‹ Notes historiques sur le culte de la sainte Vierge dans le diocèse de LimogesChapitre 6 sur 9 · M. D. XXII · texte numérisé non relu

M. D. XXII

' s. A-oncois.

• » La date est en caractères romains , et la signature en caractères gothiques. A l’autre extrémité du vitrail , on Ht sur un écusson en verre bleu : Ma

feit fereMarsat, chambrier de » — (Histoire de

la peinture sur verre en Limousin. Extrait du Bulletin de la Société Archéologique du Limousin. )

Un manuscrit de 1675, qui est de J. -B. -A.

Chorllon , sieur de Cherdemont , président au présidial de Guéret, rapporte le miracle suivant, dont l’authenticité ne saurait être mise en doute :

« L’année 1662, -une jeune fdle de Felletin nommée Marie Beau, âgée de’ neuf ou dix ans, paralytique de naissance , qui n’avoit jamais marché , et deraeuroit toujours assise, ainsi .que tous les habitants de Felletin l’avoient vue et connue, ayant sollicité ses pere et mere de la conduire à La Borne , où il y a depuis long-temps une image et chapelle en l’honneur de la sainte Vierge Mere de Dieu , dans la confiance qu’elle avoit de trouver sa guérison , la mere de cette jeune personne la conduisit è La Borne , où , pendant la neuvaine qu’elles y firent , étant un jour dans la chapelle, et faisant leur priere , elle commença à crier, comme si on la tourmentoit beaucoup , et , se levant sans l’assistance de sa mere , elle cria qu’elle étoit guérie ; et , disant cela , elle marcha , et alla baiser le piller qui supporte l’image de la sainte Vierge : et cette fille marcha ensuite comme si jamais elle n’avoit été

perdue. L’oiTicial et le juge du lieu ont fait procesverbal de ce miracle , que Dieu a voulu faire par la miséricorde et intercession de sa sainte Mere , pour renouveler la dévotion des fideles à sa sainte image et chapelle , bâtie depuis long-temps , et honorée et fréquentée par toute la province. On ne peut douter de la vérité de ce miracle par l’attestation de toute la ville dé Felletin ; qui a vu et connu cette fille avant et depuis sa' guérison. J’ai vu depuis cette fille , qui m’a coiïté sa guérison , et qui , mariée deuK fois ensuite , a eu de nombreux enfants. »

Après un fait aussi merveilleux , il n’est pas étonnant que dix-sept paroisses des environs soient venues , chaque année , jusqu’à la fin du dernier siècle , implorer en procession Notre-Dame de La Borne.

Jusqu’à ce jour les murailles de l'édifice étaient restées en assez bon état de conservation , malgré l’humidité du lieu où il se trouve ; mais une restauration devenait urgente : il fallait au moins rejointoyer tous les murs, remplacer certaines pierres de taille, repiquer les autres , que le salpêtre ou la mousse couvraient, refaire un glacis près du ruisseau, poser de nouvelles dalles , réparer le vitrail , refaire trois autels , et procurer des ornements. Le zèle infa-

ligable de M. Dissandes de Bogenel, vicaire-général à Limoges, secondé par IVI. Labrune , curé d’Aubusson, et M. Reby-Lagrange , curé de Saint-Michel de Vaisse, y a pourvu. La ville d^ubusson a fourni la majeurç partie des aumônes. M. Narjoux, inspecteur des travaux diocésains , a dirigé les travaux.

NoIre-DimM df SaiDl-Qoeulin.

L’église actuelle de Saint-Quentin , qui est dans le canton de Felletin (Creusé), date seulement du XV' siècle. La crypte existait-elle au xi' siècle, époque où , d’après la Gallia christiana nova (T. II , instr., col. 172), Jourdain de Larron, évêque de Limoges , donna , pendant le règne de Henri I", la quatrième partie du revenu de cette paroisse à sa cathédrale , dont le doyen nommait en effet le curé , d'après un statut du chapitre daté du 22 octobre 1482? Nous le pensons; car la voûte de cette chapelle souveraine est en plein cintre ainsi que les trois espèces de soupiraux qui lui jettent un peu de jour à travers un mur des plus épais , et sur lequel on a pu poser sans crainte la nouvelle construction.

L’image de la sainte Vierge porte sur le bras droit

l’Enfant-Dieu. Elle est placée , dans l’embrasure de la fenêtre du milieu, devant un autel qui se trouve perpendiculairement au-dessous de celui de la paroisse. Scs murs sont nu^ ici rien ne peut distraire ; et , si vous détourniez la tête, votre ferveur augmenterait , car vous penseriez à la mort. A votre gauche , vous pouvez distinguer un tombeau sans inscription et sans sculplures. Vraisemblablement là repose un des de .Maumont, qui, en 1470, étaient seigneurs de Saint-Quentin en la Marche , ou bien c’est un des memb'res de la famille de Queylus , qui habita aussi ce manoir, naguère encore adossé contre la montagne, à peu près à un kilomètre sud de l’église, mais qu’on a démoli pierre à pierre depuis le commencement de ce siècle. Ainsi ce lieu éveille le souvenir des catacombes de Rome, où le respect et la conGance des premiers chrétiens envers la Mère de Dieu avaient déjà dessiné son image, et

où l’on marchait à travers les tombeaux , à la lueur

des lampes, pour s’agenouiller librement devant l’autel du Sauveur.

Le très-grand nombre des pèlerins qui viennent à Saint-Quentin descendent des cantons dç La Courtine et de Genlioux ? mais , dans toute la banlieue , si peu qu’on soit dans la peine, on s’écrie : Bonm Vierge

de Saint-Quentin , ne m’abandonnez pas! Nous-mêmc nous avons vu , pendant noire enfance , la ville presque entière de Felletin venir, le lüaoilt, prier dans la chapelle souterraine avec un recueillement général , et sans s’effrayer de la difficulté des chemins tortueux et rocailleux ou pleins de boue. On portait les plus petits enfants; les autres suivaient, conduits par la main ou devisant entre eux. La famille réunie priait dans la chapelle , ou du moins dans l’église si l’on craignait la foule qui se heurte dans la crypte de Notre-Dame. Aujourd’hui le concours n’est pas moins nombreux ; mais, grâce à la roule départementale qu’on vien,t d’ouvrir d’Eymoutiers à Felletin , les oisifs de cette dernière ville trouvent agréable de parcourir la vallée fraîche et pittoresque que la Saintquentine arrose ; en sorte que des préoccupations de plaisir ou de vanité changent le caractère de ce pèlerinage , que la piété seule inspirait autrefois.

L’Ilûpilal PaaiéDe ou Pontfaeoe.

En 1258 , P'anfène était habité par des religieuses de l’ordre de Fontevrault, et dépendait du prieuré de Blessac près Aubusson. Evidemment le nom (Vllôjyital fut donné à ce lieu parce qu’on y Irans-

porta (les malades en temps d’épidémie : peut-être fut-ce à la fin du xvi' siècle. Montaigne dit, dans son Journal du voyage en Italie , que Felletin , où il passa en 1581, éloit encore demi-déserle pour la peste passée. Aujourd’hui Fanfène est une simple chapelle rurale , située à quatre ou cinq kilomètres de Felletin , sur la route de Crocq , dans la paroisse de Saint-Frion. Quand on bâtit un monastère en ce lieu, si on eut l'intention de lui appliquer le mot farfenum (dans Festus, ce mot signifie un arbrisseau qui ne produit que des verges), ce fut assez bien trouvé, car les maigres prairies qui se voient au nord de la chapelle sont toutes boisées de saules , d’osiers et de vergnes. Fontfaëne pourrait venir aussi du latin fons [agi ou fagino’. , fontaine ombragée par des hêtres. La fontaine à laquelle viennent boire les malades atteints de la fièvre est, en effet , ombragée par des hêtres , qui forment une allée devant la chapelle, et, au nord, vers les prairies. La chapelle est abritée, au midi, par un mamelon inculte , d’où l’on découvre un horizon immense, le mont d’Or, le Puy-de-Dôme et les montagnes qui avoisinent Guéret. Nous sommes sur un sommet aride et sauvage, et l’on sent la vérité de ces paroles : Hâme s’élève au-dessus des

h'uyantes fiUililés du monde là oii le corps est élevé; au-dessüs des bruits de la terre.

Comment ne pas se rappeler l’exil quand on est ontré dans la chapelle par des sentiers couverts de ronces , en traversant de tristes bruyères , auxquelles la sueur .de l’hoirfbe dispute quelque pauvre récolte de seigle ou de sarrasin?

Le 8 septembre, les pénitents blancs de Felletin se rendent en procession à Fanfène , et il s’y fait un grand concours, toujours édifiant par le recueillement des pèlerins. Chaque fois que moi-méme, élève ou professeur au collège de Felletin , j'y suis venu, j’ai désiré plus fermement rester fidèle à l’Enfant-Dieu dont la Mère immaculée retenait les moindres paroles pour devenir plus sainte. Oui, nous tous qui aimons Marie, nous 'devons lui demander qu’elle nous unisse plus intimement à Celui qui est le salut du monde. Elle l’a reçu pour nous le donner : quelle le fasse passer de ses bras dans les nôtres ; et , s’appuyant sur notre cœur, il le purifiera ; il y augmentera ou il y ranimera celle sainte ardeur qui mérite le Ciel !

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