‹ Notes historiques sur la vallée de la MatapédiaChapitre 23 sur 31 · JEAN LANGEVIN · texte numérisé non relu

JEAN LANGEVIN

Par la miséricorde de Dieu et la grâce du St-Siège Apostolique, premier Evêque de Saint-Germain de Rimouski.

Vu la demande à nous adressée, le dix du présent mois par Messire Joseph-Alfred Pérusse, curé de St-Moise, de la part des fidèles de la mission vulgairement appelée Cedar-Hall, sur le chemin Matapédia,

1° Nous permettons que l'on construise sur la partie sudest du lot occupé par le Sieur Denis Fohy, sur le premier rang des concessions de la Seigneurie Matapédia, un édifice de trente-six pieds sur trente, qui servira provisoirement de chapelle et d'école, et pourra être transformé plus tard en logement pour le prêtre.

2° Le missionnaire donnera lecture publique de cette autorisation, la première fois qu'il dira la messe en cet endroit, après l'avoir reçue.

3° Cette autorisation sera transcrite sur le cahier destiné à l'enregistrement des documents paroissiaux.

Donné à St-Germain de Rimouski, le onze février mil huit cent quatre-vingt-un.

(Signé) JEAN LANGEVIN,

Ev. de S. G. de Rimouski.

On se mit à l'oeuvre dès le printemps suivant. Mais comme cette construction avait été faite par corvées et souscriptions volontaires, et que la population n'était pas encore considérable à cette époque, ce n'est qu'à l'automne de l'année suivante qu'elle était livrée au culte divin.

Le 24 octobre 1882, Monseigneur Edmond Langevin, V.G., permettait au curé de St-Moise d'y célébrer la première messe.

Enfin, le 1er novembre de la même année, à l'occasion de la fête de la Toussaint, on en faisait l'inauguration solennelle. Cette chapelle était petite et pauvre, mais comme elle parut belle à nos premiers colons qui voyaient enfin la réalisation du premier de leurs rêves !

Cette première chapelle ne servit jamais de maison d'école, comme on l'avait projeté. Comme nous l'avons dit plus haut, c'est dans la maison de Marc Morisset que fut ouverte la première classe, dans le cours de l'année suivante.

Quant à la chapelle, sept ans plus tard, en 1890, elle était transformée en presbytère et devait servir de résidence au curé jusqu'à 1916, date de l'inauguration du presbytère actuel. Alors elle fut vendue à M. Jos. Couture, qui la transporta plus tard à M. I. H. Langlais. Elle est aujourd'hui l'Hôtel Val- Brillant, situé à quelques pas de la gare du chemin de fer. Les voyageurs qui y logeront voudront bien se rappeler que cette maison vénérable et respectable a servi pendant neuf ans de demeure au Roi des rois, et pendant vingt-sept ans d'asile à ses ministres.

Art. 7 — L'affaire Bartholomew -D'Amours. — Nouveaux seigneurs. — Nouveaux colons. — Faits divers religieux, de 1880 à 1888.

En 1880, nous avons vu qu'il y avait vingt- cinq à trente familles établies dans la mission de Cedar-Hall. Comme nous l'avons dit plus haut, la plupart n'avaient pas de titres. Les colons se demandaient qui, de Bartholomew ou de Jules D'Amours, avait raison, et attendaient un dénouement qui ne devait pas tarder à se produire. Mais l'opinion commune était plutôt que ces terrains appartenaient à la Couronne et que, tôt ou tard, elle réclamerait ses droits.

En attendant, les familles continuaient à arriver. Dans les années 1881, 1882 et 1883, la jeune colonie en reçut un grand nombre. Citons en particulier celles de F rang ois -Xavier Bélanger, Josaphat Bélanger, Pierre Charest, Hilaire Fortin et Joseph Gosselin. G. W. Bartholomew, fatigué peut-être de protester sans succès contre l'envahissement de son domaine, résolut de s'en défaire. Le 26 août 1881, il le vendait aux frères King, pour la somme de $35,000.00. Comme ceux-ci voulaient être maîtres chez eux, ils mirent tous les colons d'Amqui et de Cedar-Hall, à l'exception de ceux pour qui il avait été fait des réserves dans le titre du shérif, de 1875, en demeure de prendre des titres de propriété; mais la plupart ne bougèrent pas, comptant que les King feraient un test case. Ils le firent, en effet, comme nous l'avons vu dans le chapitre précédent, dans l'histoire de la cause célèbre Bartholomew- Gagnon-D'Amours. Gagnon, le Défendeur, l'un des concessionnaires de D'Amours, fut condamné par la Cour. Tous les colons se soumirent alors et prient des titres des nouveaux seigneurs.

Cependant l'organisation religieuse de la nouvelle mission commençait à se faire. Le 1er novembre 1882, la première chapelle avait été livrée au culte divin. Le 5 janvier de l'année suivante, 1883, on avait procédé à l'élection de trois syndics, pour aider le missionnaire dans l'administration temporelle des biens de la mission. Germain Gendron, Sifroy Canuel et Ignace Lavoie furent élus à l'unanimité. A cette date, il est à propos de le noter, le curé de St-Moise, depuis l'automne 1881, était Messire Pierre Brillant, qui desservait Cedar- Hall, en attendant d'en devenir le premier curé, quelques années plus tard.

Le 20 juin 1883 fut un jour de grande joie pour la nouvelle mission. Pour la première fois, l'Evêque de Rimouski, Mon-

seigneur Jean Langevin, en tournée pastorale dans la région, venait visiter la colonie naissante de Cedar-Hall. Le Prélat ne cacha pas aux colons les espérances qu'il fondait sur cette colonie qui se développait avec une rapidité si prodigieuse, et qui paraissait si bien lancée dans la voie de tous les progrès. Le nom de Cedar-Hall n'eut pas cependant le don de plaire au grand patriote canadien-français qu'était feu Mgr Langevin, aussi il lui substitua celui de St-Pierre du Lac Matapédia, comme nous l'avons dit dans le deuxième article de ce chapitre. Mais on n'avait pas encore de cimetière. Jusque là, on était allé porter les défunts au cimetière de la paroisse de St-Moise. Maintenant que la mission était viable et que les nouveaux seigneurs se déclaraient prêts à concéder des lots à tous les colons sérieux, il fallait compléter l'organisation. Au cours de la visite pastorale, on avait traité cette question d'un cimetière. Aussi le 31 août de la même année, l'Evêque émanait le décret suivant :

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