présence d’un Kolomo suffit pour rétablir l’ordre. Un homme qui désire faire partie de l’assemblée des Kolomo, doit d’abord s’assurer de toutes les voix des citoyens de son village; ensuite il doit verser à la masse de

l’assemblée, un droit d’entrée de 15,000 cauries, puis enfin inviter à une fête, qui dure neuf jours, tous les Kolomo locaux, ainsi que ceux des autres villages qui désirent y assister. S’il est agréé, il est convoqué à une réunion solennelle d’initiation! Le Maludi s’adresse à lui en ces termes :

“ Vous avez jusqu’à présent vécu détestablement, violant sans cesse les lois établies. La loi dit : ne prends pas la propriété de ton voisin, et cependant les volailles et les chèvres que vous avez dérobés sont innombrables. Lorsque vous passez près d’un champ, vous prenez quelques-uns de ses produits bien que vous sachiez que la loi le défend. La loi vous interdit de prendre la femme de votre voisin et le nombre de vos adultères est si considérable qu’on ne saurait en fixer le chifïer. La loi prescrit de donner au chef une partie du gibier que vous avez tué ; combien de fois vous êtes vous caché dans la brousse pour le manger seul et priver ainsi le chef de ce à quoi il a droit? La loi vous interdit de vous quereller les uns avec les autres, et tout le long de la journée on n’entend que vos cris de dispute. La loi vous défend de tuer, mais on aperçoit encore sur vous le sang de ceux que vous avez égorgés ; la loi vous ordonne de payer vos dettes et pourtant combien de vos pauvres concitoyens sont encore retenus comme otages à cause de votre malhonnêteté?

« Maintenant que vous êtes sur le point de prendre le pangwe, il vous faut changer votre vie; non seulement vous ne devrez plus commettre tous ces crimes, mais vous devrez vous employer à empêcher les autres de les commettre. Donnez aux jeunes de bons avis, intervenez lorsqu’ils violent les lois, veillez à ce que le chef gouverne pour le plus grand bien de l’État, et, s’il manque à ses devoirs, appelez à vous tous les jeunes gens, et faites-le disparaître, lui et ses biens. Vous avez le droit d’intervenir dans les querelles entre tribus. Tous les hommes sont les enfants d’un même couple, et par conséquent sont frères et ne doivent pas verser le sang ni des uns ni des autres. Nous descendons tous de deux êtres humains et nous sommes maintenant un très grand nombre ; voulez-vous par des guerres et des tueries nous réduire de nouveau à deux? Prenez cette canne, conseillez les jeunes, et châtiez les mauvais. »

nfï-frtS

Fig. 49.

Cravache des Kolomo

Fig 50. — Défense d’élephant sculptée, plantée en l’honneur du passage du Grand roi Shamba.

Fig. 51.

Isambulâ Ngenga, vice-roi des Bangongo

Après cela, le nouveau Kolomo peut assister aux assemblées. Celles-ci sont des réunions où l’on discute les affaires, ou simplement des banquets qui sont alors marqués par des danses très licencieuses auxquelles prennent part des femmes nues

et qui se terminent par des orgies indescriptibles. Aucune personne, si elle n’a point qualité pour le faire, oserait même s’approcher de l’endroit où l’une de ces réunions est célébrée.

Comme il a été dit plus haut, les Kolomo portent habituellement la petite calotte hémisphérique en raison de leur rang; cependant, le Kimi Kambu fait exception à cette règle. Sa coiffure est faite d’un morceau d’étoffe d’écorce ornée de plumes ; il porte de plus une sorte de petit balai muni d’un manche tressé et orné de quelques perles de différentes couleurs ; cet objet se nomme Musasala. Chez les Isambo, si un individu de condition ordinaire revêt le costume des doyens, il est passible d’une amende et de la confiscation des ornements de ce costume.

L investiture d’un Kimi Kambu ou d’un Buingi ou Bambi, est célébrée par de grandes fêtes accompagnées de libations dont les frais sont à la charge de ceux en l’honneur desquels elles ont lieu.

Un inférieur salue un Kolomo par le mot : Botetela; le Kolomo lui répond : Uida; sur quoi 1 inférieur trappe dans ses mains. Dans la conversation, on emploie le mot Ekuphu pour s adresser à un Kolomo. Les différents dignitaires nommés par le chef reçoivent une partie du gibier que celui-ci perçoit.

Chez les Isambo, les doyens portent une canne couverte d entailles et une calotte ou un morceau de fourrure retenu par une épingle.

Chez les Bashilele, chaque village est commandé par un chef; mais chez les Bakongo, il y a deux chefs par village ; le plus jeune semble généralement le principal, bien qu ils ne soient ni l’un ni l’autre au-dessous d’un âge moyen.

L’autorité du chef est plutôt nominale, à tel point que lors qu un chef offre un présent à un visiteur de marque, les autres habitants du village le partagent et reçoivent aussi une partie de celui qui est offert en retour. Les villages des Bakongo ont leurs « crieurs de ville » dont on peut entendre la voix chaque soir comme au Mushenge des Bambala.

Les Bakongo ont probablement deux grands chefs, un au nord appelé Goman Vula, ou Gomampura (« le

tambour du village? »), et un au sud appelé Torerey; Fig. 52. - Cher Bangongo.

le premier est appelé Nyimi dans le

voisinage

de son

village.

L'expédition dut s’arrêter

à 50 milles de ce dernier, à cause des frais considérables de transport. On prétend que le Nyimi quitta son village, i! y a quelques années, en passant le commandement à son lieutenant, et personne ne sait où il est maintenant, bien qu’il ne soit pas mort. Cette information nous vient d’un chef Badjok, nommé Mayila, qui connaissait bien le village et qui était en relations avec Gomampura. Depuis la disparition de ce dernier, certains petits chefs locaux ont beaucoup accru leur autorité.

Le Nyimi a seul le droit de porter des ornements de laiton. Un chef Bashilele ou Bakongo ne porte aucun ornement, il se distingue ainsi de leurs hommes qui portent des bracelets de fer.

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