‹ Notes historiques sur le culte de la sainte Vierge dans le diocèse de LimogesChapitre 5 sur 9 · LIEUX DE PÈLERINAGE CONSACRÉS A LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

LIEUX DE PÈLERINAGE CONSACRÉS A LA SAINTE VIERGE

Noire-Dame d’Arliquel.

Tous les habitants de Limoges connaissent la riche vallée qui s’ouvre , au midi de la ville , par des jardins toujours fertiles , et que la nouvelle route de Bordeaux cesse de suivre , après dix kilomètres , à l’entrée de la petite ville d’Aixe.

Cent fois tous ont joui du charme qu’offre au regard , dans cet espace , une route d’un parcours facile et rapide qui cotoie notre majestueuse rivière en présentant l’aspect le plus varié : — à droite , des vergers , des bosquets ombreux , des rochers à pic , des coteaux couverts de bruyères odorantes où paissent les blancs troupeaux, la dominent jusqu’au château gothique de Vertamont ; après quoi l’œil se repose sur les champs de froment et de vigne ; — à gauche, la nature est plus belle encore ; voyez la

Vienne avec ses bruyantes usines où le kaolin se broie ; où la laine s’eflSle ; où se forment des tapisseries soyeuses , émaillées de fleurs ; où le blé se prépare pour l’alimentation de l’homme ; où le linge se transforme en papier , et où le papier lui-même s’anime et parle pour jeter dans notre âme toutes les émotions de la vie ; — voyez la Vienne où se mirent tour à tour le saule et l’églantier qui bordent les prairies , les moulins en ruine , les jeunes chênes des bosquets et les blanches maisons posées presque à pic au-dessus des châtaigneraies et des jardins anglais ; — la Vienne où peuvent enfin calmer leur fureur divers torrents dont le plus considérable porte le beau nom de Briance.

Aussi là chaque jour se croisent les calèches des

riches oisifs ou fatigués des pénibles labeurs de

l’esprit, les tilburys des jeunes ouvriers partis en caravane joyeuse ; là s’évertuent les écoliers en vacances ; là se délassent , au milieu d’une aimable et jeune famille, les travailleurs que le dimanche rend à la liberté.

Aixe étant le lieu des parties de campagne , l'industrie complaisante s’est chaînée bientôt de faciliter les moyens de transport : des omnibus, partis de Limoges dès sept heures du matin , reprennent les

voyageurs deux heures après si l’on n’aime mieux attendre à deux ou à cinq heures du soir.

Or, ces amateurs de la belle nature et des plaisirs des champs n’étant pas tous uniquement préoccupés d’affaires ou de conceptions poétiques , on dit que , depuis long-temps, l’austère curé d’Aixe gémissait de ces relations trop faciles avec le chef-lieu de notre province ; mais voici que tout à coup , grâce au patriotisme pieux du R. P. Rouard de Gard , alors novice chez les Dominicains à Rome; grâce à la puissante et bienveillante intervention du brave général Allouveau de Montréal , né en Limousin, ces mêmes omnibus qui remplissaient Aixe d’hommes qui chôment le lundi au préjudice du dimanche , ces omnibus se sont trouvés bien plus encore au service

de la dévotion. Un bref venu de Rome a fait le mi-

racle en accordant les indulgences les plus abondantes à une modeste chapelle presque inconnue jusqu’à ce jour. Dès lors la foule des pèlerins s’est portée vers ce sanctuaire.. Sic honorabitur quemcvmqw wlueril rex honorare, comme criait Aman conduisant en triomphe le juif Mardochée.

Nous sommes à un kilomètre d’Aixe , que nous apercevons par delà la Vienne, avec ses coteaux plantés de vignes; avec les noirs décombres du

châleau qui domine encore le vaste moulin de terre à porcelaine nouvellement construit ; avec ses maisons échelonnées sur le roc , et avec la tour de son église gothique. Franchissons le petit pont de l’Aurance, affluent de la Vienne, et, prenant immédiatement le sentier à droite pour traverser le hameau , après cinq minutes de marche, nous serons agenouillés dans la chapelle que nous saluons d’ici.

Pour être dans la vérité et pour plaire à Dieu , près de la crèche de Bethléem , il fallut que la simplicité de cœur des bergers les disposât à croire aux paroles des anges : autrement dans un enfant faible et pauvre ils n’eussent pas soupçonné le.I\Iessie ; de môme , en entrant dans cette chapelle , dont l’art n’a point surveillé l’architecture , si l’on ne se rappelait que , en vertu de sa délégation divine , l’Eglise catholique dispense toutes les faveurs célestes comme le fit le Sauveur lui-même, on ne soupçonnerait pas que ce triste sanctuaire offrît aux pèlerins venus dans les dispositions requises toutes les grâces qu’on reçoit dans la chapelle de Lorette en Italie , cette chapelle la plus belle et la plus riche de l’univers , et où l’on vénère la sainte maison dans laquelle grandit le Rédempteur du genre humain. C’est pourtant authentique : en vertu d’une bulle de

Pie IX, le cardinal Antonelli, préfet de la congrégation de Lorette, accorda, le 6 novembre 1855 , une indulgence plénière pour les pèlerins qui viendraient aux fêtes de la Nativité de Notre-Seigneur, de la Conception , de la Nativité et de l’Annonciation de la sainte Vierge , ainsi qu’à l’anniversaire de la translation de la sainte maison en Italie (12 décembre); puis une indulgence de sept ans et de sept quarantaines pour chacune des autres fêtes de Notre- Seigneur et de la sainte Vierge, et aussi pour la fête de sainte Anne et pour celte de saint Joseph.

Une indulgence ! cela fait rire certains esprits , qui devraient y voir au moins un excellent moyen d’exciter les fidèles à la fuite du vice, que dis-je? à l’amour effectif du bien.

Nous invitons toutefois même ces profanes à visiter Notre-Dame d’Arliquet. On sait que Jean- Jacques et Bernardin de Saint-Pierre furent attendris jusqu’aux larmes en entendant prier dans une église de campagne des environs de PariSi

Du reste, quand l’homme ne pose pas par une vanité maladroite mais trop commune , il est religieux, Mieux qu’ailleurs, à Notre-Dame d’Arliquet, le souvenir de la première communion reviendra. La simplicité de l’édifice et la beauté du site parlent au cœur.

La chapelle d’Arliquet est un carré long que sa toiture écrase , et dont quelques pas mesurent la largeur. Sa porte , sur laquelle on lit : Sainte Mère de Dieu , priez pour nous , s’ouvre , au couchant , dans le pignon , que surmonte une cloche aux vibrations argentines ; à l’orient , se dresse un autel modeste

sur lequel repose, en arrière du tabernacle, une

image de Marie, qui contemple d’un regard calme le corps inanimé de son adorable Fils placé sur ses genoux. Aux murailles et aux lambris de la voûte, on voit les versets des litanies de la Sainte-Vierge ou des symboles qui les rappellent.

On ignore l’origine de ce sanctuaire , qui existait pourtant en 1606 , et qu’on répara sans doute en 1636, car une pierre porte cette date à l’un des angles des murailles. Peut-être son nom vient-il de ce que , au xvr siècle , on aurait caché , pendant un jour d’alarme, dans ce lieu écarté, des reliques qu’on désirait soustraire à la fureur sacrilège des huguenots. Naturellement, à la fin du dernier siècle , la chapelle ne fut pas protégée par sa solitude contre les impies : elle subit une espèce de ruine , dont la fit sortir M. Labiche de Reignefort, chanoine théologal de Limoges. Il y a près de trente ans, un saint vieillard qui avait confessé la foi sur

les pontons, et qui administrait alors la paroisse d’Aixe , reprit cette restauration . A l’appel de M . l’abbé Roche, que secondait si bien son vicaire distingué ' M. Fontey, les dons pieux des paroissiens répondirent. Le zèle éclairé de M. Chapelle , curé actuel , a fait le reste. Aujourd’hui on vient , de plusieurs lieues à la ronde , en pèlerinage dans la chapelle d’Arliquet, où la sainte messe est dite chaque jour pendant les mois de mai , septembre et octobre , et deux ou trois fois la semaine pendant le reste de l’année.

J’ai parlé du paysage : il est délicieux. C’est un vallon fertile qu’arrose l’Aurance, dont l’onde paisible, protégée par un rideau de peupliers, produit à peine un murmure en caressant les branches flexibles des vergnes et des saules. A l’est, vers l’horizon, vous apercevez le manoir féodal de Reignefort, qui domine les grands ehênes; au I couchant, le moulin d’Arliquet, qu’il a fallu traverser, puis, par delà la route de Bordeaux à Limoges, la rive gauche de la Vienne ; partout ailleurs, autour de vous , des vignes , des prairies , des champs couverts des diverses récoltes propres au Limousin , ou bien des bosquets tapissés de mousse, pleins d'ombrage, de parfums et de chants d’oiseaux.

La pauvreté de la chapelle , jetée dans un si riche cadre , vous rappellera mieux l’humble maison de Nazareth ; la lumière que laissent passer quelques fenêtres étroites, et^ le murmure monotone d’un filet d’eau qui descend de la montagne , et qui prend un cours plus paisible sous les murs de la chapelle avant de se mêler à l’Aurance , tout vous invite au recueillement. Pourquoi craindre d’y céder? L’image de Marie prêche la résignation dans les peines par l’espoir du Ciel ; elle enseigne à sacrifier au devoir ce que humainement on aime le plus, et les divers titres de celte Reine promettent un dévoûment maternel. Croyez-moi : il n’est pas sûr que les plaisirs les plus vantés donnent une joie comparable à celle que goûte une âme en prière ; mais les saints combats de la vertu ont des charmes incontestables , et , quand on s’est donné l’honneur d’en jouir, on méprise sincèrement les voluptés grossières des sens.

P. S. — Depuis que le journal de Limoges a publié les lignes qu’on vient de lire (8 septembre 1857) , la chapelle d’Arliquet eSt devenue l’occasion d’une fête des plus gracieuses et des plus édifiantes dont nons ayons eu le spectacle. Quand la mort l’a

surpris, Mgr Baissas désirait célébrer par une cérémonie solennelle l’agrégation de cette chapelle à Notre-Dame de Lorette. Mgr Desprez avait fixé cette cérémonie au 6 et au 7 avril ,1858, époque où il viendrait pour la première fois à Aixe. Une indisposition subite a mis le pieux prélat dans l’impossibilité d’apporter à la fête l’éclat que donne toujours la présence d’un prince de l’Eglise ; mais , quand la nouvelle de cet incident est venue jeter la ville dans une espèce de consternation , déjà des tentes immenses étaient dressées avec un autel dans une prairie entre l’Aurance et la chapelle d’Arliquet, afin qu’on y pût chanter la messe le mercredi 7 , en donnant à la foule des pèlerins la satisfaction de voir constamment le prêtre officiant et les ecclésiastiques employés près de lui ; déjà , à l’entrée du pont, sur la rive droite de la Vienne , se dressait un superbe arc de triomphe , formé de verdure , et sur la voie que la procession devait parcourir, flottaient , de distance en distance , des oriflammes aux couleurs nationales ; déjà même les maisons d’Aixe s’emplissaient des amis qui pouvaient séjourner jusqu’au lendemain. Il n’était plus temps de remettre la fête.

Le mardi soir, on alla donc en procession solen-

nelle d’Aixc à la chapelle d’Arliquet chercher l’image de la sainte Vierge pour la placer dans l’église paroissiale, d’où le lendemain on la rapporta dans son sanctuaire. Cette première partie du programme s’est exécutée en laissant dans toutes les âmes l’émotion la plus douce et la plus enchantée.

A l’approche du crépuscule , on partit. L’innombrable confrérie du Rosaire , les petites écolières des Filles du Sauveur, les petits garçons des instituteurs, les pénitents noirs , un clergé nombreux , et , sans exception , tous les bourgeois d’Aixe , précédés des autorités de la ville, et suivis d’une foule compacte , formaient des lignes immenses d’où partaient des chants harmonieux et variés.

Au retour, quand on descendit le monticule qui cache la chapelle à la ville , la nuit s’était faite , et le firmament se parait de radieuses étoiles , qui semblaient vouloir honorer ainsi celle qu’on dit belle comme l’astre roi de la nuit ; la ville et les maisons d’alentour saluaient également de leur brillante illumination l’image de la Reine du Ciel. La pluie des jours précédents et de la matinée, avait fait place à une soirée radieuse , et cette première heure de la nuit était sereine et embaumée. Comme subitement le vent s’était tû , les cierges des enfants et des

pénitents purent, jusqu’à l’église , former de longues lignes de lumière dans ces rues où chaque maison présentait une statue de Marie entourée de fleurs et de bougies allumées ; danS ces rues où pétillaient , en formant des gerbes , vingt feux de joie préparés par les enfants du quartier. I..a Vienne elle-même , grossie par des pluies abondantes , formait un concert inaccoutumé en se brisant mugissante contre les arches du pont. L’émotion remuait tous les cœurs, et d’abondantes larmes coulaient.

Toutes ces âmes, saintement touchées, avaient besoin qu’une voix éloquente traduisît publiquement leur joie et leur reconnaissance envers Marie. M. Delor, curé de Saint-Pierre de Limoges, avait accepté la présidence de la cérémonie , sur les instances de son digne ami M. le curé d’Aixe. Entré dans l’église, il a satisfait ce désir, et augmenté encore l’émotion universelle , par sa parole si pleine de cœur et de poésie , dans une improvisation toute de circonstance.

Le lendemain mercredi, on a recommencé la procession de la veille , mais avec une foule de sept à huit mille personnes, toutes en habits de fête et de tous rangs. Comme la veille , quatre ecclésiastiques nés à Aixe, accourus de divers points du diocèse,

et parés de dalinatiques , portaient l’auguste image sur un brancard , pour lequel les dames de la ville avaient imaginé des ornementations du meilleur goût et de la plus riche élégance , ornementations qu’on retrouvait variées, mais non moins gracieuses ni moins riches , à l’autel d'Arliquet et au trône dressé dans l’église paroissiale pour y recevoir l’image pendant la nuit précédente.

Maintenant , grâce au soleil , le coup-d’œil de la procession avait un autre aspect que la veille : les robes bleues des religieuses , les vêtements blancs des petits garçons et des petites filles , qui tous portaient des branches de lis , les robes noires et les bâtons d’argent des pénitents , les soutanes rouges des enfants de chœur, les surplis, les bannières,

, tout cela tranchait sur les vêtements vulgaires d’une façon diverse suivant les plis du terrain que l’on parcourait. Les roulements cadencés de nombreux tambours , les joyeuses volées des cloches , l’air embaumé des sentiers , les chants , la joie calme des pèlerins , tout excitait à la prière , et l’on priait avec effusion.

Près de l’estrade où l'on a chanté la messe , dans la prairie , se dressait une chaire : M. Beluze , missionnaire apostolique , y était monté après l’évangile

pour dire un mot de la sainte Vierge. A son tour, quand il a eu terminé la messe, le R. P. Rouard de Gard, actuellement provincial des Dominicains de Belgique est venu occuper la chaire. Heureusement inspiré par sa modestie , il nous a raconté comment Notre-Dame d'Arliquet a pu obtenir, plutôt que' tant d’autres lieux de pèlerinage, l’agrégation à Notre- Dame de Lorette; et, s’effaçant lui-même, lui l’inspirateur de toutes les démarches qui ont si bien réussi , il a cherché à persuader qu’on devait cette faveur aux prières de quelque habitant d’Aixe, pauvre peut-être et inconnu , mais aimé de Dieu. Tout l’auditoire a beaucoup admiré l’exquise délicatesse du brave général de Montréal , alors commandant des troupes françaises à Rome , et aujourd’hui sénateur. Après avoir reçu le bref d’agrégation , il prit la peine de le . porter lui -même, dans son costume officiel, au pauvre novice dominicain son compatriote , et , tout joyeux, il l’aborda par ces mots : « Nous avons gagné la bataille » . Ce trait rappelle les temps de la chevalerie.

Assurément, comme le dit très-bien M. Rougerie dans son compte-rendu publié par le journal de Limoges ; « Les habitants d’Aixe transmettront fidèlement à leurs enfants l’impérissable souvenir de

celte auguste cérémonie; et, comme les autorités d’Aixe s’étaient rangées avec un pieux empressement autour de l’image de celle que l’Eglise nomme la Vierge puistanle et le siège de la sagem , elle aidera leur difiicile mission en afTermissant les cœurs dans la justice et dans la paix » .

Le digne curé d’Aixe , qui avait préparé cette fête à très-grands frais et avec une intelligence admirable , vient de faire frapper une médaille de Notre- Dame d’Arliquet pour rendre son pèlerinage plus populaire. Cette médaille représente la sainte Viei^e tenant le corps inanimé du Sauveur sur ses genoux. Autour on lit ; « Notre-Dame d'Arliquet, priez pour nous ». — Au revers, la sainte Vierge, portant l’enfant Jésus , est assise sur la maison de Nazareth , que deux anges soutiennent.

Incessamment on bénira une nouvelle cloche pour Notre-Dame d’Arliquet. M. le comte de Villelume et M”' Benoît de Lostende sont choisis pour parrain et marraine.

N«(re-Dame da Pont i SaiDt-Janico.

Si , parmi les lieux de pèlerinage du diocèse de Limoges, Notre-Dame d’Arliquet est le plus riche

en indulgences , Notre-Dame du Pont est celui qui a reçu les plus illustres pèlerins.

Saint-Junien , troisième 'ville du diocèse de Limoges par sa population , doit son origine à la dévotion des nombreux fidèles qui visitaient les tombeaux de deux solitaires du vr siècle, saint Âmand et saint Junien , qui se sanctifièrent en ce lieu. Ce sol , jadis assez sauvage pour offrir une retraite à des hommes fatigués de la vie sociale, se trouve aujourd’hui le plus fertile du département de la Haute-Vienne. La chapelle de Notre-Dame du Pont est à un kilomètre sud-ouest de la ville, sur le bord de la Vienne, qui doit chaque matin en refléter l'ombre dans ses flots calmes et limpides.

On nomme la chapelle Notre-Dame du Pont parce qu’elle est adjacente au pont jeté sur la Vienne pour conduire de Saint-Junien à Rochechouart. Le site , complètement encaissé , est plus riche que gracieux , car il n’a pas d’horizon. A quelques pas de la porte principale, de pauvres maisons, derrière lesquelles paraît une longue ligne d’ateliers où se façonnent les peaux dont Saint-Junien se sert pour sa grande industrie, la fabrication des gants; au nord-est , les jardins et quelques maisons éparses

rorment une espèce de rue fort escarpée ; puis , à l’est, une usine et, à l'autre rive de la Vienne , des prairies, au-dessus desquelles se dessinent à peine , au milieu des châtaigneraies , trois hameaux : Jareffi , Bois-au-Bœuf et Mont-Jovis. Un mamelon que recouvre un taillis fait obstacle à la Vienne à l’ouest, et l’oblige à faire un circuit qui la dérobe au regard. De la chapelle , une haie vive et des peupliers empêchent de suivre distinctement les voyageurs et les voitures qui descendent de Bochechouart à Saint- Junien ; mais , de cette même route en descendani vers la Vienne , la ville de Saint-Junien eUes flèches romanes de son église, encadrées dans une forêt d’arbres à fruits , offrent un beau coup-d’oeil.

La chapelle de Notre-Dame était un simple oratoire en 1394. Pierre de Montbrun, évêque de Limoges, avait permis, le 27 mai 1451, que, sur les ruines» de ce modeste sanctuaire, on construisit une chapelle plus spacieuse. Immédiatement on se mit à l’oeuvre , et l’édifice fut terminé au mois de novembre 1454 , à la grande satisfaction de tous (mira/nter perficit), comme le marque, le troisième vers de l’inscription suivante, que l’on voit encore dans la muraille à gauche près du sanctuaire :

ASNO SlILLENO NOVIES L I SESIEL , IÇTA REÜlNE CELl FACTA CAPEI.LA FITT.

yUAMQDE SEQUENS TERNÜS HIRANTER PERFICIT ANMS , PRINCIPIUM PREBET MAIUS , FISËM QCE NOVEMBER.

c’est-à-dire « L’an mil neuf fois cinquante une fois un , celte chapelle fut construite pour honorer Ja • Reine du Ciel. La troisième année suivante la vit * se terminer à la grande satisfaction de tous.. Les travaux commencèrent, au mois de mai, et se terminèrent au mois de novembre. — 1451. »

Ce monument, dont le sanctuaire nous a été conservé, indique des proportions restreintes, car l’élévation est de 6 mètres 15 centimètres seulement, et la largeur de 8 mètres 60 centimètres. Vraisemblablement la générosité des seigneurs des paroisses voisines facilita la construction qu’autorisait Pierre de Monlbrun : les* faits suivants semblent le prouver. ^ -

Gauthier de Peyrusse des Cars y fonda son anniversaire en 1458 , et déjà , en 1453 , il lui avait fait diverses offrandes ; les seigneurs de Rochecbouart , de Lastours et de Larobertie exprimèrent aussi leur reconnaissance envers Notre-Dame du Pont, et ces dons leur méritèrent la faveur de faire sculpter

leurs armes dans la chapelle aûn d'y Bgurer comme bienfaiteurs.

Comme le roi Louis XI Ht deux pèlerinages en ce lieu, naturellement on vit augmenter encore le nombre des pèlerins vulgaires , qui y venaient en foule. En revenant de Bayonne, accompagné «lu duc de Berry , son frère , et de plusieurs autres princes du sang, Louis XI arriva (1" juillet 1463), vers l’heure de vêpres , à Limoges , où il vénéra le chef de saint Martial. -Le lendemain au soir, il entrait à Saint-Junien après avoir dîné à Verneuil. On ne dit pas quels dons le royal visiteur fit à la chapelle de Notre-Dame du Pont , mais on raconte qu’il anoblit les magistrats de SainUJunien qui portaient le dais sous lequel il fit son entrée dans la ville ; puis , dès le lendemain 3 juillet, il signait les lettres-patentes dans lesquelles on lit :

« ... En nous humblement requérant que notre plaisir soit pour honneur et révérence de Dieu et de Notre-Dame priée, et adorée (lisez honorée > on n’adore que Dieu) audit lieu de Saint -• Junien , leur octroyer que dores en avant et à toujours ils puissent par chacun an lever et faire lever, cuillir et recevoir par leurs receveurs ou commis , l’appétissement ou buictieine partie du vin qui dores

en avant se vendra à détail dans là .dicte ville et banlieue de Saint-Junien, pour le proufist qui en istra convertir et employer ez dites réparations, affaires et négoces nécessaires d’icelle ville. . . , avons octroyé et octroyons de grâce spéciale, et par ces présentes voulons et nous plaît qu’ils puissent prendre et faire prendre , cuillir et lever l’appélissement ou huictieme pardie du vin, etc. ».

Lors de son second pèlerinage , Louis XI revenait de Poitiers , comme l’exprime ce texte de Jean Bouchet (Annales d’Aquitaine, iv' partie, ch. IX): « Les ambassadeurs de Bretagne partirent de Poitiers un samedi de caresme audit an mil quatre cent soixante-quatre (1), apres congé prins du roy, lequel partit le dimanche pour aller en voyage à Notre-Dame do Pont Saint-Junian en Limosin. » Sans doute encore , pour honneur et révérence de Dieu et de Notre-Dame, le roi fit des libéralités ; mais, ’pour mieux marquer l’estime qu’il faisait de ce sanctuaire, en 1470, il envoya douze cents

(1) L'usage de commencer l'année au I*' janvier u'a été universel en France que depuis l'année 1567. De 1301 à 1567, on commençait l'année le 25 mars en Haut-Limousin; et, au contraire, à Paris, elle commençait seulement le samedi saint , après la bénédiction de l'eau baptismale. Il faut domviire ici 1465. — K. -P.

livres, qui servirent à la construction actuelle, plus spacieuse et plus élégante que celle qui la précédait. En 1490 , Isabelle de Grammont donna aussi à Notre-Dame du Pont cinquante livres. En 1547, Gauthier Bermondet , seigneur de Saint- I.aurent-sur-Gorre , y fit hommage d’un cœur d’or, qu’il exprima le désir de voir renouvelé en mutation de personnes du fief de La Quintaine , paroisse de Panazol près Limoges.

La c<Jnstruction faite aux frais de Louis XI est un rectangle de 18 mètres 65 centimètres de long sur 11 mètres de large et 9 mètres 65 centimètres de haut. D’élégantes colonnes la divisent en trois nefs de trois travées. ' • .• >

■ Le toit dé la chapelle est en batière , et la façade se trouve ainsi à l’ouest, où huit degrés conduisent à une porte soigneusement sculptée , qu’encadrent des contre-forts surmontés d’aiguilles adjacentes au pignon , et terminés en fronton sur le panneaü de devant, qui repose près de la quatrième marche. Sur ce même panneau, à chacun des pilastres, figuraient des armoiries qu’on a grattées ; mais les trois fleurs de lis de l’écu de France se voient encore à la clef de voûte de la deuxième travée , et , sur la boiserie du sanctuaire , restent sculptés trois lions

grimpants, couronnés etlampassés, et posés 2 et 1.

Sur chaque panneau intérieur se trouvent des niches vides dans lesquelles , par reconnaissance envers Louis XI , les chanoines de Saint-Junien avaient fait placer deux statues qui représentaient le roi et la reine à genoux devant une image en pierre de la sainte Vierge assise , et présentant l’Enfant-Dieu , qui se voit encore dans le tympan de la porte , dont un pilier carré de granit forme deux battants. L’encadrement de cette porte figure trois voussures. L’extrados est orné de crochets, et , sur le sommet , qui s’élève en forme de pédicule, repose une croix de granit. Un contre-fort soutient chaque angle de cette façade, dans laquelle on a pratiqué deux fenêtres qui correspondent aux bascôtés. Sur le côté nord du fronton que le pignon forme, et en dehors du toit , on a construit un petit clocher en arcade.

La vénération des habitants de Saint-Junien pour Notre-Dame du Pont est toujours profonde , et les fidèles des j>aroisses voisines lui témoignent une confiance que de nombreuses faveurs ont jus- 'tifiée(l).

(1) Nous avons utilisé pour cette notice les üq/eumenl$ historiguei tur la ville de Saint-Junien de M. l'abbé Arbcllot. M. Uourgoing— Mélisse nous a douné les dimensions de la chapelle.

.^olre-Daoïc de SioTagnae ({).

« Au ïir siècle un brave chevalier, le seigneur de Mérignac , revenant de la «oisade , et se voyant sur le point de faire naufrage , avait fait vœu dçî construire une chapelle à la Vierge s’il échappait à la mort. Fidèle au vœu qu'il avait fait pendant la tempête , il éleva ce pieux sanctuaire à Notre-Dame , dans ce lieu sauvage et agreste, au milieu des raon-^ tagnes de Grandmont. En souvenir de cette délivrance , on voyait , dans cette église , avant la révolution , une lampe d’argent en forme de vaisseau. — Mais, depuis quelque temps , cette chapelle était nue et dégradée, et les nombreux pèlerins qui avaient repris la route de ce sanctuaire étaient attristés de le voir dans un tel état de pauvreté et de dégradation.

» L’œuvre de la restauration et de l’agrandissement de cette chapelle , entreprise par M. de Bogenet , vicaire-général , encouragée par le haut patronage de Mgr Buissas, avait trouvé dans le diocèse de Limoges, et dans la ville épiscopale

(1) Sauua^nac ou Salvanhac est vraisemblablement formé des mots talvut ab aqua, sauvé de l’eau. — K. -P.

surtout, les plus vives sympathies. Ua comité ayant été organisé pour recueillir les souscriptions , en peu de temps la piété généreuse des fidèles a permis de consacrer à la restauration de cet édifice une somme de douze mille Franck

» Les- travaux ont été rapidement exécutés sous l’habile direction de M. Vanginot , architecte de la cathédrale. L’ancienne chapelle a été conservée , et on l’a agrandie en y ajoutant une abside semi-circulaire. 'Fortifiée par des colonnes aux chapiteaux élégants , cette abside est éclairée par cinq fenêtres ogivales que décorent des vitraux provenant de la célèbre manufacture de M. Théveoot, de Clermont. La fenêtre du fond de l’abside présente l’image de la IVlère de Dieu portant l’enfant Jésus dans ses bras; à droite , brillent les images de l’apôtre saint Martial et de sainte Valérie , la glorieuse martyre ; à gauche, apparaissent saint Joseph et saint Etienne de Muret , le fondateur de l’ordre de Grandmont , l’honneur de ces montagnes. L’autel; en pierre calcaire, habilement sculpté par lourde sous la direction de M. Vanginot , réunit la solidité à l’élégance, et des plaques en porcelaine peinte et dorée , qui servent à l’ornementation , sont un heureux essai qui montre tout ce que l’art pourrait exécuter en ce genre.- —

Mais il serait trop long de décrire les vitraux , les costumes et les attributs des divers personnages, les détails de sculpture et les riches couleurs rehaussées d'or qui contribuent à l’ornement du nouveau sanctuaire et de l’ancienne église ; nous avons hâte de parler de l’inauguration de cette chapelle et de la brillante cérémonie du 2 septembre.

» Dès le matin , malgré la pluie qui détrempait le sol , et rendait plus difficiles les chemins montueux qui conduisent à Sauvagnac , plus de dix paroisses , conduites par leurs pasteurs , se mettaient en marche avec leurs bannières déployées ; et , au milieu des averses qui tombaient par intervalles , en voyait ces pieux cortèges faire leur ontrée dans le village en chantant les litanies de la Vierge au son joyeux des fifres et des tambours. D’élégantes voitures avaient amené de Limoges l’élite de la bourgeoisie , et toutes les villes et bourgades environnantes comptaient dans cette foule de nombreux représentants. Les économes de Marie de Limoges avaient porté , pour orner la statue miraculeuse, une splendide couronne, une robe magnifique et un riche manteau de velours bleu broché d’or.

» Toute la malihée , des messes avaient été dites ,

sans interruption , aux deux autels de la chapelle , et les nombreux fidèles venus en pèlerinage avaient pu satisfaire leur dévotion. A onze heures , une messe plus solennelle fut célébrée par M. de Bogenet pour les personnes qui avaient concouru à la restauration de la chapelle : pendant ce temps un chœur harmonieux de voix d’élite retentissait dans ce sanctuaire , dix' fois trop' étroit pour la foule qui s'y pressait de toutes parts.

» M. le vicaire-général, dans une chaleureuse allocution , a parlé de la dévotion à Marie , et a remercié les fidèles dont les aumônes avaient concouru à la restauration de cet édifice. Il a énuméré les personnes qui avaient déployé du zèle pour cette œuvre , et tout l’auditoire s’est aperçu que , dans cette énumération , il n’oubliait que lui, l’âme et le cœur de cette sainte entreprise.

» A une heure du soir, les diverses paroi s.ses se sont dirigées processionnellement sur un coteau voisin, du haut duquel le regard embrasse un immense horizon. Là plusieurs feux de joie étaient préparés pour célébrer, dans la soirée , les sept joies de la Vierge. L’arrivée de la statue miraculeuse sur le plateau ovi stationnait le cortège a été saluée par une décharge, de mousqueterie ; puis la procession

a formé sur la montagne un cercle immense pour entendre une allocution de M, Labrune, ancien curé d’Ambazac, aujourd'hui archiprêtre d'Aubusson.

» Il n’y avait là ni monticule de terre ni bloc de rocher qui pût servir de tribune à l’orateur. En quelques minutes , des bras vigoureux , saisissant les matériaux de l’un des feux de joie , ont construit avec des branchages et des bruyères une chaire d’un nouveau genre, sur laquelle le -prédicateur est monté pour adresser une allocution en patois à la foule sympathique qui l’environnait.

» M. Labrune, qui parle admirablement l’idiome de nos campagnes , qui en connaît à fond le génie , les ressources, les expressions énergiques et pittoresques, a, pendant une demi-heure, vivement intéressé , touché , impressionné son immense auditoire. Tantôt excitant une hilarité générale par ces traits spirituels, ces expressions énergiques, ces tournures naïves que comporte le genre, et qui sont dans le génie de cette langue, tantôt remuant la foule par des accents pathétiques qui allaient au cœur, il a raconté , avec un intérêt dramatique , plusieurs guérisons miraculeuses qui avaient eu lieu , dans ces dernières années, à Notre-Dame de Sauvagnac , et il citait le nom des personnes guéries

et le lieu où elles habitaient dans les environs. Après cette allocution, le cortège s’est remis en marche.

» C’était un bien beau spectacle que celui que présentaient en ce moment les coteaux de Sauvagnac. Ce cortège immense qui se déroulait en serpentant sur le versant de la montagne dans les contours sinueux du chemin rustique , ces bannières des diverses paroisses , ces drapeaux flottants , ces costumes d’un pêle-mêle et d’une variété si pittoresques , ce chant des litanies, mêlé au bruit mesuré des tambours , ce chœur plus harmonieux de voix choisies qui accompagnait la statue de la Vierge , tout cet ensemble formait un spectacle encore plus beau que le vaste coup-d’œil que présentaient les vallées profondes encadrées par les montagnes et bornées par l’horizon lointain; et assurément ces collines n’avaient pas vu d’aussi beau spèctacle depuis ces temps illustres du moyen-âge où les papes et les rois , suivis d’un pompeux cortège , venaient frapper à la porte de l’abbaye de Grandmont.

» Le soir, après vêpres . M. l’abbé Gay, dont la voix éloquente a le privilège d’attirer et de captiver la ville de Limoges , a fait, sur le culte de Marie , avec le talent qu’on lui connaît,, une instruction pieuse, pleine d’aperçus neufs et ingénieux. Le

chant du Te Deum et du cantique Je vais quitter ce sanctuaire a terminé cette fête . qui laissera dans- le cœur de tous les pèlerins un profond souvenir. »

L’article qu’on vient de lire, publié, le 8 septembre L855 , par M. l’abbé Arbellot dans le Vingt Décembre, Courrier de Limoges, nous a naturellement dispensé de répéter moins bien le récit d’une fête à laquelle nous n'avons pu prendre part. Pourtant il nous paraît convenable d’ajouter quelques lignes.

D’abord nous donnerons un éloge bien mérité au vénérable curé de St-Léger-la-Montagne , M. Monneron , qui , malgré une distance de trois kilomètres et malgré soq âge assez avancé , vient , plusieurs fois par semaine, de son presbytère à Sauvagnac , situé sur son territoire, se mettant ainsi à la disposition des pèlerins, qu’il accueille avec une cordialité vraiment sacerdotale.

Beaucoup de paroisses des environs de Sauvagnac s’y rendent chaque année en procession : celles de Bessines et de La Jonchère, le lundi de la Pentecôte ; les autres, à divers jours. En 1847, Mgr Buissas était venu s’édifier à Sauvagnac. Le 21 septembre 1857, Mgr Desprez y est aussi venu offrir la chape qu’il portail à Rome dans la cérémonie où fut proclamé le dogme de l’immaculée (Conception.

Société des Economes de Marie de Limoges a offert également , le 21 septembre 1857, une lampe en cuivre verni qui figure deux vaisseaux coupés , l’un par l’autre , à angle droit. Ce même jour , l’affluence subite des pèlerins qui accompagnaient le prélat à Sauvagnac fut telle à la gare du chefnin de fer qu’elle nécessita le départ d’un second convoi.

Après avoir remis en honneur ce pèlerinage , le puissant patronage de M. de Bogenet vient d’obtenir de notre saint-père le pape, à perpétuité :

1° Indulgence plénière pour toute personne qui , s’étant confessée , et communiant , même dans sa paroisse , à l’une des fêtes suivantes : la Conception, la Purification , l’Annonciation , l’Assomption et la Nativité de la sainte Vierge , viendra prier à Sauvagnac, aux intentions ordinaires du saint-père. Pour faire , dans la chapelle , cette prière , qui , comme le savent les personnes pieuses, peut se réduire à cinq Pater et cinq Ave, on a depuis l’heure de midi, la veille de ces cifiq fêtes, jusqu’au coucher du soleil , le lendemain ;

2" Une indulgence de sept ans et de sept quarantaines chaque fois que , étant au moins contrit , on vient, un jour ordinaire, prier à Sauvagnac dans les

mêmes intentions. — Toutes ces indulgences sont applicables aux morts. Voici le texte du bref :

Plus PP. IX.

ÂD PERPETUAH BEI MEHORiAH. Ad augeudam fidelium religionem et animarum salutem cœleslibus Ecclesiœ tbesauris pia charitate inleuti , omnibus et singulis utriusque sexus Cbristifîdelil^ vere pœuitentibus^et confessis , ac S. commuuiooe refectis, qui ecclesiam seu publicum oratorium in honorem imm.'Virg. Deiparæ pagi vùlgo Sauvagnac nuncupati Lemovicen. diœc. quinque de Ecclesiæ præcepto ejusdem B. M. V. I. festivitatibup , a primis vesperis -usque ad occasum solia dierum bujusmodi , singulis annis devote visita verint, et ibi pro christianorum principum coucordia , hœresum extirpatione , ac S. Matris Ecclesiæ cxaltatione pias ad Deuin preces effuderint, qua festivitate exhisceid egerint, plenariam omnium peccatorum suorum iindulgentiam , et remissionem misericorditer in Domino concedimus. Qui) vero quolibet die hæc eadem pietatis opéra , corde saltem contriti , in Domino præstiterint, septem annos totidemque quadragenas de injunctis eis, seu alias quomodolibet debitis pœnitentiis in forma Ecclesiæ consueta relaxamus. Quæ omnes et si ngulæ indulgentiæ peccatorum remissiones, ac pœnitentiarum relaxationes , ut etiam animabus Christifidelium quæ , Deo in charitate conjunctæ , ab bac luce migraverint , per modum suffragii applicari possint pariter in Domino impertimus. In contrarium facientibus non obstantibus qüihuscumque, præsentibus,

perpetuis, futuris tcmporibus valituris. — DatamRotn%, apud S. Petrum , sub annulo piscaloris, die iv decembris H Dccc lvii , ponlificatus iiostri anno duodecirao.

l'rodomioo rarüiüali Macchi :

J.-B. BRANCALEONI CASTELLANI.

Vidtmu» ut execmioni niAndelur :

liISSAKDF.S DF. BOGENET» V. G.

Lemovicis, 3 maii 1858. ^

laUt* 4ea mambrea du Comité chargé da la rcataaratloB da aanctnaira de IVotra^Dama da Sasvagnac an 1941 .

MM. DisSANbES DE Bocenet, vicaire-général. — Merle , curé de I-Æurière. — Labrune , curé d’Ambazac. — Monneron, curé de Saint -Léger-la- Montagne. — Fournier , conseiller. — Lamy (Eldouard), banquier, trésorier. — Lamy (Tliéophile), président de la conférence de Saint-Vincent de Paul. — Laroudie , président de la Société de Saint-François-Xavier. — De Salles (Gustave). — Bi.énye, docteur en médecine. — Hervy (Augustin).

M"'" de Mentoue , présidente des dames de ’ charité de Saint-Michel. — Nicot, présidente des dames de charité de la cathédrale. — Lagorce ,

, présidente des dames de charité de Saint-Pierre. — Laforest, présidente des dames de charité de Sainte-

Marie. — Benoit du Buis (Noémi), présidente des jeunes Economes de Marie. — Bo.mn. — De Sali.es (Gustave). — De Veytiallë. — De Léobaudy.

Xolrc-Damc de Loretle.

Sur la route de Poitiers à Limoges, en quittant Bellac , qu'on laisse à droite , assis , dans son calme heureux, au flanc d’une vallée fertile, pendant près d’un kilomètre, l'œil se repose agréablement sur une blanche et modeste chapelle qui regarde ellemême la ville, dont elle est séparée par deux versants fort rapides, au pied desquels la paisible Basine se jette dans le Vincou , courant plus considérable mais presque aussi peu bruyant que lui.

Cette chapelle , c'est Notre-Dame de Ixirette ou de Vadal , jadis voisine de l’ancienne église paroissiale de Bellac , qui était hors ville , et dans ce même village de Saint-Sauveur, tandis que l’église actuelle, où se réunissaient dés prêtres communalistes, .servait simplement d’annexe.

La chqpelle de Notre-Dame de Vadat, renversée à la fin du dernier siècle , avait été bénite le 22 mars 162t. En 1625 , les habitants de Bellac avaient demandé des Cordeliers pour habiter cet ermitage.

Ils y élablirent un prêtre pour y célébrer chaque jour la sainte messe. Ce prêtre était nommé par le curé de Bellac , par le corps de ville et par la sénéchaussée. Comme l’acte du 29 septembre 1648 , par lequel la ville' de Bellac s’obligeait à réunir au collège des Doctrinaires cette chapelle et ses dépendances, est resté sans résultat, la maisonnette adjacente à la chapelle a été occupée, jusqu’à la fin du dernier siècle , par un prêtre tantôt religieux , tantôt séculier, chargé de veiller sur ce- modeste sanctuaire , où certains misérables crurent qu’on devait garder des trésors, tant la piété des fidèles les portait à y venir fréquemment.

Le lundi de la Pentecôte de 1695 (23 mai), François B..., capitaine d’infanterie en retraite, Léonard Pa..., son parent , Jean M..., arquebusier, Jacques C..,, voiturier, et Jean P..., meunier, soupaient ensemble chez M... Ils formèrent le projet d’aller le lendemain voler les vases sacrés de Lorette, après avoir tué le chapelain , Jean Chabelard , qui l’habitait avec un neveu d’environ huit ans. Le mardi, vers deux heures du soir, ces cinq misérables se trouvèrent au rendez-vous. M... entra seul dans la chapelle, où Chabelard disait son bréviaire, à genoux devant l’autel. Invité à passer dans la sacristie pour

attendre un instant, il alla bien vite par la cuisine

et la cour introduire ses complices restés dehors ; mais le bruit qu’ils firent força le bon prêtre à interrompre ses prières pour savoir ce qu’on lui voulait. Ces messieurs demandant à boire, Chabelard consentit de bon cœur, et se rendit au cellier. On l’y suivit, et, pendant qu’il tirait le vin, François B... le renversa d’un coup de hache sur la tête ; les autres consommèrent le meurtre , et le cadavre fut jeté dans le puits de la cour. Cependant le neveu de la victime entra , et il connaissait M..., son parrain. Il fallut s’en défaire encore. Les assassins , après l’avoir précipité dans le puits , prirent le calice , qu’ils brisèrent, l’argent, les joyaux et autres objets déposés chez lui par des particuliers ; ils emportèrent tout, môme son papier journal, B... s’empara de l’argent. Le calice fut enterré au pied d’un petit arbre dans un jardin de Cbapterie. C... cacha les bijoux dans le puits de son jardin. Mais les murs ont des yeux , et les buissons des oreilles. Le procès-verbal d’Audebert du Francour, vice-sénéchal de la Basse-Marche , raconte qu’on sut retrouver toutes ces choses. Le 16 juin suivant, C... et Pa... furent arrêtés, et M... peu après. B... et P... s’étaient évadés.

Joseph Charon , sieur de La Borde , procureur du

roi , chargé du réquisitoire , fit condamner ces cinq brigands à être rompus vifs à la roue après avoir fait amende honorable, la torche au poing, devant l’église de Notre-Dame. M... fut exécuté le premier, le 9 août 1695 , puis exposé sur le grand chemin de Bellae au Dorât; G... et Pa... subirent aussi leur sentence le 20 octobre suivant : leurs cadavres furent exposés sur la route de Limoges , au-dêssus de la montée du ruisseau de Géroux. Les deux autres coupables ne purent être exécutés qu’en effigie.

La chapelle de Notre-Dame de Lorette , dévastée en 1793, devint propriété nationale. En 1805, un ouragan terrible emporta sa toiture. La masure qui resta, achetée par la famille Mallebay-Décheyrat , disparut bientôt : cependant mademoiselle Claire Décheyrat, morte depuis religieuse à Poitiers, fit placer l’image de la sainte Vierge dans une niche adjacente au pignon de la maison actuelle , et l’on vint encore la vénérer. .

Un dévot confrère de la sainte Vierge, M. Lazare Goujaud de Chapterie , aimait surtout à se rendre à Lorette chaque soir quand il quittait le travail. Les récits du foyer lui avaient appris dès l’enfance le concours et la solennité touchante du 8 septembre

dans ce même lieu si désolé maintenant. Ce souvenir des anciens jours , que sa mémoire rappelait si souvent, lui donna la pensée d'acheter remplacement, et d’ériger à' ses frais un petit oratoire. M. Mérigot, curé de la paroisse, informé de ce projet, voulut faire quelque chose de plus convenable : des aumônes ont élevé la construction actuelle, que l'art n’a pas. embellie, mais que la foi des paroisses voisines n’en estime pas moins précieuse.

Depuis le 8 septembre 1843, époque où elle fut bénite par M. Dissandes de Bogenet, vicaire-général, l'afiluence est , à chaque anniversaire , de plus en plus considérable. De tout le canton l’on vient processionnellement , avec la croix , les bannières , les vêtements de fête et des bouquets de fleurs, entendre la messe de son curé dans la chapelle. La paroisse de Blond surtout se distingue par le grand nombre d’hommes qu’elle députe.

Lorsque , après la grand’messe, on porte le .saint sacrement de lurette à Bellac , toute la ville est del)out, silencieuse et recueillie dans les rangs, ou joyeuse et parée aux fenêtres , pour s’édifier de ce pieux spectacle, et recueillir sa part des bénédictions. Tous les jeudis de l’année , une messe est dite à, Lorette , et les enfants des pensions de la ville y

viennent alternativement , .les jeunes ülles chanter des cantiques , et les petits garçons faire entendre leur musique bruyante.

On conserve encore de 'l’ancienne chapelle la pierre d'autel, un bénitier en granit, puis, sur la porte d’entrée, une large pierre, qui marque la date 1621 au-dessous des lettres M A , du monogramme Jésus sauveur des hommes (IHS), et d’un écusson soutenu par deux anges. Une gracieuse image de la sainte Vierge surmonte , dans l’intérieur, un autel en marbre d’assez bon goût. Tout près, à droite, se trouve aussi l’ancienne image.

M. Mérigot a fait inscrire aussi sur la porte d’entrée 1843 , date de la nouvelle construction (1) , pour laquelle , en 1850, des lézardes firent craindre une chute prochaine , ce qui inspira l’heureuse idée de construire de chaque côté deux contre-forts, qui s’élèvent ôn forme de tourelles , et donnent de loin à la chapelle un aspect plus monumental. Le prêtre , d’honorable et pieuse mémoire , à qui l’on doit la chapelle de Notre-Dame dç Lorette . avait acheté , de son petit patrimoine , la maisonnette et le jardin qui joignent le sanctuaire. Il craignait que ,

(i; On a écrit, par erreur, )84i.

près de ce lieu de prières, on n’élablît quelque • taverne. En mourant chanoine à Limoges, il a donné cet unique et modeste héritage à la fabrique de Bellac pour le clergé de la paroisse.

Noire-Dame de Cbàleauponsat.

A peu près à un kilomètre nord-est de Château-' ponsat , au milieu de grasses prairies et de champs fertiles , vers le sommet du coteau dont la Gartempe baigne le pied , et sur le flanc duquel la ville est assise , trône modestement , dans une chapelle sans aucun caractère d’architecture, une image vénérée de la sainte Vierge.

Cette chapelle , qui existe au moins depuis 1212, dut avoir dès lors des proportions assez considérables ; car, en 1463, elle servait. d’annexe à l’église paroissiale. Au xvi* siècle , cette chapelle fut profanée et brûlée par les pères de ces calvinistes , qui , depuis 1830, ont fait tant de vains efforts pour ' pénétrer à Cbâteauponsat et dans les provinces voisines , et que pourtant un prêtre catholique interdit , devenu prêtre de Châtel , a su , par l’effet de sa vieille rancune , introduire avec succès dans la paroisse de Villefavard quand la loi l’en a chassé luimême. La Notice historique sur Châteawpomat de

• M. Daubin nous apprend que Notre-Dame de Châteauponsat fut restaurée en 1625, et agrandie, en 1728 , par M. Tardy de La Jaunière; elle est, en effet, très-vaste.

Comme les moines de Châleaiiponsat avaient été appelés de Déols ou Le Bourg-Dieu près Châteauroux, on fait , encore aujourd’hui , à Châteauponsat , la procession commémorative qu’ils établirent à l’occasion d’un miracle arrivé à Débis le 29 mai 1187. Voici le fait raconté par M. Daubin :

« Un des soldats de Richard , comte de Poitou , qui était venu au secours dé Chûteau-Raoul contre les Anglais, ayant perdu son argent au jeu de dés, de dépit et de rage se mit à blasphémer contre la sainte Vierge , de laquelle il y avait une figure de pierre tenant entre ses bras son petit enfant Jésus sur un des arcs-boutants de l’église de Notre-Dame de Déols ; il lui jeta une pierre , brisa et flt tomber le bras de ce divin Enfant ; mais, comme si Dieu eût voulu témoigner aux spectateurs combien cette injure lui était sensible , il sortit à l’instant, de la rupture de ce bras, comme de la blessure d’nn corps animé, quelques gouttes de sang au grand étonnement des spectateurs. Elles furent ramassées, et guérirent plusieurs maladies.

» Le soldai ne demeura point impuni ; car, agité de fureur et comme possédé du démon , il tomba par terre , et mourut au même instant.

B Jean sans Terre, fils puîné d'Henri H, roi d’Angleterre, emporta avec lui le bras rompu de celte image. Ij} prieur de Saint-Gildas rapporte que, en mémoire de ce miracle, le roi son père fil bûtir en son royaume une chapelle, qu’il dédia à Notre- Dame, qui fut appelée du Réduit.

8 Rigard, Bernard, Vincent, et La Thaumassière dans son Histoire du Berry , .qui rapportent ce miracle , disent que ce soldat était de la troupe des colcreaux , ramassis de gens sans aveu , sans foi et sans loi. »

Assez fréquemment, dans l’année, le dimanche qui suit le 8 septembre surtout , Châteauppnsat a le spectacle d’une dévotion qui peut avoir un côté plaisant , mais qui témoigne d’une grande foi et d’un grand resi)ecl pour la sainte Vierge. Après la messe, les femmes qui désirent guérir de la fièvre ou s’en préserver par l’intercession de la sainte Vierge , se retirent à un des angles de la chapelle , près de la porte qui est en face de l’autel , à l’ouest , puis , dépouillant leurs robes , apparaissent tout à coup dans un costume blanc, fort modeste, qu’elles avaient

revêtu d’avance. Sur la tête elles placent un tablier blanc qui retombe en arrière en forme de voile , et d’ordinaire sur ce voile est attachée une couronne que forme de la cire jaune allongée en tresse. Des monceaux de robes restent ainsi déposés , tandis qu’on voit ces femmes s’en aller par lignes interrompues, mais parfois jusqu’au nombre de deux cents, recueillies, le chapelet à la main et pieds nus, à travers les sentiers et les rues que suit la procession quand le clergé la préside. Elles viennent jusqu’à l’église, où elles baisent les pierres d’autel après s’être agenouillées dans chaque chapelle afin d’obtenir aussi l’intercession des saints dont les reliques se trouvent dans la pierre consacrée. De l’église elles retournent à la chapelle , où elles reprennent leurs robes. Les hommes font aussi le petit pèlerinage, mais avec leur vêtement ordinaire. •

La sainte Vierge , tant aimée dans la banlieue de Châteauponsat, a donné d^jà, nous l’avons dit, des marques de sa protection aux paroisses où l’hérésie allait s’introduire. Du sanctuaire de Châteauponsat , son image semble regarder les campagnes de Balledent, de Droux, de Rançon, de Roussac et de Villefavari! : nons espérons bien quelle bénira de plus en plus ces pauvres paroisses , si long-temps

tourmentées par des étrangers que l’Angleterre salarie. Ces gens simples , devant lesquels on a tant calomnié , en les dénaturant , le dogme et le culte catholique, méritent bien un intérêt spécial de la part de celle qui est la Mère du bon Pasteur, mort pour 1e salut de tous.

Notre-Dame du Pny.

Par reconnaissance envers le grand-maître des chevaliers du Temple , qui l’avait racheté de l’esclavage des musulmans après la troisième croisade, Raoul de Montgeniers , seigneur du Puy en Velay, fit don aux chevaliers du Temple d’une statue de la sainte Vierge réputée miraculeuse. De là le nom de Notre-Dame du Puy conservé à la sainte image que l’on vénère à Bourganeuf, et qui remonte , en effet, au temps des croisades. Le don précieux de Raoul de Montgeniers , accompagné religieusement par quatre templiers , avait été déposé provisoirement dans le château du prieuré de Saint-Jean de Bourganeuf (province de la Marche, aujourd’hui Creuse), prieuré qui devint plus tard le chef-lieu de la langue d’Auvergne, division importante de l’ordre des chevaliers de Rhodes ou de Malte , auxquels il passa quand on abolit l’ordre du Temple (1311).

Afin de faciliter aux fidèles la vénération de Notre- Dame du Puy, bientôt les chevaliers du Temple avaient fait bâtir, dans une forme digne d’eux , une chapelle où un prêtre nommé et entretenu par leur ordre disait régulièrement la messe. On a fait remarquer avec raison que le côté de la ville choisi pour la chapelle de Notre-Dame du Puy était , stratégiquement parlant , k seul passage ouvert aux glaives ennemis , et la foi de nos pères en avait confié la défense au Ciel.

Les chevaliers de Malte continuèrent la rente nécessaire à l’entretien d’un prêtre. Du reste les dons des fidèles suffisaient seuls aux dépenses de chaque jour. Un syndic , nommé par le grand-prieur d’Auvergne, était chargé de veiller au matériel. La chapelle actuelle date seulement de 1746. Alors tous les habitants de Bourganeuf se firent une joie de concourir à sa restauration , les uns par des dons en argent , les autres en fournissant des matériaux ou en travaillant gratis. On fit très-bien de conserver sur le linteau de la porte l’inscription touchante qu’on y lisait depuis des siècles :

vinciNi nri PARE

MISER IS SUCClRREiNTI

SOl.ATU M EXILII NOSTRl

ce qui veut dire ; « A la Vierge Mère de Dieu , secours des malheureux et consolatrice de notre exil ». •

Cette chapelle , qu’ombragent deux immenses tilleuls (1), se trouve sur la route de Bourganeuf à Clermont , au sommet de la ville , qui est assise , avec ses tours majestueuses , sur des pentes rapides et irrégulières , près du Taurion , qui court au fond de la vallée. Du seuil de la chapelle, vous avez, à droite, un horizon vaste et gracieux, que forment les . blanches métairies et les champs découpés dans la verdure ; à gauche et en face , par delà la ville , des montagnes' grisâtres avec leurs bouquets d’arbres • verts.

Quand on profana les églises à la fin du dernier siècle , une pauvre femme eut le bonheur de cacher la statue de Notre-Dame du Puy dans son humble demeure , où les personnes dont elle connaissait la discrétion vinrent fréquemment prier. La joie fut générale et vive le jour où Fimage vénérée .fut replacée dans son sanctuaire. La population entière

( 1 ) Dans 80D bel Album kiilorique et piltoretque de la Creuse,

M. P. Labglade a donné en lilhograpbie la façade de celte chapelle , celle de l'église de Xutre-Dame du Larier à Bourganeuf, el aussi la vue de la ç}iapelle de Notre-Dame de Crocq .

de Boiirganeuf et des paroisses voisines prenait ran^ dans la procession que l’on fit alors.

Depuis une trentaine d’années, pour préparer les fidèles à la fête de l'Assopption , on fait, avec beaucoup de solennité, à Notre-Dame du Puy, vers la chute du jour, les exercices d’une neuvaine , à laquelle prennent part presque tous les habitants de la ville. Aussi, comme la chapelle n’a jusqu’au .sanctuaire que 12 mètres de long sur 9 mètres de . large, on entend souvent de bonnes âmes dire : « Ces jours-là , pour contenir la foule , les murs de la chapelle s’écartent et s’agrandissent «.

Il est notoire dans le pays que divers infirmes

sont rentrés chez eux guéris après un pèlerinage à

Notre-Dame du Puy, et que des enfants mourants avant d’avoir reçu le baptême en ont été rapportés pleins de force. Aussi , lorsqu’un enfant est en danger de mort avant d’être baptisé , malgré les protestations du clergé , qui regrette de voir tenter Dieu par des actes imprudents, certains parents vont à la chapelle, même en passant devant l’église, où l’on s’empresserait d’administrer à ces chétiVes créatures le sacrement qui ouvre le Ciel.

Nous sommes heureux de pouvoir annoncer que déjà, grâce au zèle de M. Coussedière, curé de

Bourganeuf, on trace Je plan d’une chapelle .qui donnera une idée meilleure et plus vraie de la vénération des habitants de la contrée pour Notre-Dame du'Puy. On destine à cette construction 50,000 fr.

En terminant cette notice, nous ne résisterons pas au plaisir de raconter un fait qui du moins prouve une fois de plus les salutaires effets d’une éducation chrétienne. S’il y a eu miracle ou non , nous n’én savons rien. Le lecteur en restera juge.

Les braves de la grande armée revenaient de Moscou, vaincus par la rigueur du climat, mais toujours dignes de la France , et redoutables encore à leur» ennemis (1812). Dans leurs rangs se trouvait un jeune soldat né à Bourganeuf, et nommé Raugeron. Comme il le raconte lui-même, dans vingt batailles , excité par l'enthousiasme général , il avait vu la mort sans pâlir, et il avait traversé galment ce défilé dans lequel la mitraille des ennemis écrasait nos soldats, tandis que, pour consoler, si c’était possible , le héros d’,\us(brlitz et de Friedland, qui contemplait âvec douleur ce désastre , nos musiciens avaient l'heureuse inspiration de jouer. : Où peut-m être nneux qu’au tein de ta. famille? désignant ainsi Najioléon par le nom de père. Mais un jour, mourant de soif au milieu des

neiges, Raugeron résolut .de s’attarder afin dé chercher de l’eau courante, le plaisir de s’y désaltérer dût-il lui coûtèr la liberté ou la vie. Il eut, en effet , la joie de voir, au fond d’un ravin , une eau fort limpide , près de laquelle un sentier le con-

duisit. Maison Uavait aperçu; et, quand 11 voulut revenir sur ses pas, quatre Cosaques l’attendaient au sommet du ravin. Bien vite 11 comprit qu’il n’échapperait pas en suivant le ruisseau , et d’ailleurs il n’est pas digne d’un Français de fuir des ennemis qui le provoquent. Il remonta donc le sabre au poing. La rencontre fut vive , et , malgré son adresse , Raugeron , sentant tout à coup la peau de son front lui voiler les yeux, crut à sa dernière heure. Comme par inspiration , le souvenir de la sainte Vierge lui revint. Sa mère lui en avait dit tant de merveilles! Il s'écria , avec un énergique juron : « Ah ! Notre- Dame du Puy, si vous ne me sauvez pas, je suis mort! » et, reprenant courage, il courut de toutes jambes f après avoir frappé , sans savoir comment, à droite et à gauchè. Au bout de quelques heures , il

avait. rejoint l’armée. Mais la cicatrice de sa blessure

reste très-apparente ; et , quand il la montre , il rappelle dans quelle circonstance il la reçut. Toujours il ajoute qu’il a échappé grâce à Notre-

Dame du Puy,- dont il s’occupait fort peu depuis long-temps.

Nolre-Daïuc des Places {().

Même avec des principes religieux un homme pput n’être point irréprochable dans ses mœurs ; mais, entre lui et l’homme qui n’a pas la foi, on remarque à l’avantage du premier une différence énorme. Si l’homme religieux devient coupable d’une * façon quelconque, le remords le poursuit, et du moins il arrive une heure où , se frappant la poitrine, il doit satisfaction , c’est-à-dire réparation , envers Dieu et envers les hommes. L’homme sans foi tâche de s’étourdir, et d’oublier son péché. D’ailleurs . .rien ne l’oblige à s’accuser. Sans doute une faute est toujours regrettable; néanmoins certains hommes ont été plus grands après leur chute qu’auparavant : ainsi David , Théodose , etc.

Vers la fin du xvir siècle , un membre de l’illustre famille Foucaud de St-Germain-Beaupré , poussé par ♦

(1) Nous devons la plupart des renseignements qui nous ont servi pour cette notice à M. Périot, ancien maire de Crozant et propriétaire de Notre-Dame des Places. M. bourguignon , curé de Crozant , a bien voulu nous confier la gravure sur cuivre de l'image miraculeuse que l'on conserve aux l’iaccs.

une passion brutale , eut le malheur, <lans une partie de chasse, d’exporser, par son insistance, une vertueuse bergère à se noyer dans la Cedelle , petite rivière qui coule à un kilomètre des Places , où était un de ses châteaux. La mort héroïque de cette pauvre enfant inspira un repentir salutaire au libertin , qui , pour expier sa faute , fit bâtir en l’honneur de la Reine des vierges la chapelle des Places , dans la paroisse de Crozant.

Cette chapelle , posée sur le penchant d’une • colline, au milieu d’un bel horizon, dans une des plus riches parties de la Creuse , montre sa date sur le linteau de la porte. On y lit 1686 , et tout auprès figurent les armoiries des Foucaud : d’azur semé de fleurs de lis d'or. Ces armoiries se retrouvent . sculptées sur le 'retable de l’autel.

En 1664, on avait trouvédans le château des Places une statue en pierre représentant la sainte Vierge assise sur un tombeau en forme de bière , et tenant sur ses genoux le corps inanimé de son adorable Fils. Cette statue fut déposéç dans une chapelle, aujourd’hui détruite, dont un village de Crozant, situé à un kilomètre des Places , garde le nom , La Chapelle-Sainte-Foy. Cette statue, mutilée en 1793, se trouve aujourd’hui aux Places , où elle a opéré de

grands miracles , comme l’indique une'gravure sur cuivre, au bas de laquelle se trouve •l’inscription Vivante : « Le portrait de la Vierge trouvé dans le château des Places en' la Haute-Marche, le 17 août 1664, de laquelle le visage sue toujours, et fait de grands miracles ». Cette gravure, placée au commencement de notre brochure, a été mutilée aussi par quelques misérables, comme on l’a pu voir. —

Il est à croire que le petit château dessiné sur l’arrière-plan est celui des Places, actuellement démoli.

Au siècle dernier, on venait de fort loin, d'Orléans et de beaucoup d’autres grandes villes , • visiter Notre-Dame des Places. Chaque semaine, on* y voit encore des pèlerins , qui accourent en grand nombre aux fêtes de l’Annonciation , de la Nativité et de l’immaculée Conception de la sainte Vierge , mais en plus grand nombre encore aux fêtes de la Purihcation et de l’Assomption. Le dimanche qui précède la fête de saint Jean-Baptiste, au mois dejuin , les pèlerins Sont aussi nombreux à Notre- Dame des Places ; et , ce jour-là , la dévotion prend un caractère spécial. Si déjà ils n’ont commencé à .se recueillir et à prier dans l’église de La Chapelle- Baloue , où l'on honore Notre-Dame de Lorelle , et

qui se trotive à quatre kilomètres des Places , partant de cette dernière chapelle , ils vont finir *leur procession , quelques-uns pieds nus , à La Chapelle- Baloue. Comme il se trouve près de Notre-Dame des Places une fontaine, la plupart des pèlerins tiennent à cœur d’y boire pour guérir ou pour se préserver de la fièvre.

Kolre-Dime de La Borne.

L’élégante chapelle de Notre-Dame de La Borne , bâtie dans les premières années du xvi' siècle,

. rappelle naturellement la triste histoire et la mort • tragique de Charles d’Aubusson , avant-dernier baron de La Borne. .

L’illustre famille tfAubusson a produit des héros et presque'des saints : Turpio d’Aubusson , évêque de Limoges en 898, et très-recommandable par sa sainteté; plus tard, l’immortel Pierre d’Aubusson,

. grand-maître de Rhodes, l’une des plus nobles figures de l’histoire de la chrétienté , mort en 1503 , etc. — Charles , fondateur de la chapelle de La Borne , ne leur ressemblait pas : il se signalait , au contraire , dans sa province , par de mauvaises mœurs et par des violences. Il semblerait que Dieu eût un jour

résolu de le toucher ;*car, pendant qu’il chassait ’ avec sa fougue ordinaire, à quelques pas de son château aujourcj’hui démoli , dans cette même vallée où est Notre-Dame de La Borne , il s’enfonça dàns un marais, et, malgré sa vigueur, il -n’espérait pas en sortir. Alors il fit voeu sans doute de se convertir, et de bâtir en l’honneur de la sainte Vierge une chapelle s’il échappait à ce péril. La construction du pieux sanctuaire témoigne la générosité du baron , (jui pourtant fut aidé dans sa pieuse entreprise par un religieux nommé K^rsat, dont les armes figurent à côté de celles des d’Aubusson sur le vitrail et sur la porte principale. Malheureusement il ne changea pas de conduite ; car, pour m excès et pour divers crimes, •par arrêt du grand conseil du roi, il eut la tête tranchée , et fut ensuite mis en quartiers , le 23 fé^vriet 1533, à Paris. Le repentir lave tous les crimes : vraisemblablement la sainte Vierge, qu’il avait dotée - d’un nouveau sanctuaire , et qui est' le refuge des’ pécheurs , lui obtint d’accepter l’ignominie de sa mort en expiation.

Jeanne, l’unique fille de Charles de La Borne, reçut du roi François I" les biens de son pèrè, qui avaient été confisqués. Comme .son mari l’avait rendue malheureuse , et quelle n’avait pas d’enfani ,

elle testa, le 10 mars 1569, sans doute en faveur de Charles son frère naturel , qui était aussi son cousin par la branche des d’Aubusson seigneurs de Villac. La branche des d’Aubusson seigneurs de La Borne s’éteignit en ce même Charles l’an 1580.

Notre-Dame de La Borne , qui appartient à la

paroisse de Saint-Michel de Vnisse (canton de Saint-

Sulpice-les-Champs , Creuse) , a donc reçu son nom

du village qui est situé à quelques pas , et aussi de

son fondateur lui-même , dont l’écusson figurait sur

la porte principale, qui est au nord.

Un peu de merveilleux se mêle toujours aux traditions locales. On dit que la statue de Notre-Dame de La Borne fut trouvée enfouie près de l’emplacement où s’élève la' construction , et qu’alors jaillit' de cette excavation la source dont l’eau serpente près de la muraille à laquelle l’autel est adossé.’

L’édifice est bien orienté, et paraît avoir été terminé en 1524; car une pierre des' contre-forts porte cette date , tandis que , au bas du vitrail , on lit 1522, époque où probablement la verrière fut. commandée, et la construction entreprise. La naissance des trois voûtes en arête des trois travées est à 3 mètres 85 cent, au-dessus du sol. A droite, en entrant, se trouvent deux chapelles latérales.

dont les voûtes sont à arcs àsfVSSOmf ^ , et sur l’une desquelles s’élevait le clocher, aujourd’hui démoli. A t;auche, on «voit une autre chapelle latérale, qui pourrait avoir été construite ultérieurement. La fertilité du sol de La Borne contraste avec l’aridité des bruyères qu’il a fallu traverser pour y veirir.

yne ancienne tapisserie , qui décore un des murs de Notre-Dame de La Borne , • représente Charles d’Âubusson , à genoux et découvert, dans la posture d’un suppliant. II tient son cheval par la bride , et lixe les yeux sur la sainte Vierge, qui paraît avec l’enfant Jésus au-dessus d’un nuage.

— Voici encore , d’après M. Texier, la description des magnibques vitraux de Iæ Borne :

« Cette grande page occupe les trois jours d’une fenêtre ogivale du fond de l’église. Dans la partie inférieure est endormi Jessé, vénérable vieillard à longue barbe blanche. De sa poitrine sort une vigoureuse tige verte sur laquelle se sont épanouies de larges fleurs à calice violet. Elles sont occupées par neuf rois aïeux de N. -S. J.-C. , tenant des phylactères sur lesquels se lisent des inscriptions

en caractères romains. Dans la dernière fleur, au sommet du vitrail , est debout la sainte Vierge olfranl l’enfant Jésus à l’adoration du moqdc. Toute cette

composition , d’un ton très-chaud , se détache sur un vigoureux fond rouge. Dans les lobes de l'amortissement de l’ogive sont- peintes des femmes tenant les instruments de la passion. Ces figures, d’un dessin beaucoup plus léger, et mal ajustées d’ailleurs, ont dâ appartenir à un autre 'vitrail. Au bas de la verrière, à droite du spectateur, est agenouillé^un personnage regardant la Vierge. Il est revêtu d’une soutane bleuâtre ; son chef est largement tonsuré. Derrière lui , et debout, une sainte, âgée et vêtue de blanc (sainte Anne), parait le présenter à la sainte Vierge. Une banderole déroulée devant le donateur • porte ces mots en caractères romains : O Mater Dei, MEMENTO MEi. Un écusson suspendu à la hauteur’de sa tête est d’argent d sept fusées de sable. Un autre écusson décore la gauche du vitrail ; il est d’or d la croix' ancrée de gueules. Au-dessous , un cartouche en verre blanc porte cette inscription :

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