PARURE
Les Bushongo, surtout les hommes, emploient le Tukula pour se peindre le corps mais ils en usent avec modération, sauf toutefois à l’occasion des danses Ce bois de Tukula est une denrée commerciale assez importante. Le bois est frotté contre une pierre avec adjonction d’eau, la pâte ainsi produite est ensuite transformée en pains. Chez tous les Bushongo excepté chez les Isambo, ce sont les femmes qui appliquent cette peinture au moyen d’huile sur le corps de leurs maris, de leurs fils ou de leurs frères ; chez les Isambo, chaque individu se peint luimême. Cette peinture a pour but, prétendent les indigènes, d’ * augmenter la beauté », Les personnes en deuil ne se peignent pas, excepté chez les Isambo ; on fait alors usage d’une argile blanche.
Chez les Bashilele et chez les Bagongo, on fait également usage, pour se peindre le corps, de bois de Tukula mais peut-être encore plus dans la première de ces tribus que dans la seconde, surtout lors des danses.
La cicatrisation (fig. 194 à 208) est pratiquée par les deux sexes. La marque de la tribu est portée sur la tempe et diffère dans les sous-tribus ; celle des Bambala consiste en en trois groupes de trois cicatrices de forme elliptique ; celle des Bangongo est formée de trois cercles concentriques sur chaque tempe (fig. 200).
Celle des Bangendi est constituée de deux lignes droites de cicatrices allant de chaque œil jusqu’au milieu de chaque oreille ; celle des Isambo est formée d’une série de petites lignes formée chacune, de deux, trois ou quatre cicatrices. Les hommes Bambala portent des cicatrices ornementales localisées sur les épaules, les femmes les ont spécialement tracées sur l’abdomen.
Les dessins chez ces dernières sont assez variés et Pig. 215. — Coiffure Bashiieie.
JFig. 216. — Coiffure Bashilele avecjpeigne.
un certain nombre ont été reproduits sur le tableau de la figure 207. On trouve, comme spécialement caractéristique de la sous tribu Bienge, la forme simple du dessin Namba (fig. 207), répété quatre fois sur le ventre, soit deux fois de chaque côté du nombril. Les Bakete portent trois cercles concentriques sur chaque tempe au-dessus de l’emblème Bambala.
Chez les tribus de l’est on pratique également la cicatrisation, appelée Matenye, en faisant des lignes interrompues de petites cicatrices dont le dessin ressemble à celui qu’on trouve sur les murs des huttes Bangongo ; les ornements sont sur le front, les tempes, le cou, la poitrine et souvent sur l’abdomen ; chez les femmes les ornements cicatriciels sont marqués sur le pubis, les fesses et les jambes. Sur le pubis, c’est une sorte de double croissant, sur les fesses un dessin analogue, chaque croissant mesurant environ deux pouces de long sur un demi dans sa plus grande largeur. Quelques femmes ont des cicatrices sur le cou, simulant un collier. Chez les Bambala, les incisions sont pratiquées pendant l’enfance ; chez les tribus orientales, dès que l’enfant peut marcher ; ce sont les femmes qui pratiquent l’opération.
Chez les Bangongo, si la cicatrisation n’est pas complète quand le patient atteint l’âge de la puberté, elle reste inachevée ; chez les Bengendi, cependant, elle peut être continuée. Aussi les femmes de cette tribu déploient-elles une beaucoup plus grande fantaisie dans leurs cicatrisations bien que le type général des dessins soit le même. Chez les Isambo, ce sont également les femmes qui pratiquent la cicatrisation et leur but principal semble être de munir le patient des marques de sa tribu ; cependant les femmes portent des cicatrices sur l’abdomen, alors que les hommes n’en portent pas.
On ne pratique pas de cicatrisation sur les morts.
La cicatrisation du corps est également pratiquée par les femmes chez les
Fig. 217. — Coiffure Basliilele.
Bakongo (fig. 209), suivant des dessins analogues à ceux que l’on rencontre chez les Bushongo, à cette exception près, qu’il existe souvent une série de cicatrices parallèles sur la partie inférieure de l’abdomen, entre le nombril et le pubis, et ceci semble dû à
Fig. 218. — Coiffure Bakongo,
l’influence Bapende. Les hommes aussi ont souvent des cicatrices sur l’abdomen, mais d’un seul côté, et ils consistent en six à huit motifs Namba simples. On.
trouve aussi quelquefois deux cercles concentriques sur chaque tempe, bien qu’un double rang de huit ou dix losanges s’étendant en arrière du coin de l’œil soit plus fréquent. Les femmes ont aussi le cou orné de cicatrices. Il semble que la cicatrisation 11e soit pas pratiquée par les chefs.
Chez les Bushongo, les individus des deux sexes s’arrachent les deux incisives médianes supérieures, et quelques femmes Bambala ont les incisives inférieures taillées de telle façon que les bords tranchants descendent à partir du centre comme le montre la fig. 211. Chez tous les Bushongo, l’arrachement des dents se pratique à l’époque de la puberté. C’est le forgeron qui est chargé de cette opération ; il place une petite baguette contre la dent, et la frappe avec un marteau.
Chez les Bakongo, les hommes et les femmes ont leurs incisives supérieures arrachées à l’époque de la puberté, et plus tard, les femmes se liment les autres dents suivant l’un des modèles indiqués sur les figg. 210 et 211.
A l’exception des Isambo, aucune de ces tribus ne pratique l’allongement artificiel des seins des femmes; les jeunes filles Isambo portent autour de la poitrine des colliers de perles (fig. 212), prétendant ainsi allonger leurs seins ; mais ces colliers ne sont pas très serrés, et c’est seulement lorsqu’elles deviennent pins âgées qu’elles portent des cordes, sans perles cette fois, et qui servent réellement à atteindre ce but.
Aucun Bushongo, Bashilele ou Bakongo ne porte d’ornements dans le nez, les lèvres ou les oreilles.
Chez ces trois tribus, la circoncision est pratiquée sur les jeunes garçons. Les Bambala attribuent l’introduction de cette pratique à Woto (voyez p. 21) ; les Bangongo disent qu’elle a « toujours existé ». Dans cette tribu, on l’appelle « Phuta Mukanda » et elle est opérée dans les premiers mois qui suivent la naissance, par
le père, ou, s’il craint de le faire, par quelqu’un de ses amis. Le prépuce est enlevé et enterré. Les individus non-circoncis sont appelés Basumbi (au singulier Mosumbi) et aucun homme ne voudrait boire du vin de palme avec eux ; à d’autres points de vue, on les traite comme tout le monde ; ils peuvent se marier et on croit que leur sort après la mort est le même que celui des individus circoncis.
En ce qui concerne la coupe des cheveux, chez les Bambala, les hommes se rasent toute la tête ne réservant qu’une petite touffe de cheveux sur le sommet du crâne et juste assez grande pour être cachée par la coiffure (fig. 41); les tempes et le front
sont rasés avec soin, mais on peut cependant apercevoir la ligne d’implantation des cheveux, et cette ligne est indiquée sur les poupées (fig. 64) et les sculptures comme, par exemple, sur les statues des rois (pl. I et XXIII,
I, la, 2 et 2a). Dans le centre de cette touffe de cheveux on laisse croître une mèche d’environ six à huit
pouces de long dont . Fig. 22u. Goiffure Bakongo. l’extrémité est garnie
de breloques : celles-ci consistent en de petites haches, des houes en miniature, des petites têtes sculptées, etc. (fig. 214). Cette mèche est enroulée et dissimulée sous la coiffure et on ne laisse voir au dehors Fig. 221. -Coiffure de femme Bakongo. que les breloques. Les femmes se rasent généralement la tête en entier ; seuls la Gongo et les lemmes-chefs portent leurs cheveux à la manière des hommes. Les enfants ont aussi, en règle générale, la tête entièrement rasée (fig. 213), bien que parfois lf'iii mère leur conserve quelques cheveux formant un dessin dont le modèle varie suivant la fantaisie maternelle. On ne touche pas aux cils, mais on coupe les souicils très courts de façon à leur donner l'apparence de deux bandes d’à peine 2 millimètres de large. Les Bangongo, au contraire, s’enlèvent les sourcils (fig. 222) et cette habitude se retrouve aussi chez les Basongo Meno. On peut dire que la barbe et la moustache sont en général rasées, bien qu’il soit assez difficile detre précis à cet égard, les individus ne se rasant qu’à des intervalles assez éloignés. Les vieillards se teignent les cheveux en rouge.
La coiffure des hommes Bangongo présente l’aspect suivant : les cheveux, juste au-dessus du front, sont rasés sur une certaine étendue, puis coupés courts et vont de ce point, en augmentant de longueur jusque derrière la tête, de telle façon que
UHt
];i masse des eheveux rassemblés sur l’occiput leur donne un faux air de dolichocéphales. Cette masse de cheveux est enduite d’huile et teinte avec du tukula. I ne bande rasée s étend dune oreille à l’autre à travers l’inion et mesure environ un demi-pouce de large, excepté juste au-dessus des oreilles, où elle se rétrécit poiu faite une transition entre la partie rasée et celle (pii ne l’est pas, comme pour les cheveux qui garnissent le front. Plus bas, sur le 'derrière de la tête, encaisse pousser les cheveux qui sont joints et teints comme sur le sommet du crâne. Quelques hommes se contentent de se raser la tête au-dessus du front et de tordre les cheveux qui restent sur la partie supérieure de la tête en y formant des petits chignons maintenus au moyen de graisse et de tukula.
La coiffure des hommes Bashilele présente l’aspect suivant (pl. XII et fig. 215 et 217) : sur la partie postérieure du cou et sur le front, les cheveux sont rasés et sur le reste de la tête ils sont coupés courts, sauf sur l’extrémité du sommet du crâne où l’on isole une longue touffe nouée, au ras de la tête, par une cordelette ; de plus, sur chaque côté de la tête en haut et en avant de l’oreille, on réserve une touffe de cheveux que l’on tresse en petites
nattes. La partie de la tête où les cheveux sont courts est noircie avec un mélange d’huile
et de suie. Quelquefois, on rase une bande de cheveux derrière la tête juste
sous la touffe qui en garnit le sommet. Les tresses au-dessus des oreilles sont
quelquefois garnies de breloques de bois en forme de gouttes ayant environ un pouce de long.
Les Bakongo se rasent le front, les côtés et le derrière de la tète, de telle façon que les cheveux qui restent ont l’apparence d’une calotte (pl. XIII et fig. 218 à 220) ; la ressemblance est encore accrue par le fait que les cheveux sont laissés assez longs et ensuite feutrés de telle sorte que le tout rappelle les couvre-chefs portés par les Bushongo. Cette coiffure se nomme Mikoto ; on la termine parfois en laissant au sommet de quoi figurer une petite queue, à section triangulaire, large de trois centimètres environ à la base, et qu’on laisse pendre par derrière ; parfois on ajoute deux queues semblables, non plus sur le sommet, mais de chaque côté de la tête,
comme des cornes. Tout autour du Mikoto court une bande de cheveux courts taillés au rasoir et dont la forme régulière est interrompue, au-dessus de chaque oreille, par un espace rasé en forme de V. Les chefs et les enfants ne feutrent pas les cheveux du Mikoto, la coiffure des femmes est souvent la même que celle des hommes.
Les Bashilele conservent leurs sourcils, mais les Bakongo les rasent ; ces deux tribus s’arrachent les cils.
Les Bashilele se rasent la moustache seulement et, excepté certains tout jeunes
Fig. 222. — Epilage de sourcils.
gens, ils laissent pousser leur barbe. Les Bakongo laissent pousser leur barbe le long du maxillaire inférieur et conservent aussi une petite touffe au menton.
La position sociale dun homme Bushongo peut être indiquée, jusqu’à un certain point, par sa coiffure. Au sujet des ornements portés par certains personnages
Fig. 223. — Bonnets des Bushongo.
a. Porté par le Bambi et le Bengi chez les Bambala, par le Bambi, le Buingi et lesenfants d’un chef chez les Bangongo.
b. Porté par le Chikala dans les Bangongo.
c. Bambala, mode actuelle.
e. Porté par le Kimi Kambu.
/'. Bambala, mode ancienne.
d. Bambala (le Nyimi porte souvent un bonnet de ce dessin).
officiels, voit ce que nous avons dit à la page 62. Chez les Bambala, tous les hommes adultes et les femmes-chefs portent des sortes de bonnets coniques (fig. 223) ; chez les Bangongo ces coiffures étaient jadis exclusivement portées depuis le jeune âge par tous les hommes de la caste régnante, mais à présent leur usage est restreint aux chefs et aux Kolomo, sauf toutefois pour les danses. On raconte qu’avant l’époque de Shamba Bolongongo, les Bambala portaient leur coiffure sur le derrière de la tête ou, selon les Bangogo, sur le côté; Shamba ordonna qu’elles soient portées verticalement sur le sommet de la tête, c est pour cette raison que les Bangongo donnèrent à Shamba le surnom de « Shamba Buludi », c’est-à-dire « Shamba au milieu ». Le modèle oi dinaiie de ce bonnet est en fibres, et souvent orné de dessins découpés à jour; les Bambala l’appellent Lukete, les Bangongo, Bandu, les Bangendi Luketu (Dokitu). Un autre modèle, avec une sorte de pyramide en fibres tressées est appelé Bond] pa.i les Bambala. Chez les Bangongo, seul le chef a, le droit d’orner sa coiffure de
Fig. 225. — Ceinture ornementée avec des cauris sculptés.
cauris, à moins qu elle ne soit faite de drap importé. Cette coiffure est maintenue sur la tète au moyen d’une ou de deux longues épingles (fig. 224) que l’on enfonce d’avant en arrière. A la tête de ces épingles est attachée, au moyen d’un anneau, une breloque représentant un grelot en miniature. Chez les Bambala de condition ordinaire, l’épingle, l'anneau et la breloque sont en fer; chez les Kolomo, l’anneau est en laiton; et, enfin, chez le Nyimi, chez les membres de la famille royale et chez les forgerons, les trois objets peuvent être en laiton. Chez les Ban-
gongo, ces épingles peuvent être soit en fer, soit en cuivre. Les coiffures anciennes sont très peu élevées au milieu (fig 223 f.), et étaient sans doute jadis plates comme on le voit sur les statues ; à l’heure actuelle, la mode est aux coiffures élevées (fig. 223 c.). Ces coiffures sont portées comme ornements et non pour protéger la tête du soleil, et cela est si vrai que, lorsqu’il pleut, on les couvre au moyen de morceaux d’étoffe ou de natte pour les préserver de l’humidité. Chez les Bangongo, l’homme qui a tué un ennemi ou un léopard a le droit de porter dans les cheveux une plume d’aigle à crête et est autorisé à en ajouter une à chaque nouvelle victime qu’il fait.
L’ornement le plus commun est le collier, qui ne consiste souvent qu’en une simple cordelette végétale ou en rotin. Les hommes et les femmes portent des colliers de perles et, autour des poignets et des chevilles, des bracelets également garnis de perles; chez les Bangongo, seuls les chefs, leurs enfants, leurs femmes et leurs sœurs ont le droit de porter aux chevilles des bracelets de fer ou de cuivre, à concurrence de vingt sur chaque jambe. Les bracelets pour les poignets et les chevilles, en forme de parement, en fibre, recouverts de cauris, sont réservés aux chefs locaux (fig. 234).
Chez les Bambala, les perles indigènes, appelées Pimbi Na Dilasi, étaient faites, jadis au moyen de coquilles d’escargots, mais elles sont aujourd’hui très rares ; ces coquilles d’escargots sont d’ailleurs portées par les individus de cette tribu, suspendues au collier, si elles sont de petite taille, et à la ceinture si elles sont plus volumineuses ; porter un coquillage à sa ceinture est le privilège de ceux qui sont attachés au service personnel du Nyimi.
Parmi les autres ornements Bambala, on peut signaler un anneau de fibre d’un pouce et demi de diamètre suspendu à la partie arrière de la ceinture. Quelques hommes portent une courroie de peau d’un demi-pouce de large passant sur l’épaule droite et sous l’aisselle gauche et dont les deux extrémités sont attachées à un anneau de fer, d’un pouce et demi de dia-