‹ Notes historiques sur la vallée de la MatapédiaChapitre 5 sur 31 · SAINTE-FLORENCE · texte numérisé non relu

SAINTE-FLORENCE

D'Albertville, retournons à Capsaupscal, pour nous rendre à Sainte-Florence, autrefois Beaurivage, dans le canton Matalik. Erigée en 1910 seulement, cette paroisse est déjà assez bien organisée. On y trouve une bonne chapelle qui suffit encore aux besoins de la population et un excellent presbytère. La population de cette toute jeune colonie est déjà de G87 âmes.

MILNIKEK, ROUTHIERVILLE et MILL-STREAM

De Ste-Florence jusqu'à Matapédia, on ne rencontre plus que de petites missions qui n'ont presque pas prospéré depuis leur fondation. Ce sont Milnikek, Routhierville (autrefois Assametquaghan), et Mill-Stream. Assametquagnan est pourtant l'un des postes les plus anciens de la Vallée. En 1849, une famille y résidait déjà. Ces missions n'ont peut-être pas de chance de se développer beaucoup, au moins sur le parcours du chemin de fer où elles sont situées. C'est une région si accidentée et si montagneuse qu'elle ne peut que décourager le colon. Mais quel beau panorama il nous est donné de contempler lorsque nous avons l'avantage de la traverser, surtout à la saison de l'automne, alors que les montagnes boisées d'éra-

bles présentent la plus grande et la plus belle variété de teintes qu'il soit possible d'imaginer.

MATAPEDIA

Nous arrivons enfin au terme de notre voyage. Nous voici maintenant à Matapédia. C'est ici que la colonisation a origine dans la Vallée. Dès 1859, il y avait ici une ferme dont beaucoup de cultivateurs à l'aise d'aujourd'hui seraient jaloux. Puis en 1860, un certain nombre de Lo}^alistes s'y établissaient. Mais il y a bien peu de temps que la paroisse canonique est érigée, les premiers colons ayant été des Ecossais. Encore aujourd'hui, la population catholique est à peine de quatre cents âmes; et les cadres de cette paroisse sont déjà remplis. Aussi Matapédia n'est pas et ne sera jamais une paroisse agricole. Ce qui lui donne son importance relative, c'est sa situation sur le C. N. R., et au terminus du Chemin de fer de la Baie des Chaleurs, en même temps que son fameux club de pêche au saumon, le plus important de tout le Canada.

St-ALEXIS

Escaladons les hauteurs avoisinantes, au sud, et rendonsnous à St-Alexis de Matapédia, dans le canton du même nom. C'est ici que se trouve la colonie acadienne, fondée en 1860 par des colons de Rustico, I.P.E., et dont nous raconterons longuement les pénibles débuts et les progrès. Il y a là aujourd'hui une population de 1580 âmes, dont la moitié à peu près sont canadiens et les autres acadiens. On y trouve une bonne église, restaurée tout récemment, un bon presbytère, un grand couvent des religieuses du St-Rosaire, avec une Ecole Ménagère. C'est une des paroisses les plus prospères de la région.

St-FRANÇOIS D'ASSISE

A quelques milles de St- Alexis, une autre paroisse est à s'organiser: c'est la mission de St-François d'Assise. Elle a une population de 34G âmes, avec une chapelle et deux écoles.

St-ANDRE de RISTIGOUCHE

Enfin, de l'autre côté de la rivière Matapédia, dans le canton Ristigouche, est située la jeune paroisse de St- André de Ristigouche, qui a un curé résidant depuis 1908. Sa population est aujourd'hui de quatre cents âmes et augmente peu à peu. Et voilà la dernière paroisse de la Vallée de la Matapédia.

Arrêtons-nous maintenant: notre excursion est terminée. Nous avons traversé la Vallée dans toute sa longueur. Savezvous quelle distance nous avons parcourue? A peu près cent milles sur la grande route, sans compter une centaine d'autres milles pour aller visiter les colonies situées en dehors de cette grande voie de communication qui relie les deux provinces de Québec et du Nouveau-Brunswick. Et que d'autres colonies sont encore en formation dans les cantons Cabot, Mc-Nider, Awantjish, Nemtayé, Amqui, Langis, Pinault, Jette, Biais, Causapscal, Casault, Lepage, Matalik, Milnikek, Assametquaghan, Patapédia, Matapédia et Ristigouche, qui forment le territoire de la Vallée !

N'avons-nous pas raison de dire, qu'il s'est opéré un grand changement depuis 1895? A cette date, la population de la Vallée était d'à peu près huit mille âmes: aujourd'hui elle est de près de trente mille. Le nombre des paroisses a plus que doublé. Si le mouvement colonisateur se continue vers cette région qui commence à peine à être connue et que l'on a trop

négligée jusqu'aujourd'hui, que sera-t-elle dans vingt ans ? Qui sait si la génération qui pousse ne verra pas dans ce territoire au moins la moitié des 300,000 âmes qu'Arthur Buies a prétendu pouvoir y vivre à l'aise ?

Et puisque le nom d'Arthur Buies, le chantre de la Vallée, vient encore se poser sous notre plume, terminons ce chapitre déjà assez long pourtant, par une dernière citation de sa brochure :

"Je voudrais, dit-il, en parlant de cette admirable Vallée de la Matapédia, qui est un séjour enchanteur en même temps qu'un domaine agricole incomparable, pouvoir me contenir dans les strictes limites de l'observation et faire un rapport circonstancié, fidèle et nourri de faits, mais dépourvu de couleurs et propre uniquement à guider les colons dans leur marche vers cette terre de Chanaan, qui se trouve dans la Province de Québec. Mais cela m'est aussi impossible qu'il m'a été impossible de contenir mon admiration et mon enthousiasme en parcourant les ravissantes campagnes qu'arrose ce ruban fuyant qu'on appelle la rivière Matapédia, ruban qui coule entre des bords aux aspects toujours changeants, toujours diversement pittoresques, qui se pare de tous les tons du ciel et des reflets multiples de ses rives, reflets tantôt sombres, tantôt miroitants et dorés comme une parure des champs au temps de la moisson. Cette rivière est féconde elle-même comme le terres qu'elle baigne ; elle est animée et vivante ; elle renferme en elle des millions de vies intenses et peut nourrir, à elle seule, de ce qui naît et s'agite dans son sein, tout un peuple de colons à qui la terre serait ingrate.

"Quel beau pays, quel beau pays que le nôtre, me suis-je écrié cent fois, en savourant ce délicieux spectacle ! . . . On ne s'imagine pas ce qu'est la Vallée de la Matapédia, quand on ne l'a pas vue. Les rapports les plus exacts et les plus consciencieux

ne sauraient revêtir les attraits de cette région pour en charmer le lecteur. . . Les montagnes de la région ne sont que des coteaux élevés, d'une grande variété d'aspects et couverts de terre végétale. La Matapédia n'est pas un pays de montagnes, mais un pays extrêmement mamelonné, coupé de gorges et de ravines, et se présentant aux regards comme une mer de vagues de terre qui se déroule à l'infini, vers un horizon inaccessible. C'est à peine si, ça et là, sur tout ce long parcours, on découvre quelques rochers isolés, perdus dans l'océan de verdure qui les baigne. Quelles riantes campagnes ! On dirait un sourire continuel de la nature, d'une fraîcheur et d'une grâce qui se renouvelle à chaque aspect différent ..."

Mais inutile de prolonger davantage la citation. Pour rapporter tout ce que le plus aimable des chroniqueurs a écrit à la louange de la Vallée de la Matapédia, il faudrait citer sa brochure d'un bout à l'autre. Arrêtons-nous là. Et maintenant que nous connaissons moins imparfaitement la situation géographique et le charme captivant de ce beau coin de notre pays, faisons en quelques pages l'histoire de ses origines et de son développement prodigieux.

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