‹ Notes ethnographiques sur les peuples communément appelés Bakuba, ainsi que sur les peuplades apparentées, les BushongoChapitre 83 sur 125 · ORIGINE DE LA LUMIÈRE (BANGONGO · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA LUMIÈRE (BANGONGO

(raconté par le bilumbu, le forgeron et phongo phongo)

Quand Woto quitta le village de Moelo, il n’y avait pas de soleil ; il n’existait pas. Moelo se trouva fort embarrassé par l’obscurité ; il se plaignit que s’il se mariait il ne pouvait pas voir si la femme était jolie ou non, s’il cueillait un fruit il ne pouvait pas voir s’il était mûr ou s’il ne l’était pas ; si un homme s’approchait de lui il ne pouvait pas dire si c’était un ami ou un ennemi. Alors il appela trois de ses hommes et leur parla en ces termes : « Pourquoi ai-je permis à Woto de quitter ce village ? Il est si habile qu’il aurait trouvé certainement un remède à cette obscurité. Partez et trouvez-le ; demandez-lui d’oublier les torts que mon fils a eu visà-vis de lui et de nous donner le moyen de voir clair. Mais pour que votre mission réussisse il est nécessaire que vous ne vous querelliez pas et surtout que vous ne vous arrêtiez pas pour pêcher. Prenez donc garde de ne pas vous perdre et surtout de perdre votre temps à pêcher dans les rivières ! » Alors les trois hommes qui s’appelaient Kalonda, Buimbi, et Binga partirent à la recherche de Woto. Ils marchèrent et marchèrent jusqu’à ce qu’ils arrivèrent à une grande rivière et alors Binga dit : « Arrêtons-nous un instant et pêchons ! » » Non », dirent les autres, « ne vous rappelez-vous pas les paroles de Moelo ? « Mais Binga ne voulut pas les écouter; il les insultait et malgré leurs protestations il se mit à pêcher. Alors Kalonda et Buimbi virent qu’il était inutile de continuer leur voyage et revinrent à Moelo. Quand ils arrivèrent, Moelo leur demanda: “Avez-vous apporté la lumière?» « Non, répondirent-ils, Binga a désobéi à vos ordres, il s’est querellé avec nous et s’est arrêté pour pêcher ; il était donc inutile de continuer et nous sommes revenus. » C’est pourquoi Moelo battit Binga et lui dit : « Vous nirez plus avec les autres ». Se tournant vers Kalonda et Buimbi : « Partez une fois de plus à la recherche de Woto, et au lieu de Binga, emmenez mon chien avec vous. » Alors, ils se remirent en route cette fois-ci avec le chien de Moelo.

Quand ils arrivèrent à la rivière, ils construisirent un bateau et commencèrent à naviguer jusqu’à ce qu’ils atteignirent un lieu où la rivière était bordée par de hauts rochers. « Que ferons-nous? » dirent-ils, « ces hauts rochers nous empêchent d’aborder ». Kalonda suggéra [de laisser chercher le chien. « Où la sagesse de 1 homme finit, la sagesse de l’animal commence. » Et en effet le chien trouva un sentier très étroit parmi les rochers et les hommes le suivirent. Ils arrivèrent ainsi à l’endroit où était

Woto. « Que voulez-vous ? » dit Woto, « vous, hommes de Moelo, vous m’avez chassé de ma maison, ne pouvez-vous me laisser en paix dans mon refuge où je suis venu pour cacher ma honte ? » « Votre frère - répondirent-ils, « est très malheureux ; il se plaint que quand il prend une nouvelle femme, l’obscurité l’empêche de voir si elle est jolie ou non ; quand il cueille des fruits il ne peut voir s’ils sont mûrs ou s’ils ne le sont pas; si un homme s’approche de lui il ne peut dire si c’est un ami ou si c’est un ennemi. Il vous prie de vous rappeler que vous et lui vous êtes issus du même sein et vous prie de venir à son secours dans sa misère. « Woto dit : « Allez dormir. » Le lendemain il les appela et leur donna trois oiseaux, un Mokuku (coucou du Natal,) un Koko (coq) et un Japodya (petit oiseau noir qui fait son nid en grande bande dans les arbres près des villages). « Portez ces oiseaux cà mon frère : quand vous arriverez à son village, lâchez-les et allez dormir. Quand vous entendrez le Mokuku dire : Kû-Kû-Kû-Kû, ne remuez pas ; aussitôt que vous entendrez le coq appeler : Katariko, ne remuez pas davantage ; mais quand vous entendrez le Japodya crier : Zuââ-Zuââ-Zuââ-Zuââ, alors ouvrez votre hutte et regardez ! »

Alors ils prirent les oiseaux et retournèrent à Moelo et l’on fit comme Woto avait commandé. Le lendemain matin le coucou cria, : « Kû-Kû-Kû-Kû » et personne ne bougea ; petit à petit la nuit fit place à l’aurore ; alors on entendit le coq crier « Katariko, » ils ne bougèrent pas plus ; le ciel prit une couleur rougeâtre et les choses devinrent visibles. Alors le Japodya chanta •< Zuââ-Zuââ-Zuââ-Zuââ » et ils ouvrirent les portes de leurs huttes et virent briller le beau lever du soleil.

Si un homme se querelle avec un autre dans le village, un Kolorno le fait venir et lui ordonne de payer une amende ; s’il néglige de le faire et s’il se querelle avec un autre, il le cite de nouveau devant le tribunal et lui dit : « Vous vous êtes querellé auparavant avec un tel ; vous avez tué le Mokuku ; maintenant vous vous êtes querellé avec un autre homme; vous avez tué le Koko; faites attention de ne plus vous quereller, car nous ne voulons pas que le Japodya soit tué, et que nous vivions' dans les ténèbres par votre faute ».

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