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(Zllic — XYIc SIÈCLES^)
FONDS EMPLOYES A LA CONSTRUCTION DE LA CATHEDRALE ET CARACTERES DE SON ARCHITECTURE*.
L'aQcieQn6 cathédrale d6 Narbonne est l'im des édifices les plus remarquables parmi ceux qui ont été construits en France
I. Voy. la précédente élude que nous avons publiée dans les Annales du Midiy 1889, pp. 518-537 (et à part), sous le titre de : Le$ Antiquités de Narbonne et le projet d'organisation d'un « Muséum » dans cette ville pendant ta Révolution,
S. Il parait actuellement un intéressant travail sur la cathédrale de Narbonne dans le Bulletin de la Commission archéologique de cette ville (4897, fasc. du !«' semestre, p. 3^6, et fasc. suiv.), sous le titre de : La cathédrale Saint-Just de Narbonne^ guide historique^ archéologique et descriptifs par L. Narbonne. « Ce n*est pas un ouvrage, dit Tauteur dans rinlroduction, ce n'est pas une histoire de Saint-Just, mais un simple guide que nous avons voulu écrire , et nous avons cherché à suppléer à l'insoffisauce des monographies qui ont déjà paru et (|oi ne donnent qu'une iiée fort incomplète du monument. » On trouvera dans cette même Introduction des indications bibliographiques, un peu trop sommaires, il est vrai, sur quelques publications qui concernaient déjà la cathédrale de Narbonne. H y avait lieu de citer, malgré leur brièveté, les Notes d'un
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au Moyen-âge. Bien qu'elle soit inachevée et dépourvue de nef, cette église est d'un effet grandiose ; elle offre un très beau modèle du style gothique de la fin du treizième siècle et du commencement du quatorzième; et cette œuvre est d'autant plus digne d'attention qu'elle rappelle les plus belles constructions du Nord de la France, sans qu'il existe dans le Midi un édifice analogue qui puisse lui être comparé. € Saint- Jûst de Narbonne, dit Viollet-le-Duc, est un édifice unique dans cette contrée du sol français et par son style et par ses dimensions; car les cathédrales du Languedoc sont généralement peu étendues et la plupart ne sont que des édifices antérieurs aux guerres des Albigeois, réparées ou reconstruites en parlie à la fin du treizième siècle et pendant le quatorzième siècle. La construction de ce vaste chœur est admirablement traitée par un homme savant et connaissant parfaitement toutes les ressources de son art... Les chapiteaux des piles sont complètement dépourvus de sculpture; le triforium est d'une simplicité rare; mais en revanche l'agencement des arcs, les pénétrations des moulures, les profils sont exécutés avec une perfection qui ne le cède à aucun de nos édifices du Nord. Les voûtes sont admirablement appareillées et construites... L'ensemble de la construction, bien pondéré, dont les poussées et les buttées sont calculées avec une adresse incomparable, n'a pas fait le moindre mouvement ; les piles
voyage dans le midi de la France (4835), de Mérimée , p. 397 et suiv. L'auteur a utilisé à plusieurs reprises Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l* architecture française du onzième au seizième siècle. Disons à ce propos que la Table du tome X de ce Diclionnaire (vo Narbonne) renvoie en bloc à tous les passages des articles où Témlnenl architecte s'est occupé des grandes constructions narbonnaises. — Notre étude était en préparation lorsque le Bulletin de la Commission archéologique de Narbonne a commencé d'éditer ^a pvblication, encore inachevée, dont nous venons déparier. Nous nous bornerons simplement ici à présenter aux lecteurs un certain nombre de notes et remarques ayant un caractère historique et archéologique, que nous puisons principalement dans les sources imprimées ou manuscrites. Espérons qu'on en pourra tirer profit, soit pour une seconde édition du guide que l'on vient de publier, soit pour une histoire encore plus complète au point de vue historique, de la cathédrale et du palais arehiépiscopal de Narbonne.
sont restées parfaitement verticales... Mais outre la grandeur de son plan, ce qui donne à la cathédrale de Narbonne un aspect parti<^ulier, c*est la double ceinture de créneaux qui remplace les balustrades sur les chapelles et qui réunit les culées des arcs-boutants terminés en forme de tourelles. C*est qu*en effet cette abside se reliait aux fortifications de Tarchevêché et contribuait du côté du Nord à la défense de ce palais ^.. »
Pour construire avec autant de soin un aussi vaste édifice, de grandes ressources furent nécessaires. Quelles furent celles que la Fabrique, autrement dit TŒuvre de la cathédrale, eut à sa disposition? Pour répondre à cette question d'une façon satisfaisante, il faudrait évidemment connaître des comptes de fabrique datant des treizième et quatorzième siècles. Mais on sait qu*on ne possède plus depuis longtemps les comptes de ce genre qui concernaient l'Eglise de Narbonne. A défaut de cette source essentielle, on en est réduit à un certain nombre d'indications partielles, d'origine diverse, de valeur inégale, que nous fournissent d*anciens documents qui remontent à cette époque* 11 résulte de la comparaison de ces documents et des recherches que l'on a déjà entreprises ou que nous avons faites de notre côté, que Ton peut distinguer au moins cinq espèces principales de fonds qui furent employés à la construction de Saint-Just de Narbonne. Ce sont :
i^ Les revenus de la mense archiépiscopale.
4. Dictionnaire raisonné de tarchilecture française du onzième au seizième siècle^ t. Il, arl. Calhédrale, p. 377. — Dp trouvera un plan de la cathédrale de Narbonne dans le Diclionnaire de Viollet-le-Duc, II, art. Cathédrale, p. 375 (flg 48). — Il existe aux Archives de cette ville un plan de 4704 qoi fut dressé alors pour les travaux que Ton reprit en 4708. M. L. Narbonne en a donné une reproduction dans le travail que nous avons cité (Bull, de la Commission archéologique ^ 4897, t. I, p. 374), en y joignant la légende des différentes parties de l'édifice (notamment les chapelles). — Les Voyages pittoresques de Taylor (Languedoc, 2* vol., 4r« part.), contiennent plusieurs planches qui se rapportent à Téglise Saint- Just, à savoir : Cathédrale de Narbonne^ par Arris, pi. 419; Portique méridional de la cathédrale de Narbonne, par Villeneuve, pi. 430 i Vue intérieure delà cathédrale de Narbonne, par L. Ilagbe, pi. 431 ; Tombeau de Loibordes, cathédrale de Narbonne, par Daauts, pi 431.
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Les décisions des papes et celles des conciles avaient anciennement établi que le quart des biens de chaque église serait affecté à l'entretien et à la réparation des édifices religieux. C'était révêque ou, dans les sièges métropolitains ^ l'archevêque qui était en principe le dépositaire et le dispensateur de ces biens (voy. Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de l'Eglise, t. III, p. 690 et siiiv.). Quant à la part dont l'attribution était ainsi réglée, elle devait être prise sur les revenus de la mense épiscopale ou archiépiscopale, ou bien sur les offrandes des fidèles {tam de reditu quam de oblaiione /îdelium). Tels étaient en cette matière les principes du droit canonique. En fait, il n'en était pas toujours de même; comme il est aisé de le comprendre, des raisons diverses, des nécessités matérielles, des rivalités entre les chapitres et les prélats pouvaient intervenir et provoquer des différends. Ainsi, dès le 28 avril 1271, une sentence arbitrale de révêque de Toulouse était relative à la contribution réciproque de l'archevêque et du chapitre de Narbonne, pour la construction de l'église Saint-Just, à la suite de la convention du 4 juillet 1267 entre lesdits archevêque et chapitre. 2» La contribution du chapitre de la cathédrale. k cet égard, on ne peut assimiler tout à fait les chapitres du Midi de la France à ceux du Nord de notre pays; dans le midi, le pouvoir épiscopal ou archiépiscopal avait gardé une très grande force; à Narbonne, cette puissance se faisait sentir, en maintes occasions, à l'égard du chapitre comme du vicomte. Dans le Nord de la France, en raison des privilèges conférés à la plupart des chapitres de cette contrée, la cathédrale était au moins autant, sinon plus, l'église du chapitre que celle de révêque ou de l'archevêque. Il ne faut donc pas s'étonner que, d'après la convention du 4 juillet 1267, intervenue çntre l'archevêque Maurin et le chapitre Saiat-Just, il ait été décidé que l'archevêque serait tenu de donner tous les ans, sur ses revenus, cinq mille sous tournois, et le chapitre cinquante livres tournois seulement pour la construction de réglise^ Il est vrai de dire qu'avec le temps les difficultés
4 . L. Berthomieu, Un document relatif à la construction dé la cathé-^
s'accumulent et que la nécessité de continuer la construction de la vaste cathédrale exige des sacrifices; cette considération aide à expliquer comment € certains actes non signés, passés entre Tarchevêque et le chapitre, portent que Tarchevêque fournira chaque année trois mille livres pour la réparation de réglise et le chapitre autant. »
3® Les dons et legs faits à la Fabrique (notamment ceux des archevêques de Narbonne).
Déjà, dans son testament, l'archevêque Maurin, mort en 1272, avait affecté une partie de ses biens à la continuation de rédifice de la cathédrale (L. Narbonne, op, cit,, p. 370), Plus tard, Gilles Aycelin, Tun de ses successeurs sur le siège archiépiscopal de Narbonne, laissa, par acte du 13 décembre 1314, des sommes considérables à la fabrique de Saint- Just. Après lui, l'archevêque Gausbert du Val fit un legs de 6,000 florins d'or pour la fabrique de Saint-Just et pour la chapelle qu'il avait fondée^
4® Les revenus des bénéfices de la ville et de Tarchidiocèse de Narbonne, qui étaient vacants pendant un certain temps.
Nous reviendrons à plusieurs reprises sur cette source de revenus.
5» Les offrandes des fidèles (y compris le prix des indulgences).
A ces sources de revenus qui étaient considérables, d'autres pouvaient s'ajouter encore, itiais elles étaient secondaires. Tels étaient, par exemple, les produits des confiscations ou des amendes que devaient pa\er les excommuniés qui recevaient l'absolution.
Nous n'avons pas l'intention d'entrer ici dans une étude détaillée de ces difl'érentes sources de revenus. On trouvera sur ce sujet quelques renseignements intéressants dans la nouvelle édition de V Histoire de Languedoc, ainsi que dans le travail de M. L. Narbonne. Parmi les sources manuscrites
drale de Narbonne (Bull, de la Commission archéol. de Narbonne, 1890, p. 82); cf. L. Narbonne, op. cit., pp. 368-369).
I. Coll. Doal, \ol. 56, f» 250, llisl. de Languedoc, nouv. édil., l. V, Preuves, col. 4589; cf. ibid., col. 4591).
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qui ont été mises jusqu'à présent à contribution, il faut mentionner entre autres documents ceux qui appartiennent à la collection Doat, de la Bibliothèque nationale ^ Grâce à ce précieux recueil, on peut juger de l'intérêt que présentent les bulles des papes pour les nombreuses concessions que le Saint- Siège a octroyées à Téglise de Narbonne. Mais on peut aussi prendre connaissance de ces lettres pontificales, si importantes pour l'histoire ecclésiastique, à Taide d'autres moyens d'information plus directs et plus complets. On sait que notre Ecole française de Rome a entrepris sur un plan méthodique et détaillé la publication d'un certain nombre de recueils de lettres pontificales des treizième et quatorzième siècles. Nous avons puisé dans certains de ces bullaires diverses indications qu'il nous a semblé utile de signaler à ceux qui s'intéressent à l'histoire de la cathédrale de Narbonne.
En premier lieu, une bulle du pape Grégoire X, du 26 décembre 1271, accorda une indulgence de cent jours à tous ceux qui contribueraient à la reconstruction de l'église cathédrale de Narbonne ^.
Les registres de Nicolas IV ^ nous font connaître aussi des lettres d'indulgence accordées par ce pape, la deuxième année de son pontificat (4 décembre 1289), à tous ceux qui visiteront la cathédrale de Narbonne, et notamment la chapelle de S*-Pierre qu'on venait de construire dans cette église.
Indulgenliam unius anni et XL dierum concedil pro capella in honorem S. Pelri apostoli consirucla in ecclesia nova Narbonensi. — Dal. Hoinae, apud Sanctam Mariam Majorem, ii nonas decembris, anno secundo.
4. Voyez aussi les différentes sources citées par L. Narbonne, La cathédrale S^-Jusl de Narbonne , guide historique, archéologique et descriptif {Bulletin de la Commission archéologique^ 1897 et suiv., passim,) Nous n'avons pas vu que cet auteur ait utilisé la catégorie des sources diplomatiques que nous avons mise ici à contribution.
2. Coll. Doat, vol. 56, fo» 450 vo-452. — Hist. de Languedoc, nouv. édit., t. V, Preuves, Inv. et Cal., n» ccxxu. — Cf. L. Narbonne, Bull, de la Comm. archéoL de Narbonne, p. 379.
3. Registres de Nicolas IV, recueil des bulles de ce pape, d'après les mss. originaux des Archives du Vatican, publ. par Ernest Langlois, p. 333. Cette bulle de Nicolas IV n*est pas mentionnée dans Télude de M, L. Narbonne.
Voici maintenant un autre extrait des lettres du pape Nicolas IV* (23 mai 1291) qui permettent à Gilles Aycelin, archevêque de Narbonne, de prendre pendant cinq ans le revenu de tous les bénéfices vacants dans la ville et dans Tarchidiocèse, dont la collation lui appartenait, pour l'employer à Tœuvre de la nouvelle église cathédrale.
De ecclesia Narbonensi ierminanda^. — Orvieto, 23 mai 1294. — Venerabili fratri Egidio, arcliiepiscopo Narbonensi. — Consurgit in nobis... ad consum|m]alionem ecclesie Narbonensis jam dudum inceple... auctorilate tibi presenlium indulgemus ut fructus^ reddilus et proventus primi anni prebendarum et aliorum beneficiorum eccle8i<islicorum ^ etiam si personatus et dignitates existant, et curam habeant animarum ac pertineant ad presentalionem exemptoruin, duniinodo ipsa non 8|)ectent ad collationem ipsorum, que in Narbonensi ci\ilale et diocesi vacant ad presens, vel usque ad quinquennium vacare contigerit , in optu fabrice predicte Narbonensis ecclesie intègre convertendos , illis dumtaxat exceptis in quibus aucloritate litlerarum sedis apostolice jus est ali* cui acquisilum... percipere possis. — Datum apud Urbenovettrem, X kalendas junii, anno quarto.
Le même jour, la chancellerie de Nicolas IV enjoignait à d'importants dignitaires ecclésiastiques, à savoir Tabbé de Saint-Paul de Narbonne, le doyen de Notre-Dame-du-Port, à Clermont-Ferrand, le prieur de Saint-Baudile, du diocèse de Nimes, de se conformer, chacun en ce qui le concernait, aux prescriptions des lettres que nous venons de rapporter '.
Il ne faut pas perdre de vue que le diocèse de Narbonne avait alors de vastes limites, et que c'est sur un territoire considérable que devait s'exercer la perception des revenus dont il vient d'être question. < Ce premier diocèse de Narbonne,
4 . Le$ Registres de Nicolas IVy publ. par Ernesl Lan^lois, 6« fasc. (1894), no 54 83, p. 722.
2. Reg, 46, c. 238, f. 49 r». La date de celte bulle est rapportée à l'année 4292 par L. Narbonne, qui la mentionne sommairement d'après la collection Doat, vol. 56, f''* 447-448). Il s'agit de l'année 4294. D'après la publication de M. E. Langlois, le même auteur mentionne aussi une autre bulle de ce pape (23 mai 4 292), qui accorde quarante jours d'indulgence aux bienfaiteurs de i'OEuvre (suivant les Uullœ et slatuta pro ordinatione sanctœ metropolilanœ ac primat ialis ecclesiœ Narbonensis, p. 59),