‹ Notes historiques et biographiquesChapitre 3 sur 22 · MM · texte numérisé non relu

MM

siens accorderaient à la Hollande. Il me semble que ces maux, joints à la mort de plusieurs milliers de nos concitoyens sur le champ de bataille, et à la crainte d'une guerre qui pourrait devenir générale et entraîner l'asservissement de notre patrie, peuvent légitimer un vote dont le résultat final ne portera peut-être préjudice à aucun de nos concitoyens ('). »

Après l'inauguration du premier roi des Belges, les électeurs furent convoqués pour choisir les membres des Chambres législatives. M. de Theux reçut alors de l'arrondissement de Hasselt un nouveau mandat qui devait être renouvelé sans interruption pendant plus de quarante ans. A la Chambre des représentants, M. de Theux montra les qualités qui l'avaient fait distinguer au Congrès. Aussi ne tarda-t-il point à être associé au gouvernement. Dès le 12 novembre 4831, il était nommé ministre d'État et membre du conseil, le 21, il était chargé provisoirement du portefeuille de l'intérieur et, le 30 décembre suivant, il devenait titulaire de ce département. Les chefs futurs du parti libéral, MM. Lebeau et Devaux, avaient eux-mêmes désigné au Roi le futur chef du parti

(') Discussions du Congrès national, t. III, p. 491.

catholique. Mais à cette époque, qui paraît maintenant si loin de nous, les partis s'effaçaient, l'union existait, les patriotes n'avaient qu'un but : constituer la Belgique. M. de Theux conserva le portefeuille de l'intérieur jusqu'au 20 octobre 1832 et se retira lorsque le général Goblet, succédant à M. de Muelenaere, ministre des affaires étrangères, eut formé le cabinet où siégèrent MM. Lebeau et Rogier (').

Moins de deux ans après, le 4 août 1834, M. de Theux revenait au pouvoir avec M. de Muelenaere et reprenait le portefeuille de l'intérieur. La convention du 21 mai 1833 avait assuré à la Belgique une trêve en quelque sorte indéfinie, en lui laissant les parties contestées du Limbourg et du Luxembourg. Mettant à profit cette situation heureuse et inespérée, le gouvernement s'efforça de compléter l'œuvre du Congrès national. M. de Theux eut l'honneur d'attacher son nom à trois grandes lois organiques : la loi sur l'enseignement supérieur du 27 septem-

(') Parmi les actes qui signalèrent le premier ministère de M. de Theux, il faut mentionner, l'arrêté royal du 21 mars 1832, lequel approuvait le plan d'un chemin de fer allant d'Anvers à Visé par Lierre, Diest et Tongres. Voir La Belgique sous le règne de Léopold /", par Thonissen, t. II, p. 165.

bre 1835; la loi communale du 30 mars 1836 et la loi provinciale du 20 avril de la même année. En même temps le laborieux ministre secondait le réveil de l'industrie et favorisait la renaissance des arts et des lettres. C'est à M. de Theux que l'on doit la création de la bibliothèque royale.

Au mois de décembre 1836, M. de Muelenaere se retira du cabinet pour reprendre le gouvernement de la Flandre occidentale.

Voulant rattacher à la Belgique indépendante la puissante association financière qui devait sa création à Guillaume I er , il avait proposé de conférer le titre de ministre d'Etat à M. Meeus, gouverneur de la Société générale, etàM. Coghen, son directeur le plus influent ; mais appuyé par ses deux collègues, MM. Ernst et d'Huart, M. de Theux s'opposa à un acte qui, d'après lui, aurait enchaîné la liberté du ministère. Cette dissidence est constatée dans la lettre suivante que Léopold I er adressait à M. de Muelenaere, le 12 décembre : « J'ai vu ce soir M. de Theux; « je l'ai trouvé véritablement affligé de toutes « ces malheureuses complications. Son inten- « tion est d'aller vous voir demain; comme il a « été entraîné à ce qui s'est passé, je vous prie « de l'accueillir favorablement, de lui faire

«.sentir tout ce qu'il y a de pénible dans sa « conduite vis à vis de vous, sans vous brouiller « avec lui. Pour le bien du pays, je trouve dési- « rable que des relations tolérables soient main- « tenues entre vous deux : cela nous donnera « des chances d'avenir... ('). » En réalité, l'opposition de M. deTheux fut invincible, et elle reçut l'approbation d'un grand nombre de représentants qui allèrent même féliciter le ministre de l'intérieur.

La retraite de M. de Muelenaere accomplie, M. de Theux réunit sous sa direction le département des affaires étrangères et celui de l'intérieur f). On l'a dit avec vérité dans une occasion solennelle : député ou ministre, M. de Theux fut chef partout. Par sa froide raison, son ferme bon sens et la force de son caractère, il imposait sa supériorité. Mais, arrivé au premier poste de l'État, il ne changea rien à la simplicité de sa vie. 11 dédaignait l'ostentation et, ministre

{*) Voir Les Fondateurs de la monarchie belge. Le comte de Muelenaere, p. 56.

( s ) Un nouveau ministère, celui des travaux publics, fut créé et confié, le 13 janvier 1837, à M. Nothomb, secrétaire général du ministère des affaires étrangères depuis

dirigeant, ne vivait pas autrement que le plus humble des députés.

M. de Theux était donc dès lors le chef incontesté du parti catholique ; mais la politique qu'il pratiquait restait unioniste. Elle s'inspirait des idées detolérancequi prédominaient au Congrès. C'est ainsi que M. de Theux, tout en faisant respecter les droits des catholiques, se gardait de persécuter les autres cultes ; le premier, il fit la proposition de salarier les ministres du culte juif. Cette haute impartialité finit par le rendre suspect à ses propres coreligionnaires. En 1837, un représentant de Tournai soutint que la conduite de M. de Theux n'offrait pas de garanties suffisantes pour le maintien des droits du parti catholique. La vérité est que le chef du cabinet était essentiellement gouvernemental. « Il administra, dit un publiciste libéral, avec sagesse et prudence, et se défendit toujours avec modération. Qu'il fût un homme de parti, chacun et lui-même doivent en convenir, ce qui ne l'empêcha pas de se conduire au pouvoir, comme depuis dans l'opposition, en véritable homme d'État ('). »

(') Du Gouvernement représentatif en Belgique, par E. Vandenpeereboom, t. I, p. 341.

En 1838, la brusque adhésion du roi Guillaume au traité des vingt-quatre articles, qu'il avait jusqu'alors repoussé avec une invincible obstination, allait mettre M. de Theux à une rude épreuve. En gardant le pouvoir dans un moment où l'indépendance du pays pouvait être remise en question, le représentant de Hasselt assumait une redoutable responsabilité.

M. de Theux fit de grands efforts pour conserver l'intégrité territoriale de la Belgique, pour obtenir de la conférence de Londres de nouvelles et plus équitables résolutions. Il nous a été permis de prendre connaissance de la correspondance privée qu'il entretint à cette époque avec M. Van de Weyer, représentant de la Belgique en Angleterre, et nous n'avons pas lu ces lettres sans émotion. Toujours calme, M. de Theux ne parvenait pas cependant à dissimuler ses angoisses ni l'ardeur de ses patriotiques espérances.

Vint enfin le moment décisif : abandonnée de la France et de l'Angleterre, la Belgique devait se soumettre à l'arrêt de l'Europe ou perdre sa nationalité dans une lutte inégale. M. de Theux n'hésita point. Avec MM. Nothomb et Willmar (les autres membres du cabinet s'étaient retirés), il vint proposer aux Chambres

d'adhérer aux résolutions finales et irrévocables de la conférence de Londres. Des imprécations accueillent cette proposition : a Hommes d'État misérables !... Ministres pervers!... Traîtres envers la patrie et le roi !... etc., etc. » M. de Theux reste impassible; il accomplit courageusement son devoir; il démontre froidement la nécessité de la soumission ; il contribue efficacement, par son attitude stoïque, à faire adopter le traité qui doit assurer l'existence de la Belgique. M. de Gerlache, qui l'avait aidé dans cette grande crise, a pu dire sans exagération : « M. de Theux, en sacrifiant sa popularité et sa position ministérielle au succès d'une cause à laquelle l'existence de la Belgique était attachée, a rendu au pays un service éminenl et alors trop peu apprécié, mais dont l'histoire doit lui tenir compte ('). »

Les jours du ministère étaient dès lors comptés. L'abandon forcé du Limbourg et du Luxembourg avait, comme on l'a dit , jeté la désaffection entre M. de Theux et plusieurs députés catholiques ; mais la véritable cause de sa chute, ce fut sa longévité. On se fatiguait de cette longue

(') Essai sur l'histoire du royaume de Belgique, par de Gerlache. (Œuvres complètes, t. II, p. 567.)

domination et on la supportait avec impatience. M. de Theux proposa lui-même de séparer les deux ministères réunis dans sa main; cette concession ne parut pas suffisante. Tandis que les libéraux combattaient les tendances du principal ministre, la jeune droite attaquait sa prépotence. On saisit un prétexte, et ce fut un membre de la droite qui, involontairement sans aucun doute, provoqua la dissolution du cabinet. La démission de M. de Theux fut acceptée le 18 avril 1840, et il reçut le titre de comte en récompense de ses services.

Six années s'écoulèrent pendant lesquelles une grande transformation s'accomplit dans les deux partis qui se disputaient maintenant la prépondérance. On s'éloignait de plus en plus des idées unionistes qui avaient présidé à la révolution ; de mixte, le gouvernement allait devenir homogène. Le 31 mars 1846, M. de Theux constituait le ministère catholique qui devait essayer en vain de lutter contre les flots montants du libéralisme. L'éminent homme d'État, toujours sage et prudent, se garda bien toutefois de rompre avec ses antécédents, de se montrer agressif ou provocateur. «...Si, disait-il, « le ministère du 31 mars est plus homogène « dans sa composition, il ne doit pas cependant

« son origine à un sentiment d'exclusion ; déter- « miné par les nécessités de la situation, il s'est « formé en vue de maintenir la politique de « modération qui a dirigé le gouvernement « depuis 1830. » Le ministère du 31 mars, bientôt renversé par les élections de 1847, ne fut qu'une sorte de transition. Rendons-lui cette justice qu'il se montra scrupuleux observateur de la Constitution ; menacé par le congrès libéral, il respecta, malgré les suggestions du roi Louis-Philippe, l'article du pacte fondamental qui assure aux Belges le droit de s'assembler et de manifester librement leurs opinions.

A l'avènement des libéraux (12 août 1847), M. de Theux devint le chef de ce qu'en Angleterre on appelle l'opposition de Sa Majesté. Dans ce nouveau rôle, il se signala également par de hautes qualités. Conservateur, tory, catholique, il resta toujours fermement attaché à la dynastie et aux institutions nationales. Du reste, il ne montrait plus aucun goût pour le pouvoir.

11 était satisfait de sa position parlementaire, et l'activité, qu'il ne donnait pas aux affaires publiques, il la consacrait aux grands travaux de fertilisation dont il avait pris l'initiative dans les bruyères de la Campine. C'est avec peine

qu'il quittait son domaine de Meylandt où il menait la modeste et fortifiante existence d'un noble campagnard.

En 1871 , il y avait vingt- quatre ans que M. de Theux avait abandonné le gouvernail de l'État. Il touchait aux extrêmes limites de la vieillesse, mais il avait conservé une intelligence vigoureuse encore. Dans de graves et périlleuses conjonctures, il donna une dernière preuve de son patriotisme en constituant, le 7 décembre 1871, le ministère qu'il devait présider jusqu'à son décès. « Comme le soldat courageux et fidèle, a dit M. Thonissen, il est mort au poste que la confiance du chef de l'État et les suffrages de la représentation nationale lui avaient assigné. »

Le vénérable M. de Theux s'éteignit à Meylandt le 21 août 1874. Avant la levée du corps, qui devait être enseveli au cimetière de Heusden, M. Thonissen, député de Hasselt, retraça brièvement la carrière politique de son illustre collègue. Il dit avec vérité que M. de Theux était du nombre de ces hommes d'élite auxquels la Belgique doit son indépendance et sa liberté. Lors des funérailles solennelles, célébrées dans l'église primaire de Hasselt, un suprême et éloquent hommage fut rendu par l'archevêque

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de Malines au sage pilote qui, pendant plus de quarante années, avait guidé le parti catholique.

De récentes polémiques ont ramené l'attention sur les patriotes qui, pendant les journées de septembre 1830, constituèrent en face de l'ennemi le gouvernement provisoire. On nous saura gré, sans doute, d'éclaircir autant que possible ce mémorable épisode de notre histoire nationale. Deux anciens membres du gouvernement provisoire, MM. Jolly et J. Vander Linden, qui, pendant les combats de Bruxelles, montrèrent autant d'abnégation que de vrai courage, ont bien voulu nous remettre les notices que nous allons reproduire.

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