‹ Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba, ainsi que sur les peuplades apparentées, les BushongoChapitre 27 sur 125 · Ne mentez pas à un homme de la même tribu que vous · texte numérisé non relu

Ne mentez pas à un homme de la même tribu que vous

Ces défenses sont appellées Ikina Nyimi pour les distinguer des Ikina Bari (voir p.117). Les Bushongo jurent sur la loi : « Je ferai telle et telle chose, Nkanda ».

Ce qui suit est un spécimen du Mokanda (équivalent du Nkanda des Bambala) dont le texte à été obtenu parmi les Bangongo :

Si une personne mariée dit du mal des parties sexuelles de son mari ou de sa femme, il paiera une amende, c’est le Mokanda.

Si une personne fait part à un ami des secrets de l’alcove et révèle les capacités de son mari ou fait l’éloge des charmes de sa femme, il paiera une amende, c’est le Mokanda.

Si une personne déchire en public les vêtements d'une autre et dévoile sa nudité, il paiera une amende, c’est le Mokanda.

Une femme qui, n’ayant pas donné le jour à deux enfants apparaît nue à la danse, paiera une amende, c’est le Mokanda.

Le premier devoir d’un mari est d’avoir des relations régulières avec sa femme et de lui faire des cadeaux ; s’il la néglige, elle est en droit de le quitter, c’est le Mokanda.

Fig. 65. — Le jeu de Lela (Mancala).

Nous n’avons pu obtenir la Mokanda complète des Bangongo, ce qui précède a été saisi au hasard de la conversation.

Il existe parmi les Bangongo une puissante société secrète qui occupe une situation officielle, puisque les membres sont supposés aider les Kolomo à opérer les arrestations. Elle fut fondée sous le règne d’un certain grand chef qui s’appelait Samba Mikepe (Shamba Bolongogo) et l’histoire de son origine est la suivante :

Pendant le règne de ce chef, un Kolomo eut à opérer l’arrestation d’un certain malfaiteur, jeune et actif; mais comme il était posé et âgé, le malfaiteur put facilement lui échapper. Dans cette difficulté, afin de donner main forte à la loi et de la faire respecter, le chef choisit certains hommes, jeunes et forts, à qui fut confié la mission d’arrêter les malfaiteurs et on leur donna le nom de Babende. Afin d’éviter une revanche possible de ceux dont ils avaient opéré l’arrestation, ils portaient tous des masques du même modèle. Ces masques, appelés Esapula, étaient faits de lambeaux de rotin fixés ensemble au moyen de lacets de fibres et ressemblaient à un grand peigne décoratif ; ils étaient fixés dans les cheveux immédiatement au-dessus du front et ils couvraient la partie supérieure du visage ; aujourd’hui ils ont perdu leur signification et ils ne cachent plus les traits, mais on les porte en guise d’abat-vue et simplement comme insigne. Ils ressemblent évidemment aux peignes portés dans les tribus de l’ouest par les jeunes gens pendant qu’ils subissent l’épreuve du Nkanda (fig. 59).

Les Babende exécutent des danses pendant lesquelles ils portent des masques; c’est-àdire, pour parler plus exactement, chaque groupe de Babende d’un village possède trois masques appelés Shene Malula (fig. 62), Mukenga et Bungu (fig. 13c) qui sont portés alternativement par chacun d’eux pendant leurs danses ; si une femme touche un de ces masques les Babende tuent la première chèvre qu’ils rencontrent ; ils la mangent et la femme qui a commis l’offense doit en payer les frais. L’origine du masque Shene Malula et de la défense sont racontées au chapitre des légendes.

Les Babende font usage du tambour à friction appelé Koy Na Bula (1) (le léopard du village); ils le font résonner dans les broussailles à l’initiation d’un nouveau membre et, de nouveau, à sa mort; quand on entend le son de cet instrument chaque femme doit se retirer dans sa hutte et se cacher; si l’une d’elles se montre, elle est mise à l’amende d’une chèvre. Aux temps anciens les Babende faisaient des sacrifices humains au son de cet instrument ; le membre de la Société secrète qui avait la charge de le manier s’asseyait au milieu du village avec des plumes d’aigle crété aux deux coins de sa bouche

(i) Les Bambala l’appellent Lukombye.

et faisait résonner le tambour en question ; à ce bruit tous ceux qui n’étaient pas initiés s’enfuyaient et les Babende se saisissaient d’un enfant esclave qu’ils tuaient avec un couteau d’une certaine forme fait d’une lame de fer à double courbure s’élargissant vers la pointe (couteau ordinaire de guerre); le corps était jeté dans les broussailles et l’on ne permettait jamais à la mère de le voir. Les Babende se contentaient d’envoyer à cette dernière un paquet de charbon de bois et elle savait par ce signe que son fils avait été tué. Elle disait : « Le léopard du village a mangé mon enfant « et elle prenait le deuil. L’origine de cette pratique est indiquée dans la légende à laquelle

nous avons renvoyé plus haut.

Les Babende possèdent leurs propres officiers, un chef, Yemikanda ; un substitut, Yomikanda; trois conseillers, Kananganga, Pangula et Teisha; l’homme qui distribue le poisson attrapé par les Babende, Munyinyi Makula ;

le tambour en chef, Badyan

Goma; ce dernier bat le tambour Buluba (pi. XXIV, fig. 2 et 4) aux danses des Babende ; les deux tambours Musumba (pi. XXIV, fig. 3) sont battus derrière lui; ces tambours sont mentionnés dans la partie du présent travail consacré à la musique. Les Babende ont aussi leur propre serment : » Si je ne fais pas cela, Mokanda Moa Ivoko Bekalemi Lochika

Watea » (que la loi puisse me priver de la défense d’un éléphant). Toute la société a

le devoir de veiller à ce que pareil serment soit exécuté.

Quand un jeune garçon est admis dans la société, il doit mettre le costume suivant : le masque abat-vue, Esapula; un pompon de fibres noirs, Isele, porté sur le derrière; deux touffes de fibres de raphia, teintes en noir, suspendues autour du cou par devant et par derrière, Molembe ; et un pagne noir. Les noms de ces ornements sont secrets, comme, naturellement, tout ce qui se rapporte à la cérémonie. Le chef du village, qui, dans cette occasion, porte le titre de Üombo, est assis, revêtu de son costume de cérémonie, sur un tronc d’arbre, ses jambes très écartées l’une de l’autre; de chacun de ses côtés sont placés le Yemikanda et le Yomikanda, le premier posant une main sur son épaule droite, le second une main sur son épaule gauche; derrière lui, les uns derrière les autres, dans l’ordre indiqué, se tiennent trois autres officiers de la société, les jambes largement écartées, le Shene Malula, le Mukenga et le Bungu, portant le masque de leur nom. Le chef et chacun des trois derniers officiers tiennent un bâton ; celui du chef s’appelle Baza et a environ un mètre de longueur avec des boules à chaque extrémité; il est orné de coquilles et de quatre barbes de bélier disposées à des intervalles égaux; ceux du Shene Malula et du Mukenga portent le nom de Gonjo, celui du Bungu est appelé Bengi. Entre les jambes de ces quatre officiers les

initiés doivent ramper sur les mains et sur les genoux et reçoivent, au fur et à mesuie qu ils avancent, de forts coups 'de bâton de chaque officier. La présence du masque Sliene Malula et des coups de bâton administrés au candidat sont aussi expliqués dans la légende à laquelle nous faisions allusion tantôt. Cette cérémonie terminée, le candidat retourne au village dans le costume qui vient d’être décrit; il fait des visites à des amis et en reçoit

des présents. Au bout de trois semaines, il se rend, porteur d’un présent de poissons, chez le Yemikanda qui enlève l’Esapula de sa tête ; une semaine plus tard, il donne trente cauries au Yemikanda et est délivré de son Molembe; après une autre semaine le même officier enlève l’Isele en échange d’un présent de vin de palme. A partir de ce moment aucune femme, excepté sa propre mère, ne peut le frapper, même pour plaisanter, sous peine de l’amende d’une poule. Cette cérémonie s’appelle Kolombola (verbe).

Si l’un de ceux qui ne sont pas initiés revêt le costume de danse des Babende, il est appelé devant le chef, les Babende armés de fouets forment une double haie et le coupable est placé à l’extrémité de cette haie; le chef coupe la ceinture du coupable, son vêtement tombe à terre et ainsi mis à nu il faut que ce dernier coure à travers la haie de Babende qui le frappent à tour de bras.

Cette cérémonie, et en vérité toute l’institution, semble être la combinaison de l’initiation Nkanda, telle qu’elle est pratiquée par les Bambala, avec les rites d’initiation à une société secrète Basongo Meno. Le fait que les Babende sont nés parmi les Bangongo au temps de Shamba, confirme la supposition que la cérémonie Nkanda des Bambala fut introduite parmi les tribus de l’ouest vers la même date. Le Nyimi nous a dit que cette cérémonie est d’origine Bakete.

Fig. 68. — « Cats Cradle », Bangongo.

Page 1