TISSAGE
La fabrication et la broderie des vêtements de raphia, arts dans lesquels excellent les Bushongo, semblent avoir été introduits chez eux il y a fort longtemps. 11 est vrai que, si Ton en croit une déclaration qui nous a été faite chez les Bangongo, l’industrie du tissage aurait été connue avant l’époque de la Grande? Migration ; quant à celle de la broderie, elle aurait
Fig. 252. — Préparation du fibre de raphia pour le tissage.
Fig. 253. — Tisserands Bakongo.
Fig. 254. — Brodeuse Bangongo.
une puissance surnaturelle. L’opinion courante au Mushenge place ces faits sous le règne de Sliamba Bolongongo. Cette dernière opinion est fortifiée par la déclaration formelle des Bambala que Shamba apprit cet art des Bapende et l’introduisit ensuite dans son pays. Mais il n’y a pas de raison pour supposer que les Basongo Meno ignoraient le tissage à cette époque reculée et il semble à peu près certain qu’Etoclii était un des chefs des Basongo Meno, lesquels tombèrent par la suite sous la domination des Bushongo et se fusionnèrent avec eux pour constituer la nation Busliongo actuelle. Il est aussi admis que, parmi les tribus de l’ouest, les Bienge furent les premiers brodeurs, bientôt dépassés par les Bambala.
On peut distinguer quatre types d’étoffes : Premièrement, les étoffes ordinaires
unies ; secondement, celles qui sont ornées de dessins damassés constitués par le
tissage même ; troisièmement, les étoffes brodées (broderies proprement dites ou tissu
velouté' ; enfin les étoffes teintes avec des dessins réservés.
I. Etoffes unies. — Les Bushongo les appellent mbala et les Bangongo ainsi que les Bangendi, bala. La matière employée dans leur confection est l’épiderme du lobe des feuilles du palmier-raphia ; on récolte un grand nombre de jeunes feuilles, on pratique au dos de chacune d’elles une petite incision, et on arrache la mince pellicule du lobe. Cette pellicule, si la feuille est fraîche, est transparente, mais elle ne tarde pas à devenir opaque en séchant au soleil ; on la coupe alors en minces lanières, et elle est prête à être utilisée. Le métier est des plus simples (fig. 14 et 248) : deux poteaux de bois sont fixés dans le sol, inclinés à 45° environ. Us supportent une barre horizontale, à, laquelle sont attachées un certain nombre de ces lanières de feuilles ( piokwa en Bangongo) lesquelles forment la chaîne du tissu (jemoa en Bangongo). Plusieurs baguettes passées horizontalement à travers cette chaîne agissent comme cheville et les fils de la chaîne passent alternativement en avant et en arrière de chacune d’elles. La plus basse de
ces baguettes est une forte nervure de feuille de palmier, et sert de bague. Immédiatement au-dessous se trouve la lisse ; celle-ci consiste en une baguette fendue, entre les deux moitiés de laquelle sont fixées un certain nombre de petites boucles en fibres de palmier entourant chacune les fils de la trame passant par-dessus la nervure de feuille de palmier du côté le plus éloigné de l’opérateur. Lorsque ce dernier attire à lui cette bagette, elle sert à réserver un arrêt du côté opposé ; aussitôt que le tisserand laisse aller la baguette, la tension du métier se rétablit, et une baguette d’arrêt s’établit à l’ancienne place.
Les extrémités inférieures des fils de la trame sont fixées à une barre allant d’un pied à l’autre des poteaux du métier, de telle façon que cette chaîne fait également avec le sol un angle de 45°. Le tisserand est assis
Fig. 255.
Couteau de brodeuse.
Noms des dessins :
Fig. 256. — Tissus brodés Bambala.
a. Samba.
b. Mikope Ngoma (tambours de Mikope).
c. Mamanye (Pierres,1.
d. Ingala (Pintade).
e. Mayulu (Tortue).
f. Mabcle Genji.
g. Ikunji.
h. Imbolo.
i. Mongo (genou).
h. Lori yongolo (Pattes de caméléon).