‹ Notes historiques sur les parlements et les Jésuites au xviiie siècleChapitre 1 sur 9 · XIJ · texte numérisé non relu

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des raisons sans réplique à des plaisanteries. Les jansénistes, mieux avises, heureux d'un succès qui passait leurs espérances , résolurent de l'exploiter sans relâche et se remirent à l'œuvre avec plus d'ardeur que jamais.

drons pas de justifier les erreurs involontaires des Casuistes, Jésuites ou non. Leurs ouvrages, fort utiles aux théologiens, ont été souvent, pour ceux qui ne le sont pas, une source de scandale, et notamment à ces laïcs peu instruits et assez imprudents pour aller se faire une morale dans ces énormes bouquins inintelligibles pour eux. En cela , aussi maladroits que des malades, consultant pour se guérir, non des médecins expérimentés, mais des répertoires de pharmacie, et s*empoisonnant , grâce à leur ignorance dans un art si difficile et si dangereux pour qui n'a la science compétente.

Quand on nous aura forcé de convenir que bien des casuistes ont traité des questions non-seulement inutiles, mais trop délicates et dangereuses, tout sera dit. C'étaient des médecins écrivant pour des médecins , dans une langue étrangère et non pour le public. S'ils sont coupables d'imprudence, combien plus sont inexcusables ces prétendus amis de la morale rigide , qui ont divulgué , en les traduisant, en les exagérant et même en les faussant, les imprudences ou les erreurs des casuistes.

Les moralistes les plus relâchés (et, cela soit dit en passant , ils ne sont point de la Compagnie) , ces moralistes relâchés, comme Caramuel, appelé par saint Alphonse de

A partir de cette époque, les libelles, les pamphlets anonymes, principale force du parti janséniste , dans sa guerre contre l'Eglise , se tournèrent contre la Compagnie; c'était plus habile et moins dangereux. On espérait arri-

Liguori : Laxorum facile princeps , Diana, dont on a voulu faire un Jésuite, et tant d'autres, auraient causé bien peu de mal à TËglise, si Pascal et ses amis n'avaient eu la diabolique adresse de faire admirer la morale janséniste en déclamant contre les casuistes.

Au reste, il faut l'avouer, les attaques de Pascal et de ses amis ont rendu service, en contribuant à faire diminuer les productions de la casuistique si féconde depuis un siècle. A partir de Pascal , les in-folio deviennent trèsrares, et dès lors la théologie morale se renferma généralement dans les justes bornes dont elle n'est plus sortie.

Nous devons le rappeler en finissant , ce qui a le plus fait rire aux dépens des casuistes leur est ordinairement prêté par' leurs critiques : le besoin de faire rire quand même — Pascal en est un triste exemple — conduit fatalement au mensonge, et, d'un même coup , on blesse son adversaire et sa propre conscience.

Mais Port-Royal avait besoin du rire de Pascal pour tuer les Jésuites, ou« si faire ne se pouvait, pour les blesser: ces gens de morale austère fournirent à leur secrétaire tout le poison qu'il mit en œuvre; et Racine, le tendre ami de Port-Royal , lui écrivait : L'enjouement de M. Pascal a plus servi votre parti que tout le sérieux de M, Amauld,

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ver au but par un chemin couvert : on faisait parade de son respect pour l'Eglise et ses chefs, afin de se mieux débarrasser des simples soldats de l'armée catholique.

Une semblable tactique pouvait endormir ceux qui le voulaient bien ; mais il est malheureusement bien grand le nombre de ceux qui, charges de voir , aiment à ne pas ouvrir les yeux, afin de s'épargner la fatigue ou simplement l'ennui de la répression : il est si doux de remettre toujours au lendemain les affaires qu'on s'efforce de ne pas regarder comme sérieuses. Enfin on se disait encore : Attaquer les Jésuites n'est pas attaquer l'Eglise ; puis, les rabaisser un peu dans l'opinion publique, il n'y a pas grand mal à cela, et du reste ils ont des plumes pour se défendre et des amis puissants.

Sur ce, les conservateurs de ce temps-là continuèrent à lire, pour se distraire un peu, les brochures où l'on vilipendait les bons

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Peres^ dans le but avoué de les rendre impopulaires et même odieux.

Après avoir fait rire, l'opposition voulut faire peur; l'attaque devint plus sérieuse , et bientôt l'espoir de culbuter l'ennemi la rendit furibonde.

Enfin parut. la grande macbine de guerre du parti; nous voulons parler des Nouvelles ecclésiastiques. Cette publication forme, avec les Provinciales et V Extrait des assertions, les trois chefs-d'œuvre du jansénisme. Les Provinciales avaient commencé 1 attaque , continuée durant un demi-siècle par les Nouvelles et terminée par les Extraits j avec tant d'éclat et de succès.

De nos jours , on lit encore les Provinciales (moins peut-être qu'on ne le dit); V Extrait des Assertions y œuvre de faussaires et reconnue pour telle, est tombée dans le mépris. Les Nouvelles ecclésiastiques ne trouveraient pas un lecteur assez déterminé pour entreprendre

et surtout pour achever une pareille lecture , eût-il la haine la plus robuste contre les Jésuites. Au siècle passé , elles se servaient à petites doses et sous le charme toujours nouveau de la clandestinité; mais aujourd'hui, reliées en gros in-4® et sous la main de qui les voudrait, elles ne trouvent plus d'amateurs.

L'histoire des Nouvelles ecclésiastiques formerait un chapitre curieux de la littérature française au dix-huitième siècle, mais il serait trop long pour trouver sa place ici : nous nous bornerons à quelques indications sur cette œuvre colossale enfantée par la haine la plus vigoureuse et la plus tenace qui fût jamais.

Les Nouvelles ecclésiastiques sont une amplification monstrueuse des Provinciales , avec cette notable différence que la fine ironie de Pascal est remplacée par la bile la plus amère, et même par les gros mots des rédacteurs en colère. Désespérant de faire

rire leurs lecteurs , ils veulent au moins les impressionner par la vëhëmence de leurs déclamations. Sans doute ils essayent bien du ridicule^ mais pour manier cette arme, il faut être maître de soi et de sa plume : double puissance dont les rédacteurs sont perpétuellement dépourvus. Avec la meilleure intention de mordre leurs adversaires ^ ils en sont réduits à les injurier ; au lieu de se servir habi-^ lement du sel, ils se trouvent condamnés à lancer de lourdes pierres qui tombent avant d'avoir atteint le but. Quand ils veulent essayer du mépris, ils ne sont pas plus heureux, et sur ce fait Balmès leur dit avec raison : « On i( ne méprise point les J ésuites^ on les craint ; w parfois on veut tenter de déverser sur eux « le ridicule*, mais dès que cette arme est « employée contre eux, on sent que celui qui u la manie n^a point assez de calme pour s'en w servir avec succès. En vain veut-il affecter u le mépris; à travers l'affectation, chacun

w sent percer le trouble et l'ioqaiëtude. On u comprend aussitôt que celui qui attaque ne « se croit point en face d'adversaires insigni* « fiants, sa bile s'exaspère, ses traits se con- « tractent^ ses paroles, trempées d'une amerce tume terrible, tombent de sa bouche comme u les gouttes d'une coupe empoisonnée... »

{Voy. Balmès , Le Proteitantùme comparé au eaihotickme , etc.)

Malgré tous ces défauts et beaucoup d'autres, et peut-être même à cause de leurs défauts , les Nouvelles étaient lues avec avidité. Peu à peu cette machine de guerre affaiblissait des remparts que les Jésuites avaient le tort de croire trop solides. Si nos lecteurs ont jamais la patience d'examiner un tel produit, ils comprendront mieux les Comptes-rendus et les arrêts de nos Parlements de 1761 à 1777.

Les Nouvelles ecclésiastiques forment une collection commencée en mars 1713 et se terminant avec l'année 1793. Ainsi, trente ans après la destruction de la Compagnie en

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France y vingt ans après sa suppression dans le monde entier , le Jansénisme s^acharnait encore sur ce qu^il appelait le cadavre du Jésuitisme : rien ne pouvait rassasier sa rage ; aucuu succès ne parvenant à le calmer; ni la constitution civile du clergé , ni les massacres de septembre, ni le spectacle de la guillotine en permanence^ ni les ruines de l'Eglise de France , recouvrant celles de la Compagnie^ rien ne contentait les sectaires. La haine parvenue à de tels sommets surprendra ceux qui n'ont point étudié , constaté la formidable ténacité de la secte , toujours fidèle à son programme. On la voit en effet, persévéramment cramponnée aux flancs de l'Eglise , pour la mordre et la déchirer , dans le vain espoir de lui faire arriver au cœur le subtil venin de son hérésie.

A l'heure où nous écrivons , le Jansénisme n'a point cessé de vivre et d'espérer , comme le prouveraient au besoin ses publications ,

dont l'unique charme est une demirclandesti^ nite. Cent fois , nous le savons, on l'a dëclarë mort et enterré, et lui-même ne cesse de le répéter : il va même plus loin , il jure à qui le veut entendre, qu'il n'a jamais existé, et pour preuve, il constate n'avoir accepté depuis son origine d'autre nom que celui à^hérésie imaginaire , ou de prétendu jansénisme. Les Jésuites seuls auraient eu la malice de l'inventer, et la sottise de périr sous ses coups.

Le plus bel exploit des Jansénistes est assurément V Extrait des assertions , admirable résumé et couronnement des Nouvelles ecclésiastiques {\).

(i) La compilation des Nouvelles ecclésiastiques forme près de quatre-vingts volumes' in-4®, à deux colonnes, petit texte , composés de cahiers imprimés et distribués avec le plus admirable succès de clandestinité. Le célèbre mot ON y remplace une foule de noms propres et rend souvent impossible tout contrôle historique. La rédaction de ces Nouvelles^ yeaxk^^ de tous les pays, semblerait sortie de la même plume : l'uniformité de style persiste malgré la diversité des temps , des lieux et des rédacteurs, H. d

La multitude incroyable des pamphlets, lances à cette époque contre les Jésuites, pâlit devant r^'^^ra/t^j assertions ^ base des arrêts parlementaires^ et la prétendue justification de notre suppression. Mais avant d'examiner la formidable machine destinée à nous tuer , il faut rappeler au lecteur la coalition qui devait s^en servir et nous en accabler. Elle se composait, comme nous l'avons dit, des hérétiques de toutes les nuances , des malvivants dont nous troublions le repos, et des parlementaires, précurseurs de la Révolution qui devait bientôt leur faire expier cruellement l'iniquité des arrêts de 1762.

A toutes ces forces réunies pour mal faire ,

et cela durant près d'un siècle, tant Tunité du but fixa solidement dans la même ligne , la même forme , le même ton , cette multitude de nouvellistes. — Les journaux irré> Hgieux de notre temps, malgré l'uniformité de leur mot d'ordre, ne peuvent nous donner une idée de la perfection des Nouvelles^ surtout en fait d'unité, de discipline et d'hypocrisie; elles resteront le type, le chef-d'œuvre de la haine, inassouvie, implacable!

— u — il faut joindre l'incorie d'un goaTemanent étonnant rEurope par le ^ectade de ses scandales , se laissant aller à tontes les dffîdllanoes, souriant à tontes les tnrpitndes de rëpoqne et mettant sa ngnatnre à des actes déshonorants. Mais nne ignominie aurait manqué au triste règne de Louis XY, s'il n'avait livré les J&uites à llniqnité de leurs ennemis. Un tel acte ne fut point l'effet de la haine j mais de la faiblesse. Personnellement le roi ne voulait aucun mal aux Jœuites : il les estimait comme sujets capables et dévoués ; il en conservait plusieurs à la Cour, et l'un d'eux portait même le titre de confesseur de Sa Majesté. A. la vérité, cette diarge était devenue y par l'immoralité du prince , une simple sinécure.

Sur les marches de ce trône souillé , déshonoré par la Pompadonr , se trouvait , maintenu par elle, son illustre complice le duc de Ghoiseul. Ces deux types de l'époque , ces

— LU — cœurs si bienfaits pour secompreudre, avaient un souverain mépris pour les Jésuites dont ils ne pouvaient espérer ni 1 estime, ni la complicité. Ghoiseul, dont la capacité politique a été surfaite à plaisir par les plumes vénales de Fépoque, et très-particulièrement par celles des philosophes , voyait dans les Jésuites des témoins importuns^ une cause d'irritation pour tous les mécréants, un obstacle enfin dont il voulut se débarrasser en les livrant aux Parlements dont il gagnait les sympathies parce gracieux abandon (1).

(i) Louis Xy n'ignorait point la haine de sa maîtresse et de son ministre contre les Jésuites : s'il n'approuvait pas encore leur dessein de les détruire entièrement , du moins se faisait-il leur complice, soit en ne les arrêtant pas, soit en prenant plaisir à suivre la marche de l'intrigue et le progrès de la conspiration de son ministre et de ses gens du Parlement contre la Compagnie. Le secret de la Cour fut bientôt trahi, comme on va le voir dans l'anecdote suivante , recueillie par un de nos anciens Jésuites bretons et consignée dans les manuscrits qu'il nous a transmis :

t Le marquis de Choiseul-Heuse qui était très-intime-

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