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dans les terres alors vacantes , les Canadiens se seraient assuré la possession exclusive du pays, les étranger : n’auraient point trouvé place sur ces terres entièrement occupées par vous, et aujourd’huy dans tout le comté d’Essex et dans la moitié du comté de Kent, vous seriez les maîtres , vous feriez vos affaires vous-même et à votre guise ; c’est à peine si l’on y compterait un millier d’Anglais, tandis qu’ils y forment la majorité de la population.
Que ces réflexions sur le passé , soient donc pour vous un enseignement salutaire —et en songeant aux travaux de vos aïeux et à l’héritage qu’ils vous ont légué, sachez suivre les exemples qu’ils vous ont donnés —que serait-il arrivé si alors au lieu de se porter sur des terres neuves on n’eut jamais songé qu’à se partager les vieilles terres défrichées jusqu’à ce qu’elle fussent réduites à des lambeaux de 80 ou 90 arpents? Il en serait résulté que devenant à la fin impartageables , les héritages auraient été vendus ,et qu’un grand nombre d’entre vous, seraient aujourd’huy réduits , à la condition de louer des terres à des étrangers ou à gagner au jour le jour un salaire incertain qu’il faudrait aller solliciter de toutes parts. Or que de motifs n’avez-vous pas aujourd’huy pour chercher à vous étendre comme vos ancêtres ont fait ; vous
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en avez bien plus qu'eux, car en agissant ainsi ils ne faisaient que suivre les impulsions, de leur bon naturel et d’une sagesse instinctive. Mais vous vous êtes éclairés par l’expérience, et vous voyez avec évidence combien même il eut été avantageux qu’ils fissent plus encore et qu’ils s’assurassent à tout prix toutes les terres du pays.
Sans doute il n’est pas aussi facile maintenant de les acquérir, il en coute plus et elles sont plus enfoncées dans l’intérieur. Cependant croyez moi,quelque soit le prix auquel les terres en bois debout soient parvenues, il n’ei est pas moins avantageux et même urgent pour vous d’en acheter, toutes ies fois que vous le pourrez et même de vous géner pour les acquérir,— car plus vous irez plus elles monteront de prix, plus elles deviendront rares.
Aujourd’huy encore quand on achète une terre en bois debout , on peut couvrir une partie du prix avec la vente du bois qui s’y trouve, et après cette exploitation il est bien rare que le terrain revienne à plus de 4 ou 5 piastres lPacre. Dans ce moment-ci surtout où nous subissons une crise qui a fortement affecté les transactions et altéré le prix des immeubles, il est plus facile de les obtenir à bon compte qu’il ne l’a êté précédemment.
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C’est donc une occasion à saisir, car une fois cette crise passée , les choses reprendront leur cours et avec le mouvement ascendant de la population , la terre ira toujours croissant de valeur. Que chacun dans la limite de ses forces, s'emploie donc à s’assurer les terres non cultivées pendant qu’il y en a encore ; sinon vos enfants ou petits enfants diront aussi un jour, quand on ne voudra plus leur vendre de terres que dépouillées de toute valeur en bois, et à un prix double ou triple de celui qu’on demande maintenant , ils diront à leur tour: Ah combien nos pères ont été malavisés, de ne point acheter toutes ces terres, quand elles étaient toutes boisées et À si bon compte ! Il faut donc aujourd’huy faire non seulement le possible , mais en quelque sorte l’impossible pour vous assurer ce qui en reste , et chaque père de famille devrait tenir à honneur ,en se privant s’il le faut , d’établir de son vivant chacun de ses garçons suï une terre nouvelle . en laissant à l’aîné, intact et sans morcellement, l’ancien patrimoine de Ja famille.
Toutes ces considérations nous ont un peu écarté de la suite de nos études sur le développement de la population française du pays.
Nous Pavons laissé en 1816 forte de 2600 âmes et déjà divisée en trois paroisses. En 1823 il
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fut fait un recencement officiel duquel il résulte qu’il y avait dans tous le comté d’Essex 4700 à 4800 habitants, dont 15 à 1600 étaient Anglais. Depuis 25 à 30 ans en effet il commençait à arriver peu à peu dans ce pays une immigration étrangère de plus en plus considérable.
Elle avait commencé nar quelque familles Anglaises loyalistes venues du Détroit, et de plusieurs autres parties des Etats-Unis; puis s’étaient établis quelques soldats licenciés de la garnison d'Amberstbourg ; enfin elle commençait à arriver plus nombreuse et envahissante.
Néanmoins de 1823 à 1830 il ne paraît pas qu’elle ait été fort active, c’est à peine même s’il y eut une immigration sensible , car la population du District Western qui était de 6952 en 1523 n’est que de 8332 en 1829, ce qui ne fait en 6 ans que 1380 âmes d’augmentation, laquelle ne représente guère que l’accroissement naturel par les naissances. De telle façon qu’on peut établir qu'avant 1830 il y avait encore si peu d’Anglais dans ces cantons que la population franco-canadienne , y existait seule presque sans mélange ei entièrement abandonnée à elle-même et à ses habitudes, Ceci était d’autant plus sensible que la rive améraine était de même de son côté très peu peuplée , et que la population française y était encore au-
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moins égale en nombre aux Yankees. En 1820 en effet la population de tout l’état du Michigan n’était que de 8,896, dont plus de 3 quarts étaient Français.
Telle était donc la situation vers 1820 des deux côtés du Détroit, la population d’origine étrangère était encore extrêmement peu nombreuse , même du côté américain. Les paroisses rurales étaient à peu près pures de tout mélange et les quelques Anglais loyalistes qui s'étaient réfugiés du côté sud, appartenaient généralement à de respectables familles, presque toutes alliées aux habitants du pays, et qui durant leur long séjour au milieu d'eux, s’étaient tellement mêlées à toutes :es habitudes de leur vie, qu’elle pouvaient être considérées comme faisant partie de la communauté ellemême ; si bien que quelques-unes de ces familles sont encore aujourd’huy réputées plutôt canadiennes qu’anglaises.
Quels étaient alors vos pères ? plusieurs d’entre vous ont pu les connaître , car cette époque est encore si récente que le souvenir en est encore comme vivant au milieu de vous. Ona beaucoup cherché depuis lors à rabaïsser leur mémoire , combien de fois n’avez vous pas entendu , des gens intéressés à humilier ce passé respectable , s’efforcer de vous en imposer, en
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s’arrogeant ur2 supériorité prétendue; combien cle fois ne les avez vous pas entendu dire que étaient de braves gens, mais ignorants, incapables , arriérés ; ceperidant les documents, la tradition ,les souvenirs écrits et parlés ne tiennent point le même langage.
Sans doute ils ignoraient beaucoup de p:océdés qui ont été imaginés , ou simplement importés, depuis eux, sans doute il est bon et même nécessa,: aujourd’huy , d’ajouter et mème de changer bien des choses aux usages qui leur etaient familiers; avec la population qui croit , il est indispensable de s’appliquer à accroître aussi les produits de la terre et de l’industrie de l’homme. Mais pour leur époque et pour leur situation ils valaient bien ceux qui les critiquent et sous plus d’un rapport il valaient mieux.
Ils n'étaient ni aussi dénués , ni aussi ignorants qu’on veux bien le dire , dès longtemps avant la venue des Américains en ce pays, alors que ceux-ci n’auraient même point osé passer les Monts Alleghanys , tous les corps d’état se trouvaient représentés à Détroit —charpentiers, charrons , forgerons , armuriers; il y avait une tannerie , une distillerie, plusieurs moulins à scie et à farine,et même un brasseur—les sœurs de la Congrégation tenaient une école
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pour les filles ,et le sienr J. B. Rocoux tenait l’école des garçons.
* À croire certaines gens aujourd’huy, il semblerait vraiment que l’art d’écrire soit une innovation merveilleuse que l'invasion anglaise aurait importé en ce pays;—mais avant cette époque un grand nombre de vos aïeux lisaient et écrivaient fort bien , et je dois dire qu’en parcourant les vieux papiers, j’ai été même étonné , vu le peu de ressources dont on disposait , et les difficultés de toute nature qu’on devait éprouver à instruire les enfants dans ce lieu si reculé , j'ai été étonné souvent de trouver dans l’ancienne population du Détroit une si forte proportion de personnes sachant lire et écrire.
Or ne croyez point que cette écriture, fut écriture d’apprentis , begayant sur le papier des lettres grossières et mal assemblées >y—Souvent elle est fort belle ; combien de fois en compulsant les vieux actes, ai-je cherché à deviner dans les formes capricieuses de ces lignes séculaires , Pempreinte du caractère et des pensées de ceux qui les avaient tracés.
On ne voit point alors de ces écritures couchées , hatives toutes semblables , d’une régularité fade , laides dans leur monotonie comme le produit d’une fabrique à vapeur , et trop sou-
vent illisibles. Ces signatures sont larges et 3a
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caractérisées, variées mais toujours gravées d’une main ferme , elle sont fortement assises et distinctes , indice d’une pensée caime et sure d'elle même, bien établie dans sa vie , qui sait d'ou elle vient et ou elle va; leur contexture n’a point de précipitation, c’est l'expression d’un homme qui réfléchit à ce qu’il fait, sans avoir cependant une préoccupation trop fiévreuse des affaires et du gain ; il y pense mais sans en être absorbé , c’est une personne raisonnable ,et non pas une machine à gagner de l'argent ; il est rare que l’une ressemble à l’autre, parceque n’étant point précipités, chacun y laissait la trace de son caractère comme il convient à un être humain et intelligent.
Aujourd’huy chacun y laisse la trace commune et monotone des inquiétudes de son esprit—-quand on parcourt une page de signatures aux Etats-Unis on se demande , si cela a passé sous la main des hommes, ou sous lempreinte d’une machine à écrire ; —Est-ce à dir: que les caractères humains sont atténués, amoindris, moulés dans une assimilation déplorable ? ou bien les méthodes d’instruction y sont-elles tellement inférieures, qu’elles oblitèrent l’action de la volonté et de l’intelligence sur les organes; la main ne serait plus alors l'expression de la pensée mais un instrument automatique
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qui toute la vie, continue à copier le modle commun proposé à l’école.—Ayant tous eu le même modèle ,ils auront tous alors la même
‘écriture ; leur pensée n’a plus assez de nerf
pour aller se repercuter dans les inflexions de la main.
Mais en quelque sujet que ce soit, la similitude et la monotonie sont un signe profond de dégénérescence dans l’espèce humaine ; cette société si vantée, et trop fortement éprise de la mécanique et de la vapeur, aurait-elle donc déjà passé l’esprit humain au cylindre, broyé ses formes, usé ses aspérités , et roulé le tout en atomes homogènes et insipides, déjà fort ennuyeux et bientôt impuissants? Je ne sais, mais combien je préfère , à cette écriture d’automates la large et pittoresque empreinte de la pensée de vos aïeux, chacun s’y peint tel qu'il est, il semble qu’on y voie leur franchise ouverte et pleine de bonhomie, la quiétude de leur esprit, la hardiesse et la fermeté de leur caractère , la courtoisie et la cordialité de leur salutation.—Ces honnêtes signatures sont comme la figure d’un hôte franc et hospitalier , qui vous convie du seuil de sa porte à dépouiller toute cérémonie , vous met à l’aise avec lui même et se fait de suite un de vos amis.
En effet ils étaient réputés pour leur grand
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cœur, leur hospitalité , leur politesse, et pour la grandeur de courtoisie qui s’était perpétuée parmi eux—les premiers Anglais qui vinrent dans le pays, bien qu’ils fussent les vainqueurs, et malgré la forte dose de suffisance vaniteuse , dont la nature les a doté , se sentirent plus d’une fois troublés devant la dignité native et respectable de ces hommes simples et retirés, mais qui avait pour eux le bénéfice de la tradition et de la race.
Plusieurs d’entre-eux descendaient des gentilshommes français , officiers dans les garnisons successives qui vinrent dans ce poste ; tous sortaient de ces fiers aventuriers, que la passion des entreprises et des voyages hazardeux poussait alors vers l'Ouest, bien plus que le désir du gain—j'ai pu éclairer l’origine de quelques unes de ces familles : les Marsac Durocher , les Dequindre—les Chabert-Joncaire—les Navarre —les Les'randl—les Dagneau-Douville—de Moras—Douaire de Bondy—appartenaient à des familles de gentilshommes Un grand nombre ont eu pour ancêtres les anciens milita res de la garnison qui se fixèrent dans ce pays ; je citerai: Dupuys dit Beaüregard—Steve dit Lajeunesse—Bombardier dit La Bombarde—Vessière dit La Ferté —Casse dit St. Aubin—Barthe dit Belœil—Bienvenu dit Delille—Poirier dit La
Fleur—Villers dit St. Louis—Bontrond on Bonrond dit Major—Gilbert dit Sanspeur—Lotman dit Barrois—Gendron—Renaud— Durand dit Montmirel—Vallé dit Versailles— Tavernier dit St. Martin—Bord: dit St. Surin—Bernard— Jadot—Billou— Duberger dit Sanschagrain.
Les Babie—les Godefroy —les Carmpeau—les St. Cosme étaient ‘es négociants de Trois-Rivières et de Montréal, qne le commerce des fourrures fixa dans ce pays.—Les Chapoton descendent d’un des premiers chirurgiens de la garnison de Détroit qui s’y fixa vers 1720—i] était natif du diocèse d’Uzez dans le Languedoc.
Non seulement les Canadiens avaient conservé la courtoisie et la noblesse de manières que leur avait transmis la tradition de leurs ‘familles , mais aussi Pesprit d’entreprise et de hardiesse qui avait caractérisé ces premiers pioniers de l’Ouest, dont nous venons de parcourir rapidement les difficiles et laborieux progrès.
C’est une mode aujourd’huy de prétendre que les Américains ont amené ici le commerce , l’industrie et l’esprit d’entreprise !—Le fait est que l’on y faisait avant eux, ce qui était dans la mesure du possible pour l’époque. Il est facile d’être entreprenant , et de faire de grandes
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affaires , lorsqu'on a derrière soi une population de 30 millions d’âmes ,qui vous entoure et à laquelle on est étroitement lié par les chemins de fer, la navigation à vapeur , et des relations morales et matérielles de toute sorte !
Quand les Américains commencèrent à prendre quelque développement dans ce pays apres 1820 , la population compacte qui se poussait peu à peu de la côte vers l’ouest, arrivait presque jusqu’à Détroit, l’Ohio se peuplait rapidement ; et en comptait déjà de nombreuses stations commerciales sur les Lacs Erié et Ontario.
Mais la situation était bien différente quand vos pères vinrent s'établir ici, il y a cent cinquante ans ,ou seulement même il y a 80 ans quand ils y étaient encore seuls et loin de tout établissement européen. Alors on n’avait ni steamer ni chemin de fer pour transporter ses marchandises, aucun outillage, aucun objet fabriqué , sauf ce que l’on savait faire soi-même : point de capital, à peine les provisions suffisantes pour courir d’une année à l’autre ; point d’appui, point de secours en cas d’accident ou de détresse ; et tout autour , les nations indiennes , sauvages, guerrières , vingt fois plus nombreuse , et dont l’amitié douteuse et chancelante, variait au gré de leurs convoitises grossières
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et de leurs divisions incessantes. Le premier groupe d’Européens sur lequel on eut pu s’appuyer était à Montréal , à 200 lieues. Et encore : pendant six mois de l’hiver , était il impossible de communiquer; on était séparé du reste du monde.
C’est alors qu’il fallait avoir du cœur et de la tête, pour songer à réaliser ici des travaux et du commerce ; il est plus facile aujourd’huy d'y édifier un steamer, qu’il ne l’était à cette époque d’y construire une barque. C’est alors qu'il fallait une singulière hardiesse pour songer à s’établir dans le Détroit, au milieu de quelques centaines d’homrmnes qui ne pouvaient compter que sur eux même, c’est alors que le courage et l’industrie de chacun était mis à une sérieuse et rude épreuve. Un peu de bonheur dans le commerce , de l’applomb ou de l’adresse dans les transactions n’auraient point suffit à ce moment , pour résoudre les sauvages et urgentes exigences de la situation. La nécessité ne se paie pas de mots , d'apparence ni d’effronterie , on ne la satisfait qu'avec la réalité du travail et des résultats.
Cependant les vieux colons français affrontérent ces difficultés gaiment et sans sourciller, il semblait que ce fut pour eux , non pas une pénible aventure , mais un plaisir et j'ose dire
qu’ils surent s’y créer une existence heureuse dans sa simplicité et plus enviable peut être que le mélange de faste et de misère qui s’y rencontre aujourd'huy. Mais il y a un siècle on ne voyait guères de luxe dans l’Ouest, pas plus qu’on n’y rencontrait d’Anglais , ni d’Américains ,ils se tenaient chaudement dans leurs demeures sur les rives de l’Atlantique à Pabri de leurs grosses cités commerçantes ,—ils n’avancèrent que peu à peu et ce n’est que lorsqu'ils se sentirent appuyés par des établissements nombreux et proches qu’ils se hasardèrent franchement à venir dans ces pays éloignés, recueillir la récolte que vos pères y avaient préparé avec tant de danger et de travail; récolte qui commençait à être mûre quand il fallut la partager avec les ouvriers de la onzième heure.
Ces anciens pioniers n’étaient donc ni si timides , ni si malavisés qu’on veux bien le dire, et s’ils ont été à la longue débordés et primés par les envahisseurs, c’est que ceux-ci plus nombreux , et plus riches, étaient soutenus par une société puissante et toute proche , par une immigration incessante tandis que la modeste cnlonie française était abandonnée à sa propre faiblesse , et séparée de la mère-patrie.
Doués d’une impertinente effronterie qui
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ignore toute modestie et toute réserve , les nouveaux venus surent dès le principe en imposer à ces esprits simples et bons qui avaient toujours vécu dans la solitude ,et qui ne savaient point ce que c'était que de se surfaire au-dessus de leur valeur. Se laissant trop souvent éblouir par cette importance d'emprunt , vos pères acceptèrent trop facilement les prétentions arrogantes avec lesquelles on cherchait à les étourdir, et c’est ainsi qu’en plus d’un endroit à mesure que le nombre des étrangers angmenta, ils se trouvèrent disloqués , ahuris et sans force de résistance , contre ce mouvement nouveau qui les surprenait ,et les entourait en jetant dans leurs esprits un trouble inconnu; c’est ainsi que le laissez aller , le découragement, l’acceptation d’une suprématie sans titre , ont conduit certaines paroisses de l’autre côté du Détroit, dans une situation facheuse et humiliée dont il serait utile et juste de les voir sortir.
A partir de 1830 , en effet , l'immigration prit des proportions formidables qui ne tardèrent pas à altérer la proportion des éléments qui composaient la population du pays. Le District Western , composé des comtés actuels d’Essex, de Kent et de Lambton, reçut dans la seule année 1830 environ 1300 immigrants ; de 1832 à 1935 près de 3000 en 3 ans; dans la seule
année 1836 plus de 2000, de 1836 à 1851 ,en 19 ans 18 à 20,000. Il.est vrai que la portion du district qui forme le comté d’Essex, ne reçut qu’une partie de cette immigration, et même une faible partie; mais cela suflit pour changer la proportion des populations, et en 1851 l'élément étranger formait dans le comté
d’Essex les deux tiers des habitants, 11,393
sur 16,817.
Depuis cette époque les choses se sont modifiées et en votre faveur, le mouvement de l’immigraiion étrangère s’est arrêté, bien plus la population anglaise paraît s’être accrue moins vite que l& vôtre. Les Franco-Canadiens ont continué à croître par le mouvement des naissances à raison de 60 pour cent en 10 ans ,et ils sont environ 8500 dans'le comté—la population anglaise n’a pas augmenté de plus de 44 pour 100 ,étant montée de 11,393 à 16,500.
Dans cette période décennale la population anglaise dans ce comté à donc relativeraent reculé , son accroissement a été beaucoup moindre que le vôtre , et encore faut il observer que, sauf la ville de Windsor, cet accroissement est tout à fait circonscrit dans les deux townships de Gosfield et de Mersea.
Ce changement dans la relation respective des deux populations. se fait sent:' en ce mo- F ,
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