MÉTALLURGIE
La découverte du fer se place à une époque assez reculée dans la chronique indigène des tribus occidentales, et elle est considérée comme le résultat d’une
révélation primitive faite à Woto par Bumba le Chembe. Les Bangongo conviennent également que ce métal fut révélé à la connaissance des hommes par une puissance surnaturelle, mais leur récit diffère sur quelques points. Le fer était jadis fondu dans chaque village mais cette manière de faire est maintenant complètement abandonné, vu la supériorité et le bon marché du métal européen. Le four était du même modèle que celui qui fut révélé aux Bangongo à l’origine ; la figure 269
Fig. 278 (suite). — Couteaux de parade Ikula. e, f, g, h , en fer.
montre sa forme. La partie marquée A était un trou dans le sol d’environ 50 centimètres de diamètre et aussi profond que large ; dans ce trou, on plaçait des lits de charbon et de minerai ; la partie marquée B avait environ 30 centimètres de large et sa profondeur augmentait régulièrement à partir d’environ 15 centimètres jusqu’au niveau de A. Là on disposait un certain nombre de petites termitières. Plus bas, deux soufflets occupaient les positions indiquées en CD et étaient maniés constamment pendant deux jours et deux nuits, après quoi on laissait le feu s’éteindre et on extrayait le métal (appelé Tolo par les Bangongo).
Le cuivre était acheté aux tribus Lulua et Baluba et provenait du Katanga ; était employé comme objet d’exportation pour les Basongo Meno et pour la
fabrication des bracelets que les femmes portent aux chevilles ; pour ce dernier usage il était coulé, le forgeron faisait avec ses doigts un moule grossier dans le sable et y versait le métal qui avait été préalablement fondu dans un débris de poterie; la forme de cet objet moulé était ensuite travaillé au marteau.
Le laiton était connu dans les tribus occidentales avant l’arrivée des Européens, et, vu sa rareté, il occupait la place de l’or dans les pays civilisés. Il venait par le sud, passant de village en village à partir de la côte occidentale. Les outils pour travailler le métal sont très simples (flg. 270); une enclume (fig. 271 a, et ç), faite en fer de bonne qualité et dont la forme rappelle celle d’un clou dont les dimensions seraient extrêmement agrandies; la tête de cette enclume a environ deux pouces et demi carrés; l’enclume est fixée dans le sol ou dans une souche de bois enfoncée dans le sol; le marteau (fig. 27 i b), également en fer, est plat et en forme de feuille; les soufflets de la forge (fig. 272) sont taillés dans un bois solide et sont munis de deux chambres à air circulaires pourvues chacune d’un passage pour l’air, conduisant ce dernier dans le tuyau du soufflet. Ces deux passages ne se confondent pas, chaque chambre à air étant couverte d’un morceau de peau au centre duquel est fixé un bâton servant à la manoeuvre du soufflet. Les soufflets sont utilisés par paire, les tuyaux de chacun étant maintenus dans un seul tube d’argile court et conique, destiné à les préserver du feu. Les soufflets sont supportés par une souche
Fig. 279.
a. Couteau Ikula. b, c, d. Couteaux de danse Ikuri Banga.
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et maintenus en place par des tiges enfoncées dans le sol. Chaque soufflet a environ 80 centimètres de long. Le feu est entretenu avec du charbon de bois.
Les bracelets que les femmes portent aux chevilles sont souvent de grande taille ; ces bracelets sont d’abord, comme nous l’avons déjà dit plus haut, fondus et travaillés au marteau, en ne laissant qu’une ouverture suffisante pour la cheville ; le bracelet est ensuite chauffé de nouveau puis refroidi dans du vin de palme ; enfin il est forgé sur le pied, ce qui est une opération fort douloureuse. Les Bushongo sont de bons forgerons, leurs couteaux en fer et en cuivre sont bien faits et d’une forme agréable ; les manches sont souvent ornées d’une couche de cuivre ou de laiton ou de petits fils de ces métaux insérés dans le bois de façon à dessiner des ornements ; quelquesunes des lames de fer ont une ouverture circulaire dans laquelle on a soudé une pièce en cuivre ornée de dessins perforés (fig. 279 b.). L’art d’encastrer du cuivre dans le fer, de façon à former une sorte de marquetterie, était aussi bien connu (fig. 276 /').
Un forgeron est toujours très respecté, sans pour cela qu’on lui attribue nécessairement des pouvoirs magiques ; beaucoup de Kolomo sont forgerons et quelques Nyimi l’ont été aussi, notamment Bope Pelenge et Miele qui furent très habiles à travailler les métaux ; la statue qui reproduit les traits du premier le représente assis devant une enclume (pi. XXIII, 2), et, durant le règne du second, le travail du fer atteignit son point culminant, beaucoup de statues d’hommes et d’animaux datent de cette époque. (Voir p. 25). La forge est installée sous un abri au milieu de
la rue et c’est également le lieu de reh-
k yægâ
dez-vous de tous les flâneurs. On hérite de cet état de forgeron comme d’une propriété, mais un individu peut adopter cette profession « proprio motu ».
C’est la tribu Pianga qui possède les meilleurs forgerons.
Chez les Bashilele et les Bakongo, le
seul métal travaillé est le fer et l’on rencontre une forme de double soufflets avec des membranes garnies de bâtons pour la manœuvre. La forge Bashilele est située sous un abri au milieu du village. Celle des Bakongo est aussi sous un abri, mais à l’extérieur de la palissade du village.
Fig. 280. — a. Bouclier Basongo Meno. b. Poteau de maison Bambala. c. Ancien bouclier Bambala.
Les armes des
Fig. 281. — Flèches Bashilele. Bushoil-
gopourla
guerre et pour la chasse consistent en javelots, en arcs, en flèches et en couteaux ; autrefois ils se servaient également de boucliers, et aussi du couteau de jet.
Javelots. (. Likungu .) — Les javelots ont des pointes de fer en forme |de feuilles avec une arête
centrale eCmu-
Fig. 282. — Gamin Bakongo armé pour la chasse.
Fig. 283. — Bakongo tirant à l’arc,
nies de douilles.
La figure 275 représente une pointe d’épieu d’un dessin peu ordinaire qui a été trouvée chez les Bambala. Elle a 28.5 centimètres de long.
Arcs. (Bangongo, Buta.) — L’arc est de l’espèce ordinaire, légèrement effilé aux deux extrémités lesquelles sont munies d’un bouton fait de fibres tissées qui supporte la corde de l’arc. Le dos de l’arc est arrondi, l’autre côté est plat avec des rainures longitudinales. Les arcs des Bashilele et des Bakongo sont semblables.
Flèches. (. Banji et Tudi (Bambala), Punja (Bakongo), Banji et Wundja (Bangongo), Fundji (Bangendi). — Les flèches sont de deux sortes; les unes
Les Bashilele et les Bakongo se servent de haches dont le fer est large et est triangulaire et fixé au manche noueux au moyen d’un lien.
Ils utilisent une flèche comme principal instrument tranchant (fig. 258), et aussi pour creuser des trous. Leurs rasoirs ont un pied de long et sont du même modèle que ceux des Bangongo.
Les calebasses sont employées comme entonnoirs pour le vin de palme et sont munies d’un filtre en étoffe.