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NOTICE DE M. LE LIEUTENANT GÉNÉRAL BARON JOLLY

On a beaucoup écrit sur la révolution de 1830, mais nulle part on ne trouve une relation exacte dans ses détails sur l'origine et l'installation du gouvernement provisoire.

Peu de personnes en ont eu connaissance, et celles qui y ont pris part se réduisent aujourd'hui à un très-petit nombre. C'est dans le seul but de rectifier les nombreuses erreurs qui se sont propagées dans le public, que je crois utile de relater les faits qui ont amené l'établissement du gouvernement provisoire. Je n'entrerai donc pas, pour le moment, dans d'autres détails concernant 1830.

Comme on le sait, les Hollandais attaquèrent Bruxelles le 23 septembre 1830, sur quatre points : les portes de Flandre, de Louvain, de Schaerbeek et de Laeken (d'Anvers). Repoussés

à la porte de Flandre, ils durent renoncer à pénétrer en ville par l'ouest.

A la porte de Schaerbeek, une colonne s'avança en suivant la rue Royale, dans le but de s'établir dans le Parc.

Bien qu'aucune résistance n'eût été organisée régulièrement, la colonne qui, de la porte de Schaerbeek s'avançait dans la rue Royale, ne parvint jusqu'au Parc qu'au prix des plus grands sacrifices.

La lutte continua sur ce point, pendant toute la journée, et ce fut dans un de ces moments qu'un parlementaire hollandais se présenta, demandant à parler à une autorité quelconque ; mais le peuple, peu familier avec les usages de la guerre, se jeta sur lui, arracha ses épaulettes, croyant faire ainsi un prisonnier.

Quelques personnes parvinrent à le dégager et on le conduisit à la caserne des pompiers, où l'on avait également conduit un major de hussards (Van Borstel), celui-ci vraiment fait prisonnier à la suite de l'échauffourée de la porte de Flandre.

Depuis la veille, il n'y avait plus d'autorité constituée à l'hôtel de ville, et par conséquent personne avec qui on eût pu mettre un parlementaire en communication .

Vers trois heures ou trois heures et demie de l'après-midi, je rencontrai le général Mellinet qui m'arrêta en disant qu'il y avait un parlementaire et qu'il ne trouvait personne qui pût entrer en relation avec lui.

« Je cherche partout et ne trouve personne, » me dit-il ; « il faut cependant avoir un moyen « de s'arranger ; il faudrait tâcher de réunir quel- « ques personnes notables qui se rendraient à « la caserne des pompiers. »

En ce moment, M. l'avocat Delfosse (plus tard inspecteur général des postes), vint à nous et nous lui fîmes part de notre embarras. Nous convinmes de réunir quelques notables de la 3 e section; nos démarches réussirent et nous nous rendîmes à la caserne des pompiers, dans le logement du commandant.

On entra en pourparlers avec le parlementaire, M. le lieutenant-colonel de Gumôens, tué plus tard à la citadelle d'Anvers.

Il nous fit part de sa mission qui consistait à demander que l'on se soumît et que les Liégeois dussent quitter Bruxelles.

Après de longues discussions, il fut convenu que le colonel écrirait au prince Frédéric une lettre pour lui dépeindre l'esprit des habitants de Bruxelles et leur résolution de se défendre.

Nous tenions beaucoup à faire parvenir à destination une lettre qui, de notre part, avait surtout pour but que le Prince ne tentât pas, pendant la nuit, de s'emparer des points de la ville, jusqu'alors inoccupés par ses troupes.

Quant à renvoyer le parlementaire sans l'exposer à de graves dangers, il ne,pouvait en être question, car le peuple n'y eût vu qu'un acte de trahison.

D'un autre côté, il n'était pas facile non plus pour d'autres d'arriver, à travers la fusillade, auprès du prince Frédéric, qui était hors la porte de Schaerbeek.

Le moyen qui offrit le plus de chances d'y réussir, c'était d'en charger quelques personnes par différentes directions.

Nous fîmes donc appel aux hommes de bonne volonté sachant monter à cheval. L'un des premiers qui se soient présentés, était M. Bertcn. Il vit M. le colonel de Gumôens, qu'il connaissait et qui même l'engagea à monter son cheval, ce qu'il fit. Pour tâcher d'arriver au but de sa mission, M. Berten avait pour instruction de sortir par la porte de Louvain ; il partit au plus vite.

Comme il n'y avait aucune autorité à l'hôtel de ville, nous résolûmes de nous y rendre et, en attendant une réponse du Prince, nous nous y

donnâmes rendez-vous pour sept heures du soir.

Lorsque nous nous présentâmes à la porte de la rue de l'Amigo, le concierge nous dit qu'il n'y avait plus personne, que l'hôtel de ville était complètement désert.

Le peuple avait pris l'habitude de l'envahir du côté de la Grand'Piace; je crus donc prudent de demander au concierge de nous conduire dans une des salles du premier étage du côté de l'Amigo. Nous nous installâmes ainsi dans le cabinet du bourgmestre.

L'assemblée qui s'y trouvait réunie se composait d'une quinzaine de personnes, quelques-unes de ma connaissance et d'autres qui m'étaient totalement inconnues.

La première chose dont on s'occupa fut d'élire un président et l'on me désigna. Je consentis à accepter ce rôle, pour le moment, lorsque M. Berten, de retour de sa mission auprès du prince Frédéric, nous remit la réponse du Prince à la lettre de M. le lieutenant-colonel de Gumôensque M. Berten était parvenu à remettre aux mains du Prince.

Cette réponse, qui était à notre adresse, était une proclamation conçue en ces termes :

« J'étais venu par l'ordre de mon auguste a père vous apporter des paroles de paix ; je

« comptais franchement sur votre coopération « pour le maintien de la tranquillité. J'ai été « vivement affligé par les événements de cette « journée; ils ont navré mon cœur; cependant « il vous est encore ouvert : que la garde bour- « geoise s'unisse aux troupes de Sa Majesté et « alors je ferai étendre un oubli généreux sur « toutes les choses passées.

(Signé) « Frédéric.

« Bruxelles, le 23 septembre. »

La lecture de cette proclamation à peine finie, je proposai de désigner une commission qui se rendrait la nuit même auprès du prince Frédéric dans le but, avant tout, de faire retirer les troupes à une certaine distance de la ville.

On procéda à la nomination de cette députation, mais sur ces entrefaites l'on vint dire que le baron d'Hoogvorst, chef de la garde bourgeoise, se trouvait dans les environs.

Je demandai, en conséquence, à l'assemblée si l'on devait considérer comme autorité constituée le groupe qui accompagnait le baron d'Hoogvorst ou bien notre assemblée : la question fut résolue en faveur de la nôtre.

La commission qui devait se rendre au quar-

tier général du prince Frédéric, établi hors, la porte de Schaerbeek, fut composée, entre autres, du baron d'Hoogvorst, Delfosse, avocat, et du baron F. de Coppyn. Elle pouvait s'y rendre directement, M. Berten nous assurant qu'après la lecture de la lettre du lieutenant-colonel de Gumôens, le Prince avait donné les ordres pour que, en attendant, on fît cesser les hostilités.

Cette députation était sur le point de réussir à convaincre le Prince de la nécessité de retirer les troupes, lorsque le général Constant de Rebecque, chef d'état-major, rentra d'une reconnaissance qu'il avait faite et vint dire au Prince que l'on ne se gardait en aucune façon et qu'il n'avait pas rencontré une seule sentinelle du côté de la défense.

Ce rapport fil changer d'avis au Prince et les négociations furent rompues.

Après le départ de la députation envoyée au commandant des forces hollandaises, l'hôtel de ville se vida peu à peu et, vers le milieu de la nuit, je restai seul, attendant avec anxiété le retour des délégués qui tardaient à revenir et dont les retards m'inquiétaient beaucoup.

Ils ne rentrèrent que vers le point du jour.

Environ à la même heure quelques personnes se rassemblèrent à l'hôtel de ville et parmi elles

se trouvaient : M. Rogier, M. Michiels (depuis colonel de la garde civique). M. de Coppyn, M. Vanderlinden et d'autres bourgeois de la ville.

Je saisis ce moment pour leur déclarer que, me trouvant complètement seul, je les priai d'aviser à nommer une commission qui serait investie des pouvoirs nécessaires pour constituer une autorité dont l'urgence se faisait impérieusement sentir.

D'une voix unamine l'on désigna M. Rogier, puis le baron d'Hoogvorst, on m'engagea et M. Rogier que j'avais rencontré le 21 à l'hôtel de ville, ainsi que M. Michiels, insistèrent pour me faire accepter également cette mission difficile et dangereuse ; MM. le baron F. de Coppyn et J. Vander Linden se chargèrent des fonctions de secrétaires et nous installâmes une autorité sous la dénomination de Commission administrative.

Notre premier acte fut la proclamation dont voici le texte :

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