JULES D'AMOURS
Déf. en gar. et Interv.
Preuve de la part du demandeur en cette cause, Ezra Clark, de Hartford, Connecticut, Ecuyer, maintenant à Québec, étant dûment assermenté sur les Saints Evangiles, dépose et dit :
Q. Demeurez-vous à Hartford ?
R. Oui, Monsieur.
Q. Vous connaissez, je suppose, M. Bartholomew, le témoin précédent ?
R. Oui.
Q. Vous rappelez-vous les circonstances d'une transaction concernant la propriété du Lac Matapédia entre vous et M. Bartholomew, il y a quelques années ?
R. Oui.
Q. Voulez-vous raconter brièvement ce qui s'est passé entre vous deux à ce sujet ?
R. M. Bartholomew me demanda, ou plutôt consentit à la demande que je lui fis de lui vendre les deux seigneuries qu'il avait en Canada, l'une sur le Lac Matapédia et l'autre sur le Lac Métis. Il me dressa un acte de vente de chacune de ces deux seigneuries, mais avec l'entente qu'ils ne seraient pas enregistrés et ne seraient pas considérés comme des actes de vente, tant que je ne lui aurais pas payé une certaine somme d'argent. Je fis alors des arrangements avec un M. Knapp, qui se disait Canadien, et qui s'engageait à me vendre ces deux propriétés à Londres, m'assurant qu'il avait toutes les facilités pour le faire. Je fis alors deux actes de vente consentis par M. Bartholomew et les deux autres consentis par moi à Knapp, et je les envoyai à la "London Joint Stock Banking Company", à Londres, avec instructions écrites de délivrer ces actes de vente à M. Knapp, quand il aurait payé à mon crédit une somme de douze mille cinq cent livres sterling; et de ne pas les lui remettre à moins que la susdite somme fut payée; et que si cette somme n'était pas payée, elle ne devrait pas disposer de ces actes sans mon ordre.
Q. Vous rappelez-vous en quelle année ceci se passait ?
R. En novembre 1860.
Q. Knapp a-t-il payé ce montant ?
R. Il n'a jamais payé un sou.
Q. Avez-vous averti la Banque de retourner ces actes de vente à M. Bartholomew ?
R. J'ai donné à M. Bartholomew un ordre sur la banque pour retirer ces actes, et on les lui a remis.
Q. Ce furent là, n'est-ce pas, tous vos rapports dans cet affaire ?
R. Oui. Cependant j'ai eu plus tard quelques correspondances avec M. Knapp à ce sujet.
Q. Et vous avez consenti, je crois, à la demande de M. Bartholomew, à déposer de nouveau ces actes de vente, en vue d'une nouvelle négociation avec M. Knapp, en 1877 ?
R. Oui, Monsieur.
Q. Etiez- vous en Angleterre vous-même, à cette époque ?
R. Non.
Q,. Lors de la première négociation, vous y étiez ?
R. Mes négociations avec M. Knapp ont eu lieu dans la ville de New -York.
Q. Est-ce que la transaction, en 1877, a eu la même issue que la première ?
R. Oui, Monsieur. Je devrais peut-être ajouter que Mons. Knapp me fut présenté à New- York par un de ses parents qui se disait riche et en grand rapport d'amitié avec le Maître- Général des Postes du Royaume d'Angleterre, et que c'est à cause de ces circonstances que je tentai ces négociations avec lui.
Q. Avez- vous été en mesure de constater plus tard si M. Knapp était riche ou non ?
R. Je suis resté sôus l'impression qu'il était très pauvre.
Q. Avez-vous une preuve de ce fait ?
R. En voici une. Il n'avait pas payé sa note d'hôtel à Londres, et, en garantie, le propriétaire avait saisi quelquesuns de mes papiers. Il en est une autre. En 1877 ou 1878, il aurait voulu me voir à Londres, et m'invita à l'aller voir, disant qu'il me paierait mes dépenses. Je lui demandai de m'envoyer une somme de cent livres. Il me répondit qu'il ne le pouvait pas. C'est ce qui m'a fait penser que cet homme était très pauvre.
Q. Qu'étaient ces papiers confisqués par l'Hôtel ?
R. Des preuves de titres, des certificats d'enregistrement, etc.
Q. Ils ne renfermaient pas cependant les deux actes de vente ?
R. Non, Monsieur. Ces actes de vente n'ont jamais été entre les mains de M. Knapp, et à ma connaissance, il ne les a jamais vus. Il n'a jamais vu ni celui que M. Bartholomew m'avait consenti, ni celui que je lui avais consenti moi-même et qui devait lui être remis sur dépôt d'une certaine somme d'argent.
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Q. Ces actes sont demeurés à Londres combien d'années ?
R. Je suis sous l'impression qu'ils y sont restés deux ans, mais il y a des lettres ici qui indiquent les dates exactes. C'est en novembre 1860 que j'ai fait les actes de vente.
Q. Knapp fut-il mis en possession des actes de vente à cette date ?
R. Il ne les a jamais vus.
Q. Ils furent expédiés ?
R. Je les envoyai moi-même à la Banque, à Londres. Knapp ne les a jamais vus.
Q. Pouvez-vous expliquer comment il se fait que Knapp a eu des copies certifiées de ces actes ?
R. Si j'ai été bien informé, il n'a jamais eu de copie certifiée. J'ai entendu dire qu'il en avait eu une copie de J. S. Morgan & Co., avec les noms effacés, et une mention écrite que ces actes n'étaient pas enregistrés, mais je n'ai aucune connaissance personnelle de ce fait.
Q. Avez-vous écrit à Morgan pour savoir quand ces copies certifiées ont été données ?
R. En autant que ma mémoire me sert bien, je n'ai pas eu de correspondance avec Morgan & Co. Et je n'ai jamais su qu'il existait une copie certifiée de cet acte de vente.
Je, soussigné, sténographe, certifie par ces présentes que les dépositions ci-dessus sont une fidèle reproduction de mes notes sténographiques.
(Signé) L. LYNCH,
Sténographe.
Préface 7
Avant-Propos 10