‹ Notes historiques sur la vie de Molière. 2. éd. rev. par l'auteur et considérablement augmChapitre 7 sur 7 · H 4 NOTES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

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manda un nouveau divertissement où devaient être rassemblés " tous ceux que le théâtre peut fournir, - et prit la peine de lui en indiquer " le sujet. " Molière cornj)osa, sur cette donnée, un pot-pourri de comédie, de pastorale , de pantomime , de machines et de ballets , qu'il appela les Arnanis magn-ijiques. 11 fit plus , il accepta la charge d'une besogne qui semblait aj)— partenir à Bensserade, et sur laquelle nous voyons qu'on se méprend toujours. I/occasion nous convie à l'expliquer. Les ballots de cour se composaient d'entrées, de vers et de récits. Les entrées étaient muettes; on voyait s'avancer sur le théâtre des personnages dont le poëte avait disposé les caractères, les costumes et les mouvements, en leur donnant à figurer par la danse une espèce d'action. Le programme ou livre distribué aux spectateurs les mettait au t'ait de ce qu'étaient les danseurs et de ce qu'ils voulaient exprimer. De tout temps on y avait joint quelques madrigaux à la louange des personnes qui devaient parai-

we dans les divers rôles, et c'était là ce fiu'ûn appelait les î;en*, qui ne se débitaient pas sur la scène, qui n'entraient pas dans l'action, qu'on lisait, ou des yeux ou à voix basse, dans l'assemblée, sans que les figurants y eussent part, sinon pour en avoir fourni la matière. Les récifs , enfin , étaient des tirades débitées ou des couplets chantés par des personnages qui ne dansaient pas, le plus souvent des comédiens, et se rapportaient au sujet de cliaque entrée. Bensserade , en dessinant les entrées et v\\ rimant les récits, à peu près comme on faisaitavantlui, s'étaitavisé dedonner un tour vraiment nouveau à ses vers. Il y mêlait, avec esprit toujours , souvent avec hardiesse, des traits communs à la personne et au personnage, des rapprochements tantôt flatteurs, tantôt piquants entre le danseur nommé au programme et le rôle qu'il devait remplir. Ce n'était pas là sans doute une œuvre de grand mérite ; mais on doit reconnaître qu'il y excellait, et cela depuis vingt ans, variant avec un sinoulier bon-

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heur des plaisanteries ou des douceurs dont le texte changeait rarement. Pour juger de ce qu'il savait faire en ce genre, il suffirait de voir combien de fois il réussit à vanter les solides mérites du marquis de Soyecourt, ou à excuser la laideur du marquis de Genlis. Le dernier ouvrage de cette espèce qu'eût alors écrit Bensserade était le Ballet royal de Flore, dansé par le roi au mois de février 1669, et, dans un rondeau adressé aux dame^,;l avait annoncé qu'il renonçait à ce métier. Molière eut ordre de l'y remplacer ; de sorte que, dans le divertissement royal de 1670, sauf le sujet, qui venait du roi, tout ce qu'on voyait, tout ce qu'on entendait, tout ce qu'on lisait était de sa façon . Il paraît certain que, comme tous ceux qui ont abdiqué, Bensserade se montra jaloux de son successeur, et tilf avant la représentation, quelque moquerie de deux méchants vers destinés à être chantés dans la pastorale. Molière s'en vengeaen parodiant, dans les vers faits pour le roi, la manière dont son prédécesseur tournait la louange;

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mais il a essaya pas de l'imiter dans 1 épiwramme. Los courtisans, comme à lOrdinaire , rirent beaucoup on voyant contrefaire ce qu'ils avaient coutume d'applaudir, etBensserade se trouva joué sur son propre terrain. C'est là toute la vérité d'un petit fait raconté fort clairement dans la préface des œuvres dcBensserade , rendu inintelligible par Grimarest, et embelli par un annotateur moderne de la présence d'un grand seigneur (le duc de Brezé) mort en 1646. — Pour achever co t|ui regarde lea Amants magnifiques , nous dirons que le roi y dansa deu.x fois , avec les attributs de Neptune et d'Apollon, encore bien que Racine eût donné depuis deux mois (13 décembre 1669) sa tragédie de Britonnicus.

lljie nouvelle occasion de réjouir le roi se présenta huit mois plus lard , le 14 ortu- V)re 1670, àChaml)()i-d, et inspira plus heureusement Molière ; il y donna le Bovryfois yentilhomme. Suivant un récit qui se trouve partout et qui vient de Grimarest, la pièce aurait médiocrement diverti la cour, et le

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roi lui-nièrno, par espièglerie, fiurait réservé son jiigoiacnt jusqu'à la seconde représentation, après laquelle il se serait déclaré fort satisfait. Nous ne voyons nulle part, et il est contre tous les exemples en chose pareille , que le Bourgeois geniUhomme ait été joué deux fois de suite dans le raônie lieu. La cour en eut bien une seconde représentation, mais à Saint-Germain, le 1 2 ou 13 novembre, et le 23 il parut sur le théâtre du Palais-Royal. Au carnaval suivant 1 1 67 I), Molière fut char2;é dinaugurer, par \n\e pièce du genre noble et à grand spectacle, la salle des Machines, que le roi avait fait construire aux Tuileries. Il prit pour sujet la vieille fable de Psyclié, qui venait d'être rajeunie par La Fontaine il 659). INTais la prose de Po?//-cpaitgnac et du Bourgeois geniilhomme ne suffisait plus quand il fallait faire parler les dieux ; le temps manquait à Molière pommesurer et accorder tous les vers dont on avait besoin. Il lui fallait un aide qui fût eu état <le donuer la fac^-on aux morceaux qu'il

SIR LA Vir l»)-. «or.îKRF.. l(îD

p.vait tout taillés ; il prit pour cela le sexagénaire Pierre Corneille, cet athlète vétéiMn, mais non invaliùo, (pie la défaite d'A (jêailas et d'A/ti/a ii6G6-l6G7i n'avait pas abattu, et auquel il avait, presque la veille i28 novembre 1670i, prêté son théâtre et ses acteurs , dans la lutte engagée avec le jeune Racine sur le sujet do Bérénice. La pi-éface de la pièce imprimée^ après avoir indiqué ce que Molière avait pu terminer de sou ouvrage, ajoute naïvement : » Monsieur Corneille a employé une quinzaine au reste. - Quant aux vers faits pour être chantés, un seul ouvrier. Quinaidt, y avait mis la main. Ce qu il f:iut encore reniarî|uer, c'est (pie Molière acteur lil jouait Zéphiref avait eu le soin d'écrire tout son rôle, et n'eut à réciter -m- 1*^ tliZ-àiiv (pn^. ce qui était de lui.

Peu de temps après ce carnaval |du 2 au 10 février 1671), (jui finit tristement par la retraite de mademoiselle deLa Vallière h (.'liaiilot, le roi partit lavrih pour aller visiter ses places de Flandre, et Molière n'eut

à servir que le public ; il lui donna (24 mai) les Fourberies de Scapin. Pour défendre Molière du reproche que lui adresse Boileau, on a souvent allégué la nécessité où il était de plaire aux plus humbles spectateurs par des farces, et l'on a oublié que, sauf les Fourberies de Scapin et le Médecin malgré lui, toutes ses pièces bouffonnes ont été faites pour la cour, tandis que toutes ses comédies sérieuses ont été offertes d'abord au public : ce qui déplace entièrement le blâme et l'excuse, Au mois de décembre suivant, la cour avait un mariage à célébrer; on lui avait amené, des bords du Rhin , cette princesse tout allemande qui ne craignit pas d'épouser lindigne mari devenu veuf, Dieu sait comment ! de l'aimable Henriette d'Angleterre. Le roi voulut que Molière ramassât, dans un divertissement, les plus beaux endroits des ballets déjà représentés, en y ajustant une petite comédie pastorale qu'il ferait exprès. La pastorale s'est perdue ; les intermèdes sont retournés aux ballets d'où ils avaient été pris, et il

nous est resté la comédie qui servait de lien à toutes ces parties, la Comtesse d'Escarbagnas.

Mais pendant que nous recueillons soigneusement tout ce qui se rapporte à Jean- Baptiste Poquel in de Molière, dans le temps où ce nom de Molière a toute sa célébrité, lorsque personne assurément ne peut se méprendre sur la personne qu'il désigne, voilà que le hasard fait reparaître à nos yeux l'autre Molière, celui qui chantait et dansait en 1656, quand son homonyme, si glorieux maintenant, courait obscurément la province. Nous recommandons ceci aux savants hasardeux qui ont voulu faire de 1 auteur et du musicien un seul homme. Le 7 janvier 1672, une pièce héroïque futjouée sur le théâtre du Marais, avec des machines, des ballets et des airs. Elle avait pour titre le Mariage de Bacchus et d'Ariane. Les paroles étaient du sieur de Visé, la musique du sieur de Molière, et c'est ce que nous apprend le même de Visé, auteur dramatique et journaliste, en louant sa pièce dans

son Mercure galant . •< Les clla!l^^ons en ont paru fort agréables, et les airs en sont faits par ce fameux monsieur de Molière, dont le mérite est si connu et qui a travaillé tant d'années aux airs des ballets du roi. " Ainsi, de 1656 à 1672, le nui- >icien, autrefois recherché à la cour, s'était vu déchoir au point de ne plus trouver d'eni[)loi que sur un théâtre subalterne ; Lulli, après Lambert, avait pris sa place. Pour cette fois, nous ne pouvons refuser un peu do biographie à la mémoire de cet homme qui avait eu ses jours de réputation. Son véritable nom était Louis de Mollicr. Eu I()i2. il était gentilhomme servant ou éouyer de la comtesse de Soissons, mère du comte tué à la Marfée. A cette époque, il se maria, et, deux après, il eut une lille nommée Marie Blanche. La mort de la comtesse do Soissons il 6441 l'ayant obligé à prendre service ailleurs, il usa de ses talents pour se faire connaître à la cour, où il eut le titre de « musicien ordinaire de la chambre du roi. ■•' En i664. il maria lu

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rillc au siour Ytier, musicien cuuinie lui et ayantraême emploi dans la maison royale. Il mourut à Paris le 18 avril 1688.

11 semble qu'à ce moment où il avait pleine liberté de tout dire, l'autre Molière, celui qui ne faisait pas de musique et qui e^it demeuré " le fameux, " jeta un regard en arrière pour voir si, parmi les ridicules qui avaient ému sa bile, il ne s'en trouvait pas qu'il eût trop légèrement atteints. Tout au commencement de sa carrière, quand il était bien sûr de lui-même et du public, il avait tracé une ébauche des Précieuses. 11 voulut reprendre ce sujet et le traiter eu grand avec tous ses accessoires. Il y replaça cepersonnage dont on s'inquiète toujours quand il est (juestion d un bel esprit en jupons, le nuiri; il y Ht entrer les travers particuliers des gens de lettres, hôtes ordinaii'os de ces ménages ; il lit plus , il y adapta la réhabilitation de 1 homme de cour, ce qu il pouvait faire sans bassesse apreb avoir tant de loi.'^ bafoué les marquis, et, dans cette vue, il composa les Femmes sa-

t'ttw^e5',qu'ildonnaau public le 1 1 marsl672. On a fait beaucoup de contes absurdes sur cette pièce ; la seule circonstance, malheureusement vraie, qui subsiste, c'est que le personnage de Trissotin, qui ne s'appela jamais autrement, désignait, sans qu'on pût s'y tromper, un prêtre, un aumônier du roi, un vieillard, un académicien, Charles Cotin, l'auteur du madrigal et du sonnet si plaisamment commentés dans la deuxième scène du troisième acte. Si l'action, comme nous le croyons, était mauvaise, elle n'en prouve que davantage à quel degré, nous ne dirons plus de hardiesse, mais de puissance, Molière était parvenu. Du reste, il est faux que Cotin soit mort de ce coup, comme Voltaire s'est amusé à le dire; mais Cotin n'étant pas un homme dont on se soit fort soucié de recueillir la vie, personne n'a parlé d'un fait curieux qui se rattache aux Femmes savantes. Quand cette comédie fut représentée, le chancelier Séguier venait de mourir |28 janvier), etlaissait vacant un titre que le

cardinal de Richelieu avait porté avant lui, celui de « protecteur de l'Académie française. " Le roi Louis XIV ne dédaigna pas de le prendre pour lui. L'Académie en avait reçu l'avis et avait décidé qu'elle se rendrait tout entière, conduite par l'archevêque de Paris, chez le roi, pour le remercier de l'honneur que sa majesté voulait bien lui faire. Cette démarche eut lieu peu de jours après le 1 1 mars ; un seul homme j manquait : c'était Charles Cotin, académicien depuis dix-sept ans, et qui n'avait pas voulu que sa présence dans cotte compagnie l'obligeât à se plaindre de l'injure toute fraîche qu'il avait subie.

Ce fut là le dernier trait et aussi l'acte suprême du pouvoir exercé par Molière sous l'autorité du roi. Ce railleur terrible, qui arrachait le masque aux hypocrites, qui poursuivait sans pitié les médecins et qui décimait l'Académie, sentait chaque jour sa toux augmenter, son mal empirer, ses forces défaillir. On veut que dans ces derniers temps une réconciliation avec sa femme

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ait aggravé ses souffrances, et il est certain qu'il lui naquit, le 15 septembre 1672, un tiis qui mourut presque aussitôt. Dans cette condition, il ne vit rien de plus plaisant à peindre que la folie d un homme en bonne sauté qui se croirait malade et soumettrait son corps biqn portant à toutes les prescriptions de la médecine, c'est-à-dire la contrepartie exacte de son propre fait. C'était d'ailleurs à peu près le rôle que lui avait trop faussement attribué l'auteur dEhiuire hypocondre^ et il allait montrer, aux dépens des médecins, ce que pouvait devenir dans ses mains la moquerie impuissante de leur vengeur. 11 s'enivra, on peut le dire, de cette idée au point d'en faire tout le sujet d'une comédie bouffonne qui devait, le carnaval procluiin, •• délasser le roi de ses nobles travaux; " car on était au retour de la première et glorieuse campagne en Hollande. Personne ne nous apprend pourquoi le Malade imaginaire, avec son prologue et ses intermèdes tout préparés, ne fut pas représenlc devant le roi. Peut-être, et cg

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îserait as.'sez notre goût, inaigré la prodigieuse verve de gaieté qui règne dans tout l'ouvrage, trouva- ton peu d'agrément à cette clianibre de malade, à ces médicaments, à ces coliques, à cette mort feinte, dout Molière avait cru tirer un si jo^'eux parti. Ce qui est sûr, c'est que le régal destiné à la cour fut servi au public, le 10 février 1673, le vendredi avant le dimanche gras. Molière , sérieusement malade , j jouait le rôle du malade imaginaire, et les acteurs bien portants vous diront s'il put le faire sans fatigue. Le soir de la quatrième représentation (17 févrieri et la pièce aclicvéc, il rentra chez lui dans un étatalarmani; il y fut pris aussitôt d un accès violent de sa toux, et mourut vers dix heures du soir. suffoqué par le sang (pii s échappait de sa poitrine déchirée.

On sait trop bien ce qui suivit. Le curé de Saint-Kustache refusa de recevoir et de laisser enterrer, comme on le demandait , dans son église, les restes du comédien frappé de mort au sortir de la scène. Ce scrupule

pouvait être sincère, car le cas était probablement inouï. Le temps avait manqué pour que le mourant pût murmurer ces quelques mots de tardif repentir dont on se contentait toujours. C'était au supérieur ecclésiastique de lever l'obstacle, et, pour rassurer sa conscience, on lui affirmait que Molière avait reçu le saint sacrement l'année précédente, au temps de Pâques. L'archevêque de Paris, non pas celui qui avait excommunié les auditeurs du Tartufe, mais son successeur , prélat plus que mondain, ne prit pas moins de trois jours pour en délibérer, et accorda enfin la permission d'inhumer, aussi restreinte, aussi flétrissante qu'elle pouvait être. Pour que chacun ait sa part, il faut dire aussi que, le soir du 21 février, quand le corps, toujours repoussé de l'église, allait sortir de la maison mortuaire , précédé de deux prêtres muets, et s'acheminer sans prières tout droit au cimetière Saint-Joseph, un rassemblement populaire, formé dans la rue, voulut protester contre ce restant d'honneurs ren-

Jus à l'homme de génie sorti des rangs du peuple, et ne put être apaisé que par des aumônes. Tout le monde connaît les vers touchants de notre grand satirique au sujet de cette mort, et sur lesquels il nous semble toujours qu'une larme a dû tomber, une larme de Boileau ! Un autre contemporain, le comte de Bussy-Rabutin, l'homme du jugement le plus sûr pour tout ce qui n'était pas lui, écrivait, le 24 février 1673. au pèreRapin, jésuite : " Voilà Molière mort en un moment; j'en suis fâché. De nos jours, nous ne verrons personne prendre sa place, et peut-être le siècle suivant n'en verrart-il pas un de sa fiiçon. >• Deux sièoles bientôt sont passés, et nous attendons encore.

Haris. — Iiupriiuerit- d'E. Duvkhcer, i ne de Veriieuil, 6

Bazin, Anaïs de Raucou

Notes historiques sur la de Molière

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