AMUSEMENTS
Chez les Bambala, on pratique les jeux athlétiques comme les courses à pied, le saut en hauteur, la course d’obstacles, la lutte. Dans les courses d’obstacles, ces derniers sont figurés par des amas de terre que le coureur doit franchir. La lutte n’est pratiquée que par les jeunes enfants. Avant de commencer, les deux adversaires demandent à un autre garçon de tenir du sable dans chacune de ses mains, puis ils lui donnent une tape sur la main faisant ainsi tomber le sable; ensuite ils prennent leur position de lutte : chacun empoigne par derrière la ceinture ou le vêtement que porte son adversaire sur les reins, en passant ses bras par-dessous ceux de son antagoniste; les jambes servent à faire des crocs-en-jambe et celui qui tombe de façon qu’une des épaules au moins touche le sol est déclaré vaincu; si les deux lutteurs tombent côte à côte, la partie est nulle et le combat recommence. Ils semblent avoir une idée assez nette du jeu loyal; si l’un d’eux envoie rouler l’autre à terre avant de lui avoir donné le temps d’assurer sa prise, on réclame pour lui le titre de lâche qui lui est accordé aussitôt; aucune discussion n’a lieu au sujet du résultat du match, lequel ne provoque aucune inimitié. Un autre jeu demande une grande agilité : un garçon se couche sur le sol et fait tourner en cercle une botte de feuilles attachée à une corde, les autres doivent sauter par-dessus cette botte. Un jeu nécessitant l’endurance est pratiqué par deux personnes, chacune à son tour frappe de la main la paume
ouverte de l’autre et le jeu ne prend fin que lorsqu’un des adversaires se rend.
Parmi les jeux d’adresse, la « scie » (« cats-cradle ») est un amusement très goûté ; un grand nombre de figures de ce jeu sont bien connues ; les Bangongo l’apppelle Boshamu et les deux principales figures sont reproduites plus haut (fig. 68) ; on les appelle respectivement « la femme « et « l’homme « ; pour former cette dernière, l’assistance d’une seconde personne est nécessaire. Ce passe-temps se rencontre aussi chez les Bashilele et chez les Bakongo.
Il existe plusieurs jeux de balle; une de ces balles trouvée chez les Bambala ressemble assez comme forme à un jeu d’ « osselet ».
Un garçon lance en l’air une balle de caoutchouc, puis se baisse vivement et ramasse quelques cailloux, il rattrape la balle après le premier bond ; l’autre joueur doit faire la même chose et ramasser un nombre égal de cailloux ; à chaque tour, il faut saisir un plus grand nombre de cailloux et le jeu continue ainsi jusqu’à ce que l’un des joueurs abandonne. Les Bangongo jouent à un jeu appelé Yanja dans
Fig. 74. — Bangongo exposant son tambour à friction au feu pour tendre la membrane.
lequel une balle faite en feuilles de palmier tressées est lancée en l’air avec la paume de la main et passe ainsi d’un joueur à l’autre.
Cette tribu pratique également une sorte de hockey, appelé Tephu et qui se joue avec une petite balle de caoutchouc et des nervures de feuilles de palmier faisant office de crosse. Un nombre quelconque de personnes peut prendre part au jeu qui consiste à faire passer la balle dans le but du camp opposé, lequel but est une simple ligne tracée par terre à chaque extrémité du terrain de jeu.
La figure 69 représente un bien intéressant jeu de patience, recueilli chez les
Bambala. Il consiste en deux morceaux de calebasse et une ficelle arrangés comme le montre l’illustration. Le joueur doit séparer un des morceaux de calebasse de la ficelle, sans couper ou dénouer celle-ci. Cela peut se faire en retirant le nœud coulant marqué A et en le passant par le trou B ; ensuite l’autre morceau de calebasse doit être passé par le nœud coulant. Le premier morceau de callebasse se trouvera ainsi détaché. On peut augmenter la difficulté et donner un morceau de calebasse à tenir à une personne pendant qu’on essaie de détacher l’autre morceau, et cela sans que la personne lâche le sien. Pour y réussir on passe comme auparavant le nœud
coulant A par le trou B ; et on le repasse ensuite en arrière au-dessus du morceau
par le trou duquel on vient de le passer ; on pourra
alors retirer ce dernier.
Les jouets favoris des enfants sont les toupies ; elles consistent en une grosse graine de forme sphérique traversée en son milieu par un fuseau de bois.
Il existe chez les Bangongo un jeu de toupies appelé Bidi : on fait un petit trou dans le sol et on en tapisse l’intérieur avec une feuille de bananier; chacun des joueurs lance sa toupie sur cette feuille et celui dont la toupie pousse les autres hors de la feuille est déclaré vainqueur ; si une des toupies poussées hors de la feuille y revient, ou si la toupie du vainqueur quitte elle-même cette feuille, la partie est nulle. Cette tribu se livre aussi à un jeu appelé Makuku et qui ressemble au jeu de billes ; les deux joueurs s’accroupissent à quelques pieds l’un de l’autre et chacun a devant lui une graine; chaque joueur lance à son tour une troisième graine de façon à caramboler celle de son adversaire. Chez les Bambala, on trouve un jeu à peu près semblable mais dans lequel les deux graines servant de but à l’adversaire sont remplacées par des petites baguettes plantées dans le sol. Un autre jeu d’adresse pratiqué par les Bambala consiste à jeter un couteau en l’air de manière qu’il se retourne et tombe la pointe dans le sol. La même tribu possède un jeu dans lequel entre un élément de chance ; on cache un petit objet, une graine ou une perle, dans un tas de sable qu un homme elève sur le sol et qu’il étend en le jetant à une certaine
Fig. 75. — Joueur de xylophone.
distance. Chacun des autres joueurs prend une poignée et celui qui a dans la sienne l’objet, a le droit de le cacher à son tour pendant la partie suivante. Chez les Bambala, les petites filles, et chez les Bangongo les petits enfants des deux sexes aiment beaucoup les poupées (fig. 64) qui ne sont que des morceaux de bois dont une extrémité est taillée en forme de tête humaine. Chez les Bangongo ces poupées, appelées Deli, sont souvent sculptées par de tout jeunes garçons. Les petits enfants Bambala aiment beaucoup dessiner dans le sable (voir à ce sujet ce qui sera dit plus loin).
Les femmes Bangongo jouent à une sorte de jeu ressemblant au jeu de mains chaudes de nos enfants et qu’on appelle Bakamyangi. Le jeu le plus perfectionné se rencontre chez les Bambala; c’est, dans ses grandes lignes, une forme de mancala , jeu dont la présence en Afrique peut toujours être attribué à une influence étrangère, généralement arabe. On l’appelle Lela, et son introduction est attribuée à Shamba Bolongongo (voir p. 26), qui aurait ainsi rénssi à arrêter, chez ses sujets, la passion du jeu. 11 l’avait, dit-on, appris pendant ses voyages dans l’ouest et sa statue le représente avec, devant lui, la planche du Lela. Cette planche (fig. 65) possède quatre rangs de sept trous chacun, et, en plus, de chaque côté, un grand trou dans lequel on place des jetons pour indiquer d’un côté le gain, et, de l’autre, la perte. Chaque joueur place neuf jetons (des graines) dans le trou situé à gauche dans la rangée la plus rapprochée de lui, six dans le second trou, deux dans le troisième, et un dans le quatrième. Trois jetons, appelés Kwasa, restent dans la main et peuvent être placés, un à un, dans trois trous consécutifs quelconques. Certaines positions des jetons portent des noms particuliers; par exemple, quand dans les deux rangées d’un joueur deux trous correspondants sont occupés chacun par un jeton, la position se nomme dono ; s’il 'n’y a qu’un seul jeton dans une série de deux trous du milieu, l’autre demeurant vide, la position se nomme mocho. Le but du jeu est pour chaque adversaire de ramasser tous les jetons d’un trou et de les mettre un à un dans les trous suivants de façon à amener son dernier jeton en face d’un des trous où son adversaire est dans une des deux positions décrites plus haut.
Il peut alors ramasser tous les jetons de son partenaire
placés en face du sien (dans les deux rangées) puis conti¬
nuer à jouer. Prendre, se dit Ata kosh ; perdre, Lamela.
, , , , , . i j. i Fig. 76. — L’arc musical (Bangongo).
On joue très vite, et souvent les joueurs cachent leur
part de la planche afin d’empêcher de voir dans leur
jeu. Ce jeu est actuellement peu pratiqué; on ne trouve de bons joueurs que parmi les personnes âgées; de plus, la coutume de constituer des enjeux a été introduite.
En général, les jeux des femmes diffèrent de ceux des hommes, mais ces derniers jouent en revanche à la plupart des jeux des garçons. Les enfants Bambala sont précoces et très habiles à imiter leurs parents; ils fabriquent des outils en miniatures avec des herbes, ils font des cravaches de danses, des modèles de ser-
rares européennes au moyen de morceaux de bois et de courges; nous avons pu admirer un très joli modèle de maison européenne, avec des murs en torchis, un toit de chaume, une vérandah, etc., qui avait été confectionné par le fils aîné du Nyimi et quelques autres enfants (fig. 67).
Les Bushongo aiment beaucoup la musique mais on ne peut pas dire que ce
soit un peuple vraiment musicien, bien que les jeunes enfants soient capable d’apprendre un air très vite. Le chant et la musique instrumentale servent surtout d’accompagnement aux danses ; dans les chœurs les voix sont à l’unisson. Il semble que les femmes ne chantent et ne jouent jamais, du moins nous n’en avons point entendues pendant les trois mois que l’expédition passa dans le Mushenge. Les hommes ont une voix de poitrine d’un baryton assez rude ; les airs sont généralement dans le ton mineur et la mesure est en 4/4. Le meilleur chanteur était le vieux Nyibita (fig. 38). Il chantait généralement d’une voix de tête en s’accompagnant sur une harpe. Il faisait vibrer les cordes de cette dernière au moyen d’un plectrum fait d'herbes tordues et qu’il agitait circulaireinent, frappant ainsi alternativement les cordes d’en haut et d’en bas, un peu comme on joue de la mandoline.
Dans un village Bangongo, les chants et les danses commencent souvent de bon matin pour ne se terminer que vers minuit. Les voix sont assez Fig. 77. — Bakongo sifflant son chien. rudes et les soli surtout sont plutôt désagréables
pour des oreilles européennes ; le chant est, d’ordinaire, accompagné par des tambours. On peut diviser ces chants en deux catégories : les chœurs et les soli ; dans les chœurs il y a parfois des exécutants des deux sexes, mais qui restent le plus souvent en groupes séparés. Enfin dans la plupart des chœurs il y a un assez bon chanteur qui dirige, et qui commence la phrase musicale, laquelle est alors reprise en chœur par tous. Ces chansons sont en majorité obscènes comme le montre l’exemple suivant :
Solo : Où allez-vous, ma jolie fille ?
Chœur : Où allez- vous ma jolie fille ?
Solo : Je vais à la rivière.
Chœur ; Je vais à la rivière.
Solo : Que ferez-vous la-bàs ?
Chœur : Que ferez-vous là-bas ?
Solo : Je me laverai.
Chœur : Je me laverai.
Solo : Que vous laverez-vous ?
Chœur : Que vous laverez-vous ?
Solo » Vulvam lavabo.
Chœur ; Vulvam lauabit, vulvam lavabit !
Autre exemple :
Solo : Muller, si in silvam cacalura ibis.
Chœur : Mulier si in silvam cacatura ibis.
Solo : Cave ne excremenla in calces codant.
Chœur : Cave ne excrementa in calces codant.
Quelquefois, ce solo prend la forme d’une complainte au sujet d’événements récents. Par exemple, un homme, appelé Dumbo, ayant assassiné un autre homme et étant, par suite, obligé de fuir pour toujours le pays, la complainte suivante fut chantée :
Dumbo a tué un homme,
Et a dû fuir dans la brousse,
Loin de son village,
Loin de sa tribu.
Il erre dans la brousse,
11 erre dans la forêt.
Aucun toit ne l’abrite,
Aucune femme ne cuit sa nourriture.
Il mourra loin de ses frères,
Tué par quelque sauvage Mokuchu,
Ou dévoré par quelque bête fauve.
Dumbo a tué un homme,
Et a dû fuir dans la brousse.
Quelques-unes de ces chansons sont des histoires d’où se dégage un enseignement, une morale. Ainsi :
Le mouton a des cornes gentiment enroulées.
Le mouton a de jolies, de fortes jambes.
Qu’un chef saisisse une de ses jambes Et il bêlera.
Mais si c’est un pauvre homme qui la saisit,
Il restera silencieux.
La morale de ce récit est que, si un riche fait quelque chose de mauvais, chacun crie à l’amende, alors que si le coupable est un pauvre homme, on ne fait entendre aucune réclamation.
Il existe une grande variété d'instruments de musique. La forme la plus commune de grelot que l’on rencontre dans les régions de l’ouest, est un instrument formé d’une corne à la base de laquelle est fixée une rangée de petits anneaux métalliques qui s’entre-choquent lorsqu’on agite l’instrument.
Dans l’e?t, c’est ordinairement un panier en vannerie rempli de graines. On trouve dans ces deux régions, des cloches de différents modèles. Dans l’ouest, ne s’en servent que certains personnages officiels ; dans l’est, leur usage est restreint aux cérémonies magiques.
Des gongs de fer sont aussi communs à ces deux régions ainsi qu’aux terri-
toi res Bashilele et Bakongo; les mêmes instruments, accouplés, se rencontrent chez les Bushongo de l’ouest (fi g. 70). 11 existe encore des gongs de bois analogues, mais inféreurs à ceux des Batetela. Les tambours sont de différents modèles (voy. fîg. 71 et pl. XXIV). La forme vraiment caractéristique est longue et étroite ; elle se rencontre dans tous les territoires Bushongo et parmi les Bashilele ainsi que parmi les Bakongo. La
membrane des tambours est invariablement faite de peau de mammifère qu’on tend en la cousant au moyen de corde végétale sur une bande épaisse de cette même peau, laquelle bande est elle-même chevillée autour du tambour à un pouce et demi ou deux de son bord supérieur. On frappe l’instrument avec la main.
On rencontre aussi chez les Bangongo le tambour à friction (fîg. 71 e). Dans l’ouest, on le connaît sous le nom de Lukombye, sans cependant l’employer. Le Nyimi prétend que c’est un instrument Bakete. Pour la membrane, on emploie les mêmes matières et les mêmes modes de fixation que poulies tambours ordinaires. La baguette sur laquelle glisse la main du musicien est dans le corps même de l’instrument. On la fixe à la membrane alors que celle-ci est encore molle et déformable, en déprimant au moyend’une de ses extrémités cette membrane en forme de doigt de gant et en liant cette extrémiié solidement à la peau qu’elle a ainsi fait saillir au dehors. On trouve aussi des xylophones (fig. 75) ; des courges, formant résonnateurs, sont placées sous chaque touche de bois, puis de nouveau entre chaque paire de touche. Dans chaque résonnateur est percé un trou recouvert d’une toile d’araignée de terre. Les Bushongo de l’ouest emploient dans les cérémonies d’initiation la planchette-bourdon, c’est-à dire un rectangle allongé de jonc attaché au bout d’une corde. La forme de harpe, dite « ouest-africaine » est pareille à celle usitée dans tout le territoire Bushongo. Elle est formée d’un résonnateur en bois auquel sont fixées quelques lattes, cinq dans l’ouest, cinq ou six dans l’est, et dont chacune porte une corde. Ces cordes, dont l’autre extrémité est attachée à la base du résonnateur, sont faites de fibres provenant de la partie inférieure des tiges de raphia. L’arc musical (fîg. 76) est en honneur partout.
A l’ouest comme à l’est, on emploie des cors dans lesquelles on souffle latéralement, et, chez les Bashilele et chez les Bakongo, on trouve, en outre des cors provenant des cornes de l’antilope Situtunga. Enfin, toutes ces tribus emploient comme signal de chasse des sifflets de bois percés de trous permettant ainsi d’obtenir plusieurs notes (fig. 77 et 78).
Les femmes Bashilele se servent d’un instrument dont le son ressemble à celui d’une trompe d’automobile. Cet instrument, extrêmement simple, se compose uniquement d’une courge en forme de bouteille, avec une longue fente à la base. Le col forme embouchure et l’air s’échappant par la fente en faisant vibrer les deux lèvres de cette fente ; cela produit un son plus remarquable par son volume que par sa douceur. Chez les Bushongo de l’ouest, le chef-tambour est un fils de Nyimi et tous les musiciens ont rang de Kolomo ; tout en jouant, le tambourineur pousse des hurlements. Les danseurs Bashilele portent des grelots aux chevilles et le tambourineur en a un à chaque poignet.
Dans l’ouest, une danse comporte toujours deux parties : l’une préliminaire, à laquelle ne prennent part que les Kolomo et les personnes attachées au service du roi, tous vêtus de rouge; l’autre principale, qui a lieu le jour suivant. Tous les gens s’y montrent parés de leurs plus beaux atours ; on y voit des jupes composées d’un morceau d’une grande longueur et fréquemment de 10 mètres, retombant sur le côté en larges plis. Ces vêtements sont de toutes les couleurs, depuis le blanc jusqu’au rouge et au pourpre en passant par le jaune, et ils sont généralement bordés de riches broderies (pl. II et fig. 79 et 233). Au-dessus de la jupe la partie supérieure du corps est entourée d’une bande d’écorce, ornée chez les hommes de motifs imprimés, et composée chez les femmes de petits morceaux noirs et blancs cousus ensemble (fig. 242). Sur la robe se trouve encore une écharpe de tissus brodés ou quelque vêtement analogue fait de pièces et de morceaux. Sur la croupe, on porte un rouleau de peau bourré d’herbe ; en temps ordinaire, cet ornement n’est porté que par les Kolomo. Ceux qui sont attachés au service personnel du Nyimi portent sur la hanche un morceau de bois couvert de perles et imitant la forme d’un coquillage (fig. 48). Des peaux de guereza pendent à la ceinture et des colliers de plantes vertes sont passés autour du cou. Les chevilles sont garnies de grelots remplis de graines et les pieds sont peints en rouge avec du tukula ou en blanc avec de la chaux, selon la couleur du costume. Le Bambi, le Bengi et le Nyibita portent des cordes d’arc autour du cou au lieu de plantes vertes ; le Nyimi et le Bambi ont un bracelet, qui, pour chacun, est d’un modèle spécial, celui du premier en laiton, celui du second en fer (fig. 80). Des lignes fantaisistes sont peintes sur le visage; on tient à la main des grelots en corne de buffle garnie d’anneaux métalliques, des cravaches de danses ornées de queues de buffles (fig. 81) et enfin des couteaux d’un modèle spécial (fig. 279) ; sur la tête s’étalent des sortes de toques ornées de plumes, parfois de deux ou trois grandes, dressées en l’air, parfois d’une seule, projetée en avant.
Les hommes dansent en frappant deux fois le sol du pied : une première fois légèrement, puis plus lourdement, à chaque temps de la musique, tournant en rond en mesure avec leur chef de file. Les danseurs gardent les lèvres fortement serrées l’une contre l’autre. A de certains intervalles, ils s’arrêtent et se reposent, le corps penché en avant, appuyé sur leur cravache. Il arrive quelquefois qu’un danseur quitte le rang et exécute un farouche « cavalier seul » au milieu des cris d’encouragement des autres danseurs. C’est, pour un danseur, faire un très grand honneur à un visiteur que de passer devant lui en tournoyant et en faisant tourner sa robe avec ses genoux.
Dans un groupe à part, dansent les femmes. Elles portent un vêtement dont le bord échancré laisse apercevoir la partie supérieure des fesses qui semblent alors comme sortant d’une coquille. Elles dansent lentement, en se dandinant, un bras
raide contre le corps, l’autre élevé au dessus de la tète avec les doigts renversés en arrière le plus loin possible (fig. 82). Une danse irrégulière continue ainsi encore quelque temps jusqu’à ce qu’un Kolomo, soufflant dans une trompe d’ivoire, annonce l’arrivée du Nyimi. Cette arrivée ressemble assez à celle d’un souverain européen. Elle a lieu sans grande cérémonie, mais les danses et les chants s’arrêtent aussitôt, et le roi se voit entouré d’une foule admirative. 11 est tout-à-fait à son aise, plaisante celui-ci, sourit à celui-là, provoquant sans cesse de grands éclats de rire C’est alors que commence la danse régulière, et le roi, qui est un danseur émérite, s’y joint bientôt. Il est précédé d’un seul danseur, et, tout-à-fait en avant, marche un Kolomo, Ibole Bana, dont la fonction est d’écarter les brindilles ou autres débris de la route royale. Lorsque le roi désire se reposer, une natte est étendue et un siège placé dessus. Devant le souverain sont assis sur la natte deux intendants dont l’un porte son couteau et sa cravache de danse et l’autre le cor qui avait servi pour annoncer l'arrivée du Nyimi. Quelquefois les femmes du harem royal viennent regarder ce qui se passe, Fig 80 mais e^es ne prennent pas part aux danses.
Ornement Les danses ont lieu à l’occasion de la mort d’un doyen, de l’instal-
porté par le lation de son successeur, à la fin d’une période de deuil, ou enfin, toutes et ic^Bambi. ^es fllie Nyimi l’ordonne. Aux funérailles du défunt Bambi, eut lieu une danse dans laquelle les exécutants brandissaient leurs couteaux de guerre comme s’ils voulaient combattre des esprits aériens (fig. 83 et 84).
Nous avons été témoins, au Mushenge, d’une danse destinée à célébrer la fin de la période de deuil d’une sœur du Nyimi morte quelque temps auparavant. Vers midi, une foule de peutêtre mille personnes des deux sexes et de tous les âges se tenait massée en carré, et tournant le dos à une hutte abandonnée; le Nyimi était assis sur une petite estrade, abrité par un dais formé de nattes supportées par des perches. Une défense d’éléphant, pointe fichée dans le sol, lui servait de dossier; l’estrade était recouverte de peaux d’antilopes et d’une peau de guereza. Le roi était rasé de frais, sur sa tête se dressaient deux plumes d’engoulevent mâle, tandis que tout autour retombaient des plumes d’aigle à crête. Des vêtements écarlates richement ornés de cauries ceignaient ses reins, et il portait, passé autour de chaque épaule à la hauteur de l’aissèle, un énorme cercle garni de perles (comme on en voit sur les statues). Une ceinture de perles entourant la poitrine, des anneaux de cauries aux pieds et plusieurs colliers de perles complétaient son ajustement. La cérémonie consistait en une danse à laquelle ne prirent part que des hommes, courant et exécutant des pas sauvages et tenant à la main des couteaux de danse en bois et des haches. Un peu avant la fin, une vingtaine de femmes dansèrent et alors les femmes du Nyimi les regardèrent de la hutte qui était derrière eux. Le Nyimi dansa, d’abord comme s’il avait grande difficulté à le faire, puis de mieux en mieux, ceci signifiant sans doute la dissipation graduelle du chagrin dans lequel l’avait plongé la mort de sa sœur. L’orchestre se composait d’une demidouzaine environ de tambours, d’une couple de doubles-gongs, placés derrière le
Fig. 81.
Cravache de
danse.
siège de Nyimi (fig. 70), d’un petit tambourin dont la membrane était faite de peau d’iguane et enfin d’un autre tambourin analogue mais de dimensions plus considérables. Dans un autre endroit, les Kolomo, divisés en deux groupes, étaient assis par terre. A la fin de la cérémonie, le Nyimi fit un discours.
Une autre fois, en l’honneur du Bambi nouvellement élu, eut lieu une danse juste en face des portes du Palais (fig. 85 à 87). Les Kolomo étaient en grande tenue, portant des plumes, quelques-uns de véritables touffes, attachées à la coiffure et pendant tout autour de façon à la dissimuler presque entièrement; d’autres avaient, en outre, de longues plumes flottantes. Us portaient, les uns, des vêtements rouges garnis de bordures ornementées, les autres, des vêtements blancs avec ou sans bordures. Tous avaient sur eux des herbes, le plus souvent tordues et enroulées autour du cou. Ils dansèrent en rond, par groupe, et quelques femmes du sang royal prirent part à cette danse, y compris deux filles de la défunte sœur du Nyimi. Ces dernières étaient en « demi-deuil, » c’est-à-dire couvertes de vêtements d’un rouge éclatant et ayant sur la tête des coiffures richement peintes avec du tukula (fig. 82).
Chaque homme portait une queue de buffle et un grelot de corne, chaque femme une longue graine en forme de haricot. Un public assez peu nombreux parut s’intéresser à ces évolutions, bien que l’agileté de quelques-uns des doyens, en particulier du Kimi Kambu, était vraiment remarquable. On ne vit danser que des personnages de marque et, comme à l’ordinaire, le roi prit aussi part à la danse. L’orchestre se composait de harpes, de xylophones et de tambours.
Une danse Bangongo, observée dans le village de Misumba (figs. 88 à 94), se déroula de la manière suivante : les musiciens (fig. 88), un groupe de chanteurs et de tambourineurs, se faisaient entendre au milieu de la rue du village ; les danseurs, sur un seul rang, formaient le -cercle autour d’eux. A cette danse prenaient part des hommes et des femmes de tous les âges voire de tout jeunes enfants. Les danseurs étaient groupés par sexe et par âge ; quelques-uns avaient conservé leur costume de tous les jours, d’autres avaient revêtu des habits plus riches. Quelques-unes des femmes portaient des grelots et des courges vides. Il n’y avait rien d’indécent dans cette danse, mais il en existe d’autres, dans lesquelles les femmes qui ont déjà mis au monde deux enfants, se dépouillent de leurs vêtements et dansent nues.
Parfois, les femmes d’une rue vont rendre visite à celles d’une autre rue et y dansent à cette occasion; elles reçoivent en retour un cadeau de leurs hôtesses. Il arrive aussi que quelques hommes participent à ces danses, mais ils sont assez clairsemés, sans doute parce qu’ils ne prennent point part au partage du cadeau; ils revêtent néanmoins leurs costumes de fête, flânent aux alentours et finalement se mêlent â la danse.
Nous avons observé une de ces danses. Les intéressés consacrèrent à la préparation
Fig. 82. — La danse des princesses.
des costumes la journée, veille de la cérémonie. Ceux qui allaient s’habiller de blanc fourbissaient leurs costumes avec de la farine de manioc, ceux qui préféraient le rouge les reteignaient avec du tukula. Comme musique, il y avait trois tambours au bruit desquels venait s’ajouter la note aigüe d’une corne d’ivoire, le tout formait une cadence excessivement monotone; cet « orchestre « se déplaçait à l’intérieur du cercle des danseuses et était suivi par un petit groupe d’hommes. Le grand cercle des danseuses était formé! par environ trois cents femmes, réparties en quatre groupes
d’à peu près soixante-quinze chacun; dans chaque groupe la couleur des vêtements était la même, blanche pour le premier et le troisième, rouge pour le second et le quatrième (fig. 89 à 93). Une petite troupe de danseurs vint s’intercaler entre deux des groupes de danseuses. Plusieurs exécutants, hommes ou femmes, portaient des grelots de graines à leurs jambes, formant, dans certains cas, une masse s’étendant du genou jusqu’à la cheville. Les femmes avaient des plumes dans les cheveux, une seule ou tout un bouquet; elles tenaient en main des grelots de graines, d’autres en corne avec des anneaux de fer, des grelots d enfants, des morceaux de bois de tukula, des barres de cuivre ou des tines vides ; l’une avait attaché par devant à sa ceinture une grosse courge au col long et droit. Les deux femmes qui étaient en tête portaient des couteaux de danse en bois comme ceux des Kolomo. Les danseuses se suivaient très près l’une de l’autre, sur un seul rang, exécutant une sorte de « danse du ventre » les bras étirés ou bien les mains ramenées derrière la nuque; elles chantaient d’une manière continue. De légers rafraîchissements, consistant en petits cubes de sel gemme d’environ un centimètre de côté, étaient vendus dans la rue, au prix de une caurie par pièce. Le chef observait la danse, assis sous un abri et entouré de ses Kolomo.
Chez les Bashilele, une danse dure depuis le crépuscule jusque et bien au delà du lever du soleil; les hommes et les femmes dansent sur un seul rang, chaque sexe se groupant à part. Les danseurs sont copieusement enduits de tukula, et les femmes portent des ceintures de drap couvertes de cauries.
Nous avons observé une femme portant, à la taille, une cloche de fer munie de son battant.