DÉVOTIONS SPÉCIALES
Il serait assez difficile de citer les diverses formes que prend la dévotion des fidèles envers la sainte Vierge ; mais , dans tous les périls , les pauvres de la ville et les paysans s’empressent de brûler des bougies ou des cierges devant son image à l’église paroissiale ou dans la chapelle voisine. Dans beaucoup de paroisses , et notamment à Dompierre , après un mariage , on prie toujours à son autel , et on lui offre des bouquets ; après un baptême , le parrain et la marraine y présentent toujours l’enfant.
D’après un antique usage , dans certaines paroisses (Saint-Paul-d’Eyjeaux , Gouzougnat , etc.), le premier dimanche de chaque mois, après vêpres, on fait autour de l’église une procession où l’on chante les litanies de la sainte Vierge , dont on porte l’image , et devant l’autel de laquelle , en rentrant , on fait une station.
Dans tout l’arrondissement de Bellac , à partir du premier dimanche de mai , jour où l’on commence , à Bellac , à Saint-Sornin-Leulac, etc., jusqu’au milieu de l’été , chaque paroisse fait , pendant un dimanche, à travers champs, et quelquefois à des distances de plusieurs lieues , une procession pendant laquelle des hommes vêtus de robes blanches et pieds nus portent l’image de la sainte Vierge. Ces processions sont très-suivies , et , à Saint-Sornin- Leulac en particulier, on y compte jusqu’à trois mille personnes. L’origine de cette dévotion n’est pas connue : les uns disent que ces processions furent instituées au xvi' siècle afin de protéger, par la dévotion envers Marie , ce coin de terre où les calvinistes faisaient des efforts pour s’introduire. D’autres, affirment, avec peut-être plus de vraisemblance , car c’est la tradition la plus répandue , que, à une époque reculée et inconnue, on établit ces processions pour obtenir d’échapper à une épidémie, et que dès lors on continue en action de grâces. — Pendant l’année, les personnes de cet arrondissement qui sollicitent de Dieu une grâce quelconque chargent fréquemment les mendiants de la localité de faire pour eux, moyennant une aumône, la procemon. On dit que maintes fois ces
mendiants , parcourant , le chapelet à la main , les sentiers que l'on suit le jour de la procession dont nous venons de parler, ont obtenu des guérisons miraculeuses.
A Limoges , et dans presque toutes les villes du diocèse , on rencontre assez fréquemment , à l’angle des rues, des statues de la sainte Vierge devant lesquelles on allumait chaque soir une lampe qui brûlait toute la nuit , et où les personnes pieuses du quartier aimaient à se réunir après le coucher du soleil , en été , pour chanter des cantiques et pour faire la prière en commun. Ces gracieuses et pieuses réunions, qu’on avait reprises au commencement de ce siècle , sont tombées depuis près de quarante ans, et c’est à peine si l’ôn aperçoit une ou deux veilleuses devant les madones de chaque ville. L’amour du bien-être a tellement multiplié les besoins de chaque famille qu’il a fallu retrancher d’abord toute dépense que n’imposait pas une dévotion de rigueur.
La définition du dogme de l’immaculée Conception a été pour tout le diocèse l’occasion d’un enthousiasme vraiment inattendu. A Limcfges notamment, tandis que les maisons des riches , les hôtels et les cafés empruntaient aux lanternes vénitiennes les
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signes les plus variés et les réverbérations les plus gracieuses , en encadrant d’ordinaire une image de la sainte Vierge , la lampe du pauvre brûlait sur chaque fenêtre dans les carrefours. Même ces maisons infâmes dont on n’ose prononcer le nom donnaient leur signe de foi , au grand scandale de la police, qui fut' sur le point d’y faire opposition. Quelques maisons d’hérétiques gardèrent leur froide obscurité ; elles semblaient avoir honte au milieu de la joie franche et pieuse des promeneurs qui encombraient les rues. Les clochers de nos églises projetaient aussi une immense lumière. 11 est vrai de dire que les autorités aidèrent à cette démonstration avec un zèle vraiment édifiant : leur exemple fut entraînant. La division militaire , le palais de justice , l’hôtel de la préfecture , la mairie , furent splendidement illuminés. A la préfecture, on, lisait, en traits de flammes , « cbedo » ; et , à la mairie , U .\VE MAiiiA » , au milieu d’une longue ligne de croix lumineuses. Huit jours après, chaque ville du diocèse prétendait surpasser les démonstrations de son cheflieu. A Mainsat notamment, du produit des dons spontanés des fidèles , et en vue d’obtenir la cessa- * tion d’une épidémie, qui s'arrêta bientôt en effet, <>n acquit une belle statue de riinmaeuléc Coiicep-
tioD , qui paraissait triomphalement dans une' procession très -solennelle et commémorative le troisième dimanche de l’Avent, en 1856 .
VJI.'
OBJETS D’.\RT relatifs AU CULTE DE LA SAINTE VIERGE.
Du XII* siècle à la fin du xviii*, les émaux de Limoges ont joui d’uue réputation européenne ; du xir au xvii' siècle , Limoges s’est occupée avec succès à peindre sur verre ; depuis le commence- ^ ment de ce siècle la fabrication de la porcelaine est devenue l’industrie principale de la même ville.
L’émaillure, la peinture sur verre et la porcelaine ont payé ' leur tribut d’hommages à la sainte Vierge.
Ëmailldre.
Il serait trop long de décrire et même d’indiquer tous les émaux limousins qui représentent la sainte Vierge.. Nous parlerons de trois seulement.
— M"”* veuve Pouyat née Aubusson de Souljrebost garde précieusement un émail du commencement du xvT* siècle , qu’on peut attribuer aux Pénicaud ou aux Laudin anciens. Il est assez remarquable
par sa grandeur (24 cent, de haut sur 20 cent, de large) et par le nombre des personnages. Il est vrai que les quatorze figures qui le composent n’ont qu’une expression vulgaire ; les vêtements sont roides , et les règles de perspective sont négligées , comme elles l’étaient généralement alors. Le sujet, c’est la naissance de la sainte Vierge. La scène représente l’intérieur d’un appartement dont les murs , les portes et les fenêtres sont soigneusement dessinés par des filets d’or qui forment les joints des pierres ainsi que l’encadrement des fenêtres et des portes sur un fond gris.
A gauche , et à l’extrémité supérieure du tableau , se trouve sainte Anne , couchée , moitié vêtue , dans un lit dont la couverture est d’un bleu pâteux , et dont les rideaux, qui tombent d’un ciel de lit de forme carrée, sont verts à reflets d’or. Entre ces rideaux, qui sont ouverts par devant, et le lit de la malade, paraissent deux commères, dont l’une versedansun bol une potion avec "un pot à l'eau bleu, tandis que l’autre présente un ‘bassin dans lequel sainte Anne semble vouloir se laver les mains, qu’elle tient au-dessus du lit , les manches relevées jusqu’au coude. La garde-malade, assise sur une banquette , et fatiguée des veilles précédentes , dort
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la tête appuyée sur le bras droit , qui repose au rebord du lit. Au pied de ce même lit, on voit le berceau de l’enfant.
Devant ce premier groupe , toujours à gauche , près d’une espèce d’établi d’ouvrier chargé d’une corbeille à ouvrage , figurent cinq femmes , dont la plus rapprochée regarde, en la tenant sur ses genoux, l’enfant qui vient de naître, et qu’elle a enveloppée de langes, après l’avoir lavée dans un baquet de bois qui se trouve à ses pieds. Parmi les quatre autres femmes , une espèce de dame , distinguée par son costume plus élégant et plus décolleté, et qui tient, de la main droite, un pot à l’eau, semble
faire une recommandation à une gubalterne , dont la
coiffure est celle des paysannes de la Creuse. La servante tient un vase évidemment rempli pour fortifier l’enfant. Les deux autres commères regardent la sainte Vierge , et l’une d’elles , assise sur un vaste fauteuil , le main sous le menton , semble préoccupée de cette naissance.
Le troisième groupe est composé de femmes à l’air indifférent : des deux , qui sont assises sur une espèce de banquette , l’une boit sans façon et avec avidité dans un pot à l’eau fort large et de couleur verte ; l’autre caresse un enfant de quatre ou cinq
années ; la troisième se tient nonchalamment debout par derrière , revêtue d’un manteau bleu .
Toutes ces femmes ont une coiffure de forme différente.
Au sommet du tableau paraît , sous la forme d’une colombe blanche , l’Esprit-Saint , qu’entoure un
immense faisceau de rayons d’or qu’on a récemment retouchés pour les réparer.
— M. Taillefer, négociant à Limoges, possède, dans sa riche collection d’émaux , plusieurs portraits de la sainte Vierge. Nous signalons spécialement un petit tableau des plus gracieux par la composition et des plus brillants par l’éclat des couleurs : c’est l’œuvre tte rpiiii, Pénicaud , dont on voit au revers les initiales surmontées de la couronne rovale.
Le tableau ûgure la sainte Vierge succombant de douleur à la vue des instruments du supplice de Notre-Seigneur et de certains signes qui lui rappellent, comme les dés, le vil intérêt qui anima les bourreaux, comme la bourse de Judas et le coq, la trahison et le renîment des amis du Sauveur.
Dans le fond , voyez la colonne en marbre blanc et le coq à la crête d’un rouge étincelant; puis la croix , qui se détache en jaune sur le bleu du firmament :
cette croix supporte l’échelle , l’éponge , la lance la bourse de Judas, les 'martinets sanglants et la tunique sans couture. Dans un plan plus rapproché , . et sur le sol , dune teinte verte , est le tombeau, en forme d’auge, sur les bords duquel sont déposés trois clous et le linceul. Un ange à la chevelure d’or, aux ailes d’un bleu plus clair que celui du ciel et tachetées de blanc , vêtu d’une dalmatique blanche qu’enrichissent de larges franges d’or, saisit sous les bras le corps inanimé de l’Homme-Dieu , et le soutient presque debout. Ce messager céleste semble présenter le divin supplicié aux regards de la sainte Vierge , qu’il contemple avec tristesse.
A droite du tableau, saint Jean, assis, soutient contre sa poitrine, en l’entourant de son bras droit, Marie affaissée sur elle-même et résignée, mais
défaillante. X Le bien-aimé disciple a une double
préoccupation; car il soulève de la main gauche, pour l’enlever, la couronne d’épines qui se trouvait encore sur le front meurtri et ensanglanté de son adorable maître. Les quatre personnages ont un nimbe d’or. Les draperies sont bien jetées; le voile et le manteau bleus de la sainte Vierge , bordés de . filets d’or, accusent très-bien leurs plis naturels et gracieux. La perspective manque aussi danscet émail.
Ecoutons enfin M. l’abbé Texier, décrivant un autre émail limousin du \\T siècle et sans signature :
— « La sainte Vierge , vêtue d’une robe blanche semée de points d’or et recouvrant une robe de couleur rouge dorée , est debout , dans l’attitude de la prière. Sur sa draperie est figuré un nimbe d’or, au milieu duquel un petit être humain , nu , joint les mains et s’incline. Et en effet , au haut des
cieux, Dieu le Père bénit la divine ÎVlère de Jésus
fait homme. Sur le fond bleu de l’émail brillent l’olivier et le cèdre, la tour de David, et tous ces symboliques attributs sous lesquels le plus sage des rois désignait la mystique épouse des Cantiques. « Et, comme ce livre s’applique parfaitement à la » Vierge bienheureuse, elle est d’une suave ima- 1 ) gination cette peinture où l’on représente autour » d’elle le soleil , l’étoile , la lune , la porte du ciel , » le lis entre les épines, le miroir sans tache, le » jardin fermé , et autres semblables , en y ajoutant » les paroles : Vous êtes toute belle, mon amie; il » n'est pas de tache en vous : pure comme le soleil, » belle comme la lune , étoile de la mer, porte du » ciel, etc. (1). »' — (Essai sur les Argentiers et les
(1) .Molanus , de Hisloria SS. Imayinum , (>. 393, édit. Paquol.
Eimilleurs de Limoges. — Poitiers, Saurin , 1843, p. 229.)
PeiDiure sur verre.
Nos artistes verriers avaient fait des œuvres fragiles : aussi beaucoup, les meilleures peut-être, sont complètement détruites , en partie par le fait du vandalisme protestant et des fureurs de 1793. Nous empruntons à YHisloire de la peinture sur terre en Limousin, par M. l’abbé Texier, la liste des vitraux qu’on trouve encore dans notre diocèse avec l’image de la sainte A^ierge ; et, comme M. Texier a le talent, de ces descriptions, nous lui prenons aussi toutes celles qui ont trait à notre sujet.
1“ A la cathédrale de Limoges , une des six fenêtres percées dans les pans coupés dont la réunion forme l’abside représente l' Annonciation. Il y a deux figures du xiV siècle placées chacune dans une niche de la baie, qui a deux jours. « L’ange tientj une banderolle sur laquelle on lit ces mots, en caractères mpjuscules du xiii siècle : « ave maria» ; il est vêtu d’une' robe rouge et d’un manteau vert. La partie inférieure de ce vitrail est remplie de débris confusément disposés. A la hauteur des pieds de 1 ange ,
le restaurateur moderne a placé une main. La Vierge a une robe blanche semée de qualrc-feuüles rouges trèspâles , peints en apprêt. Son manteau est bleu. Cettegrande figure est dans un état déplorable. »
Dans le tympan du vitrail de la seconde chapelle du collatéral sud, «Jésus-Christ meurt sur la'croix entre la sainte Vierge et saint Jean. Des anges répandus à l’entour tiennent les instruments de la passion. Toutes ces figures et des panneaux d’arabesques sont d'une touche pleine de finesse et de vivacité. » (Texier.) — Ce dernier travail est du xvT siècle.
2° M. Féret, curé de Solignac, possède deux vitraux de la fin du xiv' siècle, qui représentent, l’un , l’éducation de la sainte Vierge ; 1 autre , son couronnement dans le Ciel. Chacune de ces scènes est entourée d’une élégante architecture gothique.
3" Dans l’église d’Augne (Haute-Vienne), deux roses du xv' siècle représentent YAnnonciaimi et r.4dora/îon des Mages.
4' Dans l’église de Saint-Michel , à Limoges, un , vitrail divisé en trois jours par deux meneaux, et que l’inspection des costumes et du style fait attribuer à la fin du règne de Charles VII , peint la vie de la sainte Vierge. Autrefois on y voyait vingt-et-un tableaux ; il n’en reste plus que quinze.
« Un cadre d’architecture en grisaille, à ornements jaunes, enferme chaque tableau. Dans les deux jours extérieurs , ce cadre est formé par une ogive en accolade surbaissée ; au centre, il se compose d’arcs en anse de panier. Toute cette verrière est dans un désordre affreux. Les tableaux, au lieu d’être distribués, selon l’ordre chronologique, en des lignes verticales ou horizontales se faisant suite, occupent les places suivantes :
» 1 . La Présentation au temple ( six personnages). — Marie est reçue sur le seuil de cet édifice par le grand-prêtre, environné de ses lévites.
» 2. V Annonciation (deux personnages). — L’ange et Marie sont agenouillés aux deux côtés d’un prie- Dieu. La peinture de la figure de la Vierge ayant complètement disparu , le verre est demeuré blanc et incolore. '
» 3. Travail de la Vierge (cinq personnages). —
Marie est occupée à tisser une étoffe; de petits anges , répandus dans l’air autour d'elle , jouent de divers instruments. Cette scène est charmante.
» 4. Mariage de la sainte Vierge (huit personnages).
— Il faut noter dans ce petit tableau la modestie de Marie et la simplicité de son costume. Saint Joseph au contraire a une robe blanche magnifiquement brochée en or. Il passe un anneau au doigt de la sainte Vierge.
» 5. Visitation de la sainte Vierge (trois personnages). — La Vierge, dans l’attitude la plus simple et la plus gracieuse, ayant ses blonds cheveux flottants , embrasse tendrement sa cousine. Les deux saintes sont debout. On peut comparer la composition de ce tableau à celle du même sujet figurée sur le vitrail Saint-Jean ^ panneau n° 3.
» 6. Naissance du Sauveur (trois personnages). — Saint Joseph et la sainte Vierge adorent l’enfant Jésus.
» 1 . Annonciation aux bergers (quatre personnages).
— Les bergers sont vêtus de surtouts de couleurs variées , taillés comme nos blouses modernes. Une aumusse à capuchon couvre leur cou et leur chef. Leurs hauts-de-chausses collants s’arrêtent à la
hauteur du genou. Sur le rollet tenu par les anges on lit les mots par lesquels le mystère de l’incarna tion fui révélé aux pasteurs : Gloria in excehis Deo,
» 8. Circoncision (huit personnages). — Cette scène est figurée d’une manière très-naïve. La Vierge a un manteau bleu qui recouvre une robe bleue.
» 9. Purification (sept personnages). — La Vierge, vêtue d’une robe bleue et d’un manteau d’argent damassé d’or, présente au grand-prêtre l’enfant Jésus vêtu d’un robe violette. Derrière la sainte Vierge se tient une suivante charmante à cheveux flottants , qui porte un livre et un panier où sont les deux colombes destinées au sacrifice.
» 10. Adoration des Mettes (six personnages). — Un des rois orientaux est vêtu d’un manifique surcot de velours violet bordé de fourrures.
» 11 . Songe de saint Joseph (deux personnages). — Il est couché sur un lit; un ange lui apparaît, et l’avertit des périls qui menacent le divin Enfant.
» 12. Fuite en Egypte (quatre personnages). — Ce
sujet présente de frappants rapports de ressemblance
avec le même sujet sculpté, au xiv* siècle, au pourtour du chœur de Notre-Dame de Paris : il faut, encore une fois , remarquer avec quelle insistance le peintre sur verre maintient son parti pris du cadre architec-
tural : l’âne porteur de la Vierge et du divin Enfant marche, dans une magni figue salle gothique, sur un pavé de carreaux alternativement noirs et jaunes. Un bœuf est au dernier plan.
» 13. Massacre des Innoceiits (neuf personnages).
— Hérode préside à l’exécution de ses ordres cruels. Au premier plan , une mère éplorée s’est précipitée aux genoux d’un soldat qui va égorger son fils. Cette figure a une grâce exquise. La mère porte une coiffure semblable à celle des sœurs de Charité, coiffure assez commune au xv? siècle.
•» 14. Couronnement de la Vierge (quatre figures).
— Le Père et le Fils , assis sur des trônes , posent une couronne sur la tète de Marie, agenouillée au milieu
d’eux. Le Fils , à la gauche du spectateur, tient un
globe ; le Père porte un livre.
» 0. — Ce panneau est masqué par la boiserie de l’autel.
» Le cadre général d’architecture , qui embrasse et
relie tous les cadres particuliers, est terminé par
des clochetons que décorent des statuettes représen-;
tant Eve. La mère du genre humain , entièrement
nue , se voile de la feuille de figuier, et lient le fruit
si fatal à sa postérité. C’est une manière ingénieuse
de rappeler que Marie est la seconde Eve , destinée ,
dès l'origine, à réparer les maux causés par l’Eve primitive.
» Trois autres vitraux en couleur se remarquent dans la même église. Ils sont plus qu’à moitié détruits. Dans celui qui est percé au-dessus de la porte du nord , les lobes du tympan ont seuls été sauvés. Trois subdivisions représentent XArmmciation. L’ange et Marie sont agenouillés dans deux trèfles juxta-posés. Au sommet se montrent Dieu le Père et la symbolique Colombe. » (Texieb.)
, 5° L’église d’Eymoutiers (Haute-Vienne) conserve encore de beaux vitraux, qui sont des dernières années du xvr siècle. Dans la partie curviligne de deux fenêtres, figure Y Annonciation. Dans la même partie d’une autre , on voit le Couronnement de la sainte Vierge. Dans des parties plus visibles de trois autres baies, on représente la sainte Vierge tenant l’enfant Jésus; et encore, à la cinquième fenêtre de l’abside du nord , « la sainte Vierge est agenouillée devant un prie-Dieu sur lequel est un grand livre ouvert à fermoirs. Une colombe portée par un rayon jaune va à son oreille gauche. Sa robe est pourpre, et son manteau bleu. — La couleur et le dessin de cette composition sont ravissants : il est évident que ce panneau a été emprunté à une
autre fenêtre. La figure de la Vierge a des proportions plus considérables que les autres personnages. » (Texieh.)
Dans l’abside centrale (quinzième fenêtre), f Annonciation est encore représentée dans la partie principale du vitrail : « Un ange vêtu d’une chape est agenouillé. Sur un phylactère enroulé autour de son. bâton de héraut, terminé par un lis, on lit ; « Ave, gratta plena ». Vierge complétant cette composition est debout devant un prie-Dieu. Sa robe est bleue, et sdn manteau blanc. » (Ihid.)
6" Vitraux de La Borne. (Voyez la notice sur cette chapelle.)
7° Les trente fenêtres de l’église Saint-Pierre, aujourd’hui fermées pour la plupart , avaient toutes leur clôture translucide et historiée , et certes la sainte Vierge dut y être représentée plus d’une fois ; car aujourd’hui même, quoique notre église ne garde presque plus trace de ces richesses artistiques, l’inscription « Maria mater Dei, Marie mère de Dieu » , se lit dix fois sur la bordure en couleur décorée d’ornements d’une fenêtre dans laquelle les verres vulgaires ont remplacé les verres peints.
Voici la description de la verrière restée seule intacte à Saint-Pierre. Elle est de Pierre Pénicaud,
et représente la Mort de la sainte Vierge et son Couronnement dans le ciel.
(( Un riche et somptueux appartement , que Fart gothique et la renaissance ont meublé et décoré de - concert , est pavé de marbres précieux et de
briques émaillées, où courent des léopards de gueules. Les apôtres sont réunis autour d’un lit à courtines de velours rouge broché d’or que ^ recouvre un ciel doré auquel sont suspendus des rideaux verts. La sainte Vierge , enveloppée d’une ample draperie bleue, est étendue sur ce lit funèbre; son visage, pâle, est calme et serein. Près du chevet est debout l’apôtre bien-aimé. A sa gauche^ saint Pierre lit les prières consacrées , et tient un goupillon. Son étole pend sur le lit. Un^ autre personnage tient un charmant bénitier d’or ; un troisième anime de son souffle des charbons placés dans un délicieux encensoir d’argent.
La flamme illumine son visagé.de ses rougeâtres reflets. Les assistants sont dans des attitudes variées comme leurs sentiments, debout, agenouillés,' assis, selon qu’ils prient, qu’ils pleurent ou méditent. Au premier plan , un apôtre montre le texte à un personnage- qui ' feuillette un livre. Ce dernier est assis sur un riche coussin de velours à glands et à lacets d’or.
» Pendant que celte scène se passe sur la terre . attristée , le ciel , resplendissant comme un palais de pierres précieuses, s’ouvre pour recevoir la Vierge bénie. Vêtue d’un manteau royal , elle est agenouillée entre le Père et le Fils , assis sur un trône , et accompagnés de la symbolique Colombe. Ils déposent sur la tête de Marie une couronne d’or. Le Père , vêtu d’une robe verte , a un manteau rouge bordé d’or et de pierreries , que lie une agrafe figurant les tables de la loi. Il tient un globe. Le Fils porte le même attribut, et n’est vêtu que d’un manteau rouge.
» Les anges , diversement costumés , se tiennent à distance. Ils célèbrent par un concert le triomphe de Marie. La salie magnifique où se passe cette scène a un pavé brillant qui montre de toutes parts ces initiales glorieuses M. A. — A l’entour du trône divin se lisent ces mots : Gavidmt Angeli laudante$ et benedUentes Deum. » (Texieb.)
Purtelaine.
Nos fabricants de porcelaine , naturellement préoccupés d’un succès de commerce , laissent , pour la plupart, à la manufacture de Sèvres l’honneur de produire des oeuvres d’art. Pourtant Limoges fournit
aussi des statues de la sainte Vierge qui ne sont pas sans mérite.
La maison Pouyat a donné , depuis long-temps , une Vierge assez gracieuse (58 centimètres avec le socle): elle tient, comme pour le laisser prendre, l’enfant Jésus , qui sourit et tend lui-même les bras ; en 1851, une Viei^e immaculée un peu plus grande et bien drapée, mais dont la Qgure est un peu virile. — On doit à la maison Ruaud : 1” une statue de 72 centimètres tenant l’Enfant-Dieu sur le bras droit ; 2* une Vierge immaculée très-artistiquement moulée (40 centimètres avec le socle adhérent), mais mondaine , cambrée et portant corsage , ce qui lui donne assez la tournure d’une reine du moyen-âge. — Une Vierge de 43 centimètres avec le socle, et d’une bonne inspiration religieuse , bien drapée , et joignant les mains ouvertes pour prier, sort des ateliers de M. Chabrol. — La maison Senamaud a une Vierge immaculée de 50 centimètres , dont la tête est fort bonne. — La maison Gâté, Guyonnet et Berger a eu la bonne idée de varier la forme : on lui doit une gracieuse statuette (8 centimètres 1/2 sans le socle) représentant la bienheureuse Vierge debout , les avant-bras croisés sur la poitrine , les mains ouvertes et la tête jetée en arrière , saisie d’un
secret enthousiasme comme elle en dut éprouver quand elle dit le Magnificat. — MM. Dubois et Jouhanneaud ont donné une Vierge à la chaise (83 centimètres), une Vierge immaculée et une Vierge mère (60 centimètres). M. Dubois, qui est artiste, a moulé luimême ces statues. — On doit à la maison Valin et Berthoud le chef-d’œuvre de nos statues rebgieuses , une Mater dolorosa de 58 centimètres.
ScolpluR.
On voit dans l’église Saint-Pierre de Limoges , sur l’autel de Notre-Dame des Agonisants, qui est le plus rapproché du clocher, une statue en albâtre de 95 centimètres , et qui mérite d’être citée. Dans la main droite de la sainte Vierge , on aperçoit le fragment d’une tige brisée qui dut figurer un lis. A ses pieds, Eve, couchée nue, mange le fruitdéfendu, et repousse du pied le démon , représenté par une figure humaine dont le corps s’allonge comme celui d’un serpent , et qui semble vouloir fuir pour éviter que la nouvelle Eve , Marie , n’accomplisse la prophétie en lui écrasant la tête. L’Enfant-Dieu, assis nu sur le bras gauche de la sainte Viciée , appuie la main droite sur la poitrine de sa mère , et tient dans
la gauche, comme pour l’étouffer, un oiseau qui cherche à le mordre.
Dans sa Notice sur le tombeau de saint Junien , notre savant ami M. l’abbé Arbellot signale comme fort remarquable une image do la sainte Vierge qui décore le tombeau en pierre calcaire de saint Junien dans la ville de ce nom. Pendant les séances générales d'archéologie tenues à Limoges par la èociété française d’ Archéologie , en 1847, M. des Moulins, inspecteur des monuments de la Gironde, fit remarquer que les images renfermées, comme celleci, dans un vesica piscis sont fort rares. M. de Crossas, de J^imoges, avait lithographié cette image pour le Bulletin de la Société Archéologique du Limousin. Le XIV' volume de la Société française d’Archéologie reproduit la même image (p. 394) d’après un dessin de M. Léo Drouyn , autre inspecteur divisionnaire de Bordeaux.
Voici le commentaire de M. Arbellot :
U Sur le côté droit du tombeau, au milieu de douze niches garnies de statuettes , et rangées trois à trois par ordre symétrique, on voit, dans une auréole ovoïde, la Vierge mère tenant son Enfant divin. Elle est assise sur un trône : un nimbe
aussi magnifique que celui du Christ rayonne autour de sa tête ; son front est ceint d’une bandelette ornée de perles et de pierreries; un long voile entoure son visage avec une pudeur exquise ; sa main droite montre un lis; sa main gauche soutient l’enfant Jésus, qui se tient debout sur le genou gauche de la Vierge. Le divin Enfant porte le nimbe croisé; il est vêtu d’un manteau ut d’une tunique aux plis légers ; il tient un sceptre de la main gauche , et son bras droit est gracieusement replié autour du cou de sa mère. Il a les pieds nus comme il convient à une personne divine ; les pieds de la Viei^e sont couverts d’une légère chaussure. « Il y a, dit M. Mérimée, de » la grâce dans la position de la Vierge et dans » l’ajustement de ses draperies, qui, bien qu’un » peu raides, ne manquent pas d’une certaine » élégance. » L’amande mystique qui l'encadre est soutenue par quatre anges nimbés , à la taille svelte , aux ailes déployées , qui se tiennent , dans des poses hardies et pittoresques , aux quatre coins du rectangle qui renferme l’ovale divin. Sur le rebord de l’auréole' elliptique est entàill^ en creux, en lettres onciales, l’inscription suivante, dont les caractères accusent la forme du xn' siècle.
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Cette inscription, que personne, jusqu'ici, n’a reproduite avec une complète exactitude , se compose de deux distiques en vers léonins :
AD. COLLVM. MATRIS. PENDET. SAPIESCIA. PATUIS; hTV •
ME. XPI. MATREM. PRODO. GERENDO. PATREM;
MVNDI. FACrOREM. GENITRIX. GERIT. ET. CENITOREM; MATERNOSQ. SINVS. SARCINAT. HIC. DOMINVS.
» Nous avons essayé de traduire en vers français léonins cette inscription antithétique, dont le style a rebuté jusqu’à présent les archéologues :
La du Père est au cou de la Mire ;
Du Christ je suis In Mère , et je porte mon Père. ‘
Mère de rstarnai, je porte mon auteur,
Et mon sein maternel soutient le C'rdateur. n
Tabfcaux.
« Au collège , le tableau du maltre-autel est un original de Rubens. Le sujet est l’Assomption de la Vierge. Deux objets partagent l’attention des connaisseurs : la Vierge , qui occupe la partie supérieure du tableau , et , dans le bas , son tombeau ouvert , autour duquel sont distribués les apôtres ' et les saintes femmes. Quoique Rubens ait point sa seconde femme , qu’il ait soigné le détail des draperies , qu’il ait placé avec art plusieurs groupes d’anges à côté
de la Vierge, la majesté de ce principal personnage est un peu froide, et son triomphe n’a rien de brillant. Mais la partie inférieure du tableau est tout autrement intéressante. On voit au milieu le tombeau ouvert aVec les linceuls jetés sur les bords ; autour sont plusieurs groupes de personnages, et, sur le fond , au-delà du tombeau , on aperçoit les saintes femmes. Pour varier les airs de têtes et l'intérêt , le peintre a su attacher les regards de ses différents personnages sur divers objets qui ne détruisent point l’unité du sujet , et qui y ramènent le spectateur par différentes vues. Les uns fixent la Vierge , et , frappés de la puissance qui, après l’avoir arrachée à la mort , l’enlève à leurs yeux dans le vague des airs , ils se sont prosternés; «u bien, par des gestes animés , vous occupent de ce double prodige. D’autres regardent avec curiosité le tombeau vide : de ce nombre sont les saintes femmes , qui , sur une coupe de visage très-agréable , laissent entrevoir un mélange de surprise et de regret. Enfin les autres semblent seulement pénétrés des idées sublimes du bonheur dont va jouir la Vierge , et vous les inspirent. L’expression de toutes ces têtes est pleine de feu et de génie. Un des personnages agenouillés montre, sur le devant du tableau , la plante de son
pied ; les artistes font un grand cas de ce détail , qui est dessiné et peint avec beaucoup de vérité. J’ai vu nombre de gens sur lesquels les beautés du tableau n’avaient fait aucune impression s’enthousiasmer à l’occasion de ce pied , dont le mérite ne peut être bien saisi que par un artiste. La composition de ce grand tableau est simple et savante, le dessin mâle , la touche franche et vigoureuse ; mais le ton général du coloris est trop gris et trop faible , ce qui nuit à l’effet. » — (Ephémérides de la généralité de Limoges , 1765, p. 157.)
Les églises de Sainte-Marie et de l’Hôpital à ' Limoges et plusieurs autres du diocèse ont de bons tableaux où figure la sainte Vierge. Celui de l’Hôpital rappelle la pieuse tradition d’après laquelle l’Esprit- Saint, descendant sur les apôtres le jour de la Pentecôte , se reposa sur la tête de la sainte Vierge pour se répandre de là en forme de langue de feu sur les autres personnes présentes au cénacle.
Fresques.
Avant que M. l’abbé Texier eût parlé, dans le journal de Limoges (12 octobre 1857), des peintures murales de la chapelle Sainte-Anne à Saint- Michel, M. Fournier, conseiller à la cour impériale.
avait bien voulu rédiger, pour notre brochure , en forme de note , la savante description qu’on va lire :
« Au culte de Marie se rattache naturellement celui de sa sainte mère. On ne peut, en effet, honorer sainte Anne sans honorer aussi celle à laquelle Dieu lui réservait la gloire de donner le jour.
» Cette gloire, déjà si grande par la destinée plus glorieuse encore de Marie, s'est accrue de tout ce que (rauvait y ajouter la proclamation du dogme de l’immaculée Conception.
» C’est ce que l’éminent artiste chargé de la « décoration de la chapelle de Sainte-Anne a admirablement compris et rendu.
» Profondément chrétien, il a senti qu’il ne devait plus, comme l’art l’avait fait jusqu’ici le plus habituellement, se borner à honorer sainte Anne par la représentation des soins affectueux donnés par elle à l’enfance de Marie , et des scènes de cette pieuse éducation qui devait préparer la Vierge sainte à la gloire de sa maternité divine.
B La foi lui a révélé qu’il fallait désormais l’honorer , surtout dans la naissance de > cette enfant , prédestinée dès sa Conception immaculée , et , par cette conception même , à cette divine maternité , parce que honorer cette naissance c’était honorer l’immaculée Conception.
» Heureux d'avoir à formuler cet hommage au dogme dont il avait vu à Rome la solenuelle proclamation , il s’est mis à l’œuvre avec ardeur.
O En quelques heures sa main habile et sûre avait rendu sa pensée , et arrêté le plan de cette scène , si simple en apparence , de |a naissance d’une enfant , et qu’un profond sentiment religieux pouvait seul relever à la hauteur des destinées presque divines de cette enfant choisie de Dieu .
» Les joies qui l’accueillent dans ce remarquable tableau sont si naïves et si pures; le sourire de sainte Anne, celui de saint Joachim, expriment un bonheur si calme et si doux; ils sont empreints d'une telle sérénité qu’on y sent je ne sais quelle suavité préférable aux félicités purement humaines : on croit y sentir l’influence de l’Ësprit- Saint , qui domine cette scène touchante , et préside à la naissance de cette enfant, mère prédestinée déjà de l’Homme-Dieu.
•» Â cette prédestination de Marie , par le fait seul de sa naissance et même de sa conception immaculée, l’artiste a voulu, dans un second tableau , ajouter le commencement de la réalisation de sa destinée par sa présentation au temple.
U II a su , par le sentiment chrétien qui remplit
ses œuvres , autant que par le naturel de sa composition, donner à ce sujet traité tant de fois un intérêt tout particulier.
» Ifi grand-prêtre , sur tes degrés du temple , . reçoit la jeune enfant des mains de sainte Anne ; saint Joachim les suit , levant au ciel un regard où se trahit le pressentiment de tontes les douleurs réservées à l’avenir de cette chère enfant. A la porte du temple, est assis un de ces pauvres , rebut de la société antique , avec lesquels Celui qui naîtra d’elle s’identifiera au point de dire : Ce que vous avez refusé au moindre d’entre eux , vous me l'avez refusé à moimême.
» En face, un groupe de ces enfants dont le Sauveur aimera à s’entourer semble contempler Marie humblement agenouillée devant le grand-prêtre.
» L’exécution de ces peintures a rencontré des difficultés presque insurmontables dans l’état des murs profondément salpétrés. Heureusement la patience consciencieuse de l’artiste a fini par en triompher : la couleur de ces deux grandes pages de l’art chrétien a pu rester au niveau de leur remarquable dessin.
» Ces œuvres , que nous osons dire capitales , suffiraient à fonder la réputation d’un artiste si
celle de M, I^nglois était encore à faire. Mais des travaux importants , notamment un saint Joseph dans l’église de la Trinité du Mont, riche de tant de chefs-d’œuvre et le miracle des Fleurs de sainte
Germaine , offert au saint-père par la ville de Toulouse, et placé par ce pontife vénéré à Castel- Gandolfo, Vont, depuis plusieurs années, fait connaître et apprécier à Rome.
» La décoration de la chapelle de Sainte-Anne se complète par un autel en pierre , approprié au style de l’église, et sculpté avec soin par un artiste limousin, M. Nalbcrt. »
Sur la simple présentation d’une photographie de M. Bonnaud , de Limoges, M. Danguin , habile graveur, s’est acquis le droit de reproduire la fresque de la Nativité.
M.Vénassier, curé de Saint-Michel’, et ses paroissiens doivent sè féliciter d’avoir fourni au talent de M; Langlois l’occasion de se produire en France, et d’avoir doté leur église et notre ville d’œuvres d’art si remarquables. ,
• ' > Arehileclure.
Notre-Dame du Pont, à Saint-Junien et Notre- Dame de la Borne. ( Voyez les notices.)
ACTES RE DévOUMENT ENVERS LES STATUES DE LA SAINTE VIERGE. — PROFANATIONS PUNIES.
Dans les tristes jours où l’on dépouilla les églises à la 6n du dernier sièele , chaque paroisse eut des dévots à Marie qui tentèrent , au péril de leur vie , de soustraire à la profanation ses bénites images , et presque chaque paroisse aussi a vu périr misérablement les forcenés qui les outragèrent. Nous ne multiplierons pas ces récits , quoiqu’ils offrent aux âmes pieuses un touchant intérêt. Nous en prenons trois seulement.
 Bel lac, dès qu’on eut fait connaître le projet de brûler sur la place publique les ornements sacerdotaux et les statues des saints , un brave ouvrier, Joachim Labctoulle , inspiré par les traditions de foi 'et de piété de sa famille, s’introduisit, au péril de ses jours, dans l’église pendant la nuit, et parvint à porter dans sa maison une statue de la sainte Vierge qu’on regardait comme miraculeuse. Son voisin
Desbordes lutta de générosité avec lui pour ïivoir le dangereux honneur de garder ce précieux dépôt. Par prudence, Labetoulle , dont on allait visiter le domicile , cédait enfin. Un misérable aperçut Desbordes chargé de la sainte image, et le dénonça. Cette statue eut le sort des autres , et les deux fanatiques échappèrent eux-mêmes à grand’peine. Mais Dieu tient compte des bonnes intentions : ces familles ont été bénies.
Vers le même temps , un mendiant de Montrol- Senart (Haute-Viennh), nommé Séguy, tremblant aussi qu’on ne mutilât la statue de marbre de Notre-Dame de Grâce , aimable et bonne protectrice que de temps immémorial on venait vénérer avec tant de foi , de toutes les paroisses voisines , le premier dimanche de mai et le premier dimanche d’aoùt ; Séguy parvint à ouvrir l’église pendant une nuit obscure , puis à porter l’image vénérée dans le cimetière. Là se trouvait ouvert à tous les vents une espèce de phare de forme carrée, au milieu duquel il put creuser sans crainte pour enfouir son trésor. Ôn ne l’avait point entendu; car le bourg est sur le flanc de la montagne , dont le cimetière domine le
sommet*; mais il tremblait que , malgré ses précautions, cette terre nouvellement soulevée ne servît d’indice , et ne trahît son secret. Alors', profitant encore de l’obscurité de la nuit, il emporta, ,à travers un chemin montant et rocailleux, sa précieuse statue de marbre jusqu’au village du Pic, chez un propriétaire qui l’avait abrité et nourri souvent, et dont la piété était bien notoire. Mais justement cette piété , connue de tous . allait être un grief, et d’ailleurs on avait dénoncé la soustraction de la sainte image. Le brave paysan avait remercié bien des fois Notre-Dame de Grâce de l’avoir tiré de tel ou tel péril ; sa femme aussi Vavait invoquée avec succès pendant des couches laborieuses : pourtant , toute réflexion faite , et les larmes aux yeux , on pria Séguy d’aller plus loin. Séguy partit sans insister ; mais il pleurait et s’indignait de ce que la peur fait oublier si aisément que les amis de Dieu , les saints , sont plus puissants que les hommes. « Eh bien! ajoutaiUl , dussé-je être roué , moi , je ne laisserai pas détruire cette sainte image , devant laquelle j’ai si souvent été consolé! » Et, reprenant courage, sans rien plus dire à personne, il entra dans une grange , dont il creusa le sol , et où il enfouit la statue , qui a repris sa place d’honneur dans l’église de Montrol-
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Senarl , et devant laquelle plus de deux mille personnes viennent s'agenouiller • chaque premier dimanche d’août.
La ville d’Evaux (Creuse) conservait avec la plus grande vénération une statue en pierre de la sainte . Vierge , statue qui remonterait , dit-on , à l’époque romane, et devant laquelle beaucoup de fidèles avaient trouvé la ferveur qui obtient les miracles. Quand on dépouilla les églises d’Evaux, les patriotes, ennemis du fanatisme, n’oublièrent pas la statue qu’on venait prier de fort loin : ils la déposèrent 'avec les ornements sacrés et les autres statues de bois destinées au feu pour honorer l’avènement de la liberté de conscience. Le feu
n’atteignant pas la pierre , les quatre furieux qui présidaient la fête sacrilège trouvèrent excellent, pour arrêter la superstition, de jeter la statue miraculeuse dans le puits d’un monastère que des Augustins avaient occupé , et que des Génovéfains venaient de quitter. On devine de quels blasphèmes cette scène scandaleuse fut égayée. Un de ces quatre misérables s’applaudissait surtout, avec un rire sardonique ou plutôt stupide, de lui avoir
casse \&marqoxdettc (la langue). La peur, et souvent le désir d’empêcher quelques excès , attiraient nécessairement à ces fêles impies des gens sensés . et même des hommes pieux. Un fervent chrétien, nommé Chatard , eut la bonne fortune de saisir et d’emporter à Uriel (Allier) la tête en pierre qui s’était détachée du tronc delà statue. En 1840, son petit-fils, M. Colomban-Chatard , ancien professeur de rhétorique au petit séminaire d’Iseure (x\Hier) , rendit cette tête précieuse , qui gardait
encore un des morceaux de bois destinés à la
fixer dans le tronc, que, en 1802, M. Ninard , curé d’Evaux , avait fait sortir tout mutilé du puits des Génovéfains . et pour lequel il avait fait sculpter une tête en bois. — Sans doute Dieu est patient parce qu’il est éternel, et tous les crimes ne reçoivent pas dès cette vie leur châtiment ; maïs tout le monde regarde à Evaux comme un châtiment de Dieu la fin tragique des quatre profanateurs de la statue de Notre-Dame d’Evaux : l’un s’est coupé la gorge dans un accès de désespoir ; un autre s’est brisé la tête en tombant sur un rocher pendant qu’il visitait un domaine acquis pour une paire de bœufs durant la révolution ; dans l’espoir de sauver la vie au troisième, si fier d’avoir fait casser la
margoulelte de la $tatue , le médecin a dû lui couper la langue par suite d’uue maladie mortelle qui ne faisait qu’une plaie de sa tête entière. Le 20 juin 1840, iM. Lainé, curé actuel, de qui nous tenons ces détails , plaçait solennellement sur son tronc , et avec amende honorable , la tête de pierre que la famille Chatard lui avait remise. Quelques jours après, le quatrième chef des profanateurs tomba foudroyé dans sa chambre , et , comme pour rappeler la miséricorde inépuisable et l’intervention puissante de la sainte Vierge, celui-ci eut le privilège d’être inhumé aux pieds de la sainte image.