EXPÉDITION DU MEXIQUE
M. Sanford à M. Sewart.
« Drussels, september 50 1867.
« Sir,
« I hâve tlie lionour to aknowledgc the rpceipt of the last issue by the deparlment of correspondencc relaling to Mexico in response to the call of Congress. There is still great interest fell hère in ail that bears upon the subject of the origin, progress and failurc of the altempt to crcate an empire in that republic, and documents are daily coming to liglit, and are eagerly read by the public, calculated to keep
up thaï interest in removing tlic veil from tlie secret history ofthatill — starred enterprise.
« It will not be out of place at this time to correct a popular error which ascribes to tlie late king Leopold I the part of a promoter or instigator of tlie so called Mexican empire. I bave good reason to believe that the contrary is the fact, and I may say furlher, and upon high authority, lhat from the moment of the offer of the impérial crown to the archduke Maximilian the king determined to exerce no influence upon him or lus daughter in that connection.
« When the first overtures wcre made even, his Majesty said in familial* conversation that lie did not believe tbey would favorably enlertaiu them; and later, when Maximilian and the archduchess had the proposition under considération, the Ring repeated again and again that is firm resolution was to leave them to act enlirely in accordance with their own inclinations, and toabstain from any counsel in eilher sensé.
<■ I deem it due to tlie memory of a great and good man, to whose enlightened and friendly interest in the Uniled States the archives of this légation bear fréquent (estimony, to make this statement of record hère, although the facts, communicated long since in a more informai manner, are not new to you.
« That the King in his paternal solicitude, after the détermination of his children to underlake this perilous adventurc, favored the récognition of the « empire « and the formation of a Belgian légion of volunleers, who should serve as a protection for bis daughter, is not to be gainsaid ; but that lie was directly or indirectly responsible for the sheme of a Mexican empire cannot with truth be ascribed to hiin in history.
« I have llie honour to be, wilh great respect, your most obcdient servant.
« H. S. Sanford. »
(Paperê relating to foreign affairs, accompanying the cnnual message of the Président (Washington, 1868), p. 042, part. I.
Depuis que nous avons retrace' la carrière du comte Le Hon et celle du baron de Gerlache, l'un et l'autre ont cesse' d'exister : 1 eminent diplomate est mort à Paris, le 30 avril 1868, et le vénérable ancien président du Congrès national s'est éteint à Ixelles, le 10 février 1871.
Quelques mois auparavant, le 16 août 1869, par une souscription spontanée et générale, une statue était érigée à la mémoire de Joseph Lebeau à Huy, dans la ville où il avait vu le jour et où il avait voulu finir sa carrière. Ce fut un émouvant spectacle que l'inauguration de ce monument. M. Ch. Rogier parla au nom des anciens membres du Congrès, et rappela, avec une noble simplicité, les glorieux services de son ancien collègue. « A l'époque où Lebeau se retira de la vie active, dit-il, nous comptions avec celui que nou ; sommes fiers d'appeler notre ami quarante années de relations amicales et de vie commune dans la presse, dans les assemblées publiques, dans les conseils de la couronne. » Jamais les paroles émues et vraies de l'ancien membre du gouvernement provisoire ne s'effaceront de la mémoire de ceux qui étaient présents à cet imposant spectacle. « 11 suffisait à Lebeau, dit-il en
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terminant, q„ e ses principes fussent représentés au pouvoir pour qu'il soutint avec un complet dévouement ceux de ses amis ou de ses anciens collègues qui étaient chargés de les faire prévaloir. Ce sentiment de rivalité secrète, ce je ne sais quel déplaisir, contre lesquels les esprits les mieux faits ne sont pas toujours en garde, jamais, je me plais à le proclamer bien haut, de telles faiblesses ne se tirent jour ni dans ses discours, ni dans ses écrits, ni dans ses actes. Jamais on ne l'a vu céder aux entraînements de ces animosités qui, en d'autres temps et en d'autres pays, ont divisé les chefs de parti, et par suite les partis eux-mêmes, au grand préjudice des intérêts vitaux de la nation et de la marche de l'administration. En un mot, Lebeau fut dévoué pardessus tout à son pays et à ses convictions, et le pouvoir ne fut jamais pour lui une vaine satisfaction donnée à une ambition vulgaire. Pour ceux à qui il a été donné de le connaître d'une manière intime, il faut achever de le peindre par un dernier trait qui tient plus particulièrement à la vie privée. Sous les apparences parfois d'une certaine âpreté dans le langage et dans les formes, Lebeau possédait un cœur bon et affectueux, un esprit aimable et conciliant, et ainsi, avec ce qui eût pu sembler une sorte de prétention à la finesse et à la réserve, il était d'une naïveté charmante et s'abandonnait volontiers à l'entraînement des illusions. Tel fut Lebeau dans l'ensemble de sa vie. Tout ce qui reste encore debout de la forte génération de 1830 proclamera, à n'en pas douter, que, en "parlant comme je viens de' le
faire, je n'ai dit que la vérité ; et la ge'ne'ration nouvelle, s'associant aux sentiments des contemporains du grand patriote, se souviendra que, dans cette vie toute d'intégrité, de travail et de dévouement désintéressé à la chose publique, il y a un noble exemple à suivre et de grandes leçons à méditer. »
M. P. Devaux, également présent, resta silencieux ; mais deux jours après il retraçait éloquemment ses impressions dans une lettre dont on relira avec intérêt l'extrait suivant :
« .... La révolution belge, Lcbeau ne l'a pas faite. Cet honneur et cette responsabilité appartiennent à d'autres. Mais il l'a complétée, il l'a préservée des écueils où ont échoué tant d'autres tentatives du même genre. Pur la clef de voûte de la royauté, il a affermi tout l'ensemble du nouvel édifice.
« Sans doute, il n'a agi qu'avec le concours du Congrès; cette royauté, il eût été impuissant à la constituer, si, dans cette assemblée, les conseils d'une sage prévoyance, n'avaient prévalu. Mais c'est sous l'influence de son initiative, de son active et énergique impulsion, sous l'ascendant de sa parole, que ces conseils sages et prévoyants l'ont emporté. La gloire lui en revient, comme celle d'une grande victoire appartient au général en chef qui a su faire concourir ses subordonnés et ses auxiliaires au succès de son plan de bataille.
« Pour mieux apprécier ce que la Belgique doit à Lebeau, on peut se demander si, à son défaut, d'autres eussent assumé et accompli la mission qu'il s'était imposée. Plus d'une fois je me suis fait celte question. Plus d'une fois, depuis 1831, je me suis demandé ce qui serait arrivé, si, par quelque
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fatalité, Lebeau avait été enlevé à la Belgique dans les premiers mois de cette année, à la veille de son entrée au pouvoir.
« Pour parvenir à la constitution définitive de la Belgique indépendante, un autre moyen que l'élection du prince de Saxc-Cobourg était-il praticable dans ce moment? Je ne le crois pas. Existait-il dans le Congrès quelqu'un qui se fût chargé, dans les circonstances où on se trouvait, de faire réussir cette élection et qui eût accompli celte rude lâche? Je ne le crois pas davantage. Et, en cela, après m'être bien rendu compte de la composition du Congrès et de l'état des opinions d'alors, je pense ne rien exagérer et n'être injuste envers personne. Non assurément que le Congrès manquât d'autres hommes de mérite et de cœur. Mais beaucoup d'entre eux étaient nouveaux dans les affaires et auraient cru trop présumer de leurs forces en se chargeant d'un tel fardeau; plusieurs ont vu grandir depuis une influence qui alors était encore en germe; d'autres ne possédaient pas à la fois la fermelé de caractère qui leur eût fait accepter la tâche, et la vigueur de talent, la confiance dans le succès qui les eussent fait réussir. Quelques-uns même avaient décliné ce rôle déjà avant l'avènement de Lebeau au ministère ; d'autres enfin, et des plus capables, étaient engagés dans une voie loute différente, et ne pouvaient se charger de mener à bonne fin une solution qui contrariait directement leur manière de voir. En un mol, ce que Lebeau a fait, les uns ne l'eussent pas pu, les autres ne l'auraient pas voulu.
« Que serait-il donc arrivé? D'abord, indubitablement, de nouveaux et toujours plus dangereux délais. Mais ensuite? De pareilles énigmes ne se laissent pas deviner avec certitude. Les grands événements politiques sont soumis à des
influences trop complexes pour que l'esprit puisse ainsi les refaire clans des hypothèses imaginées à plaisir. L'indépendance de la Belgique eût-elle été perdue? Il serait téméraire de l'affirmer. Nul ne peut assurer qu'aucune issue imprévue ne fût absolument possible à une situation qui semblait n'en pas avoir. Mais cette incertitude même n'est-elle pas assez grande, n'est-elle pas assez terrible pour que la reconnaissance de la postérité, comme celle de ses contemporains, attache à jamais le nom de Lebeau aux faits qui, sous son influence, sont venus dominer tout l'avenir de sa patrie? Quel est l'homme d'État dont le nom a jamais eu plus de droit de rester uni, dans la mémoire de ses concitoyens, à un événement de son époque? Et quel événement plus considérable dans les annales d'un peuple, plus digne et plus sûr de rester à jamais gravé dans sa mémoire que la fondation de sa dynastie nationale, que l'affermissement de son indépendance reconquise après des siècles de malheurs? Le nom de Lebeau est désormais aussi légitimement et aussi indissolublement lié à cet événement de notre histoire qu'au delà des Alpes le nom de Cavour à l'émancipation de l'Italie, qu'en France le nom de Casimir Périer à la monarchie de Louis-Philippe, qu'en Angleterre le nom de Pilt aux coalitions de l'Europe contre la France conquérante, qu'en Prusse les noms de Stein et de Bismark à deux grands événements de l'histoire récente de leur pays; que, pour remonter à des temps plus anciens, les noms des deux illustres orateurs d'Athènes et de Rome aux derniers efforts de l'indépendance hellénique et à l'agonie de la liberté romaine. Non, il n'est pas à craindre que, devant la statue de Lebeau, la postérité se demande qui il était et ce qu'il a fait. Tant que les Belges connaîtront leur histoire, il y a une époque dont désormais
l'intérêt dominera pour eux celui de toutes les autres ; c'est l'époque de la fondation de leur indépendance, de 'leurs libertés et de leur dynastie; et c'est de ce point culminant de l'histoire de la patrie que ijgr^^ra plus le nom de Lebcau. . . »
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EXTRAIT DU CATALOGUE DE LA LIBRAIRIE EUROPÉENNE DE C. IWUQUARDT, HENRY MERZBACH, SUCCESSEUR (Bruxelles, Garni et Leipzig.)
LES FONDATEURS DE LA MONARCHIE BELGE par Théodore Juste
Léopold I", roi des Belges, d'après des documenls inédits : Première partie (1790-1852), 1 vol. in-8°.