‹ Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba, ainsi que sur les peuplades apparentées, les BushongoChapitre 33 sur 125 · GUERRE · texte numérisé non relu

GUERRE

Les Bushongo sont dans l’ensemble assez pacifiques, les plus belliqueux étant les Bangongo. La tradition affirme qu’ils trouvèrent le territoire, qu’ils occupent actuellement, inhabité, et, par conséquent, en prirent possession sans rencon-

trer d’opposition. Ils n’ont jamais essayé de conquérir les territoires des autres et leurs opérations militaires n’ont été, le plus souvent, que des opérations de police destinées à renforcer le gouvernement du Nyimi auprès des sous-tribus plus éloignées et plus sauvages. Sans aucun doute, les lames de fer recueillies dans le pays des Basongo Meno, et qui sont identiques aux couteaux de guerre des Busliongo, sont les restes de ces expéditions répressives. Leur grande réputation les a mis à l’abri des agressions étrangères et l’histoire n’a eu à enregistrer que deux faits de ce genre, un essai de la part des Bankutu et un de la part des Baluba (v. pp. 29 et 30). Des démonstrations d’hostilité ont lieu parfois entre des villages, mais sont bientôt arrêtées par le Nyimi. Les Bushongo de l’ouest ne sont pas très courageux, surtout la jeune génération. L’effectif de combat est formé par tous les adultes qui ont subi l’initiation ; les esclaves prennent aussi part à la guerre. L’armée est mobilisée à l’aide de messagers, elle est commandée par le Nyibita dont les pouvoirs sur les combattants sont égaux à ceux du Nyimi. Les noms des autres officiers de l’armée sont pas part en personne à la guerre, car il lui est interdit de verser le sang humain. Leurs armes étaient, primitivement, le couteau de jet, le javelot et l’arc. Ces armes furent abolies par Shamba Bolongongo, au commencement du dix-septième siècle (voir p. 26), et les grands couteaux de guerre (fig. 15) formèrent l’arme unique des troupes jusqu’au temps de Bope Mobinji, époque à laquelle les javelots et les arcs furent de nouveau remis en usage. Des boucliers de bois recouverts d’osier étaient jadis employés, mais sont maintenant complètement abandonnés, et un seul spécimen, encore était-il en très mauvais état, a pu être retrouvé après six mois de recherches (fig. 280 c). On trouve des massues, mais elles semblent d’importation étrangère.

On ne peut porter, dans le Mushenge, le sabre de guerre nu : il doit être dissimulé dans un fourreau d’étoffe ; on le porte suspendu à l’épaule. Tout ennemi qui demande quartier doit être épargné ; les prisonniers sont adoptés par la tribu et deviennent de libres Bushongo. Le signe de la paix est un arc sans corde tenu verticalement au-dessus de la tête. Pendant la guerre, les femmes et les enfants se cachent dans la brousse. Lorsqu’un village a été conquis, le chef en épouse une des jeunes filles en vue de conclure une alliance durable (comme dans le cas de Shambele Chembe).

Chez les Bangongo, qui sont les plus belliqueux parmi les Bushongo, la force armée se compose de tous les adultes. Ils sont rassemblés par des messagers

Fig. 84. — Danse funéraire.

indiqués à la page 54. Le Nyimi ne prend

soufflant dans des trompes d’ivoire. Une déclaration formelle de guerre est faite a un village adverse par un homme, apparenté à ce village par sa femme. Quand les hommes partent en guerre, ils sont accompagnés par celles des femmes qui ont mis au monde deux ou plusieurs enfants. Elles restent un peu en arrière et les encouragent. Si un homme est pris de peur et veut se sauver elles l’arrêtent et lui font boire une potion dans la composition de laquelle entre du poison employé pour les flèches. Cette gorgée peut lui être fatale, mais s’il résiste on lui attribue la vertu de redonner du courage. Le reste des femmes demeure dans le village avec les vieillards et les infirmes. L’avant-garde est conduite par le Yulu qui a également pour mission de couvrir la retraite de l’armée en cas de défaite. Le gros de la troupe avec lequel se tient le chef est commandé par le Chikala. Le gong

Fig. 85. — Danse au Mushenge.

de guerre utilisé pour transmettre des ordres est le même que celui des Batetela, mais il n’est pas construit avec autant de perfection. Des embûches sont préparées, on dresse des trappes sur le chemin et bien qu’on ne fasse pas de véritables attaques nocturnes, on tiraille néanmoins sur les feux de nuit de l’ennemi. Les combats sérieux ne sont pas de longue durée, mais un état de guerre sans ordre, de - guérilla-, est continué par des groupes de quatre ou cinq combattants qui entreprennent une chasse à l’homme. On ne fait pas usage de sentinelles. Les prisonniers sont retenus jusqu’à la fin des hostilités ; les femmes ne sont point faites prisonnières.

L’homme qui a tué un ennemi (ou un léopard) a le droit de porter dans les cheveux une plume d’aigle à crête et d’en ajouter une à chaque nouvelle victime ; il a le droit de boire dans une corne de buffle sculptée (fig. 307 et 317), privilège qui est refusé aux guerriers moins braves ou qui n’ont pas eu autant de succès. Il reçoit aussi des cadeaux de quelques-uns de ses amis qui attachent beaucoup d'importance à ce fait.

En concluant la paix, les chefs et les Kolomo de chacun des villages se réunissent et récapitulent leurs pertes ; celui des villages qui a perdu le moins d’hommes doit remettre à l’autre un nombre d’hommes libres égal à la différence entre les morts respectifs. Ces hommes sont ensuite tués. Les victimes sont choisies par leurs propres Kolomo, qui envoient les condamnés faire une commission fictive dans une des embûches de leurs anciens ennemis. Une peau de léopard est ensuite

bi ulée, en présence des chefs, et les Kolomo se frottent le front avec les cendres. La convention conclue par ce rite n’est jamais transgressée.

Lors du retour du Nyimi après la répression d’une rébellion chez les Bangendi, des membres de l’expédition ont pu assister à la cérémonie suivante, qui eut lieu dans le Mushenge. Vers quatre heures et demie de l’après-midi, les habitants de Mingenja, le Mushenge, arrivèrent au terrain de danse sur la route de la Mission à l’entrée Est du village; il y avait là des individus des deux sexes et de tous les âges. Peu de temps après, apparut le Nyimi et sa suite, tous marchant sur une seule file et venant du

Fig. 86. — Danse au Mushenge.

Palais. Le fils aîné du Nyimi ouvrait la marche suivi de quelques esclaves portant des fétiches complètement cachés par des étoffes rouges. Le Nyimi prit place sur son trône, tournant le dos à une vieille maison (fig. 139 l\ et ses femmes, qui arrivèrent plus tard, s’assirent derrière lui. La foule formait par devant un carré, les doyens à la droite du souverain. Un ordre et un silence absolus régnèrent pendant tout le temps qui précéda la cérémonie. Le Chikala Tese s’avança du côté opposé au Nyimi et fit une longue harangue en gesticulant avec son couteau ; alors un homme s’avança à travers l’espace libre, auprès du Nyimi, ramassa une poignée d’herbe, la lança à la figure de l’orateur et se retira. Ensuite le Chikala s’assit. Un autre orateur se leva et commença à parler, lui aussi reçut de l’herbe en pleine figure et regagna son siège. Il fut suivi par plusieurs orateurs parmi lesquels se trouvait un esclave ; quelques-uns coururent çà et là dans le carré en brandissant leur sabre mais tous retournèrent s’asseoir lorsqu’on leur jeta de l’herbe. Cette dernière manifestation, accompagnée par les acclamations de la foule, symbolisait l’innocuité des armes Bangendi que les orateurs avaient défiées dans leurs discours. A la fin, le Nyimi se leva, s’avança et prononça un discours expliquant les causes et narrant les péripéties de la guerre. Ceci termina la cérémonie.

Lorsqu’ils sont attaqués, les Bashilele n’attendent point la bataille à l’intérieur de leurs palissades, mais soldent à la rencontre de l'ennemi. Les femmes, après avoir excité les hommes au combat, disparaissent avec tout ce qu elles possèdent ; quelques femmes âgées demeurent par derrière, armées de couteaux, sans doute pour aider les combattants à achever les blessés.

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