CHAPITRE XV
Le quinzième et dernier chapitre du présent ouvrage, malgré son extrême aridité, puisqu'il ne contient guère que des noms et des dates, n'en renferment pas moins des renseignements précieux pour les paroissiens de Saint-Guillaume. Si la fondation de cette paroisse est de date assez récente, plusieurs des colons primitifs, venus là, appartiennent à des familles fort anciennes, et nous avons cru faire plaisir à grand nombre d'intéressés, en publiant ici la généalogie de quelques-unes de ces familles, les premières établies dans la localité.
Ce chapitre sera donc bien différent des autres, par la matière toute nouvelle qui en fait le sujet. Il est toujours relativement facile de raconter les premiers développements d'une paroisse, surtout une paroisse dont l'origine ne remonte pas au delà du siècle dernier. Les greffes de notaires, les registres de l'état civil, les archives des fabriques et des conseils municipaux, lorsqu'ils peuvent être consultés, rendent toujours la tâche facile à l'écrivain. Mais il n'en est pas ainsi, cependant, lorsqu'on veut entreprendre de faire la généalogie de ces mêmes colons. En remontant à cent cinquante, même à cent ans, la filiation des familles est toujours difficile à retracer. Et ceux-là seuls qui ont fait de semblables travaux savent la somme de travail, même de recherches qu'il faut faire, pour trouver une date précise, un simple renseignement. Dans les choses d'histoire l'imagination du narrateur peut toujours colorer le sujet traité, lui donner de la vie, en émaillant son récit d'anecdotes qui reposent l'esprit du lecteur. Dans les généalogies, c'est tout le contraire qui arrive. A défaut d'anecdotes amusantes, de faits marquants à noter, l'auteur doit invariablement entasser noms sur noms, dates sur dates, et cela du commencement à la fin de son travail.
Pour la génération actuelle, rien de plus facile; mais, en remontant, les difficultés commencent à surgir, toujours grandissantes, à mesure que l'on veut scruter le passé. Quelques exemples suffiront pour illustrer notre pensée.
La famille DeSerre est bien connue dans la paroisse de Saint- Guillaume et dans le district de Trois-Rivières, même à Montréal, où elle compte un de ses membres très distingués dans la personne de M. l'échevin Gaspard DeSerre. A Saint-Guilaume tout le monde sait que les DeSerre ont figuré parmi les premiers
colons du sol. En dehors des parents, peu de personnes savent, cependant, le nom du père du vieux patriote Léon DeSerre, que la mort vient de ravir à ses nombreux enfants et encore plus nombreux petits-enfants. Les registres de Saint-Guillaume ne datant que de 1835, sont tout à fait muets sur la personnalité de Michel DeSerre, qui fut pourtant inhumé dans le vieux cimetière de la chapelle, à Saint-Guillaume. Il a donc fallu pour être bien renseigné, recourir aux registres de la Rivière-du-Loup. A ce dernier endroit, nous avons constaté que Michel DeSerre demeurait au rang du Petit-Bois, et que son père Jean-Marie DeSerre, marié àGeneviève Marchand, était résidant à Maskinongé.
Les registres de cette dernière paroisse nous ont appris que la famille venait de Trois-Rivières où, en effet, Michel DeSerre épousa M.-Anne Trullier-Lacombe, le 17 avril 1738 (i). En remontant plus haut, il a fallu aller constater, dans les registres de Sorel qu'en 1702, le 22 juin, ce jour-là, Michel DeSerre épousait Catherine Crevier de Bellerive, proche parente des Crevier de Bellerive, seigneurs de Saint-François-du-Lac. Mais avant d aller habiter Trois-Rivières, où se trouvaient donc les anciens De- Serre? Le greffe du vieux notaire Duquet, de Québec, va nous le faire connaître ; car, c'est dans ce greffe qu'à la date du 2 octobre 1674, on voit qu'Antoine DeSerre, venu de France, épousait Mathurine Bellanger, au Château-Richer. Le même contrat nous apprend également que le chef de la famille s'est établi dans la seigneurie de Dombourg, en la paroisse de la Pointeaux-'! rembles, où il fut enterré, le premier novembre 1687.
Autre exemple : la famille Melançon. Pour arriver à compléter cette généalogie, il a fallu compulser les registres de Port- Royal, en Acadie ; voir les vieux registres de Notre-Dame de Québec, ceux d'Yamachiche. de la Rivière-du-Loup; puis consulter M. Placide Gaudet, du bureau des archives fédérales, à Ottawa. La famille Melançon est d'origine acadienne et de descendance écossaise, détail assez peu connu aujourd'hui.
La généalogie de cette famille a été une des plus difficiles à faire. Pour la période de 1755 à 1765, alors que les pauvres Acadiens, brutalement chassés de leur pays, ont été dispersés dans les états de la Nouvelle-Angleterre, les registres de paroisse font
(i) I,e 20 juin 1704, par contrat de concession, passé devant Daniel Normandin, Joseph Petit sieur Bruneau, propriétaire de la seigneurie de la rivière MaskinouRé, cède ri ^lichel DeSerre " une terre de quatre arpents de front sur la rivière Maskinonge et en profoTuleur '• ce qui se trouvera dans l'étendue de la dite seigneurie, tenant d'un côté à François Berge- " ron, d'autre côté à Pierr.e Guignard, d'un bout à «la dite rivière et d'autre bout aux terres " non concédées. A charge, par le dit preneur de payer au dit seigneur bailleur, en son ma- " noir seigneurial, chacun an, le jour de la St-Martin d'hiver, quatre livres et deux chapons " ou vingt sols pour chacun chapon, au choix du dit seigneur."
absolument défaut. On sait, cependant, que le plus grand nombre de ceux qui vinrent chercher refuge au Canada, ont habité Boston et les endroits qui l'avoisinent. Sans l'aide de M. Placide Gaudet, il aurait été impossible de faire ce travail ; car, pour la même période, le Dictionnaire Tanguay est tellement rempli d'erreurs, en ce qui concerne les familles acadiennes, qu'il n'est pas possible d'y trouver des renseignements certains.
La famille Paradis a joué un rôle remarquable à Saint-Guillaume, autrefois ; elle devait avoir sa place toute marquée, dans ce chapitre. Il a été, malheureusement, impossible de faire sa généalogie. De quelle paroisse venait le père de Benjamin Paradis, époux de Schalastique Lesieur-Desaulniers? L'un de ses fils, M. Théophile Paradis, venait de la Rivière-du-Loup ; car, à son acte de mariage avec Mathilde Lessard, le 9 février 1846, on voit qu'il est donné comme résident à Saint-Guillaume. Malgré d'activés recherches, nous n'avons pu arriver à connaître l'endroit d'où venait Benjamin Paradis, avant d'aller demeurer à la Rivière-du-Loup. Son fils, M. Théophile Paradis, fut le père de MM. Odilon, Henri et Pierre-Célestin Paradis, riches marchands aux Etats-Unis, présentement. Tous trois sont partis, jeunes et sans ressources, de Saint-Guillaume. A force de travail et d'énergie, ils sont parvenus à maîtriser la fortune et à se faire une position enviable, dans leur patrie d'adoption. Leur mère, Mathilde Lessard, en secondes noces, épousa Thomas Lesieur- Desaulniers, dont le souvenir est encore vivace, à Saint-Guillaume.
Quelques-unes des généalogies, publiées dans ce volume, ont déjà parues dans l'ouvrage *' Les Vieilles Familles d'Yamachiche ", dont trois volumes ont déjà été publiés. Le lecteur est prié d'y référer, pour plus amples informations. Depuis la publication de la généalogie des familles Desaulniers et Gélinas, de précieux documents ont été retrouvés que nous sommes vraiment heureux d'intercaler dans ces présentes généalogies. Jusqu'à l'an dernier, on ignorait de quelle partie de la France venaient les deux chefs de ces familles: Charles Lesieur et Jean Gélinas. Les contrats de mariage de ces deux colons, heureusement retrouvés au greiïe de Trois-Rivières et reproduits textuellement, seront lus avec infiniment de plaisir, nous n'en doutons pas, par leurs nombreux descendants.