ORIGINE DE LA MANIÈRE DE FAIRE DU FEU (BAMBALA
Pendant le îègne de Muchu Mushanga (voir p. 24) vivait un certain homme appelé Kerikeri. Une nuit il rêva que Bumba venait le voir et lui disait d’aller sur une ceitaine îoute, de casser des branches d un certain arbre et de les conserver soigneusement. Il le fit et quand les branches furent tout à fait sèches, Bumba lui apparut de nouveau dans un rêve, le félicita de son obéissance et lui enseigna à
faire du feu par le frottement. Kerikeri garda son secret pour lui-même et quand, par accident, tous les feux du village s’étaient éteints, il vendait du feu à un prix très élevé à ses voisins. Tous les hommes sages et sots essayèrent de découvrir son secret, mais il le gardait soigneusement. Or Muchu Mushanga avait une très belle fille nommée Katenge ; il dit : « si vous pouvez découvrir le secret de cet homme, vous serez honorée et vous siégerez parmi les anciens, comme un homme ». Alors Katenge fit des avances à Kerikeri et celui-ci tomba éperdument amoureux d’elle. Lorsque Katenge vit cela, elle ordonna que tous les feux du village soient éteints et envoya un esclave pour dire à Kerikeri de l’attendre pour le soir dans sa hutte.
Quand tout le monde fut endormi, elle se glissa jusqu’à sa hutte et frappa à la porte. La nuit était très obscure. Kerikeri la fit entrer et elle s’assit et resta silencieuse. Son amoureux lui demanda : Pourquoi êtes-vous si silencieuse, Katenge ? Ne m’aimez-vous pas ? » Elle répondit : « Comment puis-je penser à l’amour quand je grelotte dans votre maison ? Allez chercher du feu afin que je puisse vous voir et mon cœur pourra se réchauffer ! » Alors Kerikeri courut chez ses voisins pour se procurer du feu, mais ceux-ci, se souvenant des ordres de Katenge, avaient éteint leurs feux et il revint sans en avoir trouvé. En vain implora-t-il Katenge de céder à ses désirs, elle insista pour qu’il commençât par allumer du feu. Enfin il céda, chercha ses bâtons et fit du feu, pendant qu’elle regardait attentivement. Alors elle se mit à rire et dit : « Avez-vous pensé que moi, fille de roi, je vous aimais pour vousmême ! C’est votre secret que je désirais avoir et maintenant que le feu est allumé vous pouvez le faire éteindre par une esclave ! » Alors elle se leva, s’enfuit de la hutte, annonça sa découverte à tout le village et dit à son père : « Où un roi puissant échouera, une femme rusée réussira ! »
Telle est l’origine de la manière de faire du feu et l’histoire explique aussi les fonctions élevées de Katenge qui sont toujours remplies par une femme.
Avant cette époque les gens devaient compter sur la foudre pour rallumer leurs feux lorsque par hasard ceux-ci s’étaient éteints.
ORIGINE DU MASQUE MASHAMBOY (BAMBALA).
(raconté par le nyimi et le nyanga.)
Il existait autrefois dans les eaux un esprit nommé Mashamboy qui affligea le peuple d’une maladie appelée Geji. Ceux qui étaient frappés de cette maladie perdaient la vue et tombaient comme s’ils étaient ivres et finissaient par mourir. Lorsque Bo Kena était chef, un homme nommé Bokoboko alla dans la forêt et tout d’un coup il vit cet esprit. Plein de crainte, il rentra en courant au village et dit au chef ce qu’il avait vu. Bo Kena lui demanda de décrire le fantôme, mais Bokoboko dit : * Il est si horrible que je ne puis le décrire ; mais donnez-moi le temps et les moyens et j’en ferai une représentation. « Bo Kena consentit et Bokoboko bâtit une hutte loin du village et se mit à travailler ; il demanda du drap d’écorce, des plumes d’oiseaux et la peau d’une grande chauve-souris. Bo Kena lui donna les deux premiers et ordonna aux gens de son village d’aller à la recherche d’une chauve-souris
et il la lui envoya aussitôt quelle fut trouvée. Alors Bokoboko sculpta un masque qui représentait Mashamboy ; en se servant de deux arbres différents il obtint deux couleurs, l’une jaune et l’autre noire ; avec ces deux couleurs et de la terre blanche il peignit le masque qu il avait sculpté. Avec le drap d’écorce il fit un costume complet dont il se couvrit le corps. Ce costume était très collant et s’ajustait exactement aux membres ; il était composé de petits triangles de draps teints blancs et noirs et cousus ensemble. Après l’avoir fini il le montra au roi. » Ah ! dit le roi, c’est justement ce qu’il me fallait. » Quelques jours après le roi disparut ; ses femmes et ses sujets pleurèrent sa mort et demandèrent : « Où est le Nyimi? ». Quand le soleil se coucha quelque chose d’étrange apparut dans le village ; on n’avait jamais rien vu de pareil auparavant ; c était le roi revêtu du masque Mashamboy, mais personne ne le reconnut. 11 s en allait dansant et causait une grande frayeur parmi les femmes et les enfants et enfin il disparut. Il ôta le masque et le costume dans les broussailles et les cacha soigneusement ; ensuite, vêtu comme à l’ordinaire, il alla dans un village et s’endormit. Le lendemain matin, il revint au Mushenge où il fut reçut avec de grandes réjouissances et ses femmes et ses enfants lui parlèrent du terrible fantôme qu’ils avaient vu le jour précédent. « Je sais qui c’était » dit Bo Kena, « c était Mashamboy, celui qui nous donne le Geji : il venait pour voir s il y avait dans le village des femmes querelleuses et des enfants méchants ; s’il en avait trouvés il leur aurait communiqué son horrible maladie. » Alors les femmes et les enfants furent très effrayés et promirent d’être très tranquilles et obéissants. On observe ce cérémonial encore de nos jours ; le Nyimi qui va revêtir le costume répand le bruit qui! va partir en voyage; seuls les mâles adultes sont censés savoir fiue c’est lui qui est caché sous le masque ; mais, en fait, tout le monde le sait.