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dormir sans avoir de sentinelle au guet, vû que les Iroquois ne se rendaient que rarement jusque là.
Il s'enthous'asme à la vue des beautés sauvages de ce lac immense. Ses descriptions exagérées se ressentent de l’état d’exaltation de son esprit. (C’est ainsi qu'il prétend avoir vu des masses de cuivre pesant 100 Ibs, et des montagnes de sable si élevées, qu’un homme au sommet, ne paraissait guères plus gros qu’un corbeau. Il raconte qu’un jour, 50 monticules de sable, furent transportés par une tempête d’un côté d’une baie, à l'autre etc. La description féérique, qu’il donne, d’un énorme rocher qu’il rencontra sur les bords de ce lac, est des plus curieuses.
Un énorme rocher s'avance, dit-il, au milieu du lac, comme un monstre géant qui garde cette rive.
Il est coupé à pic, et d’une hauteur étonnante. Les vagues qui viennent se briser à ses pieds, ont fini par l’attaquer. À force de lui déchirer les flancs, les flots se sonc creusés une caverne, dans laquelle ils viennent s’engouffrer.
Cette caverne ressemble au portique d’un édifice. Lorsque le lac est agité, par la tempête, une voix lugubre s'échappe de l'intérieur äe ce rocher, qui glace d'effroi, le pauvre voyageur, qui l'entend pour la première fois. Les sauvages effrayés, lui offrent des sacrifices, pour appaiser les mauvais Manitoux, qui président à cet endroit,
Radisson, lui donna le nom de ‘: Portique de St. Pierre.”
Il côtoya le lac Supérieur presque tout l’éte et rencontra des Christineaux auxquels il fit des présents. Il se fit escorter par plusieurs bandes, avec lesquelles il se Dia d'amitié.
I parvint enfin à une baie d'environ 10 lieues.
A quelque distance de là, s'élevait un cap en forme de pyramide et fort élevé. Les sauvages qui l'avaient guidé, lui apprirent que leurs femmes se trouvaient à cinq jours de marche de cet endroit ; mais ils lui dirent en même temps que la navigation était très difficile et qu’il lui faudrait faire ae longs et de nombreux portages.
Nos découvreurs, décidèrent de se reposer à cet endroit, pendant que leurs sauvages iraient visiter leurs
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Après 2 à 3 semaines d'attente, une cir quantaine de jeunes gens, suivis de quelques uns de leurs anciens compagnons de voyage, arrivèrent au fort.
Ils décidèrent de continuer leur route, en dépit des obstacles. ‘* Le pays que nous traversons, dit Radis- ‘* son, est beau et un peu montagneux. Le bois est ‘pauvre et rabougri.”
Ils arrivèrent après plusieurs jours de marche, dans un village Cri, composé d'environ 100 cabanes. Le chef, qui les avait accompagnés depuis Montréal, leur donna sa propre cabane pour logement. La femme de ce chef, appartenait à la tribu des *‘ Folles Avoines.” L'hiver les surprit à cet endroit.
La neige tomba en abondance. Comme la chasse n'était pes excellente, il fut résolu, qu'ils se disperseraient dans les bois, par groupe de 2 à 3 personnes, afin de pouvoir vivre plus facilement.
Ils devaient se réunir au printemps suivant, près d’un petit lac.
Pendant l'hiver (1661-1662) Radisson et Desgroseillers envoyèrent des messages à diverses nations, les invitant à venir célébrer avec eux, la fête des morts.
Le froid fut très intense. [ls tuërent quantité de bœufs sauvages, cariboux, ours etc, Aux premiers signes du printemps, ils se dirigèrent vers le lieu du rendez-vous. La neige commençait à fondre et pour faire le trajet, ils furent obligés de chausser des raquettes de 6 pieds de longueur.
La neige avait en général de 5 à 6 pieds d'épaisseur.
Une fois rendus au petit lac, le froid se mit à sévir, avec autant de rigueur que durant l'hiver.
Les provisions furent bientôt épuisées. Les sauvages se virent réduits, à se nourrir d’écorce et de cuir.
La famine devint si grande, que 500 personnes moururent faute de vivres.
Enfin les beaux jours commencèrent à luir et dans trois jours, toute la neige disparut.
Peu de temps après, arrivèrent 8 délégués de la célèbre nation des Nadonéseronons.
Sans nous expliquer pourquoi, Radisson, nous annonce à cette partie de son récit, qu'à l'avenir, il désignera ces sauvages, sous le nom de ‘‘Nation du Bœuf.” On peut conjecturer néanmoins, qu'il leur donna ce nom, parcequ'ils se livraient surtout à la chasse des troupeaux de buffles, qui constituaient leur principale nourriture. Ils lui otffrirent des présents consistant en avoire, maïs, peaux de buffle et de castor blanc.
Des envoyés de 18 nations différentes se rendirent au petit lac. Ils tinrent un grand conseil, auquel assistaient plus de 500 sauvages.
Tls décidèrent de construire un grand fort, qui devait être l’'emporium de la traite du Nord-Ouest. Ils se mirent immédiatement à l’œuvre et l’achevèrent en très peu de temps.
Il était carré et dominait un monticule ; en sorte qu'on pouvait l’appercevoir de loin.
Ce posre, dans l’idée de nos découvreurs, devait être permanent. Ils espéraient pouvoir établir des rapports non-interrompus avec ce fort, et y déposer des marchandises, destinées à alimenter la traite, dans tous les environs.
Quelques jours après, arriva un parti des ‘‘Anciens”. Ils se présentèrent en grande pompe et admirablement parés. [ls avaient la figure tatouée de mille couleurs, les chev :ux noués en touffe sur la tête et ornés de plumes d'aigle et de corbeau. Ils portaient une longue robe blanche, faite de peaux de castor et un couteau poignard d’un nied et demi de longueur.
Leur principale nourriture, durant l'hiver, conaistait en riz, qu'ils faisaient bouillir dans des vases en euivre,
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Radisson, avait rencontré quelques bandes de cette nation, dans son expédition précédente. Ils lui dirent qu'ils étaient venus pour amener de nouveau, des Français, dans leur pays. Ils désiraient également, que les découvreurs épousent leurs querelles contre leurs ennemis, les Christineaux.
Radisson, qui au contraire, voulait cimenter la paix entre toutes les nations, partit avec 50 hommes pour aller visiter les Christineaux et leur conseiller d’enterrer la hache de guerre. Après trois jours de marche, il atteignit leur village. Les Christineaux étaient réunis au nombre de 600, dans un fort.
Il fut bien acceuilli et réussit dans sa mission pacifique, audelà de toute attente.
Il leur promit, qu’au printemps suivant, il se rendrait sur le côté du lac Supérieur, qui se trouvait dans la direction de leur pays et qu'il les attendrait sur le bord du lac. Les Christineaux devaient de leur côté, venir le rencontrer à cet endroit, pour l’amener dans l'intérieur, vers la région qu'ils habitaient. Le fort où ils se trouvaient, n’était que temporaire. Ces sauvages n'étaient point fixés à cet endroit, d'une manière permanente. D'ailleurs, le gros de leur nation, se trouvait fort éloigné de ce territoire.
A sept jours de marche de là, se trouvait la nation du ‘‘Bœuf.” Elle possédait de grandes cabanes couvertes de peaux. Un de leur village possédait une population de 7000 âmes. Leur pays n'était pas boisé, Pour se chauffer, ils étaient obligés de se servir de mousse. Ils cultivaient le maïs et chassaient le buffle, qui paissait dans les vallées avoisinantes.
Les grains de maïs étaient petits, à cause du froid qui les empêchait de parvenir à maturité,
Leur pays, contenait plusieurs mines de cuivre et de plomb. ‘‘On y trouve, dit Radisson, des montagnes ‘‘ couvertes d’une pierre transparente et tendre comme ‘celle de Vénise”. Après avoir lié amitié avec ces sauvages et les tribus avoisinantes, nos découvreurs poussèrent plus loin. Ils furent obligés de faire de pénibles portages, à travers les bois, pendant huit jours. Ils atteignirent un lac, où ils tuèrent plus de
600 orignaux, et bâtirent un fort sur les bords de ce lac.
Ils passèrent une partie de l'hiver (1662-1663) dans ‘ce fort. Ils se mirent de nouveau en route, avant que les rivières ne fussent libres et enfin arrivèrent à un camp de Christineaux, qui les conduisirent à la grande rivière.
‘Nous arrivâmes, dit Radisson, au rivage de la ‘ mer où nous trouvâmes une vieille maison toute dé- ‘* molie et percée de balles”.
Les sauvages lui dirent que les hommes qui étaient venus là, appartenaient à deux nations différentes. D'après la description qu'ils en donnèrent, ce ne pouvait être d’autres que des Européens.
Ils passèrent l'été, à visiter diverses îles et à tuer des poules et des canards. Les buffles se rendaient jusque là, mais les sauvages ne les tuaient que dans le cas de pressante nécessité.
Nos découvreurs s'avancèrent plus loin, dans lu Baie. Ici, laissons la parole à Radisson. ‘‘ La grande rivière ‘vient du lac et déverse ses eaux dans la rivière des ‘* Sagnes (Saguenay) appelée Tadousuc. Cette derniére ‘de l'endroit où nous étions dans la Baie du Nord, se ‘trouve à 100 lieues de la grande rivière du Canada”.
Durant l'hiver, (1663-1664) ils retournèrent au lac Supérieur, en suivant une rivière différente de celle par laquelle ils étaient venus.
S'il faut en croire, le témoignage de Radisson, il aurait poussé si loin dans le Nord, qu : serait parvenu avec Desgroseillers jusqu’à la Baie James. Les ruines d'une maison dont il parle, ne seraient-elles pas, par hasard, celle construite et abandonnée par les Danois, vers 1634? On rapporte en effet, que les sauvages trouvèrent de la poudre laissée par les Danois. Comme ils n’en connaissaient pas l’usage, ils y mirent le feu et la maison sauta avec eux. Cet établissement des Danois se trouvait, paraitrait-1l, à environ 60 lieues au nord, de la rivière Nelson.
Avec une narration aussi peu précise que celle de Radisson, il n’est pas permis de l’aftirmer avec aucun dégré de certitude, mais la chose est bien possible,
Le voisinage du Saguenay indique, ce me semble, qu'il ne se rendit point jusqu’à la Baie d'Hudson, mais qu'il visita simplement la Baie James. S'il eût poussé ses
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courses jusqu'à la rivière Nelson, il n'ent pu manquer d’avoir connaissance du grand lac Winnipeg.
De retour au lac Supérieur, il apprit par les sauvages, qu’il existait dans une direction nord du lac Sujérieur, un lac plus grand que tous les autres. Hadisor: déclare qu'il n'avait Jamais entendu parler de ce lac, auparavant.
Ce lac en question, ne serait-il pas, par hasard, le lac Winnipeg, qui se trouve dans une direction nord, Nord-Ouest du lac Supérieur ?
Si oui, alors, on ne peut raisonnablement prétendre que Radissoa visita la rivière Nelson : autrement, il n'eut pu ignorer l'existence de ce grand lac. Les sauvages lui en auraient parlé.
Il rapporte une épisode assez amusante de son séjour à la Baie du Nord (Baie James). Un jour son beau-frère Desgroseillers, montrait à un sauvage, une image représentant ‘‘la fuite en Egypte”. La Ste. Vierge et l'enfant Jésus d’après le dessin, se trouvaient assis sur un âne et St. Joseph suivait tristement à côté, Le sauvage, après avoir examiné un instant, cette image, se mit à pleurer et à se lamenter d’une manière pitoyable, au grand étonnement de Desgroseillers qui ne pouvait s'expliquer la cause d’une conduite aussi étrange. Pendant une demie-heure, ce sauvage fut en proie à un véritable désespoir. Desvroseillers réussit enfin à le calmer et se fit expliquer ce que cela voulait dire. Le sauvage lui déclara, qu'il croyait qu'il était sorcier et qu’il connaissait tous les événements passés.
Les gens de la nation du ‘* Bœuf” lui avaient enlevé, ‘il y avait environ 4 ans, sa femme et son enfant et 1l n'avait pu les retrouver depuis. Or, cette image, d’après sa modeste interprétation, répresentait ce qui lui était arrivé.
La Ste. Vierge et l'enfant Jésus ne figuraient ni plus ni moins, que sa femme et son enfant. Les gens du ‘‘ Bœuf”” étaient symbolisés par l'âne, tandis que St. Joseph était tout bonnement son humble personne. Est-ce assez crâne ?
Nos découvreurs partirent de bonne heure au printemps (1664.) Les sauvages qui les accompagnaient, étaient au nombre de 700.
Ayant rencontré quelques canots Jroqnois, les
Christineaux effrayés, rebroussèrent chemin. Parvenus à la rivière Eturgeon, ils passèrent 14 jours à feire des provisions. Ils firent sècher a y d'un million d’eturgeons. Le reste du voyage se fit sans incident remarquable.
Ils arrivèrent à Montréal dans l'été 1664.