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ment partout où se trouvent des populations canadiennes , et en voici la raison, L’envahissement de l’émigration anglo-saxonne , qui vous a tellement pressé et foulé il y a 19 ou 20 ans, est aujourd’huy à peu près cessé, et il n’est pas probable qu’elle reprenne cours désormais. précisément parce que les terres qui restent encore incultes ont acquis un prix un peu élevé. L’émigrant quitte bien l’Europe pour trouver des terres à très bon marché, mais il ne se déciderait pas volontiers à changer de pays pour prendre des ierres chargées d’un prix onéeux.
Les choses ont donc recouvré à peu près leur cours naturel,— et nous trouvons, d’une part, vous, qui dans votre paisible et traditionnelle existence , croissez et multipliez avec vos nombreuses familles ,— attachés au sol conquis par vos aïeux , et où depuis longues générations reposent leurs cendres ; vous , attachés au sol, et prêts au besoin à faire des sacrifices pour y rester. D'autre part, nous voyons l’Anglais ou PAméricain , dont les familles croissent moins vite que les vôtres, et qui avec leur esprit inquiet, cupide et moins affectionné au sol, sont toujours prêts à chercher du nouveau: Go ahead , comme ils disent, toujours prêts à courir après une nouvelle patrie pourvu qu’elle
paraisse leur présager plus de profits. Aussi dès que le flot de l’immigration cesse de leur apporter des renforts, ils décroîssent et ils décroîtront toujours relativement à vous. Si je suis aussi affirmatil sur ce point, c’est que depuis longtemps déjà, je lPai observé au Canada.
C’est à vous de profiter de cette situation, afin de prendre le dessus par l’indomptable obstination du travail, de l’économie et du patriotisme. Ne vous en laissez point imposer par certains airs dédaigneux qu’affectent de prendre vis-à-vis de vous des gens qui, sous leurs beaux habits et leurs grandes prétentions, valent moins que vous dans votre honnête simplicité et votre cordiale bonhomie.
Si j'ai insisté à diverses reprises sur ce point, c’est que je voudrais entièrement prémunir vos esprits contre l’influence de ce préjugé d’une prétendue supériorité de la race anglaise et contre les manières d’être de la civilisation américaine. Non pas qu’au premier abord
vous soyez peut-être fort disposés à subir cette
influence. Mais il en est des idées fausses comme de la calomnie , a force de les répéter avec un applomb et une effronterie qui trouble les consciences honnêtes et timides, on finirait, si elle n’étaient contredites, par faire circuler
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cette fausse monnaie comme du bon argent.
Pour moi je suis loin d’accepter sans contrôle de pareilles assertions , et l’examen des faits sur les lieux même, n’a fait qu’augmenter ma méfiance. Il y a un vieux proverbe qui dit:
ce n’est point le tout de faire vite , encore fautil faire bien; que les Américains fassent très vite, je l’accorde, mais par compensation il faut convenir qu’ils font généralement très mal. Tout ce qui sort de leurs mains manque géné-
ralement de réel et de solidité ; il semblerait
mêrne qu’il y ait entre eux sur ce point émulation et point d'honneur, de telle sorte que leur civilisation semble s’être proposé ce problême :
Eblouir l’homme par le plus d’apparence qu’il
soit possible , afin de lui donner le moins de
réalité serviable que faire se peut.
Les gens sages doivent se mettre en gard contre toute cette fantasmagorie d’illusions et de hâte ; on a beaucoup vanté la rapidité de ce développement, mais quand on examine de
(| près , comment il s’est opéré et les résultats qu’il produit ,on y trouve peut-être plus à déplorer encore qu’à admirer. L’histoire pourra dire un jour, si la substitution de la race anglaise à la race Française en ces pays a été un profit ou un malheur pour le continent Américain; elle dira si notre civilisation plus lente,
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plus prudente , mais plus solide dans les fruits qu’elle murit, n’est pas d’un degré supérieur, à cette course hâtive, d’un progrès mal-ordonné , mal digéré , qui broye précipitamment une société mal assise , et qui ne paraît rien avoir de ce qui est nécessaire pour affronter , en surmonter les crises difficiles que toute nation a tôt ou tard à essuyer.
Mais la discuscion d’an tel sujet vous entraînerait tout à fait hors du cadre de cette lecture. Je me contenterai de vous recommander de savoir progresser par vous-même et dans votre bon sens, sans adopter légèrement les idées ,les principes et les manières d’être de vos voisins du sud.
Mille déclamations ampoulées et banales circulent a cesujet, n’écoutez jamais sans une grande réserve ces esprits superficiels, plus prompts à s’exalter qu’à réfléchir ; sachez contrôler leurs grandes phrases dans vot'e propre esprit et pénétrez-vous bien de ceci ; c’est qu'avec le simple sens commun, éclairé par la tradition et l’enseignement religieux , vous êtes plus aptes à vous faire une opinion juste et utile que tous ces bavards qui cherchent à vous en imposer par une emphase ronflante mais vide , qui n’appartient
jamais qu’aux écervelés ou aux charlatans.
Chacun aujourd’huy par exemple ne parle que de faire d’immenses entreprises, de gros
commerces, de promptes fortunes, nul ne veut agir qu’en grand , tous le monde méprise les petits profits et les existences médiocres, Cependant c’est la masse des petits profits et des existences médiocres qui fait la force des sociétés et la ressource commune des hommes.
Se jetter violemment en dehors des voies où les circonstances naturelles nous ont placé , et dont les habitudes d’enfance et de familles nous ont appris les ressources et le bon user, c’est véritablement mettre à la loterie et entrer dans une maison de jeu.
Pour tenter de vastes combinaisons , et mener à bonne fin les affaires difficiles et compliquées qu’elles entraînent , il faut en effet deux choses, deux choses toujours rares: une forte intelligence et un certain bunheur ; je sais bien que nous sommes tous fort portés à croire que nous sommes très intelligents, et à espérer beaucoup dans notre bonne chance, mais l’homme sage sait se méfier de pareils entraînements, car il suffit de regarder autour de nous : pour un qui réussit dans cette loterie de la fortune, combien succombent malheureusement et tombent dans la dernière misère , pour avoir voulu soulever un poids qui étaitau-dessus de leur force.
Cependant, à côté de ces périls, il est une route qui est ouverte à tous, accessible à tous,