ARMES
Fig. [284. — Bakongo faisant un arc.
ont des pointes de bois, les autres des pointes de fer; elles sont munies de douilles. Les premières sont empoisonnées et sont appelées Banji par les Bushongo ; aux secondes on n’applique pas de poison ; les traits sont faits de côtes de palmier, sont cochés à l’extrémité et également garnis de trois plumes qui parfois sont fixés en spirales; les Bangongo se servent quelquefois de feuilles au lieu de plumes. Les flèches Bambala ont des lames en forme de coeur et avec la tige barbelée de tous côtés ; ou bien des lames de forme ovale avec tiges • lisses. Les flèches Bangongo ont pour la plupart des lames en [forme de feuilles avec unet|barbe d’un côté
ou bien une tige barbelée; ceux-ci ressemblent beaucoup aux flèches Basongo Meno ; quelquefois elles ont un fil en remplacement de la douille.
Couteaux. — Les couteaux sont de différents modèles et’ peuvent se diviser en deux sortes : ceux que l’on porte à la guerre et ceux qui sont purement de parade. On trouve deux modèles de couteaux de guerre parmi les Bàmbala; le premier modèle est appelé Ilondo, le second Goribi.
L’Ilondo (fi g. 15 et 276 d) a une lame de fer de 50 centimètres qui s’élargit vers
le bout opposé à la poignée* et qui est arrondie ou carrée. En section, cette lame est ogivale jusqu’au point où elle commence à s’élargir et elle est ordinairement et entièrement gravée de dessins ; une tête d’antilope est souvent forgée en relief au centre de la lame vers la pointe. La poignée est de bois et la lame y est fixée au moyen d’une soie ; dans les spécimens plus anciens, les poignées sont très bien gravées de dessins de treillis. A l’autre extrémité, celle où entre la soie, la poignée est entourée d’une forte garniture de fer ; l’espace entre le bord et la soie est rempli de coquilles d’olivelles fixées dans une matrice de résine.
Le Goribi (fig. 276 b) a une lame en forme Fig. 286. - Pirogues Bakongo cachées. de feuille ; dans quelques spécimens elle est beau-
coup plus large que dans d’autres, avec une arête la pointe où commence l’élargissement; quelquefois
Fig. 287. — Dessins faits dans le sable paroles', enfants Bambala.
A et B, Imbolo. C, Koko (la poule). D et D\ Ikuri Banga. E, Mashamboy (un masque). F et F', Jakijna Nyimi. G , Koy (le léopard). H , Lobo. J, Chima Nyimi. üT.^Moyalami Kwimi.
médiane qui se prolonge vers l’arête disparaît alors, dans d’autres elle se divise en deux, chaque fraction suivant la courbe de son côté respectif jusqu’à ce qu’elles se réunissent vers la pointe sur la ligne centrale. La lame est fixée au moyen d’une soie dans une poignée de bois qui est souvent incrustée de métal.
Une autre forme de couteau de guerre a une lame qui ressemble à celle d’un Ilondo à l’extrémité carrée, avec une pointe triangulaire qui vient saillir au centre de l’extrémité carrée ; la poignée ressemble à celle du Goribi.
Un remarquable Goribi de cérémonie (fig. 275 /) fut trouvé au Mushenge. Il a une lame de fer en forme de feuille légèrement rétrécie au milieu, avec une arête médiane bien marquée. La lame est incrustée d’un certain nombre de séries de demicercles concentriques en cuivre disposés symétriquement. L’incrustation traverse la lame, de sorte que le dessin se voit des deux côtés.
De ces couteaux de guerre, l’ilondo est le modèle primitif et au temps de Shamba Bolongongo il n’aurait pu être porté que par des hommes engagés dans une expédition guerrière ; même de nos jours il ne peut être porté visiblement au Mushenge et il doit être enveloppé de drap.
On le porte suspendu à l’épaule.
On fait de ces deux modèles de couteaux des imitations en
bois que l’on porte dans certaines cérémonies, notamment pendant la nouvelle lune (fig. 276 a et c).
Parmi les Bangongo le couteau de guerre est appelé Golo Bodya et le modèle original avait, dit-on, la forme qui est indiquée dans l’esquisse de la figure 277 ; il s’appelait Moselu.
Il y a deux modèles principaux du couteau de cérémonie appelés Kula ou Ikula et Ikuri Banga.
Le Kula (fig. 278 e, f et h et 279 a) est porté par la plupart des hommes libres sur la hanche droite ; il est du dessin le plus simple, la lame de section ogivale ayant une arête plate qui règne sur toute la longueur et des deux côtés. Chez les autres la lame est régulière et ne présente aucune arête médiane ; seulement, la poignée de bois est généralement incrustée de métal.
L’Ikuri Banga (fig. 279 b à d) est porté dans les danses ; la lame est de fer ou de cuivre, la pointe a la forme d’une feuille; les lames de fer présentent souvent au centre une plaque de cuivre à jour et de forme circulaire qui se trouve incrustée dans le centre ; toutes les lames sont régulières et présentent une arête médiane. Les poignées sont ordinairement recouvertes ou incrustées.
FLg. 288. - Dessin fait dans le sable de cuivre et garnies d’un lourd pommeau du même modèle, par les enfants Bambala ; Lupapa na ~ , ■ , . ..... , .
Goribi Ces couteaux ont aussi leur imitation en bois qui se
porte dans les cérémonies au temps de la nouvelle lune (fig. 278 a à d)-, cette coutume a été introduite au temps de Shamba et est encore observée au Mushenge.
Un des couteaux de cérémonie n’a cependant pas encore été mentionné, c’est le Bamha, (fig. 276 e), qui est d’un intérêt tout particulier. La lame est de fer, en forme de feuille pointue, et sa section est légèrement concave; elle n’a qu’un tranchant comme un glaive; son dos est plat et déborde des deux côtés sur la lame. Celle-ci est ornée en relief de sillons longitudinaux, qui se dirigent de la poignée
jusqu’à deux tiers de sa longueur, le bout le plus près de la pointe, le long de la lame, se courbant vers le dos plat.
La lame est fixée par une soie à une poignée très longue en bois, décorée de sculptures et incrustée de cuivre. Le Nyimi seul a le droit de porter le couteau Bamha et uniquement à l’occasion des plus importantes cérémonies. Nous avons eu
beaucoup de peine à en obtenir un; nous avons réussi à persuader au fils d’un ancien Nyimî d’en céder un exemplaire un qui avait appartenu à son père. La transaction a été conclue dans les ténèbres de la nuit, et dans le plus grand secret. Une indiscrétion aurait, en effet, tout gâté et nous aurions dû laisser le Bamba dans le pays. Nous sommes convaincus que l’acheteur avait soustrait le couteau de la succession de son père et qu’au fond il était heureux de pouvoir se défaire en
Fig. 290. — Coupes, a, b, c, e, f, Bakongo ; d et g, Bashilele.
étrangers d’un objet dont la possession lui aurait valu, en cas de découverte, une punition des plus sévères.
Couteaux de jet. — Cette arme, le Shongo, était autrefois l’arme nationale des Bushongo et leur avait donné une grande renommée ; les derniers spécimens en ont été détruits lors de la dernière guerre de conquête, mais il existe encore des gens qui peuvent se les rappeler et le Nyirni en fit un dessin dans le sable comme enseignement pour l’expédition (fig. 26 h). Le Shongo était indubitablement du type qui est en usage sur le Shari (fig. 26 a) et parmi les Azande (fig. 26 c) et corres-
pond de très près à la monnaie courante des Basongo Meno, qui très probablement
a eu son origine dans le couteau de .jet des Bushongo.
Le Shongo a été aboli, dit-on, par Shamba Bolongongo pour des motifs d’humanité.
Bouchers. — Ceux-ci ne sont plus usités maintenant et on ne put s’en procurer qu’un seul spécimen après plusieurs mois de recherches. Mais une excellente reproduction en
miniature a été trouvée sculptée sur un des poteaux placés au milieu des portes d’une grande maison (pl. XXV, 11).
Pour les autres armes employées dans les cérémonies et particulièrement par certains fonctionnaires d’État, voir page 53.
Ce qui précède concerne spécialement les Bushongo proprement dits. Parmi les Bashilele et les Bakongo les arcs et les flèches sont les seules armes en usage, mais chez ces derniers dans la région du nord-est voisine de
la forêt, on trouve des javelots et des flèches empoisonnées; ailleurs le poison n’est pas en usage. Les flèches Bakongo sont très bien faites et ont des pointes à douilles ; elles ont quelquefois une forme triangulaire, la base formant la partie tranchante ; elles* mesurent jusqu’à quatre pouces de long sur quatre pouces de large (fig. 281); les traits
sont quelquefois sculptés. Au combat les Bashilele portent des cordes d’arc de rechange, enroulées autour de la tête et des flèches de rechange enlacées dans le pagne du côté droit. Le couteau de jet, qui était l’arme nationale
des Bushongo primitifs, n’est absolument plus usité, quoiqu’il existait encore comme monnaie courante jusqu’à une époque très récente parmi les Bashilele ; il se retrouve aussi dans le nom des Bakongo, Kongo étant identique au mot Shongo qui est le nom du couteau de jet parmi les Bushongo. On ne trouve plus nulle part de boucliers.
Les Bushongo sont d’excellents nautoniers. surtout les Gwembi, les Bienge, les Idinga et les Bangongo. Leurs pirogues sont faites d’un arbre creusé par le feu et achevées à l’aide d’une herminette ; elles sont souvent décorées d’un dessin d’ arrête et leur proue et leur poupe sont pointues. Une des pirogues des Isambo avait une tête humaine sculptée en relief au-dessus de la proue, qui ne se terminait pas dans ce cas (comme en quelques autres) en un disque horizontal. Les pagaies ont environ trois mètres de long et sont coupées dans un seul morceau de bois ; leur lame, de cinquante à soixantequinze centimètres de long, est de la forme d’une feuille
pointue et souvent ornementée de sculptures. Il y a généralement un ou deux pagayeurs par pirogue ; ils pagaient debout, appuyant du poids du corps sur le bout supérieur de la pagaie et attirant le milieu vers eux. Les pirogues des
Fig. 291.
Herminettes de cérémonie Bakongo.
Fig. 292. — Herminettes.
a. Bakongo. b. Bambala.
Bakongo sont identiquement les mêmes (voir fig. 286) ; elles sont généralement soigneusement cachées dans des petites baies, où la végétation dense empêche les étrangers de les voir. Au lieu d’employer des pagaies, les Bakongo poussent leur embarcation au moyen de longues nervures de feuille de bananier, le peu de profondeur de la Loange s’y prêtant fort bien.