‹ Notes historiques sur la vallée de la MatapédiaChapitre 24 sur 31 · JEAN LANGEVIN · texte numérisé non relu

JEAN LANGEVIN

Par la grâce de Dieu et du St- Siège Apostolique, Evêque de St-Germain de Rimouski.

Vu la demande à Nous adressée de la part des fidèles de la mission de St-Pierre du Lac Matapédia, au sujet d'un cimetière dans la dite localité,

Nous avons réglé et réglons ce qui suit :

1° Le cimetière sera placé entre le chemin Matapédia et le chemin de fer Intercolonial et aura cent pieds sur cinquante.

2° Nous chargeons Messire Pierre Brillant, curé de St- Moise et desservant de cette mission, de fixer l'emplacement du dit cimetière et de le faire enclore par les habitants de la mission, aussitôt que le terrain nécessaire sera donné par le Sieur Fortin, suivant la promesse qu'il en a faite.

3° La présente Ordonnance sera lue dans la chapelle et ensuite transcrite dans le Registre des documents paroissiaux. Donné à St-Germain de Rimouski, le 31 août 1883.

(Signé) JEAN, Ev. de St-Germain de Rimouski.

Le printemps suivant, en 1884, le cimetière était prêt. Le premier corps qui y fut inhumé fut celui d'une enfant de dixhuit mois, fille de Sieur Alphonse Lauzier et de Dame Desmerises Saucier. Décédée le 1er juin 1884, cette enfant fut inhumée le trois, en l'absence du missionnaire, et la fosse fut bénite le trois juillet suivant.

Tous les paroissiens de Val-Brillant savent que ce premier cimetière servit aux inhumations jusqu'en 1891, alors qu'on en fit la translation des corps, pour les inhumer dans le nouveau qu'on venait d'ériger au sud de la nouvelle église. Personne n'ignore non plus que ce premier cimetière était situé sur l'emplacement du Monument et du Parc du Sacré- Coeur, en face de l'église actuelle. En érigeant ce monument à cet endroit, on ne pouvait mieux utiliser ce coin de terre où nos premiers colons sont allés dormir leur dernier sommeil. Aussi ce bronze rappellera-t-il aux générations futures, non seulement la générosité des paroissiens d'aujourd'hui et leur culte pour le Sacré-Coeur de Jésus; mais encore la mémoire de ces hardis pionniers, qui n'ont pas craint de venir livrer les premiers combats aux géants de la forêt qui recouvrait la seigneurie du Lac Matapédia, il y a plus de quarante ans.

Art. 8 — Construction de la première église. — Bénédiction de la première cloche.

Cependant l'émigration commencée, des paroisses de la région de Trois-Pistoles, se continuait toujours. Les rapports

élogieux que les premiers colons faisaient de l'excellente qualité du sol et de l'avenir prometteur de cette nouvelle colonie étaient de nature à attirer de nouvelles recrues. En 1890, la population de la mission, maintenant érigée en paroisse, depuis l'année précédente, était de 575 âmes. Toutes les terres du premier rang étaient prises et en partie habitées, et l'on commençait à ouvrir celles du second rang.

On comprend que, dans ces conditions, la petite chapelle de trente pieds de longueur, construite en 1882, était devenue trop étroite pour la population, et on commençait à parler de faire une nouvelle construction qui répondrait mieux aux besoins du présent et à ceux de l'avenir.

Aussi - le 9 janvier 1888, les habitants adressent-ils une requête à Monseigneur Jean Langevin, lui demandant de convertir la chapelle en logement pour le curé, et de construire une église et une sacristie. Le 18 du même mois, Monseigneur Edmond Langevin, Vicaire-Général, venait vérifier les allégués de cette requête, présider une assemblée des francs-tenanciers et dresser un procès-verbal de commodo et incommodo. Enfin, le 3 mars de la même année, l'Evêque émanait un décret de construction. On demanda des soumissions, et on accepta celle de Alphonse Rioux, charpentier, de Trois-Pistoles, pour la somme de $5,000.00. Les travaux commencèrent au printemps et la nouvelle église était livrée au culte le 20 décembre de l'année suivante.

Notons encore un événement important de l'année 1888. Le 18 juillet de cette année, Monseigneur Edmond Langevin, Vicaire-Général de l'Evêque de Rimouski, venait bénir solennellement, au milieu d'un grand concours de paroissiens et d'étrangers, la première cloche de la mission. Cette cloche, fondue à Baltimore, dans les Etats-Uni, pesait quatre cents livres, et avait été donnée généreusement par les habi-

tants. Le prélat consécrateur lui donna les noms de Léon- Pierre- Jean : pour honorer le pape régnant, le missionnaire du lieu et l'évêque du diocèse. Les parrains et marraines en furent : MM. Joseph Smith, marchand, Joseph Gosselin, Juge de Paix, Thomas Pelletier et Hilaire Fortin, Syndics, Joram Beaulieu, marchand, Wenceslas Michaud, Chef de la gare, et leurs épouses.

Cette première cloche, les paroissiens s'en souviennent, servit jusqu'au 8 octobre 1906. A cette date, elle céda sa place à un magnifique carillon qui fut bénit solennellement, ce jour-là, par feu Monseigneur André- Albert Biais, de regrettée mémoire. Et cette fidèle messagère de Dieu et de l'Eglise, qui, pendant dix-huit ans, avait si religieusement rempli sa noble mission, fut ignominieusement remisée dans un hangar, pendant six longues années. . . Et nunc erudimini. . . : instruisez-vous, vous qui croyez encore à la reconnaissance ! . . .

En octobre 1912, feu Monseigneur Bossé était devenu curé de Val-Brillant. Le vénérable pasteur savait peut-être par expérience les souffrances qu'éprouvent les pauvres vieillards dont on méprise maintenant les services, pourtant si appréciés autrefois ! . . . Aussi, il eut pitié d'elle ! . . . Un bon matin, sans avis préalable, sans tambour ni trompette, la vieille cloche partit pour une destination inconnue. . . Emoi de la population qui ne savait que penser de ce départ . . . Mais voilà qu'un jour la rumeur commence à se répandre et à s'accréditer que la vieille aieule, toute pimpante, toute rajeunie, chantait maintenant les louanges de Dieu et de... Monseigneur Bossé, à la porte de la chapelle de St-Agricole, "sur le Gouvernement". . .

Tout alla bien pendant quelque temps. "Tout nouveau, tout beau", dit le proverbe. La vieille cloche trouvait son bonheur à éveiller les échos de Nemtayé et d'Awantjish, de sa voix chevrotante; et les braves gens de la mission auraient voulu lui

entendre égrener les notes de ses angélus, six fois le jour. . . Mais cet enthousiasme de part et d'autre ne devait pas durer. Pourquoi faut-il qu'on en vienne à se lasser ainsi les uns des autres? Pourquoi tant d'amitiés ne doivent-elles durer que ce que durent les roses ? . . . .

La vieillesse est inconstante, c'est connu. La vieille cloche finit par s'ennuyer de ne plus se faire entendre qu'une fois le mois, à l'occasion de la visite du missionnaire. D'ailleurs, les paroissiens de Val-Brillant la rappelaient à grands cris et vantaient à qui mieux mieux la puissance et la beauté de sa voix. Tant il est vrai qu'il faut partir ou mourir, pour être loué ! . . . D'autre part, le nouveau curé avait ses théories sur la façon de reconnaître les services de ceux qui ont été les premiers à la tâche et les derniers à l'honneur, qui ont semé dans les larmes, là où les autres récoltent dans l'allégresse. Toujours est-il qu'à l'automne 1916, le jour de la résurrection sonna pour notre vieille cloche. Un jour, sans avertissement, pour ne pas lui donner le temps de réfléchir, on alla la sommer de revenir à Val-Brillant, où un sort enviable lui était réservé, lui disait-on. Il y eut bien quelques légères protestations de la part des braves gens de la mission ; la vieille aieule, férue de diplomatie, murmura bien elle aussi quelques regrets plus ou moins sincères; mais c'est avec joie qu'elle reprit la route du village où, pendant dix-huit ans, elle avait rempli une mission si importante et si féconde.

Et on ne l'a pas trompée notre vieille cloche : on l'a comblée d'honneurs. Elle a été intronisée solennellement dans un des clochers de la nouvelle église. De là, elle domine tout ce village et toute cette paroisse qu'elle a vus naître et grandir, et dont le développement prodigieux la remplit de satisfaction et d'orgueil. Elle voudrait bien montrer à toute cette jeunesse qui pousse à l'ombre de la flèche d'argent qu'elle fait frémir de

ses carillons, qu'elle serait encore capable de remplir, dans le secours de personne, la mission de messagère de Dieu et de son Eglise ; mais elle comprend aussi que les générations succèdent aux générations, et qu'un jour vient où, comme le prophète, il faut laisser son manteau, pour en couvrir des épaules plus jeunes. Comme ces vieux chantres de nos vieilles paroisses, qui cèdent leur place à des voix plus fraîches, dans les grandes fêtes, mais qui tiennent à paraître encore au lutrin, dans des circonstances moins solennelles; notre vieille cloche se tait, dans les grandes solennités, mais elle a retrouvé son ardeur d'il y a trente-quatre ans, pour les offices ordinaires. Ce n'est plus elle qui annonce la venue des nouveaux-nés dans le monde : les jeunes d'aujourd'hui aiment tant à faire du bruit en arrivant sur la terre! Mais on a toujours recours à son ministère pour annoncer au village le décès des tout-petits. Et elle est rouée notre vieille cloche! aussi elle a tant vécu! Elle fait mine de s'attrister dans ces circonstances, mais on sent bien qu'elle se réjouit. Elle est un peu comme les grand'mères qui manifestent leur joie, quand elles voient les enfants au berceau quitter la terre, pour aller prendre leur place parmi les anges du ciel !

Mais là ne se borne pas la fonction de notre vieille cloche. C'est encore elle qui sonne V angélus, tous les jours, et qui annonce les offices de semaine. Et quelle mélancolie dans sa voix, lorsqu'elle invite le peuple fidèle à venir prier pour les âmes de ceux dont elle a annoncé jadis la naissance ou le joyeux mariage ! Hélas ! dans quelques années, il ne lui en restera plus de ces vieux amis d'autrefois !

Alors, qu'arrivera-t-il à notre vieille cloche? Qui sait si on ne se lassera pas encore de sa pauvre voix usée ? Qui sait si on ne la remisera pas encore dans un hangar ? . . . La pauvre ! elle s'en consolera, cette fois, en songeant qu'ainsi vont toutes les choses de ce monde ! Que d'autres vieux amis et d'autres

vieilles choses dont on se lasse un peu tous les jours et dont on refuse maintenant les services ! Elle subira le sort commun et apprendra, si elle ne le sait déjà, ce que valent les amitiés de la terre ! . . .

Art. 9 — Erection de la paroisse. — Arrivée du premier curé résidant. — Création de la Fabrique. — Bénédiction de la nouvelle église.

Val-Brillant est une paroisse de trente-deux ans seulement. C'est en effet en 1889 qu'un décret de l'autorité religieuse lui donnait l'existence canonique.

Le 28 avril 1889, une requête, signée par cinquante-neuf contribuables, étaient présentée à l'Evêque, pour lui demander d'ériger canoniquement la mission de St-Pierre du Lac en cure et paroisse. Le 15 août de la même année, Messire Antoine Chouinard, curé de St-Octave de Métis, venait, de la part de Mgr Jean Langevin, vérifier les allégués de cette requête et dresser un rapport de commodo et incommodo. Le rapport fut favorable, puisque le 19 septembre suivant, un décret canonique, dont on nous dispensera de citer le texte, érigeait "en cure et paroisse, sous le nom de St-Pierre, la mission de St- Pierre du Lac Matapédia".

Quelques jours plus tard, dans la dernière semaine de septembre, les paroissiens avaient le bonheur de voir arriver leur premier curé résidant, dans la personne de Messire Pierre Brillant, déjà leur missionnaire depuis 1881, en même temps qu'il était curé de St-Moise. Feu M. le curé Brillant avait fondé les plus belles espérances sur cette mission qu'il avait desservie et dont il avait suivi les progrès avec tant de satisfaction. Malgré son attachement pour sa paroisse de St- Moise, il n'aurait pu se résigner à voir un autre prêtre se char-

ger maintenant de celle de St-Pierre du Lac à laquelle il avait donné le meilleur de son travail et de son coeur. Monseigneur Langevin devina ses désirs et lui offrit d'en devenir le premier curé, ce qu'il accepta avec grand plaisir. Il vint prendre possession en septembre 1889. À cette date, la nouvelle église n'était pas encore terminée, et la chapelle, qui devait être le futur presbytère, servait encore au culte divin. Aussi Messire Brillant fut reçu chez M. Jos. Gosselin, qui demeurait où réside aujourd'hui M. Nérée Roy, tout à côté de l'église.

La paroisse était érigée canoniquement et avait son curé résidant. Maintenant il fallait une Fabrique. C'est le 27 décembre 1869, que Monseigneur Jean Langevin émana le décret qui l'établissait et qui autorisait les paroissiens à élire les trois premiers marguilliers. L'élection eut lieu le 5 janvier 1890, et les Sieurs Joseph Morin, Thomas Pelletier et Sifroy Canuel furent choisis, à l'unanimité, par les contribuables, pour exercer les fonctions de premiers marguilliers de la nouvelle Fabrique.

A cette date, la nouvelle église était livrée au culte. Par lettre du 20 décembre 1889, Monseigneur Langevin avait autorisé le curé à y dire la première messe, en attendant la bénédiction qu'on pourrait faire plus tard. Le jour de Noël, on y chanta solennellement la messe de minuit, et le 22 janvier suivant, Messire Antoine Chouinard, délégué spécialement à cette fin, par l'Evêque de Rimouski, venait en faire la bénédiction solennelle.

La nouvelle église avait quatre- vingt pieds de longueur, quarante-huit pieds de largeur, et vingt-cinq pieds de hauteur, sous les lambourdes. Les plans avaient été faits par l'architecte Audet, de Lévis, et les travaux de maçonnerie et de charpenterie exécutés par le Sieur Alphonse Rioux, de Trois-Pistoles. Les Syndics de la construction avaient été les Sieurs

Joseph Gosselin, Joseph Pelletier, Hilaire Fortin, Thomas Pelletier et Edouard Brochu.

Et voilà encore une vieille chose du passé qui n'est plus. Comme nous le rappellerons dans les articles qui vont suivre, la première église de Val-Brillant a servi au culte, de 1889 à 1916, c'est-à-dire pendant vingt-sept ans. Alors elle fut remplacée par le beau temple gothique qui mire aujourd'hui ses deux flèches d'argent dans les eaux du grand lac Matapédia. Moins heureuse que notre vieille cloche, elle a disparu complètement de la scène du monde. Mais il le fallait. "Malgré qu'elle fût bien vénérable, comme l'écrivait feu Mgr. Biais, elle souffrait d'un mal qui ne se guérit pas, la vétusté". Elle fut vendue, pour quelques dollars, aux MM. Poss, charpentiers, de Mont- Joli.

Akt. 10 — Organisation civile. — Principaux événements de 1891 à 1911.

Enfin l'organisation de la paroisse canonique était complète. Il fallait maintenant la faire reconnaître civilement et l'ériger en municipalité. Ce fut l'oeuvre des années suivantes.

Le 18 août 1890, une proclamation de l'Honorable Auguste- Réal Angers érigeait civilement la paroisse canonique créée l'année précédente par Monseigneur Langevin, et lui donnait absolument les mêmes limites et le même territoire.

E'année suivante, on pourvut à la création d'une municipalité et au choix des premiers conseillers. C'est le lieutenantgouverneur qui nomma lui-même nos premiers "édiles", qui furent les Sieurs : Joseph Smith, Joseph Gosselin, Pierre Joncas, Edouard Brochu, Alphonse Lauzier, Joseph Saucier et Joseph D'Amours. Les nouveaux élus se réunirent pour la première fois, le premier lundi de juillet de la même année

1891, et se choisirent un maire dans la personne de M. Joseph Smith, et un secrétaire-trésorier dans celle de M. Hilaire Fortin.

La première mesure passée par le nouveau conseil municipal fut une résolution à l'effet d'ouvrir la route dite "Route à Lauzier", en faveur des colons qui commençaient à s'établir dans les concessions du deuxième rang de la seigneurie. C'est le 25 août 1891 que fut passée cette mesure que beaucoup de contribuables regrettent un peu aujourd'hui. Il paraît que cette route aurait dû être ouverte plus à l'est, entre la terre de la Fabrique et celle de M. Ludger Biais. . . ; mais il est trop tard maintenant pour faire des récriminations, et il faut accepter le fait accompli. Dans la suite, pour accommoder les colons de cette autre partie du deuxième rang, on faisait la route appelée "Route à Saucier", et plus tard enfin, celle "Grade".

De cette date jusqu'à 1911, il n'y a vraiment rien de bien marquant à retenir dans l'histoire civile de Val-Brillant. Notons seulement que cette année là, on fit le macadamisage des chemins du village. Val-Brillant fut une des premières municipalités en bas de Québec à faire cette amélioration. Il y eut bien un peu d'opposition, comme il arrive dans l'exécution de toutes les mesures d'utilité publique; mais les travaux eurent lieu quand même, et aujourd'hui on ne regrette qu'une chose: c'est de n'en avoir pas fait davantage.

Terminons ce court article, en rappelant que dans l'été 1915, les contribuables du village obtinrent du Lieutenant-Gouverneur l'autorisation de se constituer en une municipalité distincte de celle de la campagne, sous le nom de "Municipalité du Village de Val-Brillant". Au mois de juin, on procédait à l'élection des premiers conseillers. Les élus se réunirent aussitôt et se choisirent un maire dans la personne de M. R. Nolin. M. Louis Beaulieu fut choisi comme secrétaire trésorier.

Le premier acte officiel de la nouvelle municipalité fut une résolution à l'effet de se consacrer au Sacré-Coeur de Jésus. Le même jour, la vieille Municipalité de St-Pierre du Lac passait la même mesure. La cérémonie très solennelle eut lieu en la solennité du Sacré-Coeur de Jésus, le dimanche suivant. Le maire de la paroisse, M. Joseph Sirois, et celui du village, M. Raphaël Nolin, assistés des secrétaires-trésoriers des deux municipalités, vinrent, à l'issue de la messe paroissiale, lire au pied de l'autel les actes de consécration préparés pour la circonstance.

Voilà bien tout ce qui mérite d'être noté dans l'histoire de nos deux municipalités, jusqu'à ce jour. Encore une fois, c'est autour de la paroisse religieuse que se concentre toute la vie de nos paroisses de la Province de Québec. Retournons donc à celle-là.

Art. 11 — Principaux événements religieux^ de 1892 à 1911.

Les quelques articles qui vont suivre n'apprendront rien à nos lecteurs de Val-Brillant. Ils n'auront peut-être pour avantage que de préciser quelques dates. Mais ce mince avantage ne sera pas toutefois sans importance pour les historiographes de l'avenir. Quand on sait l'embarras que l'on éprouve, après quelques années, pour donner avec certitude la date d'un événement, on comprend l'importance qu'il y a de les noter à mesure qu'ils se produisent, pour aider ceux qui en feront l'histoire plus tard. C'est ce que nous ferons dans les articles suivants, qui ne seront en somme qu'une énumération de faits, avec les dates de leur arrivée.

Le 30 octobre 1892, le Révérend Père Pampalon, Rédemptoriste, bénissait solennellement le nouveau cimetière que, sur l'ordre de feu Monseigneur AndréAlbert Biais, le nouvel évê-

que de Rimouski, on venait d'ériger au sud de la nouvelle église paroissiale. Le nouveau cimetière avait cent seize pieds de longueur, sur une largeur de soixante-onze pieds. Il devait servir aux inhumations jusqu'en juin 1915, alors qu'on érigea le cimetière actuel.

Le 8 octobre 1893, à la clôture d'une grande retraite prêchée par des Missionnaires Rédemptoristes, on planta solennellement, sur l'une des îles du lac Matapédia, qui porte depuis cette date le nom de "L'île à la Croix", une grande croix de vingt-sept pieds de hauteur. Le curé avait demandé au Président de la John Fenderson Lumber Co., propriétaires de la seigneurie, la cession de cette île à la Fabrique. On répondit qu'il était impossible d'accéder à cette demande, mais que la Compagnie permettait volontiers d'y ériger ce monument commémoratif de la grande mission. La cérémonie eut lieu un dimanche, et fut très imposante. Le Registre des Documents Paroissiaux dit que toute la paroisse y assista.

Le 28 avril 1897, Monseigneur André-Albert Biais, répondant favorablement à une requête des paroissiens, leur permettait d'agrandir leur église de cinquante pieds, la sacristie de quinze pieds, la cuisine du presbytère de dix-huit pieds, et de parachever en même temps ces trois édifices.

Le 9 octobre 1902, le même Monseigneur Biais, spécialement invité pour cette circonstance, venait bénir un magnifique couvent que la municipalité scolaire venait de construire pour les Religieuses du Saint-Rosaire, qu'on venait d'appeler à la direction des classes de l'arrondissement du village. Que d'enfants depuis cette date, c'est-à-dire depuis plus de dix-neuf ans maintenant, sont allés chercher dans cette maison, en même temps qu'une excellente instruction, une formation bien chrétienne dont les salutaires influences se feront sentir toute la vie ! Mère M. de St-Pierre fut la première supérieure et la

fondatrice de cette mission. Après onze ans, en 1913, elle fut remplacée par Mère M. de St-Onésime, qui resta en charge jusqu'à l'automne 1920. A cette date, à la grande satisfaction des paroissiens qui l'avaient vue à l'oeuvre pendant de si longues années, Mère M. de St-Pierre revint à la direction de notre couvent. C'est elle qui occupe aujourd'hui ce poste où nous souhaitons la voir encore longtemps.

Enfin, le 28 octobre 190G, Monseigneur revenait encore à Val-Brillant. Cette fois, c'était pour y bénir le carillon de trois cloches qui, au jour des grandes solennités, appelle le peuple fidèle à la prière. Monseigneur Biais devait revenir encore dans notre paroisse, qu'il paraissait affectionner d'une façon toute particulière; mais M. le curé Brillant ne devait plus le recevoir lui-même. Bien qu'il fût encore un jeune homme sa carrière s'achevait déjà.

Art. 12 — Mort du curé Brillant. — Mgr. F. X. Bossé lui succède. — Mort de Mgr. Bossé.

Le 11 septembre 1911 fut un jour de grand deuil pour la population de Val-Brillant. C'est avec un sentiment de profonde tristesse et de douloureuse surprise que les paroissiens apprirent la mort subite de leur curé, survenue alors qu'il se préparait à aller faire une visite. La nouvelle était si inattendue qu'on ne voulut pas y croire d'abord. Mais il fallut se rendre à l'évidence, quand on entendit les tintements tristes et prolongés du glas funèbre. La paroisse ne demanda qu'à manifester son chagrin, qui était bien sincère. Depuis trente ans, le curé Brillant desservait cette paroisse qu'il avait vue naître et grandir. Ces fidèles, il les avait baptisés ou mariés pour la plupart. En tout cas, pendant de longues années, il avait été pour tous un conseiller, un ami et un père. On

n'oubliait pas cela: aussi les témoignages de regret n'étaient pas équivoques.

Monseigneur A. A. Biais se fit un devoir d'assister aux funérailles de celui qu'il appelait toujours avec grande bienveillance "le bon Père Brillant", chanta lui-même la messe funèbre et voulut faire l'éloge du défunt. Le corps du vénéré fondateur fut déposé sous l'autel de la Sainte- Vierge, dans l'église qu'il avait construite, et embellie quelques années plus tôt. En 1916, il fut transporté, avec celui de son successeur, Mgr Bossé, dans la vaste chapelle sépulcrale de la nouvelle église.

Messire R. Charest, aujourd'hui curé de St- Antoine de Padoue, qui était alors vicaire du curé décédé, demeura desservant de la paroisse jusqu'à l'arrivée de Mgr Bossé, au mois d'octobre de la même année.

Monseigneur François-Xavier Bossé, Camérier Secret de Sa Sainteté, et curé de Ste-Adélaide de Pabos, lui succéda. Arrivé ici en octobre 1911, il présida aux réparations que l'on fit, l'été suivant, à la vieille église.

Ce devaient être ses seuls travaux à Val-Brillant. Le dimanche, 28 juillet de cette année, la mort venait le terrasser soudainement, lui aussi. Rien pourtant ne pouvait laisser prévoir une fin si subite. Il avait adressé la parole trois fois à sa paroisse en cette journée, et se préparait à partir dans la nuit pour faire une visite à ses parents de Ste-Anne de la Pocatière et de la région. Ce n'est que le lendemain que les paroissiens, en entendant sonner le glas funèbre, apprirent qu'ils venaient de perdre encore un curé. Monseigneur Biais vint l'inhumer à côté de son prédécesseur, dans le caveau de la vieille église, au milieu d'un grand concours de prêtres et de fidèles.

Messire A. J. B. Rioux, aujourd'hui curé de Ste-Anne des Monts, qui était alors son vicaire, desservit la paroisse jusqu'à l'arrivée du successeur, au mois d'octobre de la même année.

Art. 13 — Principaux événements religieux^ de 1912 jusqu'aujourd'hui.

Le troisième curé de Val-Brillant, le curé actuel, fut l'abbé Joseph-Désiré Michaud, ci-devant curé de St-Godefroy, dans la Baie-des-Chaleurs. Nommé le 6 septembre 1912, il vint prendre possession le premier dimanche d'octobre suivant. Rappelons brièvement les principaux faits religieux qui se sont passés dans la paroisse depuis cette date.

Le 4 février 1913, Mgr. André-Albert Biais venait bénir solennellement les grandes orgues que la paroisse venait d'acquérir de la maison Casavant Frères, de St-Hyacinthe. Monseigneur voulut dire lui-même le rôle de l'orgue dans un temple catholique, et féliciter les paroissiens de leur zèle et de leur générosité pour l'ornementation de la maison de Dieu. Le soir, il y eut grand concert sacré, sous la direction habile de feu Edgar Beaulieu, alors organiste de l'église de Mont-Joli, avec le concours de jeunes artistes de la paroisse.

Cette même année, la corporation scolaire fît construire la belle école à trois étages, occupée maintenant par les Petits Frères de Marie, où nos jeunes garçons vont, depuis deux ans bientôt, recevoir une éducation virile et une instruction solide. Les travaux commencés au printemps, sous la direction de feu Emile Fortin, décédé l'année suivante, furent terminés à l'automne. La maison fut occupée pendant plusieurs années par les Religieuses du St-Rosaire, qui continuaient à diriger les classes des garçons, en même temps que celles des filles. Mais, à l'automne 1919, les Petits Frères de Marie venaient prendre

la direction de cette école. Le Cher Frère Eudoxe en fut le premier directeur. Espérons qu'il restera longtemps attaché à cette fonction.

En 1913, on commença à agiter la question de la construction d'une nouvelle église. Pour l'histoire, il ne sera peut-être pas inutile de résumer brièvement les circonstances et les procédures qui ont amené cette construction dont tous les paroissiens sont si fiers aujourd'hui.

Au printemps 1913, on parla, dans quelques sessions de la fabrique, de faire exécuter de grandes réparations au lambris extérieur de l'église, qui paraissait assez endommagé. Mais on ne s'entendait pas bien à ce sujet. Certains fabriciens étaient d'avis qu'on devrait faire un revêtement en brique. D'autres prétendaient que la charpente était trop endommagée et qu'il serait peut-être imprudent de faire trop de dépenses sur cette construction déjà vieille. D'autres enfin disaient qu'on avait déjà fait subir assez de réparations à cette église, et qu'il valait mieux reconstruire. Pour accorder ces opinions contradictoires, le curé convoque une assemblée, le 11 mai 1913, et propose aux fabriciens de prendre l'avis d'un architecte à ce sujet. On passe à l'unanimité une résolution dans ce sens. L'Evêque approuve cette résolution, le 16 du même mois, et le 3 juin, M. l'architecte P. Lévesque vient faire l'inspection demandée. Son rapport propose trois modes de réparations, mais n'en recommande aucun, parce que l'église menace ruine et qu'il vaut mieux la reconstruire. Le 19 juillet, M. Jobin, Inspecteur des Edifices Publics de la Province de Québec, déclare que le temple est devenu dangereux pour les occupants et ordonne aux fabriciens de prendre des mesures pour que la vie des paroissiens ne soit plus menacée. Il n'y avait plus à hésiter. Le 17 août de la même année, une requête, couverte des signatures de plus des

quatre-cinquièmes des contribuables, était présentée à l'évêque, demandant la construction d'une nouvelle église en pierre. Le 25 septembre, le chanoine F.-X. Ross, Principal de l'Ecole Normale de Rimouski, venait en vérifier les allégués et dresser procès-verbal. Enfin le 23 octobre, Mgr. l'Evêque émanait son décret canonique permettant la construction. On demanda immédiatement des soumissions. Au mois de novembre, la soumission du Sieur Joseph Couture, de Lévis, au montant de $67,500.00 était acceptée par les Syndics de la construction qui furent les Sieurs Joseph Gosselin, Joseph Saucier et Gonzague D'Amours. Les travaux commencèrent le printemps suivant, 1014, et le 4 octobre de la même année, Mgr. A.A. Biais venait bénir la pierre angulaire. Le document suivant, signé en double, fut renfermé dans la pierre bénite avec toute la pompe de la liturgie catholique.

"L'an de Notre-Seigneur mil neuf cent quatorze, le dimanche, quatrième jour du mois d'octobre, en la fête de Notre- Dame du Saint Rosaire, dans l'après-midi;

Sa Sainteté Benoît XV, Pape, étant Chef Suprême de la Sainte Eglise Catholique Romaine;

Sa Majesté Georges V étant roi de la Grande-Bretagne et de l'Irlande et Empereur des Indes ;

Son Excellence Monseigneur Pélégrin Stagni, Archevêque d'Aquila, étant Délégué Apostolique au Canada;

Son Eminence Louis-Nazaire Cardinal Bégin, Archevêque de Québec, étant Métropolitain de la Province Ecclésiastique de Québec;

Sa Grandeur Monseigneur André- Albert Biais étant évêque de St-Germain de Rimouski;

Sir François Langelier étant Lieutenant-Gouverneur de la Province de Québec;

Le Sieur Herménégilde Boulay étant représentant du comté de Kimouski à la Chambre des Communes d'Ottawa;

Le Sieur Donat Caron étant représentant du comté de Matane à la Législature de Québec;

Messire Joseph-Désiré Michaud étant curé de la paroisse de St-Pierre du Val-Brillant;

Le Sieur Lucien Morin étant Marguillier en exercice de la Fabrique de cette paroisse;

Le Sieur Joseph Gosselin étant président de la Corporation des Syndics nommés pour cette construction;

Le Sieur Joseph Sirois étant Maire de la Municipalité civile de St-Pierre du Lac Matapédia;

Nous, soussigné, Evêque de St-Germain de Rimouski, avons bénit, avec les cérémonies prescrites, la pierre angulaire de la nouvelle église de St-Pierre du Val-Brillant. La nouvelle dite église, construite en pierre, par le Sieur Joseph Couture, de Lévis, sur des plans tracés par le Sieur Réné-P. Lemay, de Québec, aura cent quatre-vingt-douze pieds de longueur, soixante-huit pieds de largeur, avec un transept de cent un pieds, et quarante pieds de hauteur, au-dessus des lambourdes. Ces mesures seront prises en dedans. Les Syndics nommés pour cette dite construction ont été les Sieurs Joseph Gosselin, Joseph Saucier et Gonzague D'Amours. Les travaux commencés en mai 1914 devront être terminés à l'hiver 1915.

Ont été présents à cette cérémonie plusieurs membres du clergé et un grand nombre de fidèles qui ont signé avec nous, ainsi que le curé, l'architecte, le constructeur et les syndics.

Le présent document, après avoir été fait et signé en double, a été enfermé dans une bouteille en verre, cachetée de cire, qui a été scellée dans la pierre angulaire de la dite église. Cette pierre, marquée de deux croix, a été maçonnée ensuite à l'angle

est de la façade, dans* le cordon du contre- fort, à quatre pieds au-dessus du niveau du sol.

Fait à St-Pierre du Val-Brillant, les jour et an que dessus.

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