V. — Notes cytologiques sur les corps jaunes
1® Corps jaunes du Hérisson. — Nous n’avons pu étudier jusqu’à présent que les ovaires d’un seul individu. Mais les phénomènes que nous y avons observés y sont tellement nets et intéressants, qu’ils méritent d’être d’ores et déjà rapportés.
Cette femelle de Hérisson portait plusieurs embryons très jeunes, qui per-
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meltenl de rapporter l’Age des corps jaunes à environ douze à quinze jours. Les cellules des corps jaunes sont volumineuses, globuleuses; elles sont limitées par une sorte de membranule mince et homogène, exactement appliquée sur le protoplîisma, et qui paraît être une Cormalion exoplastique (lig. 0, 7 et 8).
Elles sont, comme dans tous les corps jaunes en pleine activité, en contact intime avec un grand nombre de capillaires sanguins.
Après lixation par le bichromate acétique, la méthode de Wéigert met en évidence, dans le protoplasma cellulaire, un assez grand nombre de gouttelettes noires, arrondies, très petites.
Les plus petites sont punctiformes (fig. 6). Un très petit nombre de noyaux sont colorés en noir ou en gris. La plupart sont incolores. On voit assez dilfusément, dans le protoplasma, les formations ergastoplasmiques dont nous allons nous occuper ; elles y sont grisâtres.
La coloration par l’hématéine met en évidence, dans ces cellules, des formations ergastoplasmiques extraordinairement développées et des variations de structure des noyaux qui sont nettement en rapport avec la formation de l’ergastoplasme. Pour ne rien préjuger relativement à l’enchaînement des faits, nous allons décrire successivement un certain nombre de types de cellules.
A. — Dans certaines cellules, le noyau est entouré plus ou moins complètement d’une couronne d’ergastoplasme nettement distincte de lui (fig. 7, a). La structure du noyau est la suivante : une membrane nucléaire continue et nette, sans incisures ni plis, d’épaisseur variable, colorée fortement par l’hématéine ; appliqués contre cette membrane, un, deux ou trois corps nucléolaires, arrondis, paraissant eux-mêmes constitués par un contenu clair et une membrane colorée ; dans l’espace nucléaire, presque rien, seulement de rares filaments peu colorés portant quelques granules de chromatine.
La couronne ergastoplasmique fait plus ou moins complètement le tour du noyau. Elle paraît formée par un entrelacs de filaments feutrés, dont les extrémités font saillie en dehors de la couronne, de façon à donner à celle-ci l’aspect d’une couroune d’épines.
En dehors de cette couronne, il y a ordinairement très peu d’autres formations ergas'oplasmiques dans la cellule.
B. — Dans un très grand nombre de cellules, l’ergastoplasme, toujours très abondant, ne forme pas une couronne continue. Les filaments isolés ou
Fio. 6. — Cellule du corps jauue du Hérissou. G-outtelettes de sécrétion dans le protoplasina. Pas d’ergastoplasme coloré. — Fixation par le bichromate acétique, coloration par la méthode de Weigert. Grossissement, environ 1,500 diamètres.
groupés par faisceaux épineux de deux ou trois, sont situés tout autour du noyau, à ini-cliemin entre celui-ci et la surface de la cellule (fig. 7, b). Lors-
Fig. 7. — Cellules du corps jaune du Hérisson. — Esquisses faites à la chambre claire.
a, ergastoplasme en couronne, très rapproché du noyau. Trois paquets de filaments ergastoplasmi-
ques grêles, disséminés dans le corps cellulaire.
b, paquets de filaipents ergastoplasmiques groupés de part et d’autre dans le sens de la plus grande
longueur du corps cellulaire.
c, noyau coupé, sphère interne encapsulée.
d et /, noyaux à membrane très mince, presque sans chromatine et sans nucléoles. Quelques petits paquets d’ergastoplasme.
c, celiule à deux noyaux. L’un est coupé et montre la sphère interne encapsulée ; l’autre est entier. Ergastoplasme abondant.
g, noyau coupé à la façon du noyau c (fig. schématique f) ; les deux circonférences externe et interne de la capsule coupée ne sont pas concentriques.
que la cellule est allongée, ces filainenls soni ordinairement placés dans le sens de rallongement, dé part et d’autre du noyau, et font défaut dans le diamètre étroit de la cellule.
C. — La plupart des cellules contiennent un ergastoplasme moins abondant que dans les deux types précédents ; les filaments sont disposés sans aucun ordre, entre le noyau ((jui est au centre) et la surface de la cellule. Ordinairement, les extrémités des filaments ergastoplasmiques sont floues, effritées.
Le noyau a toujours la même structure, mais il est plus riche en chromatine et contient un plus grand nombre de corps nucléolaires appliqués contre sa membrane propre.
D. — Il y a des cellules dans lesquelles l’ergastoplasme est peu abondant et disposé par paquets, à distance du noyau ; le noyau est limité par unemembrane très nette, mais extrêmement mince ; il ne contient à peu près pas de chromatine (fig. 7, d et f).
E. — ^La forme la plus remarquable est celle-ci. La cellule contient très peu d’ergastoplasme, disposé par petits paquets à distance du noyau. Elle peut même n’en point contenir du tout. Le noyau lui-même est constitué par deux sphères incluses l’une dans l’autre (fig. 8, fig. 1, c, e, g).
La sphère interne est le plus souvent simple ; mais il y en a quelquefois deux (fig. 8) et, plus rarement encore, on voit un corps en forme d’haltère, faisant penser à une division directe. La sphère interne est extrêmement pauvre en chromatine ; elle est limitée par une membrane très’ mince ; elle est colorée dans son
ensem!)le en violet pâle par l’iiématéine, et on ne voit dans son intérieur ni grains de chromatine ni filaments quelconques. Bref cette sphère paraît homogène. Quel juefois sa membrane présente un épaississement partiel plus oii moins étendu.
Fro. 8. — Collulo (lu cori)s jaune du Iléi-isson. Membrane e.xoïdastifiuc. Pa.s d’erga.stoplasme. Noyau couijé. Deux sphères internes, inégales. Capsule chroinati(iue externe avee un pont, ménagé par la section. — Fixation par le bichromate acétique. Coloration par Vhèinatèine alunée. Gro.iniesement, environ t,bOO diamètren.
La sphère externe e.-;t constituée par une capsule mince, très fortement colorée, portant avec elle les nucléoles vacuolaires et toute la chromatine du noyau. Cette capsule n’est pas homogène; elle est formée par un treillis serré de filaments lins très cliromaliipies,
Oriliiiairenioiil la capsule se voit, en coupe, cumiiie un anneau cunlinu à double contour (üg'. 7, c, e) : un contour externe et un contour interne situé sur un plan supérieur ou inférieur au plan du contour externe. Souvent, les deux contours ne sont pas concentriques (tig. 7, g). Parfois l’anneau porte un pont transversal en forme d’anse (tig. 8) : cela se voit lorsque la sphère interne est double, et le pont correspond alors à l’intervalle entre les deux sphères.
Fra. 9. — Schéma destiné à faire comprendi-e l’encapsulation des sphères intenies des noyaux, m et n repi-ésentent les deux surfaces parallèles de la coupe. Le noyau A est entier, et sa sphère interne est invisible ; le noyau B est coupé de telle sorte que la capsule externe paraîtra limitée par deux cercles à peu près concentriques (tels les noyaux c et e de la fig. 7); le noyau C, ovoïde, est coupé de telle façon que la capsule externe paraîtra limitée par deux cercles excentriques, et que la sphère interne ne sera que partiellement visible (tel le noyau g de la fig. 7).
L’examen minutieux d’un grand nombre de noyaux annulaires permet d’interpréter les choses de la façon suivante (fig. 9) ; beaucoup de noyaux,
vraisemblablement, sont constitués par une sphère interne, simple ou double, et par une capsule externe chromatique ; mais cette structure n’est visible que lorsque la capsule externe a été entamée par le couteau (fig. 9, b etc); lorsque le noyau est entier (fig. 9, fl), la sphère interne est totalement invisible et la capsule externe apparaît, comme étant la membrane nucléaire.
F. — Dans un a.ssez grand nombre de cellules, on voit, à côté du noyau principal, un ou deux corps plus petits^ arrondis, vésiculeux, à contenu clair et à membrane plus colorée, qu’on hésite à rapporter à de petits noyaux ou à des corps ergastoplasmiques. On Fia. 10.— Cellule du corps jaune du dirait que ces coi’ps résultciit de la translor-
llérisson. Deu.x novaux, tangents et , - • i
superposés. Un corps ergastoplas- matlOIldcS nuclcolcs VeSlCulcll.N, prinUtlVC--
mique, entouré d’une .auréole claire, nient inlraiiucléaires, et qui seraienl. devenus
— Mêmes méthodes et même grossissement que pour la figure 8.
libres dans le protoplasma.
Parfois, la cellule ne contient qu’un corps ergastoplasmique, non lilamenleux, entouré d’une zone claire (lig. 10). ; '
Le nombre des cellules à noyau double (lig. 7, e, lig. 10, fig. 11, a, g, fig. 12, d) ou triple (fig. 11, b, fig. 12, c) est considérable.
Tantôt ces noyau.x sont indépendants et sphériques, tantôt ils sont en contact l’im avec l’autre et aplatis sur leur face de contact.
a, (leux iioj'aux trè.s rapprochés.
b, trois noyaux, dont un fendu.
r, un noyau en bis.sac.
d, un noyau fendu. . .
g, deux noyaux, dont un à membrane mince et l’autre A, membrane très épaisse.
On rencontre queh|ues cellules dont un noyau montre la double structure (sphère interne et capsule) et l’autre non (fig. 7, e).
La présence de noyaux multiples doit être rapportée à l’amitose, car nous n’avons jamais observé de karyokinèses et, au contraire, nous avons vu de nombreuses formes en haltères, imputables à la division directe (fig. 11, c).
Quelques cellules possèdent un noyau fendu plus ou moins profondément (tig. il, et (/).
D’autres ont un noyau très pâle et très plissé (fig. 12, a). Ordinairement alors, mais pas toujours, le corps cellulaire est çreusî de grosses vacuoles incolores, et ce qui reste du protoplasma est un peu plus colorable par l’éosine. Peut-être ces cellules sont-elles en voie de dégénérescence.
Fia. 12. — Cellule.s du corp.s jaune du Hérisson. Esquisses à la chambre claire.
a, un noyau plissé. ■
h, corps sphérique, vacuoliforine (au-dessous du noyau).
c, trois noyaux.
d, deux noyaux. Brga.stoplasme abondant.
Si maintenant nous nous demandons s’il y a des relations génétiques entre le noyau et l’ergastoplasme d’une part^ l’ergastoplasme et le produit de sécrétion décelable par la méthode de Weigert d’autre part, il nous semble que nous pouvons répondre par l’affirmative. Il nous paraît certain que le noyau part cipe à la formation de l’ergastoplasme, en cédant au protoplasma une partie de sa propre substance. Il n’est pas im possible môme que la capsule chromatique si remarquable que présentent un grand nombre de ces noyaux résulte d’une sorte d'exfoliation du noyau, précédant de peu l’apparition de la corbeille ergastoplasmique périnucléaire, Celte hypothèse impliquerait la '
régénération du noyau aux dépens de la splière interne. Nous ne la formulons toutefoi.s qu’avec les plus expresses réserves, espérant apporter prochainement de nouveaux faits propres à élucider la question
2° Corps jaunés du Rat, du Cobaye et du Lapin. — Chez aucun de ces trois animaux, les cellules des corps jaunes en pleine activité ne contiennent de formations ergastoplasmiques. /
Cependant ces cellules sont bourrées de gouttelettes de sécrétion colorables par la méthode de Weigert. Ces gouttelettes sont différentes de la. petite quantité de graisse qu’on peut aussi y déceler par l’acide osmique.
Ce fait laisse penser que l’ergastoplasme est un dispositif contingent, pouvant faire défaut dans des cellules chargées de fonctions analogues.
Nous donnerons dans un travail ultérieur le résultat de nos recherches sur le produit de sécrétion, ainsi que sur la participation du noyau à la sécrétion dans les cellules des corps jaunes de ces animaux.
{Travait du Laboratoire d'histologie de la Faculté de médecine de Lyon.)