‹ Notes historiques et archéologiques sur la cathédrale: le cloitre et le palais archiépiscopal deChapitre 12 sur 18 · Registres de paroisse, passim · texte numérisé non relu

Registres de paroisse, passim

l'époque où fut reconstruite la cathédrale. La première raison c'est que l'édifice était déjà ancien; la seconde, c'est que ses dimensions et son style ne répondaient plus aux vastes proportions et au genre d'architecture de la nouvelle cathédrale. « Chaque fois que la cathédrale se rebâtit à neuf, dit Viollet- « le-Duc, il est rare que le palais épiscopal ne soit point re- « construit en même temps ^ > Véritable place forte, dit le même auteur, c'est, après le palais des papes d'Avignon, la construction la plus importante qui nous reste en France des nombreuses résidences occupées par les princes de l'Eglise^. Viollet-le-Duc s'exprime ainsi à propos de la grosse tour quadrangulaire du palais archiépiscopal, qui attire l'attention par sa masse imposante et par le genre remarquable de sa construction '. « Cet ouvrage est un réduit, en même temps qu'il commande la place de la ville, les quais de l'ancien port, les rues principales et tous les alentours. Bâti à l'angle aigu formé par les bâtiments d'habitation, il peut être isolé puisqu'il n'avait, avec ces corps de logis, aucune communication directe. Cette tour renferme quatre étages et une plate-forme ou place d'armes, en contre-bas du crénelage, bien abritée du vent, terrible en ce pays, et pouvant contenir une masse considérable de projectiles. Trois échauguettes flanquent au sommet de la tour les angles vus, et le quatrième angle, qui est engagé dans le palais, contient l'escalier couronné par une guette. L'étage inférieur n'est qu'une cave circulaire voûtée en calotte hémisphérique, ne prenant point de jour à l'extérieur. Le premier étage, de forme octogone à l'intérieur, se défend par des meurtrières sur chacune des trois faces vues du dehors; les chambres de tir de ces meurtrières sont séparées de la salle centrale, qui est voûtée en arête. Au-dessus est élevée une salle quadrangulaire destinée à l'habitation (tous les autres étages étant aménagés pour la défense). Cette salle

4. Viollet-le-Diic, Dict. rais, de l'architecture franc, t. Vil, Palais [épisi'opal]. p. M.

1. Ibid.y p. 19 et fig. , voy. dans les Voyages pittoresques de Taylor (LangiK'iloc, 2^ vol., I« put.), la pi. 4 33 (Tour du palais).

3 IX, p. 442 el sq., arl. Tour, et fig.

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était la seule qui possédât une cheminée. Elle était éclairée par trois fenêtres et couverte par un plafond de charpente. Le quatrième étage présente également une salle carrée, voûtée en arcs d'ogive, possédant trois petites fenêtres et des meurtrières..., puis sur la voûte est disposée la plate-forme. Cette tour ne possédait ni hourds, ni mâchicoulis; elle se défendait surtout par sa masse, composée d'une excellente maçonnerie de pierre de taille dure de Sainte-Lucie. Les faces étaient à peine flanquées par les échauguetles... Ce magnifique réduit est un chef-d'œuvre de sculpture; les assises, réglées de hauteur, sont choisies dans le cœur de la pierre et reliées par un excellent mortier. Dans cette masse, nul craquement, nulle déchirure; c'est un bloc de maçonnerie homogène. Cette place d'armes, pratiquée à un niveau inférieur à celui du chemin de ronde, servait à plusieurs fins. C'était une excellente assiette pour établir des engins à longue portée, mangonneaux ou pierrières, un abri pour les défenseurs et un magasin à projectiles. >

€ Le mélange d'architecture militaire, religieuse et civile, dit encore Viollet-le-Duc, fait du palais archiépiscopal de Narbonne un édifice des plus intéressants à connaître. Disons d'abord qu'il ne faut pas chercher là des influences de l'art italien du quatorzième siècle; cet édifice est bien français, et plutôt français septentrional que languedocien. Ses combles étaient aigus, ainsi que le prouvent plusieurs des pignons existants. La construction des voûtes, les sections des piles, le cloître et ses détails, la forme des fenêtres, les dispositions défensives, et jusqu'à l'appareil, appartiennent à l'architecture du domaine royal. »

§ 2. — Dates de sa reconstruction; critique de l'opinion de Viollet'le-Duc ; témoignage des textes.

On ne sait au juste à quelle époque les travaux de reconstruction furent commencés au palais archiépiscopal de Narbonne. Peut-être leurs débuts remontent-ils à la fin du treizième siècle; c'est l'opinion de Viollet-le-Duc, qui ne donne

aucune preuve à l'appui de son assertion. Elle n'a rien d'invraisemblable; mais, comme. nous le montrerons plus loin, à supposer que la reconstruction fût commencée dès lors, elle ne tut pas encore très importante, ou bien elle dut être interrompue.

C'est au commencement du quatorzième siècle que Ton aurait travaillé aux fortifications du palais. < Déjà, en 1308^, dit Viollet-le-Duc, la grosse tour carrée du palais, servant de donjon, avait été construite par l'archevêque Gilles [Aycelin]. » Nous ignorons sur quel texte Viollet-le-Duc s'est fondé pour attribuer une date précise à cette construction. Cet auteur s'appuie, selon toute vraisemblance, sur les caractères apparents de ce monument et sur les connaissances d'architecture comparée qu'il possède à fond pour fixer le commencement du quatorzième siècle^ comme étant l'époque où la grosse tour du palais a été construite. Ce qui est certain, c'est qu'en 1306 un acte mentionne le palais archiépiscopal de Narbonne sans lui donner la qualification de nouveau palais. < Acta fuerunt bec Narbone in capella Béate idarie Magdalene hospitii archiepiscopalis ^ >. De même, l'année précédente, le 11 octobre 1305, une cérémonie imposante de prestation d'hommage, rendu par le vicomte Amaury de Narbonne, avait eu lieu dans le grand palais^ de l'archevêque, « inpalacio majori* >, sans qu'il fût fait alors mention d'une nouvelle construction. Mais il avait pu se faire que les défenses du château

\ . C'est par suite d*une erreur d'impression que Viollet-le-Duc répète à deux reprises (VII, ?l et IX, 442) que cette tour avait été construite en 4 318. Celte d:Ue est inadmissible, si on rapporte la construction à larchiépiscopat de Gilles Aycelin, puisque cet archevêque occupa son siège primalial de l'année 4290 à l'année 4314 seulement.

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