CURES ET VICAIRES
Le 4 février dernier, nous avons publié, dans le journal La Presse, de Montréal, un article sur la paroisse de Saint-Guillaume, ses curés et deux pionniers. Nous le reproduisons ici, en y faisant quelques additions :
La paroisse de Saint-Guillaume d'Upton. comté d'Yamaska, est l'une des plus riches et des plus florissantes de la rive sud du fleuve Saint-Laurent. Depuis les morcellements que l'on a fait subir à la Baie-du-Febvre, elle occupe le premier rang, dans le diocèse de Nicolet. Fondée et colonisée par de braves pion- Ci) Cet emplacement appartient, aujourd'hui, à M. Georges I^afleur.
niers venus surtout de la Rivière-du-Loup, de Maskinongé, d'Yamachiche, de Berthier et d'Yamaska, vers 1815, elle a vite prospère et, en 1833, elle avait un prêtre pour la desservir. La population de Saint-Guillaume a toujours été remarquée pour son esprit de foi et le zèle qu'elle a déployé pour le bien de la religion. Dès 1826, les premiers colons se rendaient, le dimanche, à la demeure de Michel Houle, au Ruisseau-des-Chênes, et là, récitaient des prières et chantaient les vieux cantiques appris dans les vieilles paroisses d'où venaient ces hardis défricheurs. Généralement, c'était José DeSerre qui dirigeait ces réunions pieuses; on l'avait surnommé, pour cette raison, le grand prêtre du pays.
D'après une note entrée dans les requêtes de la paroisse, le fondateur de Saint-Guillaume aurait été Michel Houle, marié le 22 février 1808, à Théotiste Lesieur-Desaulniers, et venu d'Yamachiche. Il est, cependant absolument certain que Michel Houle ne fut pas le plus ancien habitant de la localité.
D'autres colons, Gabriel Danis, Siméon Trudel. Joseph, Antoine et Michel DeSerre, Louis, Joseph, François et David Vanasse-Vertefeuille, Alexis ]Millette, Louis Rivard, Augustin Régnière, Michel Lamothe et Augustin Lambert, figurent les premiers, par ordre d'ancienneté, sur la liste des colons du Ruisseau-des-Chênes, nom que portait Saint-Guillaume avant son érection en municipalité séparée de celle d'Yamaska.
Simon et Louis Trudel laissèrent Sainte-Anne-de-Beaupré, en 181Q, pour venir se fixer au Ruisseau-des-Chênes, où se trouvaient dijà établi leur beau-frère, Joseph Gagnon.
Ces braves pionniers, auxquels vinrent se joindre plusieurs citoyens d'Yamaska et des paroisses environnantes, ne tardèrent pas à faire des défrichements considérables, sur leurs propriétés. Le sol étant d'excellente qualité, la petite colonie naissante prospéra rapidement. Raconter la misère, les difficultés de toutes sortes, les privations nombreuses de ces hardis colons, ne manquerait d'édifier leurs descendants, puisque cela établierait le courage héroïque déployé par leurs devanciers. Mais, cela n'entre pas dans le cadre du présent travail. Dans un autre chapitre, le lecteur sera pleinement satisfait, sous ce rapport. A Saint- Guillaume, comme dans toutes nos vieilles paroisses canadiennes, les pionniers ont fait preuve d'une constance, d'un courage, dignes des premiers temps de la colonie, sous le régime français. Les colons du Ruisseau-des-Chênes, fils, pour la plupart, de cultivateurs, cultivateurs eux-mêmes, étaient peu favorisés des biens de la fortune. A peu d'exceptions près, ils ne possédaient
rien, au dehors de leur énergie. C'étaient des jeunes gens que leurs parents envoyaient tenter le sort là oii régnait encore la forêt séculaire.
L'objet en vue, dans le premier chapitre, est surtout de fournir quelques notes biographiques sur les six curés qui ont desservi Saint-Guilaume, depuis sa fondation. En 1827, la population était déjà de 440 âmes dont 212 communiants.
1er, jNIgr Joachim Boucher.
^Igr Joseph Signay, évêque de Québec, ayant fait droit aux requêtes des braves pionniers du Ruisseau-des-Chênes, confia la
nouvelle mission à M. l'abbé Joachim Boucher, alors vicaire à Trois-Rivières, et qu'il venait de nommer à la nouvelle cure de Saint-David. Jusqu'en 1835, ^^- Boucher demeura au presbytère d'Yamaska, n'ayant de résidence, ni à Saint-David, ni à Saint- Guillaume.
Il naquit à la Baie-du-Fèbre. le 3 avril 1804, et fit ses études classiques au collège de Nicolet. En 1830, après avoir été ordonné prêtre, il fut appelé au vicariat des Trois-Rivières, avant d'être appelé à desservir les deux nouvelles missions. Ses démêlées avec le Mgr Joachim Boucher, supérieur Wiirtèle, pourtant un de ses
amis personnels, l'engagèrent à demander une autre cure, puis, en 1855, on lui confia l'importante cure de la Rivière-du-Loup, alors devenue vacante par la mort du curé Lebourdais. C'est à cet endroit qu'il séjourna le plus longtemps, puisqu'il y demeura jusqu'en 1896. époque de sa mort, à l'âge de 93 ans révolus. Lorsque Mgr Lafièche établit le Chapitre de sa cathédrale, il nomma i\L Boucher l'un des trois chanoines honoraires, et, peu d'années avant sa mort, lors d'un voA'age qu'il fit en Europe, ce vénérable prêtre eût Tinsigne honneur d'être appelé à faire partie du Chapitre de la basilique de Lorette, ce qui lui donna le privilège de pouvoir porter le titre de Monseigneur. A Saint-Guillaume, en dépit de bien des petites misères, il a laissé un nom respecté et un très bon souvenir Les vieillards d'aujourd'hui en disent beaucoup de bien.
2°. L'abbé L.-O. Desilets.
RÉVD. L.-O. Desilets.
Ce fut le premier curé résidant à Saint-Guillaume. Né à Nicolet, le II février 1803, il y fit son cours d'études classiques et fut ordonné prêtre, le 29 septembre 1829, puis nommé vicaire à
Yamachiche. Il arriva à Saint-Guillaume, à l'automne de 1846, alors que les revenus de la nouvelle cure étaient à peine suffisants pour faire vivre un prêtre. Neuf ans plus tard, à la suite des difficultés que firent naître la construction d'un presbytère nouveau, il demanda et obtint son rappel et alla prendre charge de la cure du Cap-dela-Madeleine. ]\L Desilets fut le premier curé de la paroisse de Saint-Èarnabé, comté de Saint-Maurice. Pendant qu'il était à Saint-Guillaume, on raconte une anecdote bien amusante sur une visite qu'il fit à M. le curé Louis-T. Portier, de Nicolet, qui avait été son confrère de classe, au collège du même nom. L'histoire nous a été racontée par feu l'abbé Luc Trahan, alors vicaire de Nicolet.
C'était à la fin de juillet, en 1847. M. Desilets était parti de Saint-Guillaume en voiture pour faire une visite à son ami d'enfance, M. le curé Portier, dont les manières de vivre et les airs de grand seigneur, contrastaient étrangement avec les modestes habitudes du visiteur. Arrivé à l'heure du dîner, il fut reçu avec de grandes démonstrations de joie. Au dessert, un magnifique melon avait été apporté aux trois prêtres. M. le curé Portier, s'adressant à son ami, lui dit: Monsieur, prendrez-vous une tranche de ce melon? Certainement, répondit M. Desilets, qui se mit à manger le légume de si grand appétit qu'une seconde et troisième tranche du melon furent offertes et mangées avec le même vorace appétit. Effrayé, ou mieux peut-être un peu scandalisé du sans-gêne de son confrère, en présence de son jeune vicaire, ^L le curé Portier, le melon disparu, s'adressant à M. Desilets lui dit: ^lais, Monsieur, vous allez en faire une maladie; ne prendriez-vous pas une goutte de cognac pour aider la digestion ?
Certainement, oui, répondit ^L Desilets.
Je n'en ai pas, ajoute alors, le curé.
Envoies-en chercher riposta le curé de Saint-Guilaume.
Prenant un air grave et sévère, M. Portier fit venir Gentès son domestique, et l'apostrophant: Allez chercher du cognac; Monsieur en a besoin ; allez !
Quelques instants après, le verre fut ingurgité, comme les tranches du melon et pleinement satisfait, M. Desilets, ajouta: Maintenant, ça va bien aller.
Il paraît que, depuis, jamais plus ne fut invité à la table de M. Portier, son trop familier confrère de Saint-Guillaume.
M. le curé Desilets a toujours été considéré comme un digne prêtre, doué des plus grandes vertus et plein de zèle dans l'exercice du saint ministère. Sous une enveloppe un peu grossière, ce bon prêtre n'en possédait pas moins un cœur charitable, un vrai cœur d'or, riche en excellentes qualités. Les difficultés du presbvtère, en 1854 et 1855, au rang de la Chapelle, l'engagèrent à demander son rappel et il fut nommé à la cure du Cap-de-la- Madeleine. Il mourut à Saint-Narcisse, le 10 juillet 1868.
3°. L'abbé Napoléon Kêroack.
Nous voilà arrivé au prêtre qui a laissé un nom impérissable, dans la paroisse de Saint-Guillaume, et qui, pendant vingt-cinq ans, fut un sujet d'édification pour sa paroisse qu'il aimait tant.
M. l'abbé Napoléon Kéroack naquit le 18 novembre 1821, à Saint-Pierre de Montmagny. Il fut ordonné prêtre, à Québec, le 24 janvier 1847.
Deux ans après il fut missionnaire à Kingsey, puis appelé à la cure du Capde-la-Madeleine. C'est de là qu'il vînt, à l'automne de 1855, prendre charge de la cure de Saint-Guillaume qu'il occupa jusqu'à sa mort, arrivée le 2 novembre 1881. M. Kéroack était le modèle des curés, et c'est sous sa direction que fut fondée le couvent actuel de Saint-Guillaume, dont il fut un insigne bienfaiteur. Les archives de la fabrique de Saint-Guillaume contiennent des notes historiques très précieuses, sur les premiers temps de la paroisse, notes qui ont puissamment aidé l'auteur, dans le présent travail. Sous la sage et habile direction de ce bon et saint prêtre, la paroisse de Saint-Guillaume a fait des
RÉVD. Nap. Kéroack.
progrès matériels considérables et est devenue la belle et riche paroisse que tout le monde admire aujourd'hui. Il a pu surmonter, par une habile politique, la grosse difficulté du choix du site de l'église actuelle. Cet événement est encore trop récent pour en faire une appréciation impartiale. Contentons-nous de dire qu'en fin de compte, M. Kéroack a pu parvenir à régler cette difficulté sans froisser des intérêts divers et qu'il n'a jamais, un seul instant, cessé d'exciter l'admiration et l'estime bien sincère de tous ses paroissiens. C'est, à coup siir, sous le règne de M. Kéroack que la paroisse de Saint-Guillaume a fait le plus de prop'rès, sous tous les rapports. Nous aurions aimé donner de plus amples détails ; mais, ces événements sont trop récents encore. Bailleurs, il n'y a qu'une voix, dans cette paroisse, pour proclamer la sage direction, qu'en toute chose, il savait donner à ses braves paroissiens. Celui qui, un jour, publiera une histoire de Saint-Guillaume, ne manquera pas de bien noter que, sous M. Kéroack, la paroisse a pris rang parmi les plus prospères de toute la rive sud du fleuve Saint-Laurent.
4°. L'abbé Elie Dauth
fut curé de Saint-Guillaume depuis 1881 jusqu'en octobre 1890. Il naquit le 20 juin 1835, à Sainte-Anne-de-la-Pérade et fit son cours classique à Nicolet. C'est pendant son administration que fut réellement fondé le collège actuel des Frères du Sacré-Cœur, qui, après bien des péripéties diverses, semble aujourd'hui assis sur des bases solides, surtout depuis que les religieux actuels en ont pris la direction.
M. l'abbé Dauth était un agronome distingué ; mais, il n'a pas été assez longtemps à la cure de Saint-Guillaume pour y faire bien connaître toute la force de ses talents. C'était également un prêtre vertueux et digne sous tous les rapports. Il est mort en 1902, à Saint-Léonard de Nicolet, où il s'était retiré et où il s'occupait activement de la culture d'une terre, son objet de prédilection, en dehors des devoirs de son ministère sacré.
RÉVD. Elie Dauth.
5°. L'abbé Joseph Blais.
Ce prêtre aussi digne que vertueux, n'a pas joué, à Saint-Guillaume, le rôle que Ton s'attendait de lui voir remplir. Plus habitué à diriger une communauté d'élèves qu'une paroisse, son
court passage à Saint-Guillaume a surtout été marqué par une difficulté de cimetière qui a abreuvé ses jours de chagrins cuisants et auxquels la mort seule est venue mettre une fin.
M. Biais naquit à Yamachiche, le 5 novembre 1834, et fit ses études classiques et théologiques au collège de Nicolet, où il demeura, la plus grande partie de sa vie, en y étant professeur des hautes sciences, et enfin, comme directeur du petit séminaire.
Celui qui écrit ces lignes, après avoir bien connu M. Biais, au collège, a été profondément affligé de voir l'insuccès de sa direction à la tête de la grande paroisse de Saint-Guillaume.
Voulant plaire à tous, adversaires comme amis, ce bon prêtre, a fini par ne plaire qu'à une petit nombre de paroissiens. Son grand désir d'être agréable à ses supérieurs religieux lui attira des misères qu'ime plus grande fermeté eut pu, lui faire éviter. Il n'y a qu'une voix aujourd'hui, cependant, pour reconnaître la droiture de ses intentions et son bon cœur.
RÉVD Joseph Blais.
6°. L'abbé Frs-X. Lessard.
M. le curé actuel de Saint-Guillaume naquit à Sainte-L'rsule, comté de Maskinongé, le 16 février 1850 et fit son cours d'études classiques au collège des Trois-Rivières, et ses études théologiques à celui de Nicolet. Il fut ordonné prêtre le 19 septembre 1875. Il f^t vicaire à Nicolet et à Arthabaskaville, puis fut successivement curé de Saint-Albert de Warwick, de Saint-Wenceslas, d'Arthabaskaville et, enfin, le 25 octobre 1900, le jour même des funérailles du regretté curé Biais, nommé à la belle cure de Saint-Guillaume, poste qu'il occupe encore, en 1904. Arrivé là, à une époque fort troublée, lorsque les esprits étaient encore montés au sujet des difficultés du cimetière, pas son ha-
bile tactique, autant que par une sage politique, il a su parfaitement rétablir l'harmonie dans sa nouvelle paroisse, au grand soulagement de toute la population, (i)
Nous publions maintenant, aussi complète qu'il nous a été possible de la faire, la liste des prêtres qui se sont succédés, comme vicaires, à Saint- Guillaume :
MM. les abbés Octave Lépine, Alexis Lesieur-Desaulniers, Pierre Beaugrand-Champagne, Charles Bellemare, Jean-Baptiste Leclair, Napoléon D.-St-Cyr, Elie Biais, Thomas Boucher, Prosper Cloutier, Edouard Bourret, Thomas Caron, Georges Béliveau, Antonio P. de Courval, Majorique Laperrière, Pierre Cardin, Sylvio Béliveau, Omer Melançon, Joseph Lalancette, Omer Dubois„ Philippe Pratte, Elisée Gravel, Ephrem Lemire, Jean-Baptiste Durocher, Charles Provencher, Elzéar Mondou et Argémire Adam-Labranche.
RÉVD Elzéar Mondou.