VUE
plètes : ChoixaV opuscules philosophiques, historiques, politiques et littéraires. Il aurait voulu les compléter, mais le temps et les forces lui manquèrent. Ce monument littéraire recevra toutefois son complément. M. Octave Delepierre sera, à cet égard , l'exécuteur testamentaire de réminent écrivain, et celui-ci ne pouvait mieux choisir. Il a désigné son vieil ami, son confident
littéraire.
Un publiciste, qui a vécu aussi dans l'intimité de M. Van de Veyer, rapporte que jusqu'à la fin de sa vie le célèbre diplomate s'intéressa aux affaires publiques. 11 se faisait lire les journaux, et c'était pour lui un moment heureux dans ces jours assombris par la souffrance.
M. Van de Weyer, cependant, supportait avec une rare fermeté la maladie qui le conduisait lentement au tombeau. Les plus hautes sympathies lui étaient témoignées. Il reçut même une marque de considération qui n'avait été donnée jusqu'alors à aucun ministre, anglais ou étranger.
Informée au château de Windsor, le 29 avril 1874, que M. Van de Weyer était en danger de mort, la reine Victoria se rendit à Londres pour revoir encore une fois l'homme d'État, l'ami, qu'elle avait honoré de sa con-
fiance. La Reine vit le malade dans son hôtel d'Arlington-Street, s'entretint affectueusement avec lui, et, en le quittant, l'embrassa. Le prince de Galles suivit l'exemple de son auguste mère : lui aussi visita le malade, lui aussi voulut donner une nouvelle preuve de l'affection qu'il avait vouée au ministre belge.
Le jour même de la royale visite , M. Van de Weyer reportait sa pensée au delà du détroit et se ressouvenait de quelques-uns de ses compatriotes. 11 dicta pour chacun d'eux des paroles touchantes. « Au moment de quitter la vie, nous disait-il, ce serait un acte d'ingratitude de ne point faire mes adieux à celui qui a écrit la mienne avec tant de soin, etc., etc. »
Sylvain Van de Weyer s'éteignit à Londres le samedi 23 mai, au matin.
La- reine Victoria, qui se trouvait alors au château de Balmoral (en Ecosse), fit immédiatement connaître les regrets qu'elle éprouvait. Le Court-Circular publia les lignes suivantes : « La nouvelle de la mort de M. Van de Weyer, « qui parvint à la Reine ce matin, bien que « n'étant pas inattendue, a causé à Sa Majesté « le plus profond chagrin. M. Van de Weyer a « été, pendant de nombreuses années, un des « amis les plus chers et les plus appréciés de la
VNdfc \^N.
« Reine , et sa mort est considérée par Sa Ma- « jesté comme une perte irréparable. »
Les principaux organes de l'opinion publique, on peut dire tous, s'associèrent aux regrets de la reine d'Angleterre.
Le Times s'exprimait en ces termes : « De tous les étrangers qui ont acquis leur naturalisation dans la Grande-Bretagne nous serions bien embarrassés pour en nommer un autre qui, devenu par adoption notre compatriote, nous donne plus de motifs d'être fiers... Tout le système politique de l'Europe lui était familier, et il n'y avait personne, quand se produisait une complication quelconque, dont l'opinion fût plus avidement recherchée par les hommes d'État et les gouvernants, sans excepter, si nous sommes bien informés, la plus éminente personne de ce pays. Eux et nous, nous avons perdu le plus sage des conseillers comme aussi le plus agréable des compagnons et le plus aimable des amis ('). »
(«) Le Times, en commençant l'article nécrologique consacré à M. Van de Weyer, disait (25 mai 1874) : « Le devoir qui nous incombe de payer à sa mémoire le tribut ordinaire et bien mérité a été, à certains égards, anticipé. Une vie de lui, comme l'un des fondateurs de la monarchie belge, a été publiée en 1871 ; et, en rendant compte de cet
Le Daily Telegraph disait, de son côté : « Il a été donné à peu d'hommes, parmi ceux qui ont pris part à l'érection de royaumes, d'assister à la complète réalisation de leurs projets ; ils sont plus rares encore ceux qui, à la fin d'une longue carrière, peuvent jeter un regard derrière eux pour voir le travail de leurs jeunes années et qui peuvent dire que ce qu'ils ont fait est bien. M. Van de Weyer est pourtant un de ceux-là.
Établie sur les bases qu'il avait posées, la Belgique a grandi et prospéré. Sans doute, la sagesse pratique et le patriotisme des Belges sont la première cause de leurs succès en tant que communauté indépendante ; mais si la Belgique est ce qu'elle est aujourd'hui, il faut l'attribuer aussi à la loyauté avec laquelle le roi Léopold et son fils se sont acquittés de leurs devoirs de souverains constitutionnels. Boi et peuple cependant doivent beaucoup aux sages conseils de l'homme d'Etat qui vient de disparaître. Pendant tout son long règne, Léopold I er , l'Ulysse de l'Europe, comme on l'appelait, eut pour confident et conseiller M. Van de Weyer,
ouvrage, nous avons fait hautement ressortir les titres de M. Van de Weyer à la renommée comme homme d'État, diplomate et homme de lettres. »
MB
et la confiance qu'il lui accordait, son fils la lui avait continuée. Le maintien le plus strict de la politique constitutionnelle et de l'alliance la plus étroite et la plus intime avec la Grande- Bretagne, tels étaient les principes qui ont guidé la carrière politique de M. Van de Weyer...
Depuis le temps où la princesse Victoria n'était qu'une enfant de dix ans, jusqu'aux jours où elle est devenue reine, épouse et veuve, le ministre belge a toujours vécu avec elle dans l'intimité ; et nous croyons que lorsqu'on écrira l'histoire du règne heureux de Sa Majesté, on trouvera que peu d'hommes ont exercé sur notre cour plus d'influence que l'ancien ambassadeur de Belgique. Cette influence a été honorable pour la cour comme pour lui. 11 ne prenait point part à la politique anglaise et n'avait jamais recherché de distinction personnelle dans le pays où il résidait, et c'est parce qu'on savait qu'il n'avait pas d'intérêt ou de parti personnel à servir, et qu'il n'était influencé que par son sincère attachement pour la Reine et pour l'Angleterre et par son honnête désir de donner de bons conseils, qu'on recherchait toujours son avis et que sa voix était écoutée avec respect. >»
L'article du Daily News n'était pas moins
remarquable : « 11 était le dernier, disait-il du défunt, d'une lignée de grands hommes d'État, honoré de la plus intime confiance de deux familles royales et de deux dynasties, employé comme intermédiaire dans les transactions les plus considérables... Ce n'est un secret pour personne que la Reine le consulta souvent avant son mariage et que, dans les dernières années de sa vie, le prince consort eut fréquemment recours à ses avis. Sa Majesté avait pour lui le respect le plus affectueux et lui fit des adieux très-touchants sur son lit de mort. Un peu avant, si nous ne nous trompons, la veille même de sa mort, il reçut la visite du prince de Galles, avec lequel il s'entretint avec un vif intérêt et une intelligence soutenue sur les sujets de la politique actuelle. Soit comme président du « Royal literary fund » ou comme membre du conseil de cette institution, soit comme orateur dans les banquets publics, ou comme gentilhomme campagnard s'adressant à ses voisins dans un comice agricole, son expression et ses pensées étaient anglaises jusqu'à la moelle. Il y a quelques années, il rendit une dernière visite à la Belgique et revit la scène de ses premières luttes et de ses premiers triomphes. Il avait servi sa patrie avec tout son cœur et toutes ses forces, et
fc;r,w?;i
s'était acquis la gratitude de ses compatriotes. Sa seconde patrie lui doit un grand exemple de vertus publiques et privées, et porte le deuil d'un homme d'État dont le patriotisme ne s'est jamais partagé, mais s'est doublé en raison de ses doubles devoirs, et qui a été aimé comme il le méritait pendant sa vie et qui sera de même regretté après sa mort, ainsi que le sont toujours les bons, surtout par ceux qui le connaissaient le mieux. »
Les restes mortels de l'éminent homme d'État avaient été conduits de Londres à New-Lodge pour être ensevelis, le 28 mai, dans le cimetière attenant à l'église de Braywood. Bien que la cérémonie funèbre dût avoir un caractère privé, la reine d'Angleterre et les princes de la famille royale voulurent rendre un dernier hommage à l'illustre défunt. Le représentant delà reine Victoria, le prince de Galles, le duc d'Edimbourg et le prince Christian marchaient derrière le cercueil ; venaient ensuite les membres de la légation belge. Le deuil était conduit par les deux fils du défunt. Après que la première partie du service eut été célébrée dans l'église, le cortège se reforma et se rendit au cimetière. Lorsqu'il se trouva rassemblé autour de la tombe, M me Van de Weyer et ses filles dépo-
sèrent sur le cercueil des couronnes d'immortelles dont quelques-unes avaient été envoyées par la reine Victoria et les membres de la famille royale. Le prince de Galles y déposa une rose blanche.
Sur le cercueil on lisait cette simple inscription:
Jean-Sylvain Van de Weyer, né a Louvain (Belgique), le 19 janvier 1802, mort a Londres, le 23 mai 1874.
La mort de M. Van de Weyer avait fait également une grande sensation en Belgique, et la presse nationale n'avait pas été moins élogieuse que la presse anglaise. Mais il ne fallait pas se borner à cette manifestation.
Le collège échevinal de Louvain prit les résolutions suivantes : le nom de Van de Weyer sera donné à l'une des grandes rues de la ville ; une inscription honorifique rappellera la maison où se passa l'enfance de l'illustre patriote; une souscription sera organisée pour élever à Van de Weyer une statue en bronze.
Le comité qui a été institué à cet effet ne nous a rien laissé à dire. Voici son appel au
public :
« Un homme qui, après avoir été l'un des
fondateurs de notre indépendance nationale, a largement contribué à la consolider en lui gagnant la bienveillance des grandes puissances, un ancien ministre du Roi, un écrivain que les lettres belges peuvent revendiquer à juste titre et auquel la ville de Louvain est fière d'avoir donné le jour — M. Sylvain Van de Weyer vient de s'éteindre à Londres.
« Le conseil communal de notre ville, dans sa séance du 8 juin 4874, a, par un vote unanime , décidé d'honorer la mémoire de ce grand homme en lui élevant un monument destiné à rappeler aux générations futures l'exemple de son patriotisme et de ses vertus civiques.
« Le monument à élever à Van de Weyer doit être le produit d'une manifestation nationale, bien plus qu'une simple affirmation de la reconnaissance de sa ville natale.
« Sans doute Louvain a une dette toute spéciale à acquitter envers un de ses enfants les plus illustres; mais il convient de ne pas perdre de vue ce que lui doit la Belgique entière dont il a si puissamment aidé à fonder l'indépendance.
Qui en effet pourrait oublier la part qu'il a prise à l'établissement de notre dynastie populaire?
« La dette de gratitude contractée envers Van de Weyer est une dette nationale; c'est
dans cet esprit que nous faisons un appel, nonseulement à nos concitoyens, mais au gouvernement, aux administrations publiques, aux corps constitués, à tous ceux qui ont le respect de nos traditions jet-k^culte des grands ■ hommes. » /^ ■'•^
Vf* vv\ \\m