‹ Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba, ainsi que sur les peuplades apparentées, les BushongoChapitre 72 sur 125 · MÉDECINE ET DIVERS · texte numérisé non relu

MÉDECINE ET DIVERS

On attribue fréquemment les maladies aux machinations de certains esprits; cependant on reconnaît que certaines maladies, comme la petite vérole et la syphilis, sont contagieuses. Quand une maladie est attribuée à l’esprit d’un mort, il y a lieu de déterrer le cadavre et de brûler les os. Les maladies les plus communes sont la bronchite et la fièvre malarienne; la syphilis est assez fréquente et on dit qu’elle est indigène et non pas importée. 11 est très curieux que des petits garçons qui n’ont pas encore perdu leurs dents de lait ait souvent une maladie montrant les mêmes symptômes que la gonorrhée ; celle-ci est souvent compliquée d’une orchite et d’une enflure des glandes axiliaires et inguinales. La maladie du sommeil, heureusement très rare,

Fig. 366. — Namba. Dessin sur un clystère Bambala

Fig. 367. — Namba. Dessin sur un clystère Bambala.

Fig. 368. — Namba. Dessin sur un clystère Bambala.

autre trou d’un millimètre au bout du cou. L’air en praticien suçant par le petit trou, pendant qu’il presse affecté sur lequel il a fait quelques incisions avec un rasoir; quand un vide est créé, il ferme le petit trou avec de la cire au moyen de sa langue. On laisse adhérer la ventouse pendant une demi-heure environ. Toutes les femmes savent appliquer des ventouses, mais il y en a qui ont une grande réputation pour leur adresse et on aime recourir à leurs services.

etmêmeincon* nue chez les Bakongo et chez les Bashilele, est la seule que les Bushongo disent être importée ; cependant on se rappelle une épidémie de petite vérole qui a été amenée par des Baluba. Deux maladies, connues jadis, ont disparu; elles s’appelaient Geji (v. p. 237) et Koto Mboke (v.

p. 33). La calebasse- ventouse et le clyso-pompe sont les remèdes dont l’emploi est le plus fréquent; le premier est administré en cas de fièvre, de tumeurs, de gonflements, de mal à la tête et de mal aux reins.

La calebasse a un trou circulaire d'un centimètre au fond et un est extrait par la succion, le la grande ouverture à l’endroit

Fig. 369. — Namba. Dessin sur un clystère Bambala.

Le clystère Bushongo est une espèce d’entonnoir, fréquemment orné de magnifiques sculptures (voir p. 230, 231). On l’emploie comme suit : si le malade est adulte, il s’incline très bas, appuyant ses mains sur le sol ; on introduit le clyso et on y verse de l’eau très chaude. Un enfant est couché, face en bas, sur les genoux de sa mère; après avoir introduit le clyso, on le remplit, à l’aide d’une coquille d’escargot, d’eau assez chaude; en soufflant sur le clyso, la mère force le quelque temps après, l’effet voulu a été obtenu, au milieu de grands cris poussés par l’enfant.

Un purgatif végétal, qui s’appelle Diaki, est connu et employé. Des petites opérations chirurgicales sont exécutées par le féticheur ou d’autres personnes qui ont acquis une réputation en cette matière. Ce sont surtout le percement d’un bubon ou d un abcès ; les amis du patient le tiennent tandis que l’opérateur plonge une flèche vivement dans la partie malade, la retirant ensuite d’un mouvement brusque. On ne connaît pas de moyen pour produire l’anesthésie. En cas de couches difficiles, le médecin donne à la mère une fleur de bananier fermée, qu’elle doit tenir entre ses mains. Le docteur crache sur la fleur et dit : Yombo, Yomibosch, Yushu Moana , Yushu Shua (Yombo, fais sortir l’enfant, fais sortir le placenta ). Alors il crache de nouveau sur la fleur et la mère la dépose par terre ; elle met ses

mains sur les épaules du médecin et les tire lentement le long de ses bras jusqu’à

son poignet. La fleur est ensuite pilée avec de la terre glaise et la femme est enduite de la tête aux pieds de ce mélange. Ce moyen est considéré comme devant rendre l’accouchement facile.

On n emploie pas de moyens pour entraver la conception.

Le féticheur reçoit un paiement si sa cure a du succès; le montant en est

fixé d’avance et est en rapport avec les moyens du malade. Une blessure ou un

saignement sont guéris par un remède qui s’appelle Tutu; une plante du nom de Gamba est mise entre les mains du malade et après avoir craché dessus, le féticheur dit : « Tutu moto mabolo, Poto kanehika pmwe» ( Tutu ,

enlève la blessure dont l’homme a été frappé) .

Alors le pa-

Mislieke Bodi (les cornes du bouc). Dessin sur un bloc de Tukula.

Buina (le couteau du sculpteur). Dessin sur une coupe Bakongo.

liquide dans l’intestin et ainsi de suite;

Fig. 372. — Mpe.

tient tire ses mains le long du bras du médecin de l’épaule jusqu’au coude, et la blessure ne peut manquer de guérir. On traite des blessures avec un cataplasme formé d’herbes mâchées; chaque praticien emploie une herbe différente qui n’est connue que de lui et dont il garde le secret.

Souvent des maladies sont traitées par la magie ; quelques fois le patient doit s’enduire d'argile rouge ou blanche fournie

Fig. 373. — Kokeli Mononge(le crapaud). Dessin sur une boîte Bangongo.

par le féticheur ; d autres fois il doit porter un petit os sur la partie malade ; des bracelets couverts de peau d’iguane sont un grand préservatif contre les maux. La magie sympathique est employée aussi ; ainsi une blessure causée par la moi sure d un chien ne peut guérir si Ion na pas soin d’arracher quelques poils au chien qui a fait la morsure et de les y appliquer. La morsure de serpents

venimeux est presque toujours guérie par une saignée et l’application d’un cataplasme.

Comme insigne de sa profession, le médecin porte une longue canne, formée d’une liane tordue avec des amulettes attachées au bout.

Chez le Bambala, lorsque deux personnes se rencontrent dans la rue, celle qui est d’un rang supérieure à l’autre lui souhaite le bonjour en l’appelant par son nom, et l’interpellé répond Ola (oui) en frappant dans ses mains; si ce sont deux individus de même rang et de même âge, le mot de salutation est Bai (frère d’âge). Si les deux personnes ne se connaissent pas, et sont apparemment de même condition, l’aîné parle le premier et dit : Wanum? (Etes-vous venu?), l’autre réplique Ola ou bien Ndanum (Je viens). Une femme qui rencontre un homme de haute distinction s’agenouille et attend qu’il lui adresse la parole. Si la personne à qui l’on adresse le bonjour porte quelque chose, au lieu de frapper dans ses mains, elle se frappe la poitrine avec la main qui est libre. Le protocole observé dans une entrevue royale est décrit à la page 61.

Les salutations chez les Bangongo ont lieu de la manière suivante : on frappe une fois dans ses propres mains, puis on tape dans la paume droite de son vis-à-vis ; on frappe de nouveau dans ses propres mains, puis on tape

Fig, 374. — Dessin sur un clystère Bambala.

Fig. 375. — Dessin sur une boite Bangongo.

dans la main gauche de son vis-à-vis; puis enfin deux fois dans ses mains. Dans le cas de deux personnes de conditions égales, celle qui est arrêtée dit à l’autre : Umu Y a (Vous êtes venu), et ce dernier répond : Namu Ya (Je viens), Si l’on rencontre un homme de haut rang, il répond Uida, l’inférieur frappe dans ses mains. On s’adresse à un homme en l’appelant par son nom ou par son titre s’il en possède un ; pour un Kolomo, par le mot, Ekuphu. Le cri de ralliement des Kolomo est Ishenjei , accompagné de coups frappés dans les mains. Dans le cas d’un chef, celui-ci a seul le droit de parler, le sujet battant des mains sans rien dire.

On présente des étrennes à la bien-aimée. Des cadeaux sont parfois offerts cachés dans une tige de maïs qui a été auparavant creusée, puis bouchée ; une de ces tiges sera laissée, comme par hasard, sur la route que suit la femme aimée.

Lorsque deux Bakongo se rencontrent, le premier dit: Poro ! (Paix), le second lu répond Poro; le premier reprend Shika et le second répète encore ce mot; finalement, les deux s’exclament ensemble, diminuendo : Yembe ! Yembe ! Yembe !.

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